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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 23:55

Dans mon précédent article, je disais combien le musée archéologique de Samos Vathy m’avait passionné, et que malgré une sélection que j’ai cru extrêmement sévère le nombre de photos que j’avais retenues pour les montrer et les commenter était tellement élevé que j’ai considéré préférable de scinder leur présentation en deux articles. Et, quelque artificielle que puisse être la répartition, j’ai décidé de montrer d’abord “le tout-venant”, poteries, objets utilitaires, bibelots, animaux, réservant pour le second volet toutes les représentations anthropomorphes, que ce soient des hommes et des femmes mortels, ou que ce soient des dieux, mais pas les dieux égyptiens qui ressemblent à des chats, des chacals, des bœufs, des faucons, seulement des dieux ayant forme humaine.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

La sculpture de Samos… Tout a commencé pour moi avec une photo publiée dans le Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine (Presses Universitaires de France, 1963), de Pierre Grimal. Ce Pierre Grimal a été mon professeur à la Sorbonne, mais déjà j’avais été le condisciple de l’un de ses fils au lycée en classe de première. Cette photo publiée en page 224 est titrée “Héra de Samos” et illustre l’article consacré à cette déesse. En fin de volume, une table des illustrations détaille: “Héra. Marbre provenant de Samos. Seconde moitié du VIe siècle av. J.-C. Musée du Louvre (photo Giraudon)”. Plusieurs fois, alors que j’étais étudiant, je me suis rendu au Louvre à l’heure du déjeuner pour aller l’admirer, cette déesse Héra. Et malgré tout le respect que je dois à cet éminent professeur, je dois aujourd’hui corriger son interprétation de cette statue. Elle vient bien de Samos, mais ce n’est pas Héra. C’est une korè, c’est-à-dire une jeune fille, et comme pour beaucoup d’autres, à Samos, ou sur l’Acropole d’Athènes, ou ailleurs, des parents ont dédié une statue de leur fille à une déesse, Héra, Athéna, Artémis ou autre. J’y reviendrai tout à l’heure.

 

Mais pour l’instant, de même que sur le site (voir mon article de ce blog Samos 06: Héraion), mes premiers pas me portent vers le célèbre monument des korés. À noter que le singulier du mot n’a pas changé entre le grec ancien et le grec moderne, mais son pluriel ne se forme plus de la même façon qu’autrefois. En grec ancien (dialecte attique), on disait une korè, des korai (κόρη, κόραι), en grec moderne on dit une korè (prononcé kori), des korés (κόρη, κόρες)

Le musée montre une ancienne photo en noir et blanc du célèbre groupe. Vu l’âge de la photo, on comprendra aisément que ce qu’elle représente est le groupe original en place sur le site. Aujourd’hui, c’est une simple copie qui est soumise aux intempéries, et ma première photo ci-dessus représente le groupe original qui a été transporté au musée. Enfin, original… pas tout à fait, car la korè de droite n’est qu’un moulage de la sculpture originale qui, elle, a été emportée par les archéologues allemands et se trouve depuis dans l’un des dix-sept Staatliche Museen de Berlin: l’Altes Museum, sur l’Île aux Musées

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Le musée propose une très instructive reconstitution de ce qu’a dû être le groupe. On remarque d’abord que le socle était plus élevé, mais on ne sait pas de quand peut dater la suppression de deux rangs de pierres. Parce que le diamètre de la base de la statue debout la plus à gauche est plus petit que celui des autres, on a supposé que la statue représentait quelqu’un de plus petite taille, donc plus jeune et, en utilisant des arguments que j’ignore (est-ce à partir des orteils du pied gauche, seule trace restant de la statue?), on a aussi supposé que c’était un garçon. Tout laisse à penser qu’entre ce garçon et les deux korés restantes c’était une troisième korè de même taille et de même type.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

En présentant ces statues, je vais être amené à répéter un peu ce que j’ai dit en les voyant sur le site. Tout à gauche, assise dans ce fauteuil, c’est la mère de famille, Phileia. Oui, on connaît les noms des personnages représentés, car ils sont gravés dans la pierre sur chacun d’entre eux. Hélas, puisque les noms sont gravés sur eux-mêmes, on ignore le nom des deux statues absentes. Sur elle aussi est gravée une autre inscription importante: ΗΜΑΣ ΕΠΟΙΗΣΕ ΓΕΝΕΛΕΩΣ (“Généléos nous a faits”), qui nous informe sur le nom du sculpteur.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Ensuite, nous trouvons les deux korés. La plus à gauche s’appelle Philippè. Selon une tradition de toutes les korés trouvées sur ce site, elle a glissé son pouce droit dans un pli de son vêtement.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Et celle-ci, tout à droite, c’est Ornithè. Mais nous allons passer plus vite, puisque malheureusement elle n’est qu’un moulage de la “vraie” Ornithè qui est désormais initiée au langage des Saxons, sur les rives de la Spree. À la différence de sa sœur, elle laisse pendre sur sa poitrine de longues tresses en nappe. Mais vues de dos, toutes les deux ont la même coiffure de tresses en nappe: cela se voit bien sur la photo en noir et blanc.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Lui, le père, est en position de buveur de vin. Le coude appuyé sur un coussin, sa main gauche devait porter une corne à boire ou un gobelet. On peut imaginer la reconstruction de la statue par comparaison avec le même type de buveur de vin fréquemment représenté en statuette de bronze. Nous allons d’ailleurs en voir une tout à l’heure. Son nom se termine par –archès, on n’en sait pas plus parce que le début est brisé. Mais en-dessous il y a le nom de Héra, la déesse à qui le groupe est dédié. L’ensemble date des alentours de 560 avant Jésus-Christ.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Tout à l’heure, j’ai parlé de cette statue de korè du Louvre qui a suscité en moi une telle admiration à l’époque de mes études à la Sorbonne et qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Difficile pour moi de me rendre au Louvre sans lui rendre une petite visite. Difficile, aussi, de parler de ses sœurs (ou plutôt de ses cousines, ou de ses voisines) sans la montrer elle aussi. Ce n’est pas la statue manquante de ce groupe, car sur le voile dont elle recouvre partiellement ses vêtements est gravée une inscription en alphabet ionien (le type d’alphabet grec de Samos et de la côte d’Asie Mineure qui lui fait face) qui, lue de bas en haut, dit “Chéramyès m’a dédiée à Héra comme offrande”. Un autre donateur, donc.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

La statue que je viens de montrer est entrée au Louvre en 1881, et un siècle plus tard, en 1984, on a exhumé sa sœur, retrouvée dans l’Héraion (ma photo ci-dessus). Pas de doute sur l’identification, d’abord parce que les deux statues sont tout à fait semblables, dans le vêtement comme dans la taille ou la position, et de plus parce que sur celle que je vois aujourd’hui au musée de Samos est gravée l’inscription “Chéramyès m’a dédiée, statue merveilleuse, à Héra”. C’est le même Chéramyès qui a consacré les deux statues jumelles à la déesse. Pour la date il semble que l’on soit un tout petit peu avant le groupe de Généléos: le Louvre dit 570-560 avant Jésus-Christ, le musée archéologique de Vathy dit vers 570 avant Jésus-Christ.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

J’ai évoqué plus haut les korés d’Athéna au musée de l’Acropole d’Athènes, celles d’Artémis à Brauron (Vravrona). À Samos même, il y en a bien d’autres. Ci-dessus, en voilà quelques exemples. La première est datée de 550-540 avant Jésus-Christ. Les korés de Généléos avaient un pouce dans un pli du vêtement pour l’écarter légèrement de leur hanche, celle-ci saisit le tissu pour lui donner un mouvement plus ample. La seconde korè ci-dessus, des alentours de 540, adopte une position assez différente, avec un bras replié sous la poitrine pour tenir un petit oiseau, comme l’une des très jeunes de Brauron. Par ailleurs, les plis de son vêtement, les fronces, etc., lui ôtent un caractère assez hiératique, au détriment de la pureté des lignes et de l’esthétique de l’ensemble. De la troisième, il ne reste qu’un buste. Elle était un peu plus ancienne que les trois précédentes, peut-être contemporaine de celles de Généléos: le musée se contente de dire “première moitié du sixième siècle avant Jésus-Christ”. Elle aussi a un bras replié sur la poitrine, et le musée dit qu’elle tenait un objet dans sa main gauche. J’ajouterai que, selon moi, cet objet devait être métallique et rajouté, sinon je ne m’expliquerais pas la présence de ces deux trous dans le marbre au-dessus de sa main: je pense qu’ils servaient à assujettir cet objet inconnu. Et puis la statue est brisée, mais le bras et la main sont encore là, et il n’y a aucune trace de burinage pour faire disparaître un objet de pierre. C’est pourquoi j’imagine là un objet de bronze, ou mieux un objet d’or, qui a été volé.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

En 1980, alors que les archéologues procédaient à des fouilles de la Voie Sacrée, ils sont tombés sur la statue d’un kouros monumental. Ils évaluent que, lorsqu’il était entier, il ne devait pas mesurer moins de 4,75 mètres de haut. Très vite, ils ont compris que cette statue était la pièce maîtresse sur laquelle s’adaptait une cuisse gauche découverte en 1973 dans le mur d’une maison hellénistique située à seulement quelques mètres de là, où elle était utilisée comme une vulgaire pierre de construction. Et d’autre part, on a identifié comme étant son avant-bras gauche la margelle d’une citerne d’époque romaine. Deux évidences découlent de là, la première étant que le kouros n’a pas été brisé pour être utilisé comme matériau, et la seconde que c’est vraisemblablement à l’époque hellénistique, peu avant d’être réutilisée, que la statue a été brisée.

 

– Kouros, korè, oh! Cette variation du radical ou/o, je vais me délecter! C’est l’occasion de parler du suffixe indo-européen *-wo- et de l’influence du digamma lors de son amuïssement…

– Ah non, pas question. Tu ne vas pas jouer les prétentieux et les pédants avec ton fatras linguistique.

– Mais la phonétique, c’est passionnant. Ce n’est pas pédant, c’est amusant.

– Amusant pour qui? Pour toi seul. Ça embête tout le monde. Pas un mot de phonétique aujourd’hui, tu passes immédiatement à la suite. Compris?

– Bon, bon, d’accord. Oh là là, si on ne peut même plus s’amuser avec l’indo-européen et le digamma…

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Dans le musée, la statue est présentée seule, sans aucune base; cependant on a dû en retrouver quelques éléments, puisque je lis que “les restes de la base montrent que le kouros se trouvait à l’origine sur le côté nord de la Voie Sacrée”.

Le marbre dont il est fait provient d’une carrière de Samos, et l’artiste est un Samien. Par ailleurs, on trouve sur le corps quelques traces d’une peinture oxydée, qui a été soigneusement analysée en laboratoire, menant à la conclusion que la statue devait être intégralement revêtue d’une peinture rouge-brun. Par chance, la cuisse gauche que l’on avait découverte sept ans auparavant porte une inscription: ΙΣΧΗΣ ΑΝΕΘΗΚΕΝ Ο ΡΗΣΙΟΣ, “Ischès fils de Rhesos a dédié [cette statue]”. Par l’énormité du don qu’il dédie à Héra, cet Ischès nous permet d’imaginer sa richesse, mais l’inscription ne dit ni qui est le sculpteur, ni qui est représenté par ce kouros. Il semble exclu que ce soit un dieu, mais il est très probable que les contemporains de l’époque où il a été érigé devaient immédiatement être capables de l’identifier puisque son nom n’est pas gravé. Cela a donné beaucoup à réfléchir et à débattre aux archéologues. Héros d’un mythe de la religion ou de l’épopée? Aujourd’hui un certain consensus semble se faire autour d’un héros, supposé ancêtre et fondateur du clan auquel appartenait cet Ischès, ne serait-ce qu’en raison de sa taille, car les héros des temps passés étaient imaginés beaucoup plus grands que les humains contemporains. Cette théorie repose aussi sur le fait que des fragments d’un autre kouros monumental, à peu près de même taille mais datant, lui, des alentours de 580 avant Jésus-Christ, ont été retrouvés en un autre endroit.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Après avoir évoqué ces deux incontournables du musée archéologique de Samos, son monument des korés avec leurs sœurs et leurs cousines, et le kouros monumental, votons un peu les autres sculptures. Nous partons vers le passé, dans la fourchette du neuvième au sixième siècle avant Jésus-Christ, et vers l’Égypte, dont dans mon précédent article j’ai eu l’occasion de dire quels liens l’unissaient à Samos depuis l’amitié nouée entre Polycrate et Amasis, et aussi quelle admiration lui vouaient les Samiens pour l’ancienneté et le brillant de sa culture. Cela a donné aux Samiens le désir d’acquérir, en ce sixième siècle de Polycrate, des œuvres d’art égyptiennes, qu’elles soient contemporaines ou plus anciennes d’un ou de quelques siècles.

C’est ainsi que nous voyons sur ces photos le dieu égyptien Bès. C’est dans les premiers siècles du deuxième millénaire avant Jésus-Christ que, originaire du Soudan, nous le voyons faire son entrée dans le panthéon égyptien. Il est difforme, grimaçant, mais il est sympathique et secourable. Protecteur du foyer, il veille sur les femmes enceintes pendant leur grossesse et au moment de l’accouchement, il éloigne des hommes le danger que constituent les animaux tels que les crocodiles du Nil, les lions comme les scorpions du désert, ou certains insectes dangereux. Il peut aussi anéantir ses ennemis comme ceux des hommes qui l’honorent. Et c’est un charmant compagnon qui joue de la musique. C’est cet aspect de dieu musicien qui explique sa représentation sur ma seconde photo où, tenant lui-même un tambourin, il est assis sur les épaules d’un homme qui joue de la double flûte.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Autre dieu égyptien, Osiris. Lui, il est si célèbre qu’il n’est sans doute pas nécessaire de le présenter, tué et dépecé par son frère Seth, reconstitué par sa sœur et épouse Isis, et devenu le dieu qui préside aux Enfers sur le monde des morts.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Nous sommes toujours entre le neuvième et le sixième siècle avant Jésus-Christ, mais celui que nous voyons sur cette photo est un dieu phénicien de la ville de Canaan, il s’appelle Resheph. Oui, phénicien, certes, mais vers le quinzième siècle avant Jésus-Christ il est entré dans le panthéon égyptien suite aux campagnes syriennes menées par l’Égypte, et le pharaon Aménophis III le considérera même comme son génie tutélaire. Comme Bès c’est un dieu secourable, mais de sa représentation sur des stèles d’une nécropole thébaine  sous les traits du pharaon frappant ses ennemis on comprend que c’est aussi un dieu qui peut être redoutable. C’est sans doute par ce biais de l’Égypte que cette statuette est parvenue à Samos.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Cette figurine de bronze originaire de la région du Caucase est datée entre le neuvième et le septième siècle avant Jésus-Christ. à part cela, je ne peux en dire grand-chose, car le musée lui-même se contente de dire ce que tout un chacun peut voir: c’est une cavalière, femme ou déesse, avec un enfant. Le fait que le musée y voie une représentation d’un personnage de sexe féminin, cela peut étonner quand on voit ce visage plutôt masculin. En regardant attentivement, on constate qu’un pan de tissu cache son sexe, et que sa poitrine est derrière son bras. Mais la série d’anneaux autour du cou ne peut appartenir qu’à une femme (ou à une déesse, cela va de soi).

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Dans les mains de cet homme assis, le musée voit une coupe et un bâton. La coupe, oui, et d’ailleurs il a bien l’air éméché d’un bon buveur. Mais pourquoi un bâton? Pour quoi faire? Je préférerais voir une bouteille… et ce n’en est pas une. Pour le reste, la notice lui est commune avec quatre autres figurines; elle dit: “Syrie du nord ou autres secteurs du Proche Orient antique, 9e-8e siècle avant Jésus-Christ”.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Nous revoilà en Égypte, et de nouveau entre le neuvième et le sixième siècle, mais cette fois-ci ce n’est plus pour des dieux, mais pour cette jeune fille nue dont le musée suppose timidement, entre parenthèses et avec un point d’interrogation, que c’est peut-être une danseuse. Ce qui est intéressant, c’est que ses bras sont articulés.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Même origine, et même datation pour cette autre jeune fille nue qui déploie largement ses bras. Elle devait servir, paraît-il, de décoration à un ustensile. C’est peu explicite. Partant de cette explication très limitée, je pense que ses bras écartés pouvaient servir de poignée, et que le cylindre qu’elle a sur la tête devait être la fixation à cet “ustensile”.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Cette statuette du huitième ou du septième siècle avant Jésus-Christ provient de Mésopotamie ou des environs et représente un dieu d’Urartu. Ah, Urartu! Après avoir lu un magazine entier consacré à cette civilisation, je rêvais de me rendre sur les lieux où elle s’était développée, dans le secteur du lac de Van, tout à l’est de l’actuelle Turquie d’Asie. Dans l’itinéraire que j’avais préparé à travers le pays, il y avait, bien évidemment, Tushpa, la capitale du royaume, et puis Toprakkale et Ayanis, avec leurs forteresses urartéennes. Et puis voilà que ces derniers temps les terribles événements que l’on sait déstabilisent la région et le ministère des Affaires Étrangères déconseille vivement de se rendre dans ce secteur. Ce n’est pas tant l’Iran voisin que l’on a à craindre, mais pour se rendre à Van il faut passer non loin des frontières de Syrie et d’Irak. Je ne suis plus jeune: me sera-t-il donné de voir le calme revenir dans ces pays?

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Ces deux statuettes de fidèles, ou adorateurs (le musée dit, en anglais, worshippers) avec leur chien proviennent de Babylone et datent du huitième ou du septième siècle avant Jésus-Christ. Fort bien, mais on ne nous dit pas de quel dieu ils sont adorateurs, et si le chien est en relation avec le culte de ce dieu ou de cette déesse, car ce n’est pas un hasard si, provenant de la même ville, ces deux statuettes accompagnent l’homme du même animal.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

“Syrie du nord et Syrie, huitième siècle avant Jésus-Christ”, nous est-il dit pour cette statuette qui représente un homme avec un petit bouquet de fleurs à la main. Il servait de décoration à un meuble, et il est en bronze martelé. En bronze? Tous les objets de bronze que nous voyons, à Samos ou ailleurs, sont sombres, presque noirs, et j’aurais cru qu’ici il s’agissait de laiton. Il est vrai que si, aujourd’hui, le nom de bronze est réservé à des alliages de cuivre et d’étain, parfois mêlés d’autres métaux mais pas de zinc, le laiton étant un alliage de cuivre et de zinc, au contraire pour les objets de l’antiquité on a souvent tendance à utiliser le nom de bronze pour tout ce qui, à base de cuivre, incorpore d’autres métaux, quels qu’ils soient. Ou bien certains alliages de cuivre autres que le laiton peuvent avoir cette couleur. N’étant pas chimiste ni métallurgiste, je dois avouer mon incompétence. Cela dit, il est intéressant, cet homme.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Ce bronze du huitième ou du septième siècle avant Jésus-Christ a été importé d’Assyrie. Il représente un homme en prière (le musée dit αγαλμάτιο δεομένου ανδρός, “statuette of a praying man”).

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Cette statuette de bronze est datée entre le huitième et le sixième siècle avant Jésus-Christ, et a été importée d’Égypte. Cette femme nue est, paraît-il, une danseuse. Ses jambes sont jointes et n’expriment aucun mouvement, la figurine a perdu ses bras, en conséquence je ne vois pas bien ce qui permet de dire que c’est une danseuse. Est-ce sa nudité qui, dans la civilisation égyptienne de cette époque, fait que ce ne peut être qu’une danseuse? Ou bien ce couvre-chef est-il une indication? Provenant elle aussi d’Égypte, la figurine aux bras articulés que nous avons vue tout à l’heure est, elle aussi, considérée comme une danseuse (de façon moins affirmative cependant), or elle aussi est nue, elle aussi a sur la tête un bizarre couvre-chef… Les archéologues gardent leur science pour eux, ils ne s’expliquent pas.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

L’ivoire également a été travaillé par des ateliers grecs, égyptiens, syriens, et le musée montre quelques-uns de ces objets remarquables datés entre le huitième et le sixième siècle avant Jésus-Christ. J’en ai retenu deux, ce petit personnage étant le premier. Il est dommage qu’après avoir énuméré les pays ayant travaillé l’ivoire, le musée ne précise pas, pour chacun d’eux, son pays de provenance. Mais je trouve admirables la finesse de la réalisation et l’expression de ce visage.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Ici, même flou pour l’origine, même fourchette pour la datation, puisque la vitrine comporte une étiquette unique pour tout ce qu’elle présente. J’avais déjà sélectionné mes photos pour le présent article quand j’ai eu à chercher sur Internet un renseignement sur autre chose à Samos et, regardant les images publiées, j’ai constaté que cette figurine plaisait beaucoup parce qu’elle a été maintes et maintes fois photographiée et publiée. Et voilà que moi aussi j’avais décidé de la publier sous quatre aspects! Tant pis, donc, si je ne suis pas original, parce que j’ai, moi aussi, été impressionné par cette représentation d’un jeune homme agenouillé qui fixe, devant lui, quelque chose avec un regard intense. Et d’ailleurs, la figuration en creux de ces yeux colorés en bleu, est une technique que je n’ai jamais vue ailleurs.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Je suis également resté longtemps en contemplation, à chacune de nos visites dans ce musée, devant la vitrine des figurines de bois. Elles m’ont fasciné. Et elles, je ne les ai pas vues sur Internet… Pour elles, le musée est encore moins disert que pour les statuettes d’ivoire. Il dit qu’elles ont été trouvées dans l’Héraion de Samos, et qu’elles sont du septième ou du sixième siècle avant Jésus-Christ. Point final. Or celle de ma première photo ci-dessus évoque pour moi, je ne sais pas pourquoi, une Bretonne! Cette longue robe assez ajustée, cette coiffe sur la tête, et même la position des mains pour prier Intron-Varia (la Vierge Marie, en breton).

 

La statuette que j’ai représentée deux fois en-dessous, cette jeune fille agenouillée, j’en trouve la ligne très belle. Je pense qu’elle devait servir à supporter quelque chose, sinon je ne m’explique pas ce qu’elle peut bien avoir sur la tête. Quel dommage que les visages de ces statuettes de bois soient détruits!

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Mon admiration pour les statuettes d’ivoire et pour celles de bois retombe immédiatement devant cette statuette votive primitive du septième siècle avant Jésus-Christ, taillée dans une pierre calcaire. C’est une statuette votive qui a été trouvée dans le sanctuaire d’Héra à qui elle avait été offerte.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Voilà trois têtes d’hommes. La première est du milieu du septième siècle avant Jésus-Christ. Malgré les apparences, elle n’est pas en pierre, mais en terre cuite. Elle a été trouvée dans le sanctuaire d’Héra, mais on ne nous dit pas quelle est l’origine de ce barbu avec un drôle de chapeau.

 

Un tout petit peu plus tardive –fin du septième siècle–, la seconde tête porte autour du front un bandeau qui est plus facile à expliquer, je crois, car j’ai vu souvent des statues d’athlètes retenant leurs cheveux dans ce genre de bandeau pour ne pas être gênés dans leur pratique sportive. C’est le cas, par exemple, du célèbre Aurige de Delphes.

 

La troisième sculpture est un buste plutôt qu’une tête. Je ne distingue pas bien quel est l’animal que porte ce jeune homme moustachu contre sa poitrine, mais c’est bien évidemment pour l’offrir en sacrifice à la déesse. Il est encore un peu plus tardif, se situant entre le quatrième quart du septième siècle avant Jésus-Christ et le milieu du sixième.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Après ces messieurs, c’est au tour de ces dames. Ces deux figurines ont approximativement le même âge, elles sont toutes deux du début du sixième siècle avant Jésus-Christ. Et toutes deux, avec une coiffure sinon semblable, du moins de même inspiration, portent avec élégance boucles d’oreilles et colliers. En outre, on peut déceler ici ou là, sur chacune d’elles, des traces de peinture rouge.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Cette tête d’homme, du septième siècle avant Jésus-Christ, provient de Rhodes. Comme on peut le comprendre en voyant le goulot sur le sommet du crâne, c’est en fait un vase plastique. Je suppose, en voyant sa taille, qu’il devait être destiné à contenir des huiles parfumées.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

On a trouvé de tout, dans ce sanctuaire d’Héra. Voilà maintenant des joueurs de double flûte égyptiens. Pour le premier, le musée nous dit qu’il est en faïence et qu’il vient d’Égypte, sans être plus précis géographiquement et sans indiquer de datation. Pour le second, au contraire, en faïence aussi, on nous dit qu’il est du sixième siècle avant Jésus-Christ et qu’il provient de Naucratis. Une explication est même généreusement donnée entre parenthèses au sujet de ce nom: c’est une ville commerciale grecque dans le delta du Nil. Et moi j’ajoute que ce port, dont les ruines sont aujourd’hui appelées al-Nikras, ou Kom el-Gaïef, était situé sur le bras du fleuve qui se dirige vers Aboukir (ancienne Canope).

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Cette tête de femme souriante est intéressante, malheureusement le musée n’est guère disert à son sujet. Il se contente de dire que c’est un fragment d’offrande votive en pierre, datant du sixième siècle avant Jésus-Christ.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

De nouveau des vases à parfum en terre cuite, qui datent l’un et l’autre du sixième siècle avant Jésus-Christ. Le second est plus élaboré, il est plus beau, mais il protège peut-être moins bien le visage. Le premier, lui, issu d’un atelier ionien, est presque intégral, et le visage du guerrier, en-dessous, est impossible à identifier, ce qui est idéal s’il veut enfourcher nuitamment son scooter pour se rendre incognito chez sa dulcinée. Motocyclistes, foncez vers l’un des nombreux magasins Dafy Moto répartis sur le territoire, que nul motard ne peut ignorer, vous y trouverez peut-être ce modèle, qui sait?

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Si ces guerriers casqués sont destinés à des hommes, les deux vases plastiques ci-dessus, qui sont aussi des vases à parfum, doivent être destinés à des femmes. Et pourtant, moi homme, je trouverais beaucoup plus agréable, beaucoup plus charmant d’utiliser un vase en forme de jolie femme. Mais ce n’est pas que dans l’antiquité, ce choix, car de nos jours les parfums Jean-Paul Gaultier sont dans des flacons en forme d’homme pour les hommes, en forme de femme pour les femmes.

 

Mais je m’éloigne de mon sujet. Ces deux flacons de terre cuite en forme de korè sont des offrandes votives du sixième siècle avant Jésus-Christ.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

À présent, voilà quatre kouroi (on dit “un kouros, des kouroi”, ce OI antique se prononçant OÏ, en séparant les deux voyelles, les Grecs d’aujourd’hui prononçant simplement I: des kouri). Il n’existe donc pas seulement ce type de kouros de pierre de grande taille, le terme désignant seulement un jeune homme. Ceux-ci sont des statuettes votives de bronze, qui sont toutes du sixième siècle avant Jésus-Christ.

 

Concernant le premier kouros, le musée ne donne aucune indication supplémentaire. Pour le second et le quatrième, c’est à peine mieux, la seule indication supplémentaire étant qu’ils sont samiens. Et de cela je déduis que, si ce n’est pas dit pour le premier, cela peut être interprété comme une négligence de la part de ceux qui rédigent les notices, ou comme un doute sur l’attribution d’une origine à la statuette.

Le troisième kouros, lui, à défaut de préciser d’où il vient –comme pour le premier–, le musée raconte son voyage. Comme on le sait, la Grèce a été occupée par les armées de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et pendant cette période, cette statuette qui se trouvait déjà dans le musée archéologique de Samos Vathy a été volée. Ce n’est qu’en juin 2005 qu’elle a été restituée par l’Allemagne à la Grèce, et qu’elle a retrouvé sa place dans ce musée. Les notices des objets présentés, je les lis parfois en grec, mais le plus souvent en anglais. Ici, les fouilles ayant été allemandes, les notices sont presque toutes trilingues, mais on ne s’étonnera pas trop en constatant que celle-ci ne soit pas en allemand! De toutes façons je ne comprends pas cette langue. Or, après avoir lu le texte anglais, j’ai été fort étonné et je me suis reporté au grec. Il parle de la  γερμανική κατοχή, l’occupation allemande. Fort bien. Parce qu’en anglais, je m’attendais à trouver “German occupation”, qui est le terme généralement employé, mais ici je lis “the German’s bondage”, or ce mot exprime l’esclavage, l’asservissement, c’est un mot extrêmement fort. Certes, l’occupation est une situation très dure, surtout quand on sait qu’elle s’est accompagnée de déportations et d’interrogatoires sous la torture, sans même parler de la Shoah qui a touché bien des lieux de Grèce, mais la population civile qui n’était pas poursuivie pour raisons raciales ou pour faits de résistance n’était pas réduite en esclavage. Dans ces conditions, et compte tenu du texte grec, je me demande si l’auteur de la notice a employé à dessein ce mot, ou si sa maîtrise de la langue anglaise ne lui a pas permis de faire la différence entre le mot occupation et le mot bondage.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Cette statuette de bronze date de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. Par sa position, on devine qu’il s’agit d’un cavalier qui tient les rênes. Je ne présente que cette photo, mais il y a dans la vitrine une autre statuette de cavalier tout à fait identique, ce qui a amené les archéologues à supposer qu’il s’agissait d’un groupe auquel tous deux appartenaient; mais on n’a pas retrouvé les chevaux.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Nous avons déjà vu des danseurs tout à l’heure, en voilà d’autres. Les deux statuettes sont de style archaïque, du sixième siècle avant Jésus-Christ. Pour l’homme, sur ma première photo, le musée ne dit rien de plus.

Pour la femme, sur ma seconde photo, il ajoute qu’elle est laconienne. Donc de la région de Sparte. Plus haut, pour essayer de comprendre à partir de quels éléments les archéologues pouvaient déterminer qu’une figurine représentait une danseuse alors que rien, dans ses gestes ou dans sa posture, ne permettait de le voir, j’ai supposé que la nudité féminine inhabituelle en sculpture à cette époque pouvait avoir été la raison de cette interprétation (du moins pour ce qui est des grandes statues de marbre, l’une des premières à avoir été nue est l’Aphrodite de Cnide, de Praxitèle, au quatrième siècle avant Jésus-Christ), et j’avais aussi supposé que, peut-être, le couvre-chef pouvait avoir une signification. Or cette femme n’est pas nue, même si son vêtement lui colle au corps. Mais nous étions en Égypte, entre le huitième et le sixième siècle. Ici nous sommes en Grèce, dans le Péloponnèse, à la limite inférieure de la fourchette de dates des danseuses précédentes, et celle-ci porte également un couvre-chef spécial.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Tout au début du présent article, nous avons vu le groupe de korés accompagnées de la mère, assise sur la gauche, et le père étendu sur la droite, et je disais alors qu’il était dans une position traditionnelle de buveur, que l’on pouvait reconstituer par comparaison avec des statuettes de bronze. Eh bien en voilà une, de ces figurines. Le buveur est étendu à demi, le coude posé sur un coussin, et une coupe de vin à la main. Si l’on compare sa silhouette épaisse, ou celle de marbre du père d’Ornithè et de Philippè, à celle du danseur précédent, on se rend compte que le vin apporte une quantité non négligeable de calories que, restant couchés paresseusement, ils n’évacuent pas…

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Tout à l’heure, j’ai montré quatre kouroi du sixième siècle avant Jésus-Christ. Pour compléter la série, voilà deux têtes qui ont appartenu chacune d’entre elles à un kouros de ce même sixième siècle. Malheureusement, les corps sont perdus. Quoique ce siècle soit encore celui du style archaïque, souvent caractérisé par une sorte de demi-sourire, le visage souriant de bronze poli de ma seconde photo ci-dessus n’évoque pas ce sourire archaïque, par exemple celui de la “Tête de cavalier Rampin”, au Louvre (vers 550 avant Jésus-Christ), ou celles de toutes les magnifiques korés du musée de l’Acropole à Athènes (abattues par les Perses en 480 et datant du siècle précédent); en revanche, le sourire juste esquissé de la tête du kouros de ma première photo en est beaucoup plus proche.

Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014
Samos 08 : Sculptures de l’humain au musée. 29 et 30 août 2014

Et je pourrais dire la même chose de cette korè du sixième siècle dont le musée nous dit qu’elle est originaire de Grèce de l’est. La Grèce de l’est… je me demande ce que cela peut vouloir dire. Sont-ce les cités grecques d’Asie Mineure, qui constituent la partie la plus orientale du monde grec? Cela inclut-il les îles de l’Égée orientale, dont fait partie Samos? Ou s’agit-il de l’est du continent grec en Europe, Épidaure, Rhamnous, Stagire, Amphipolis?... Le texte n’est pas plus explicite en anglais (Eastern Greek) qu’en grec (ανατολική Ελλάδα), ou même qu’en allemand qu’exceptionnellement j’arrive à comprendre (Ostgriechisch).

 

J’en ai déjà trop montré, il faut que je me décide à arrêter. Certes, l’Héraion de Samos était un très grand sanctuaire, mais quand on pense à tout ce qui est allé garnir les musées et les collections privées d’Allemagne, et aussi se trouve aujourd’hui au Louvre et dans les musées de plusieurs autres pays, quand on pense à tout ce qui, à l’époque où l’Empire Ottoman avait la main sur cette île, est parti pour orner les musées de Smyrne (Izmir) et de Constantinople (Istanbul), quand on pense que, pendant longtemps, Athènes a usé de son titre de capitale pour drainer vers le Musée Archéologique National tout ce qui semblait devoir aller enrichir la collection nationale centralisée, on se dit, avant d’arriver à Samos, que l’on va visiter un petit musée de province bien pauvre et qu’on en aura fait le tour en une heure. On entre… et c’est l’émerveillement! Chaque salle, chaque vitrine, recèle des trésors. De tous ceux que j’ai visités aux quatre coins de la Grèce, c’est le plus riche des musées de province. Incroyable. Cela s’explique en partie parce que le site de l’Héraion de Samos est le site archéologique qui, de tout le monde grec, a livré aux archéologues le plus grand nombre, et de loin, d’objets votifs en bronze. J’espère que ceux de mes lecteurs qui auront l’occasion de s’y rendre après m’avoir lu ne seront pas déçus.

Quant à la muséographie, elle a la qualité de ne laisser quasiment aucun objet sans une notice au moins succincte, et le défaut de parfois laisser le visiteur sur sa faim d’explications plus approfondies. Cela dit, il y a aussi de grands panneaux donnant des informations générales claires et intéressantes.

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Published by Thierry Jamard
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