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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 23:55
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Il n’est pas tout à fait 6h30 ce matin de septembre quand notre ferry approche du port de Cos (ou Kos), croisant un navire qui prend le large. La navigation a été calme, ce qui n’avait pas été le cas pour l’auteur des Notes d’un voyage fait dans le Levant en 1816 et 1817: “Notre navigation avait été tellement contrariée par les vents et la tempête que le capitaine m’avait demandé avec inquiétude si je n’avais pas rapporté d’Égypte quelque momie; car les marins prétendent que, lorsqu’il s’en trouve à bord d’un bâtiment, il lui arrivera malheur immanquablement. J’en avais en effet apporté une main, et je fus obligé de la cacher, dans la crainte que les matelots ne m’obligeassent à la jeter à la mer”. Nous sommes sur le pont, tout excités à l’idée que nous allons bientôt fouler le sol de l’île d’Hippocrate.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Voilà, nous y sommes. Nous sommes allés récupérer notre camping-car dans l’un des ponts inférieurs, dans la cale, et nous voyons maintenant les gros camions, ceux qui étaient derrière nous à bord, sortir à leur tour, avant que d’autres passagers s’embarquent vers les escales suivantes.

 

Au sujet du nom de l’île, Choiseul-Gouffier qui y est venu en 1776 écrit dans son Voyage pittoresque de la Grèce: “L’île de Cos est appelée communément Stanco par les navigateurs, trop sujets à déformer tous les noms; cette corruption vient de la manière dont ils entendent les mots que les Grecs emploient pour dire qu’ils vont à Cos, εις τήν Κως, et qui prononcés rapidement font Stinco”.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Notre nuit a été courte. De retour à Leros en provenance de Kalymnos, il était 22h30 hier au soir. Mais pour que le ferry qui devait nous emmener de Leros à Cos coupe les amarres ce matin à 4h55, nous devions présenter notre véhicule peu après 4h, le réveil ayant sonné assez tôt pour que nous ayons le temps, auparavant, de prendre notre douche, de nous habiller et de parcourir les quelques centaines de mètres qui nous séparaient de l’embarcadère. Mais arrivés à 6h35, nous n’allions quand même pas nous recoucher. Nous avons recherché un stationnement et sommes allés visiter un peu.

 

Il est maintenant un peu plus de sept heures. Le jour se lève sur les puissantes murailles du château Neratzia, si grandes, si longues, qu’on les prendrait pour des murs de ville, et (seconde photo ci-dessus) sur l’hôtel de ville. Mais notre première visite sera pour des ruines antiques. Ici, pas de clôture, pas de porte, pas de guichet pour vendre des billets, le site est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et sept jours sur sept. Mais je ne parlerai pas ici de cette (longue) visite matinale, parce que je réserve les antiquités à de prochains articles.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Il n’y avait pas un seul oiseau quand nous sommes arrivés. Il est maintenant 7h15, et voilà que les pigeons, les mouettes et quelques autres espèces se réveillent. Celui-ci semble s’étonner de nous voir nous diriger vers les ruines du port antique et de l’agora, car sur la foule qui a débarqué du ferry, et qui comportait une bonne proportion de touristes étrangers, nous sommes absolument les seuls à opérer ce choix.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Et pour démentir ce que je viens de dire, à savoir que je ne montrerai pas ici de ruines antiques, en voilà. Parce que ce n’est pas un site. Ma photo semble bizarre, on ne comprend pas bien ce qu’elle représente. En haut, le rouge sombre, ce sont des sièges, et en-dessous on distingue une forêt de pieds de sièges et de table. Ils sont posés sur un dallage de verre sous lequel on peut voir des tronçons de colonnes cannelées. Oui, nous sommes dans un bar. Quand ce bâtiment a été construit, les archéologues ont découvert lors des fouilles préliminaires qu’il y avait là quelques ruines antiques. Peut-être parce qu’il n’y avait pas grand-chose, peut-être parce que la ville est tellement truffée de ruines dans son sous-sol que si l’on ne construisait pas là où on en trouve la ville ne serait plus qu’un immense site archéologique, peut-être les promoteurs immobiliers ont-ils graissé la patte des décideurs (mais je me refuse à croire à cette hypothèse), toujours est-il que le permis de construire a été accordé, à la condition que les ruines restent visibles. Alors l’architecte a posé ses fondations tout autour et a recouvert les colonnes d’un sol transparent. Rien ne le signale à l’attention, nous l’avons vu par hasard un soir en prenant un pot dans ce bar.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Au titre de Cos en général, et de son histoire en particulier, je sors ces deux photos de monnaies de mes anciens dossiers: je les ai prises le 28 octobre 2011 au musée numismatique d’Athènes. Et comme ni l’une ni l’autre ne faisait partie de ma sélection pour l’article correspondant, je peux les montrer aujourd’hui sans commettre de redite. Toutes deux ont été émises à Cos. Pour celle de gauche, le musée disait qu’il s’agissait d’une tridrachme de Cos, tandis que la seconde, dans une vitrine de pièces représentant la faune, se trouvait dans la rubrique “serpents”, et la seule indication la concernant en propre était sa ville d’émission.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Et puisque j’en suis aux musées extérieurs, ces mosaïques je les ai photographiées au musée archéologique d’Istanbul. Il était dit que ces mosaïques de sol provenaient de Cos (Istanköy, en langue turque), et qu’elles sont d’époque romaine, deuxième siècle après Jésus-Christ. Par chance, elles n’avaient pas toutes été prélevées, parce que nous en verrons beaucoup d’autres encore en place sur des sols complets. En espérant qu’elles ne disparaîtront pas, volées par des revendeurs ou bêtement détruites progressivement par des touristes désireux d’emporter un souvenir (j’ai vu un jour, sur l’un de ces sites ouverts et non gardés, une touriste allemande qui prélevait une dizaine de tesselles…).

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Nous étions sur le port de Cos, plusieurs fois au cours de notre séjour nous y sommes revenus, et jamais nous n’avons rencontré quelqu’un qui ressemble au personnage de cette gravure… Elle est tirée du magazine Le Tour du monde, et a été publiée en 1876. Son auteur, E. Ronjat, l’a dessinée d’après une photographie et il l’a titrée Marin de Cos.

 

Après ce marin, ce moustachu, je vais parler de femmes. Ou plutôt, c’est Hérodote que je vais laisser en parler (je me réfère à la traduction d’Andrée Barguet, édition Folio Classique). C’est l’époque de la seconde Guerre Médique, menée par Xerxès en 480 avant Jésus-Christ:

 

D’abord VII, 99. “Le nombre des trières s’élevait à mille deux cent sept […]. Voici, pour la flotte, les noms des chefs les plus célèbres [il cite neuf noms…]. Je ne rappelle pas les noms des autres capitaines, car je n’en vois pas la nécessité; je nommerai cependant Artémise, car j’éprouve une grande admiration pour cette femme qui osa partir en guerre contre la Grèce: demeurée veuve avec un fils tout jeune encore, elle prit elle-même le pouvoir, et son énergie, son courage viril l’amenèrent à prendre part à l’expédition quand rien ne l’y obligeait. Elle s’appelait Artémise, fille de Lygdamis, elle était d’Halicarnasse [aujourd’hui Bodrum, sur la côte d’Asie juste en face de Cos] par son père et crétoise par sa mère; souveraine d’Halicarnasse, de Cos, de Nisyros [qui sera notre prochaine étape après Cos] et de Calydna [c’est-à-dire Kalymnos], elle apporta cinq navires à Xerxès […]. J’ai indiqué les villes sur lesquelles elle régnait; j’ajoute ici que leurs habitants sont tous des Doriens, car les gens d’Halicarnasse viennent de Trézène, et les autres d’Épidaure [deux villes du Péloponnèse]”. Outre la personnalité exceptionnelle de cette Artémise qui ne cessera de donner des conseils judicieux à Xerxès, conseils qu’il ne suivra pas toujours, et il s’en mordra les doigts, nous apprenons ici que nous sommes dans une île dorienne. À Lesbos, nous étions en domaine éolien, puis nous sommes passés en domaine ionien, et nous voici chez les doriens. Tous des Grecs, mais de rameaux différents, qui ont des usages différents et parlent des dialectes différents. L’attique, parlé à Athènes, est dérivé de l’ionien, et c’est de ce dialecte aussi qu’est issue la koïnè, cette langue unifiée pour tout le domaine grec après la conquête d’Alexandre, quand le centre intellectuel de la Grèce s’établit à Alexandrie, en Égypte. Et c’est de cette koïnè qu’est issu le grec moderne.

 

Et une autre femme, en IX, 76. C’est la déroute de l’armée perse. “Quand les Grecs eurent écrasé les Barbares à Platées, une femme se présenta devant eux, qui fuyait le camp des Perses. Quand elle apprit l’anéantissement des Perses et le triomphe des Grecs, cette femme, qui était la concubine d’un Perse, Pharandatès fils de Téaspis, se couvrit d’or ainsi que ses suivantes, revêtit ses habits les plus beaux et, quittant sa voiture, s’en alla trouver les Lacédémoniens qui étaient encore en plein carnage. En voyant Pausanias diriger tout, la femme, qui connaissait déjà le nom et la patrie du chef grec pour en avoir souvent entendu parler, le reconnut et lui dit en embrassant ses genoux: ‘Roi de Sparte, je suis ta suppliante, délivre-moi de ma captivité. Tu m’as déjà secourue en perdant ces hommes qui ne tiennent compte ni des êtres divins ni des dieux. Ma famille est de Cos, je suis la fille d’Hégétoridès fils d’Antagoras; le Perse m’a enlevée de Cos et me retenait captive.’ Pausanias lui répondit: ‘Sois sans crainte, femme, et comme suppliante, et surtout s’il se trouve que tu dises vrai et que tu sois la fille d’Hégétoridès de Cos, le premier de mes hôtes en ces régions.’ Sur ces mots il la remit aux éphores présents, et plus tard il la fit partir pour Égine où elle désirait aller”.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

En ville, nous sommes tombés devant ce petit monument à la gloire d’Alexandre le Grand. Il s’agit du serment qu’il a prononcé en 324, un an avant sa mort. La plaque de cuivre de la façade est traduite en français sur une autre face. Inutile, donc, que je traduise, je pense qu’avec de bons yeux ou de bonnes lunettes on peut lire sur ma photo. Il y a ici ou là de petites fautes de français, mais qui songerait à s’en plaindre, quand on constate l’effort de se rendre compréhensible pour le public? Au contraire, j’en remercie les auteurs.

 

Alexandre. On le surnomme “le Grand”. Il est vrai, d’ailleurs, que ce serment qui fait considérer comme des égaux les peuples conquis et les peuples conquérants, à une époque où l’usage était que le vainqueur réduisît en esclavage le vaincu, à moins qu’il ne l’exécutât, fait d’Alexandre un grand homme. Mais puisque ce petit monument me fait parler de lui, je vais maintenant laisser en dire ce qu’il pense un homme qui a mené une vie de voyages et d’aventures, Charles Sonnini de Manoncourt (1751-1812). En 1778-1779, il est en Grèce. Passés les plus gros troubles de la Révolution, à court d’argent il publie le récit de ses voyages; celui-ci, paru en 1801, s’intitule Voyage en Grèce et en Turquie fait par ordre de Louis XVI:

 

“[Cos fut] la patrie d’Apelle, le peintre le plus célèbre de l’antiquité, à qui seul il fut permis de peindre Alexandre, le plus grand des héros de son temps, si toutefois l’héroïsme peut consister dans l’exercice de la puissance la plus terrible, et que la nature et l’humanité repoussent avec horreur, celle de troubler, de tourmenter les peuples et de massacrer les hommes. La postérité, moins heureuse à l’égard du peintre, n’a pas recueilli ses ouvrages; elle ne les connaît que par la tradition de la plus brillante renommée, tandis que les livres du père de la médecine, plus utiles et plus durables, sont arrivés jusqu’à nous, pour être la meilleure école où l’on puisse apprendre à écarter de notre frêle et passagère existence les maux qui la menacent et l’accablent”.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Il m’arrive très souvent de citer Choiseul-Gouffier, mais aussi de publier des gravures tirées de ses livres, signées Hilaire, l’artiste qu’il avait emmené avec lui. En effet, ces livres ont été scannés par la Bibliothèque Nationale de France, et placés dans sa bibliothèque électronique Gallica, où j’ai pu les télécharger. Mais, chose curieuse, j’ai bien le texte décrivant la gravure, j’ai feuilleté et re-feuilleté le livre, la gravure ne s’y trouve pas. Mais, outre le cachet de la BNF, le livre porte aussi un cachet “Bibliothèque du roi, Fontainebleau”, et il est fort possible que le roi, ou quelque familier, ait détaché la page de la gravure.

 

Mais nous avons fréquenté très assidument la bibliothèque municipale de Cos, et il se trouve qu’elle possède, dans ses collections, une édition traduite en anglais des voyages de Choiseul-Gouffier. J’ai ainsi le texte français tiré de mon édition, et j’ai bien entendu photographié la page de la gravure dans l’édition anglaise. La gravure est ci-dessus, et le texte ci-dessous:

 

“Planche cinquante-neuvième. Vue de la place publique de Cos. […] Rien n’est aussi agréable que la place publique dont je donne le dessin. Un platane prodigieux en occupe le centre, et ses branches étendues la couvrent en entier: affaissées sous leur poids, elles pourraient se briser, sans les soins des habitants qui lui rendent une espèce de culte; mais comme tout doit offrir dans ces contrées les traces de leur ancienne grandeur, ce sont des colonnes superbes de marbre et de granit qui sont employées à soutenir la vieillesse de cet arbre respecté. Une fontaine abondante ajoute au charme de ces lieux toujours fréquentés par les habitants, qui viennent y traiter leurs affaires, et y chercher un asile contre la chaleur du climat”.

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La légende, à laquelle beaucoup de gens ajoutent foi, veut qu’Hippocrate, dont nous avons vu qu’il était de Cos, ait enseigné la médecine à ses disciples à l’ombre de ce platane. Or Hippocrate est né vers 460 avant Jésus-Christ, il est mort vers 370, l’arbre aurait donc plus de 2400 ans. C’est impossible. On raconte parfois aussi que saint Paul aurait lui aussi expliqué la nouvelle religion au pied du platane. Même un peu moins de 2000 ans, c’est impossible. Mais il est certain que ce platane est pluri centenaire, peut-être plus que demi-millénaire. La circonférence de son tronc atteint la dimension fabuleuse de douze mètres.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Choiseul-Gouffier fait allusion à une fontaine, et cette fontaine existe toujours. Les caractères arabes, utilisés pour écrire la langue turque à cette époque, témoignent que c’est bien la même fontaine que celle du dix-huitième siècle. D’autres auteurs aussi en parlent, et par exemple ce Sonnini que j’ai cité tout à l’heure. Il voyage deux ans seulement après Choiseul-Gouffier:

 

“À peine y avions-nous jeté l’ancre, qu’un envoyé de l’agent français qui y résidait vint nous prévenir que le capitaine d’un navire marchand provençal, qui avait conduit à Stancho des passagers turcs de Constantinople, venait d’expirer de la peste. Quoique nous eussions besoin de quelques provisions, notre parti fut bientôt pris, et nous résolûmes de supporter quelques privations […]. Cependant je ne pus me déterminer à demeurer si près d’une île que je ne devais plus avoir l’occasion de visiter, sans y descendre. […] Le canot du navire me jeta seul sur le rivage; et de peur de toute communication, il s’en retourna bien vite. […] Je passai la journée entière à visiter les environs de la ville, à me promener dans les riches et délicieux bocages qui l’environnent. […] Je vis le fameux platane qui couvre la petite place publique de ses branches antiques et tortueuses. […] Une fontaine a été bâtie à l’ombre du platane: elle fournit aux besoins des Turcs, grands consommateurs d’eau; et ils trouvent, dans un café établi sous le même feuillage, la liqueur chaude que donne la fève de l’arbrisseau de l’Arabie, et qui leur tient lieu de vin et de toute autre liqueur fermentée. Les Turcs, pour qui les lieux frais sont un besoin et un délice, se rassemblent sous le prodigieux platane de Stancho; chacun d’eux se plaît à le soigner, et ils ont, pour cet arbre, une sorte de ménagement religieux, que partagent les familles d’oiseaux qui se logent et se nichent sur ses rameaux. […] La nuit était close lorsque je me rendis au vaisseau, satisfait de ma petite excursion, et de ne pas avoir été arrêté par la frayeur de la peste. Je rassurai l’équipage par le détail des précautions que j’avais prises pour éviter toute communication dangereuse, et nous appareillâmes le matin du 3, avant le jour”.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Sonnini avait lu Choiseul-Gouffier, car il le cite au sujet du nom de Cos appelée Stanco (il ajoute “ou Stancho”, et c’est cette seconde orthographe qu’il adopte, mais en sachant que c’est une déformation que n’utilisent que les étrangers. Je devrais plutôt dire les non Grecs, parce que les Turcs, qui s’y considéraient comme chez eux, commettaient la même faute et, entendant la locution prononcée is-tin-ko, il appelaient (et appellent encore) cette île Istanköy, comme je l’ai dit en montrant un peu plus haut des mosaïques de sol du musée archéologique d’Istanbul et comme en témoigne cette petite notice photographiée auprès de ces mosaïques.

 

Ce passage a aussi attisé ma curiosité sur un détail dont je n’ai pas l’explication. Ainsi, les Turcs dont la religion n’autorise pas la consommation d’alcool, “boivent la liqueur chaude que donne la fève de l’arbrisseau de l’Arabie”. Même si personne ne m’a donné d’explication, je suis convaincu qu’il s’agit du café. D’abord parce que si les Turcs aujourd’hui consomment surtout du thé, ils sont également gros consommateurs de café. Et les Grecs, qui ont si longtemps été occupés par les Turcs, boivent du café, chaud ou frappé, toute la journée. Ensuite parce que le café, dont l’origine est sans doute en réalité en Éthiopie, était censé venir d’Arabie. Le café arrive à Paris en 1669, l’ancien prof de lettres que je suis ne peut oublier cette date, puisque cette arrivée est liée à celle de l’ambassadeur de la Sublime Porte, qui va inspirer à Molière la célèbre scène du Mamamouchi dans le Bourgeois Gentilhomme, en 1670. Et le célèbre café Procope, rue de l’Ancienne Comédie, à Paris, créé quelques années plus tard va contribuer à la diffusion de cette boisson à Paris et en France. Il y a donc environ un siècle que le café est connu en France lorsque Sonnini écrit cela.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Décidément, ce platane a inspiré bien des voyageurs. Je ne suis pas autorisé à me moquer, puisque moi-même je l’ai photographié. Ci-dessus, deux gravures que, comme celle de Choiseul-Gouffier précédemment, j’ai trouvées à la bibliothèque municipale de Cos. La première de ces gravures est de J. H. Allan, publiée en 1843. Il n’est pas dit de quel livre elle est tirée. La seconde, dessinée par Meunier en 1888, a été publiée par Victor Duruy. Un nom célèbre: cet agrégé d’histoire et géographie sera ministre de l’instruction publique de 1863 à 1869, réformant en profondeur l’éducation et modernisant son administration. Ses nombreuses publications de qualité en histoire lui vaudront d’entrer à l’Académie Française. Entre autres, on trouve entre 1887 et 1889 les trois volumes de l’Histoire des Grecs, dans laquelle il a publié cette gravure.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Et puis je fais une mention à part pour ce savoureux dessin de Barsky (1701-1747), cet infatigable voyageur à pied dont je raconte un peu les aventures dans mon article Le monastère de Néa Moni, à Chios. Les 18 et 19 juillet 2014. À partir de ce dessin a été réalisée en 1888 la gravure ci-dessus. Les auteurs parlent plus ou moins des personnages qui peuplent et animent les lieux qu’ils décrivent, parfois ils montrent des gravures de personnages isolés, “Marin de Cos”, ou “Femmes de Samos”, etc., tandis que Barsky, lui, met ses personnages en situation dans leur cadre. Il ne dessine pas séparément les personnages et les paysages, il dessine les personnages dans les paysages, montrant ainsi la vie telle qu’il la perçoit. À gauche, un marchand amène son âne dont le bât est chargé de melons ou de pastèques. Juste derrière, un autre vend des marchandises sur une table, et il a une balance à un seul plateau fixée sur le rebord. Juste au milieu, entre deux tas de melons, celui-là tient une grande balance à deux plateaux. Devant le tas de melons de droite, un vieillard courbé sur sa canne vient faire son choix. Sur la droite, deux chiens se font face. Au pied du platane, derrière un muret, je ne sais ce que fait cet homme casquetté en uniforme. Derrière, à la gauche du platane, il y a la fontaine. Barsky n’a pas oublié non plus les oiseaux que Sonnini remarquera un demi-siècle plus tard.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Les auteurs, parlant de Cos, évoquent rapidement le nom d’Apelle, cet artiste, le plus grand peintre de l’antiquité, mais puisqu’aucune de ses œuvres n’a subsisté ils passent vite à autre chose. Hippocrate, par exemple, dont l’action sinon les œuvres (il semble qu’il n’ait rien écrit lui-même et que “ses” œuvres aient été rédigées par des disciples) perdure aujourd’hui, notamment à travers le Serment d’Hippocrate prêté par tous les médecins. Je vais essayer de réparer cette injustice, en montrant ici une photo que j’avais prise le 25 avril 2010 et que j’ai déjà publiée dans mon article de l’époque sur Pompéi. Cette fresque qui a résisté à l’usure des siècles sur le mur de l’une des maisons de Pompéi serait une copie de la Vénus Anadyomène d’Apelle, ou s’en serait inspirée.

 

Le respect et l’admiration que les anciens vouaient à Apelle, on en a une idée à partir d’une phrase de Cicéron dans le De officiis (Livre III, II, 10): “Nemo pictor esset inuentus qui in Coa Uenere eam partem quam Apelles inchoatam reliquisset, absolueret –oris enim pulchritudo reliqui corporis imitandi spem auferebat”.

 

Ce que je traduis: “On ne put trouver aucun peintre pour achever sur la Vénus de Cos cette partie qu’Apelle avait laissée inachevée –car la beauté du visage supprimait tout espoir de l’imiter dans le reste du corps”. Le Romain Cicéron assimile à la Vénus latine l’Aphrodite des Grecs. Dans un article à venir (Cos 06), je décrirai l’Asklepieion de Cos, pour lequel une représentation d’Aphrodite avait été commandée à Apelle. Apelle a entrepris de peindre son tableau en commençant par le visage d’Aphrodite, puis il est mort sans avoir achevé, et personne n’a osé se comparer au maître en complétant la peinture. C’est à cela que Cicéron fait allusion.

 

Dans cette île que les Grecs ont si longtemps disputée aux Turcs, déplorant de devoir se soumettre au sultan, de lui payer tribut, qu’elle soit intégrée à l’Empire Ottoman, ce serait la pire injure de prendre quelqu’un pour “tête de Turc”. Il ne faut en aucun cas penser que c’est ce que je veux faire avec Lawrence Durrell, que je vais encore une fois (hé oui!) critiquer. En effet, dans The Greek Islands, après avoir cité Pouqueville (dont il déforme le nom en Pourqueville), il écrit:

 

“Another echoing name is Apelles, whose world-famous statue of Aphrodite is supposed to have adorned the Aesculapion”. Soit: “Un autre nom retentissant est Apelle, dont on dit que la statue mondialement connue d’Aphrodite aurait orné l’Esculapion”.

 

Passons sur le fait que, parlant correctement dans cette île grecque d’Aphrodite plutôt que de Vénus, il évoque ensuite malencontreusement le sanctuaire du latin Esculape, copié par les Romains sur l’Asclépios grec; mais la statue d’Aphrodite? Apelle, un sculpteur? L’anglais n’est pas ma langue maternelle, je suis conscient de ne le parler qu’imparfaitement, ces mots me donnent un doute. Et si le mot anglais “statue” pouvait signifier toute représentation? Je me saisis de mon énorme Oxford English Dictionary tout anglais, et j’y lis: “Statue, a representation in the round of a living being sculptured, moulded or cast in marble, metal, plaster or the like materials”. Désolé, Sir, vous vous êtes planté en beauté.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Par quoi commencer pour donner une idée de la ville, quand on en a déjà montré le port et le platane d’Hippocrate? Peut-être par cette très célèbre avenue des Palmiers, qui est traversée par cette belle arche.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

L’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem s’est installé à Rhodes après l’avoir conquise de 1307 à 1310 (nous allons bientôt visiter cette île, et j’aurai alors amplement l’occasion de parler de cet ordre militaire et de ses chevaliers), et a essaimé particulièrement dans l’île voisine de Cos, conquise dès 1315. Mais malheureusement les bâtiments n’ont souvent pas été entretenus après le départ des Chevaliers et tombent en ruines. Ici, nous voyons un pan de mur où a subsisté une plaque avec des blasons de chevaliers.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Ce bâtiment-ci, en revanche, a été maintenu en bon état à travers les siècles. Cela s’explique sans doute par le fait qu’il s’agissait de la luxueuse résidence, construite en 1514, du commandant Francesco Sans, de l’Ordre de Saint-Jean. Quand, en 1525, les Turcs prennent possession de l’île, cette superbe demeure était toute neuve, je suppose qu’elle a très vite été récupérée par le gouverneur ottoman de l’île, ou par un notable turc. Habitée de façon continue, elle a ainsi été maintenue en état.

 

On remarque, dans le mur, près du porche d’entrée, une pierre décorée d’élégants bas-reliefs. Cette pierre n’est pas la même que celles du mur, sa couleur n’est pas la même, ses sculptures sont interrompues par ses bords, et n’ont rien à voir avec la nature de cette demeure: pour moi, il ne fait pas de doute que cette pierre a été récupérée d’un monument antique. Elle gisait là au sol, les maçons l’ont prise et utilisée.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Lorsque nous sommes arrivés dans l’île, j’ai montré les bateaux dans le port puis, de loin, les murs byzantins du château de Neratzia. Je dis byzantins, je devrais dire d’époque byzantine, parce que c’est après l’avoir prise et en avoir fait un état indépendant à partir de 1315  que les Chevaliers de Saint-Jean vont construire à la fin du quatorzième siècle les forts murs de ce château. Un soir que nous passions sur le port, j’en ai pris cette autre photo où l’on voit que les murailles viennent jusqu’à la mer, avec leur puissante tour ronde de défense.

 

Ce château, ce n’était pas le château principal de l’Ordre qui, lui, se situe dans l'île de Rhodes. C’est Pierre Belon qui, en 1555, dans Les observations de plusieurs singularités et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie… (etc.), nous parle de la disposition des lieux: “Quand le jour fut venu, étant déjà bien avancés dedans le canal, nous voyions bien à clair toute l’île de Cos, qui est le pays dont était Hippocrate, les Turcs la nomment Stancou. […] La ville de Cos est toute habitée de Turcs, et en toute l’île n’y a que deux villages habités de Grecs. Le château et ville de Cos sont pareillement appelés Stancou. Il est assis en haut lieu, fait à tours rondes, plus grandes que celui de Metelin [=Mytilène, dans l’île de Lesbos], ou de Tenedos [toute petite île un peu au nord de Lesbos, restée aujourd’hui encore turque, et nommée Bozcaada]. La ville est en bas lieu, située au rivage, dessous le château. Cette île est bien fertile et abondante en animaux, et est plus longue que large”.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Cos possède un grand musée archéologique plein d’antiquités magnifiques. Cela, je le dis de confiance, parce que, hélas, trois fois hélas, nous n’avons pas pu le visiter, il est en travaux de rénovation. L’Europe cofinance les travaux dans son programme de développement régional 2007-2013. Nous ne sommes qu’en septembre 2014, seulement deux tiers d’année de retard. Je présage qu’il faudrait attendre encore bien longtemps sur place avant de le voir ouvrir ses portes, parce qu’en Grèce, les retards de travaux se comptent en années multiples.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Nous sommes au cœur de la ville moderne, sur la vaste place πλατεία Ελευθερίας (place de la Liberté), la même que celle du musée archéologique, peuplée de terrasses de café qui lui donnent vie et animation. Le bâtiment de ma première photo ci-dessus, avec cette horloge, était à l’époque de la domination italienne la Casa del Fascio (Maison du fascisme), et était occupée par le gouverneur italien de l’île. En effet, en décembre 1933, l’architecte italien Bernabiti décide d’acquérir le bâtiment. Les travaux débutent dès 1934, et l’inauguration aura lieu en 1936. Ce n’est que longtemps après la fin de la guerre et le départ des Italiens que ce bâtiment va être destiné à la culture et aux arts. Aujourd’hui nommé Orphéas (Orphée est un poète et un musicien), il s’y trouve un cinéma, et la bibliothèque municipale, ouverte en 2003 que, comme je le disais tout à l’heure, nous avons fréquentée assidument. Et aussi un restaurant.

 

Ce qui est inscrit sur le bâtiment de ma seconde photo nous dit que c’est le marché municipal, que nous voyons en tournant autour de la place de la Liberté. Et toujours en tournant autour il y a la mosquée Defterdar, devant laquelle se trouve ce joli petit kiosque de ma troisième photo, qui abrite la fontaine nécessaire pour effectuer les ablutions rituelles.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Cette sculpture, qui représente la lutte d’Héraklès et Antagoras, évoque un épisode mythologique qui se déroule à Cos: il est donc impératif que je la montre!

 

Avant l’époque de la Guerre de Troie, alors que le futur roi Priam est encore adolescent, Héraklès a mené une expédition contre la ville et rentre chez lui. Mais Héra, la jalouse épouse de Zeus, veut se venger sur Héraklès, que son volage époux a conçu avec Alcmène. Elle soudoie Hypnos, le dieu qui donne le sommeil, pour qu’il endorme profondément Zeus, et tandis que le roi des dieux et père d’Héraklès est en train de dormir elle fait provoquer par Borée, le dieu des vents, une effroyable tempête qui fait couler les navires d’Héraklès, sauf celui où lui-même se trouve, projeté sur le rivage de Cos. Affamé après cette traversée longue et périlleuse, il rencontre Antagoras, le fils d’Eurypyle, le roi de l’île, qui garde un troupeau. Il demande alors à Antagoras de lui donner un bélier, mais le royal berger n’accepte qu’à la condition qu’il parvienne à le vaincre à la lutte. La lutte s’engage. Les habitants de Cos, voyant le fils de leur roi en train de se battre contre un étranger, croient qu’il a été agressé, et volent à son secours. Héraklès est très fort (dans cette île, je n’ose pas dire “fort comme un Turc”…), mais face à toute la population il comprend qu’il ne fera pas le poids, et profite de la mêlée pour s’enfuir. En un lieu nommé Φύξα (Phyxa), près de la ville de Pyli (dans les terres, à une quinzaine de kilomètres de la capitale), il trouve refuge chez une femme, à qui il emprunte des vêtements féminins pour ne pas être reconnu. Et il réussit ainsi à quitter l’île de Cos.

 

Plutarque, dans les Questions grecques, nous informe sur un usage concernant, de son temps (premier siècle après Jésus-Christ), les mariages à Cos: “Après s'être purifié, il épousa la fille d'Alciopos [ici ce n’est pas Eurypyle], et prit pour la cérémonie des noces une robe de femme. C'est pour cela que le prêtre d'Héraklès fait le sacrifice dans le lieu même où le combat se livra, et les nouveaux mariés, le jour des noces, y reçoivent leurs épouses vêtus en femmes”.

 

Il a donc échappé à ses poursuivants et il a quitté Cos. Moi, je veux bien, mais les gens d’ici devaient être bien naïfs, de se laisser ainsi abuser. Voir dans ces vêtements de femme un colosse bodybuildé, plus musclé que Stallone et Schwarzenegger réunis, avec du poil noir sur toutes les parties de peau visibles, le dos des mains, le bas des jambes et les pieds (et encore, il cache la partie charnue de son individu, car Archiloque, Hérodote, Aristophane, etc. le qualifient de μελαμπγος, “aux fesses noires”... de poil, bien sûr!), sans parler de la barbe et de la moustache qu’il s’est peut-être rasées mais qui lui font la peau bleue, et emportant avec lui une massue et une peau de lion, puisqu’il les aura encore après cette aventure, cela n’a-t-il pas mis la puce à l’oreille de ces gens qui recherchaient un fugitif faisant jeu égal à la lutte avec leur prince réputé pour sa force?

 

Je n’ai pas à m’interroger à ce sujet, parce que pour l’instant, au moment où le sculpteur les a surpris pour les représenter, Antagoras et Héraklès sont seuls face à face, en train de lutter. On constate, comme je le disais il y a un instant, qu’Héraklès ne se sépare jamais de sa peau de lion (il l’a sur la tête et dans le dos), ni de sa massue, posée près de lui sur un rocher.

 

Cette légende a été l’objet d’une interprétation. Comme je l’ai dit, les habitants de Cos sont des Doriens. Or la tradition veut que les Doriens soient des Héraclides, c’est-à-dire des descendants d’Héraklès. Ce mythe voudrait donc symboliser la lutte des Héraclides pour la conquête de Cos. Dans ces conditions, il est étonnant qu’Héraklès ait le dessous et s’enfuie. Cette interprétation cadrerait mieux avec une version tout autre de la légende: voyant Héraklès et ses hommes sur la plage où les a jetés la tempête, les habitants les prennent pour des pirates et les chassent à coups de pierre. Mais la petite troupe débarque de nouveau nuitamment, prend la ville, tue le roi Eurypyle, et met Chalciopè, la fille du roi, dans son lit. La légende ne dit pas s’il la viole (il est coutumier du fait), ou si elle est consentante, admirant les biceps du héros. De cette union naîtra un fils, Thessalos, qui sera le roi de Cos. Les fils de Thessalos participeront à la Guerre de Troie mais, au lieu de rentrer à Cos après la victoire des Grecs, ils s’établiront dans la plaine de Grèce continentale qu’en l’honneur de leur père ils appelleront la Thessalie. Là, au moins, Héraklès est à l’origine de ce Thessalos et des enfants qu’il aura et qui peupleront l’île de Cos, indépendamment des deux fils partis pour la Thessalie.

 

Les fils de Thessalos participeront à la Guerre de Troie? Oui, c’est Homère qui le dit, dans l’Iliade, au chant II (vers 676 à 680):

 

οἳ δ᾽ ἄρα Νίσυρόν τ᾽ εἶχον Κράπαθόν τε Κάσον τε

καὶ Κῶν Εὐρυπύλοιο πόλιν νήσους τε Καλύδνας,

τῶν αὖ Φείδιππός τε καὶ Ἄντιφος ἡγησάσθην

Θεσσαλοῦ υἷε δύω Ἡρακλεΐδαο ἄνακτος·

τοῖς δὲ τριήκοντα γλαφυραὶ νέες ἐστιχόωντο.

 

Ce que je traduis: “Ceux qui possédaient Nisyros, Krapathos [=Karpathos], Kasos [toute petite île au sud-ouest de Karpathos], Cos, ville d’Eurypyle, et les îles Calydnes, étaient conduits par Phidippos et Antiphos, les deux fils du roi Thessalos, un Héraclide; ils alignaient trente nefs creuses”.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Et maintenant des lieux de culte. Lorsque, le matin du jour de notre arrivée, nous nous sommes dirigés vers un site archéologique, nous y avons également trouvé des églises qui s’étaient construites parmi les bâtiments antiques. Il n’est pas encore 7h30, nous avons débarqué il y a moins d’une heure, et déjà nous trouvons de bien intéressantes choses à voir. Cette église a été édifiée au début du quinzième siècle (je rappelle que les Chevaliers de Saint-Jean sont arrivés au début du quatorzième siècle et qu’ils devront partir au début du seizième) en tant qu’église de cimetière, comme en témoignent les pierres tombales que l’on peut voir aux alentours et dont deux sont le sujet de ma troisième photo ci-dessus. Quand on sait où est située cette église, on ne peut s’étonner de trouver ici ou là dans ses murs quelques marbres, quelques pierres sculptées ou portant des inscriptions qui ont visiblement été récupérés dans les ruines avoisinantes. Cette église est dédiée à la Panagia Gorgoépikoos, c’est-à-dire la Vierge Qui-Entend-Rapidement; il faut comprendre par là que le fidèle qui la prie est entendu et exaucé sans retard.

 

Nous n’avons pu y entrer. Je ne sais si c’est en raison de l’heure ou si l’église est habituellement fermée lorsqu’il ne s’y déroule pas d’office. Le panneau explicatif que l’on voit sur la première photo détaille les deux programmes de fresques, celui du milieu du quinzième siècle et celui du début du seizième. Je ne parlerai pas de ces fresques puisque je ne les ai pas vues. Pas plus que je ne pourrai parler de l’iconostase de bois sculpté “d’un art exquis”. Sans en parler, je les évoque pour que si l’un de mes lecteurs est intéressé, il puisse tenter sa chance.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Cette église est située à l’intérieur de l’enceinte fortifiée des Chevaliers et date de la fin de l’époque byzantine, dit la notice: je pense qu’il faut comprendre qu’elle n’est pas byzantine puisqu’elle est indépendante de l’empereur et ne dépend que de l’Ordre de Saint-Jean, mais qu’elle date des dernières années de l’Empire Byzantin, c’est-à-dire des années qui précèdent 1453. Les archives de la fin du dix-huitième siècle la présentent comme une dépendance d’une église dédiée à Sainte Marine, enfermée dans une clôture avec des bâtiments de ferme et un vignoble. Au dix-neuvième siècle, on a enterré sous ses murs Anthoula, la mère de l’archevêque de Cos, Gerasimos, morte en 1811 dans la grande épidémie de peste qui se poursuivra jusqu’en 1814. L’archevêque son fils, lui, survivra, et sera enterré auprès d’elle en 1838.

 

En 1842, Kyrillos, le métropolite de Cos, décide que cette prospère église contribuera avec le produit de son vignoble au fonctionnement d’une école fondée sur le principe du monitorat, où les élèves plus grands aident les plus jeunes à acquérir les bases. Et en 1882, avec bien entendu la permission des autorités ottomanes, est créée une école élémentaire pour garçons (en grec αρρεναγωγείον, arrenagogeion). L’église se trouve incluse dans la cour de l’école, et prend le nom de Saint-Georges de l’Arrenagogeion. En 1933, l’île de cos a été secouée par un terrible tremblement de terre (on peut voir sur Internet des photos des ruines catastrophiques qu’il a causées) qui a jeté à bas l’école. Le séisme a eu lieu le 23 avril, jour de la saint Georges, et l’église a résisté sans dommages, ce que les fidèles ont interprété comme une protection spéciale de son saint patron.

 

Ma troisième photo ci-dessus tente de montrer une reproduction de mauvaise qualité d’un emploi du temps de classe de sixième niveau (environ notre classe de CM2, je crois) de cette école, en 1901. Cette reproduction se trouve sur le panneau explicatif devant l’église.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

L’église de ces photos date du début du quinzième siècle. Le saint Jean des Chevaliers, ce n’est pas Jean l’évangéliste, celui de l’Apocalypse, l’aigle de Patmos, mais c’est Jean le Baptiste, le cousin de Jésus, celui du baptême dans le Jourdain. Et c’est logiquement à lui qu’a été dédiée cette église par les Chevaliers de l’Ordre lors de sa consécration. Et puis en 1522 arrivent les Ottomans, l’église est abandonnée. Les siècles passent, elle est en ruine avancée quand la communauté de Cos prend conscience de la perte d’un bien historique et artistique (elle aussi contient des fresques du seizième siècle que nous n’avons pu voir), et un certain Anastasios Platanistas est chargé d’entreprendre des travaux de conservation. Nous arrivons au séisme de 1933, à la suite duquel la Mission Archéologique Italienne (hé oui, l’île appartient à l’Italie) entreprend des fouilles sous les ruines, et découvre que cette église a été construite sur un grand sanctuaire double d’Aphrodite. On décide alors, en 1943, de la déplacer pour dégager le sanctuaire antique. Chaque pierre est numérotée, et l’église est démontée et remontée à l’identique avec ses pierres d’origine à leur place. Seul le ciment entre les pierres est neuf. Cette église vieille/nouvelle est consacrée en 1947 par le métropolite de Cos, et dédiée à un autre saint Jean, à savoir saint Jean Naukleros (Άγιος Ιωάννης ο Ναύκληρος). Celui-là est un saint moderne du dix-septième siècle, autrement dit reconnu par l’Église orthodoxe, et non par l’Église catholique romaine. Son histoire est racontée comme suit: Jean est un maître d’équipage (=naukleros) de Cos. Les Turcs l’ont envoûté, et il s’est converti à l’Islam. Lorsque le sortilège a cessé d’agir, il a été consterné de se voir devenu musulman, “circoncis et porteur d’un turban blanc”, et a rejeté sa conversion pour retrouver le christianisme. Pour un musulman, on peut admettre que d’autres pratiquent une autre “religion du Livre”, et dans l’Empire Ottoman les chrétiens et les juifs n’étaient pas inquiétés, mais abjurer la foi musulmane est considéré comme un crime. Jean est arrêté et emprisonné. Devant le juge, sommé de déclarer qu’il renonce au christianisme, il refuse catégoriquement, ce qui lui vaut une condamnation à mort. Il sera brûlé vif le 8 avril 1669.

 

Je suis conscient que je vais me répéter (j’ai l’excuse de l’âge, pour radoter), mais je ne peux éviter mon petit couplet à ce sujet. Je veux bien que les orthodoxes rejettent le filioque et la primauté de celui qu’ils considèrent comme le patriarche de Rome, égal à celui de Constantinople ou de Moscou, je veux bien que les catholiques s’en tiennent fermement au filioque et reconnaissent la primauté du pape héritier de saint Pierre à qui le Christ a dit “tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église”, du moment qu’ils ne mènent pas une guerre fratricide entre eux. Mais il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre. Saint Denis décapité, saint Laurent sur le gril, sainte Blandine dans l’amphithéâtre, et tant d’autres martyrs des premiers temps sont reconnus par les deux Églises. On ne se soucie pas du strict détail de leurs croyances. Mais les catholiques ont canonisé Jeanne d’Arc brûlée vive, sans qu’elle proclame sur le bûcher sa foi dans le filioque, mais elle n’est pas reconnue par les orthodoxes. Et ce Jean maître d’équipage qui proclamait sa foi dans le Christ, je doute fort que le juge lui ait demandé son avis précis sur le filioque, il est canonisé par les orthodoxes, mais son christianisme et son martyr ne lui valent pas la canonisation par les catholiques. Pour moi, ces querelles sont incompréhensibles. Bon, j’arrête là ma crise.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Nous sommes allés voir au nord de la ville un baptistère paléochrétien, et avant d’y arriver nous tombons sur cette église moderne de culte catholique, parce qu’italienne, l’église Agnus Dei. De chaque côté de l’autel, de petits rectangles de marbre portent les noms de personnes mortes Du côté gauche, des noms de femmes, du côté droit des noms d’hommes. Il y a une certaine épaisseur, comme si derrière les plaques on avait mis les cendres de ces personnes. Je ne sais si c’est le cas.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Les morts commémorés dans l’église sont peut-être à identifier ici, à l’extérieur. Du moins la première de mes photos, en italien, concerne-t-elle des hommes. On sait que l’Italie de Mussolini était alliée à l’Allemagne de Hitler. L’armée italienne n’était pas prête à faire la guerre, mais voyant avec quelle facilité Hitler avançait, Mussolini se voit déjà en vainqueur et entre en guerre aux côtés des armées des Nazis. C’est la déroute, et le 8 septembre 1943 la capitulation est signée. Mussolini tente de maintenir le fascisme dans le nord du pays, tandis que le sud rejoint les Alliés. En octobre 1943, pour se venger, les nazis assassinent plus de cent officiers italiens et jettent leurs corps dans des fosses du côté de Linopoti, un bourg situé à une dizaine de kilomètres de la capitale: “Pieusement enlevés des fosses de Linopoti, reposent ici depuis mars 1945 les restes mortels de soixante-six, sur plus de cent, officiers italiens que les balles allemandes ont tués clandestinement en octobre 1943”.

 

La seconde photo donne les noms d’hommes également. J’en ai compté quarante-six ou quarante-sept. Ce ne sont donc pas les soixante-six évoqués précédemment, à moins que dix-neuf corps n’aient pas pu être identifiés. Ou bien ce sont les noms de ceux qui ne sont pas enterrés à côté, parce que leurs restes n’ont pas été retrouvés. Ici, le texte est en grec. Il dit: “La Municipalité de Cos célèbre la mémoire des officiers italiens, victimes du nazisme de Linopoti, octobre 1943”.

 

Au bas de cette grande stèle, on voit une plaque plus petite. J’en ai fait ma troisième photo. Elle est en allemand. Comme je ne comprends pas cette langue, j’ai utilisé le traducteur Google: “Nous commémorons le deuil des officiers italiens tués par les nazis allemands en octobre 1943. Juin 2002”. Ce “Wir”, “Nous”, ne dit pas qui est l’auteur de ce texte, mais selon toute vraisemblance ce sont des Allemands, ou peut-être le consul d’Allemagne, pour montrer que l’Allemagne n’était pas solidaire d’un seul bloc avec Hitler et le nazisme. De même, aujourd’hui en France tout le monde semble avoir été résistant si l’âge le permet, ou profondément hostile à la France de Vichy si l’âge n’autorise pas à se prévaloir d’un engagement dans la résistance. Pourtant, le livre d’Henri Amouroux, Quarante millions de pétainistes, n’est pas un ouvrage de fiction. Pour ma part, lorsque j’évoque la Seconde Guerre Mondiale, j’évite soigneusement de parler des Allemands, je dis les Nazis. Ou bien l’armée allemande. D’ailleurs, quel que soit le pays, lorsqu’il y a des élections (élections libres, s’entend), on voit bien aux résultats que l’unanimité politique et idéologique ne peut exister.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Il était important pour nous de voir cela. Nous nous y sommes attardés. Mais nous avions pris cette direction pour voir le baptistère paléochrétien dédié à saint Jean Baptiste, et nous nous y sommes donc rendus ensuite.

 

Ce petit bâtiment du cinquième ou du début du sixième siècle était à l’origine le baptistère d’une grande basilique dont les Italiens, quand ils occupaient l’île, ont retrouvé des traces en procédant à des fouilles. La zone de l’île de Cos est situés sur une faille, et les tremblements de terre de grande amplitude ont été nombreux au cours des âges, tel celui de l’an 554 qui a détruit complètement la basilique. Le baptistère a résisté et, privé de sa basilique, il a plus tard été utilisé comme chapelle du cimetière, rôle qu’il joue encore aujourd’hui. Une fissure importante a été détectée, et il convient de prendre de sévères mesures de restauration si l’on ne veut pas que tout l’édifice s’effondre. Espérons que les crédits seront trouvés et les travaux entrepris.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Carré à l’extérieur, il est circulaire à l’intérieur. Autour, sept niches semi-circulaires le font parfois appeler Επτά Βήματα, c’est-à-dire l’église des “Sept Tribunes”. Autrefois supportée par huit colonnes, la coupole ne l’est plus que par trois colonnes anciennes, les autres ayant été remplacées par des pans de murs. À part ces pans de murs qui sont postérieurs, l’intérieur ne comporte que des courbes, la seule surface plane, si petite soit-elle, est le sol. L’architecte Aris Poziopoulos insiste sur le caractère très intéressant de cette construction, où se recoupent des formes cylindriques, sphériques et coniques. Sur les parois il reste quelques traces de fresques dont les plus anciennes remontent au treizième siècle, mais j’ai estimé que leur état ne justifiait pas la photo, parce que l’on ne distingue presque plus rien.

 

L’importance de ce baptistère et de la basilique dont il dépendait laissent penser qu’il y avait à Cos une communauté chrétienne riche et nombreuse, mais ce sujet a jusqu’à présent été fort peu étudié, ce qui fait que l’on en reste à des hypothèses vagues.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

En commençant la présente section de l’article d’aujourd’hui, j’ai pris soin de ne pas parler d’églises, mais de lieux de culte, parce que les Turcs, qui ont longtemps occupé l’île, étaient musulmans. Ils ont construit des mosquées, avec des minarets, et les Italiens dans un premier temps, les Grecs par la suite, n’ont pas tout détruit. Sur ma photo ci-dessus, plus de mosquée, seul subsiste un minaret, mais le responsable de la destruction d’Eski Cami (la Vieille Mosquée, pas si vieille que cela cependant puisqu’elle datait du dix-huitième siècle), c’est le tremblement de terre de 1933.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Cette mosquée a tenu le coup. Tout à l’heure, sur la Place de la Liberté, j’ai montré le petit kiosque de la fontaine qui est devant elle, mais j’ai réservé pour maintenant cette mosquée du Defterdar (Grand Argentier, ou plus exactement “celui qui tient le rôle des impôts”, un peu comme le surintendant des finances de l’Ancien Régime en France, autrement dit un collègue de Fouquet) Ibrahim Pacha. Cet Ibrahim a exercé ses fonctions sous Mourad III puis Mehmet III, c’est-à-dire à la fin du seizième siècle, mais la mosquée qui porte son nom a été construite à la fin du dix-huitième siècle.

Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014
Cos 01, promenades dans la capitale de l’île. Du 4 au 13 septembre 2014

Et puis avant de finir, ces quelques photos de l’intérieur. Il n’y a sans doute là rien d’exceptionnel, mais le bâtiment est lumineux, et puis le tapis est somptueux. Parce que l’on se déchausse pour entrer dans une mosquée, le sol en est toujours recouvert de tapis, souvent beaux. Et celui-ci me plaît particulièrement.

 

N.B.: Juillet 2017. Un nouveau séisme a frappé Cos, provoquant deux morts et de nombreux blessés. Cette mosquée et son kiosque fontaine ont été gravement touchés. On peut en voir une image sur le site de France Info (c’est la dernière, tout en bas de la page).

Et j’apprends aussi que ce musée archéologique que je suis bien triste de n’avoir pu visiter, a rouvert ses portes il y a presque un an.

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Published by Thierry Jamard
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