Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 09:35
Aujourd’hui, nous avons effectué trois visites à Athènes. Le stade olympique, le cimetière central et la galerie nationale. Trois sujets très différents. Aussi, quoique sur les deux premiers je sois bref (une fois n’est pas coutume…), je vais les traiter à part, réservant le troisième pour mon prochain article.
 
773a1 Stade olympique d'Athènes
 
773a2 Stade olympique d'Athènes
 
Il faut prendre un billet pour la visite. D’ailleurs, nous voyons ici ou là quelques rares visiteurs perdus dans l’immensité de la structure. Non pas retenus par l’avarice qui voudrait nous faire économiser quelques malheureux Euros, mais ne voyant pas bien l’intérêt de poser nos pieds sur le stade que nous voyons fort bien de la rue et souhaitant économiser bien davantage notre temps que notre argent, nous nous contentons de cette vue de l’extérieur.
 
773a3 Stade olympique d'Athènes, historique
 
      L’affiche sur ce grand panneau nous rappelle qu’Athènes a accueilli les premiers jeux modernes en 1896, et a amplement aggravé son déficit budgétaire en les organisant en 2004. Enfants de CP qui apprenez à faire des additions, ne lisez surtout pas cette affiche, parce que 2011+330 ne font pas 2500 comme le croient ces publicitaires.
 
773a4 Stade olympique d'Athènes, les chiffres
 
Des panneaux rédigés dans de nombreuses langues donnent les chiffres impressionnants concernant ce stade. Sur ma photo, après sa cure d’amaigrissement ce n’est presque plus lisible. Je répète donc ici les principaux.
 
Dimensions 268,31 mètres sur 141 représentant 33 100 mètres carrés
La piste fait en moyenne 400 mètres "En moyenne" parce que c’est moins à la corde et plus à l’extérieur
Les tribunes comportent 47 rangées de sièges, soit 23,819 kilomètres
La capacité maximum est de 60 000 spectateurs sur des gradins de 38 centimètres de haut
En divisant la longueur de gradins par 60 000 j’obtiens 39,7 centimètres par spectateur. Il convient donc d’avoir de petites fesses si l’on ne veut pas réduire la capacité du stade
Pour accéder au dernier rang il faut gravir 107 marches
La construction a nécessité un volume de marbre considérable, soit 29 400 mètres cubes qui représentent 85,1 millions de tonnes
 
773b1 tombe de Théodore Kolokotronis
 
Quittons le stade. Mon plan d’Athènes représente l’entrée du cimetière dans une rue, mais l’entrée principale, là où sont les tombes que nous souhaitons voir, est à l’autre bout de cet immense espace. Cela nous donne l’occasion de voir des tombes de Français ou des monuments intéressants, mais par respect pour les morts qui sont enterrés là, par respect aussi pour leurs familles, je n’en montre pas d’images. Je me limite aux tombes de personnages célèbres dont les tombes ont été publiées dans la presse, et que je ne montre pas comme des curiosités, mais pour les personnages qu’elles abritent. Ci-dessus, c’est celle de Théodore Kolokotroni, dont je ne dirai rien de plus, tant j’ai parlé de lui et de son action pour l’indépendance de la Grèce dans de nombreux articles.
 
773b2 tombe d'Andreas Papandreou
 
Ici est enterré Andreas Papandréou (5 février 1919 – 23 juin 1996). Exilé pendant le régime des colonels, créateur du PASOK (Mouvement Socialiste Panhellénique) à son retour, il a été premier ministre de deux gouvernements successifs de 1981 à 1989, puis de nouveau de 1993 à sa démission pour cause de maladie en janvier 1996. Il décédera cinq mois plus tard, jour pour jour. Il s’agit d’une dynastie de chefs de gouvernement puisque son père a été premier ministre du gouvernement en exil pendant l’occupation nazie, puis très brièvement à deux reprises dans les années 60, et que son fils qui, après avoir été ministre de l’Éducation et ministre des Affaires étrangères, est premier ministre depuis octobre 2009 (en fait, parce que je suis en retard dans la rédaction de mon blog, je peux dire, sans le secours de l’oracle de Delphes, qu’il démissionnera de ses fonctions dans une semaine, le 11 novembre).
 
773b3a Tombe de Melina Mercouri et Jules Dassin
 
773b3b Tombe de Melina Mercouri et Jules Dassin
 
Ici sont enterrés Mélina Mercouri et Jules Dassin. Mélina Mercouri (1920-1994) est fille d’un député, petite-fille d’un maire d’Athènes. Après avoir suivi des cours de comédie à l’Institut Dramatique National d’Athènes, elle tourne dans quelques films et rencontre le réalisateur américain Jules Dassin grâce aux films de qui elle devient célèbre. Notamment, elle obtient le pris d’interprétation féminine à Cannes pour son interprétation dans Jamais le dimanche. Elle épouse Jules Dassin en 1966. Arrivent les colonels. Le couple, engagé à gauche, doit partir en exil et s’installe en France. Mélina Mercouri est déchue de ses droits civiques grecs. Dans son exil, elle milite avec détermination et énergie contre la dictature des colonels. Quand, après leur chute en 1974, elle rentre en Grèce et retrouve ses droits, elle est élue députée du PASOK au Pirée en 1978, et est nommée ministre de la culture de 1981 à 1989, et le redeviendra en 1993. Son action dans ces fonctions a été aussi énergique que dans sa lutte politique (dans mon article du 13 juillet, à propos de son action à Fodele en Crète, j’ai évoqué son "bébé" –les capitales européennes de la culture–, et sa lutte pour le retour des frises du Parthénon détenues par le British Museum). Elle mourra en fonction, le 6 mars 1994.
 
Parlant de son mari, je vais être amené à me répéter puisque leurs vies sont mêlées. Jules Dassin (1911-2008), fils d’un coiffeur ukrainien d’Odessa émigré lors de la révolution bolchevique, est un acteur américain, également réalisateur à Hollywood, en France, en Grèce (Du rififi chez les hommes, Jamais le dimanche). Il est tombé amoureux de son actrice fétiche, Mélina Mercouri qu’il a fait jouer dans huit de ses films (j’ai évoqué le film Celui qui doit mourir lors de notre visite de Kritsa en Crète, dans mon blog daté du 4 août 2011) et qu’il a épousée en 1966. Engagement politique, exil en France, retour en Grèce, autres films… De son premier mariage, il est le père du chanteur Joe Dassin.
 
773c1 Tombe de Heinrich Schliemann
 
773c2 Tombe de Heinrich Schliemann
 
773c3 sur la tombe de Heinrich Schliemann
 
La tombe que nous étions venus voir est celle de Heinrich Schliemann (1822-1890), où il est enterré avec sa femme Sophia. De famille pauvre, ce jeune Allemand est employé vendeur dans un commerce de harengs. Il décide de s’expatrier mais le bateau fait naufrage au large des Pays-Bas. Rescapé, il trouve un emploi à Amsterdam, réussit, est envoyé en Russie par son entreprise, s’y met à son compte, s’enrichit avec un commerce d’or, avec des ventes d’armes pendant la Guerre de Crimée. Devenu extrêmement riche, il vient étudier à la Sorbonne l’archéologie et apprend plusieurs langues, dont le grec ancien et des langues orientales. Lisant Homère dans le texte, dans l’Iliade il note soigneusement les détails géographiques de la Guerre de Troie et, les comparant avec la carte de Turquie, est convaincu d’avoir localisé Troie, que la plupart des spécialistes supposaient légendaire. En Turquie, il épouse en 1860 une jeune Grecque, Sophia Egkastromenou. À ses frais, sur un terrain appartenant au consul de France, il entreprend des fouilles en 1870. Et il découvre effectivement Troie. Je passe sur ses graves démêlés avec le gouvernement ottoman. Plus tard, dans le Péloponnèse, il réédite ses exploits en découvrant le site de Mycènes (1874) et celui de Tirynthe (1884). En novembre 1890, il subit une opération de l’oreille interne. Au bout de quatre semaines, alors que le médecin juge prudent de le garder à la clinique, Schliemann décide de partir quand même en direction d’Athènes, en route il visite Pompéi le 24 décembre, le 26 il meurt à Naples des suites de l’opération. Sa richesse et ses découvertes sont l’explication d’une si monumentale sépulture en forme de petit temple grec. Tout autour court une frise dont je montre trois fragments (tous sont dans la même pierre, mais la différence de couleur tient à l’exposition, le soleil de l’après-midi dorant la pierre du côté ouest. Sur la photo du haut, on voit Heinrich et Sophia sur un chantier de fouilles, et les ouvriers au travail. Les deux autres photos représentent des scènes antiques (transport, guerre, autel).
 
Finalement, je constate que je n’ai pas été aussi bref que je le pensais en commençant cet article.
Par Thierry Jamard
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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 08:12
Depuis des mois, nous faisons des séjours à Athènes entre deux voyages en province. J’ai montré bon nombre de musées et de sites athéniens. Mais Athènes, c’est aussi et avant tout une ville avec sa vie quotidienne. Je vais donc pour le présent article piquer ici ou là dans mes photos de ces deux derniers mois pour en sortir quelques images de la vie athénienne.
 
772a1 Garde national à Athènes
 
772a2 Devant le Parlement d'Athènes
 
La relève de la garde devant le Parlement, au-dessus de la place Syntagma, est un classique des visites touristiques de la ville. Mais un jour que nous déambulions dans les petites rues derrière les jardins du palais, nous arrivons inopinément à un angle et avons la surprise de voir ce garde, strictement seul dans la rue, mais se déplaçant le long du mur dont il avait la garde de la façon la plus réglementaire, effectuant consciencieusement chacun des mouvements d’allure très folklorique comme s’il s’agissait de la façon la plus naturelle de se déplacer. Un autre jour, devant le palais entre deux relèves, ce militaire en tenue léopard remarquant un petit pli disgracieux sur la chaussette de son collègue en bel uniforme vient, comme une mère pleine de sollicitude pour son petit garçon, lui rectifier sa tenue, l’autre étant contraint par le règlement à la plus parfaite immobilité.
 
772b1 École Française d'Athènes
 
772b2 École Française d'Athènes
 
La France est présente de bien des manières en Grèce, et notamment pour la recherche archéologique. Parmi les organismes étrangers impliqués dans des fouilles officielles en liaison avec les autorités grecques, l’École Française d’Athènes est le plus ancien. Des chercheurs triés sur le volet, pour la plupart de brillants doctorants, viennent ici travailler à leur thèse. Fièrement, le calicot devant l’entrée proclame : "Le plus ancien établissement scientifique à l’étranger, la plus ancienne école archéologique étrangère en Grèce, un laboratoire de recherche international à vocation archéologique et ouvert sur le monde moderne et contemporain, un centre de documentation en réseau: bibliothèque, archives scientifiques, base de données…, une maison d’édition". Chacun de ces points est aussi écrit en langue grecque. L’entrée du domaine n’est pas libre, mais à travers la grille on a déjà une vue sur les jardins.
 
772b3 Expo Le Corbusier à l'Institut Français d'Athènes
 
772b4 Expo Le Corbusier à l'Institut Français d'Athènes
 
Autre haut lieu de la vie culturelle française à Athènes, l’Institut français. Outre les cours de langue et de civilisation, outre l’organisation des examens (DELF, DLF…, ou Sorbonne I, II…), outre une bibliothèque assortie d’un bar, l’Institut propose des spectacles (nous allons en voir un, sujet d’un prochain article), ainsi que des expositions. L’exposition actuelle concerne l'architecte Le Corbusier. Ci-dessus une affiche concernant son Voyage en Orient, et une aquarelle réalisée en Allemagne, à Potsdam, en 1930. L’éclairage fait que le bas de cette photo est couvert par une mauvaise ombre avec laquelle l’écriture de l’architecte se confond, et si l’on y ajoute la taille réduite de la photo et la baisse de sa définition, on ne peut plus lire ce qui est écrit, et c’est dommage. Le Corbusier dit, à gauche, "Je m’étonnais d’une solitude étrange et totale…… Tout à coup la police arrive et me fout dehors en gueulant comme des loups !… J’avais précisément terminé mon travail!!!", et il ajoute à droite que "Cette aquarelle fut faite le 5 novembre 1930 à 15 heures à Potsdam à la croisée du Schloss et du Sans-Souci au moment où Guillaume II et Nicolas czar de Russie allaient passer à cet endroit".
 
772c1 Athènes, Monastiraki
 
772c2 église Ton Asomaton, à Athènes
 
Une scène de rue typiquement athénienne en cette saison où la ville est un petit peu désertée par les touristes, c’est la place Monastiraki avec cette mosquée qui abrite le musée de la céramique, que nous avons visité l’autre jour (mon blog en date du 27 octobre). L’autre photo montre l’église byzantine orthodoxe Ton Agion Asomaton (église des Saints Anges) de la seconde moitié du onzième siècle, près de la station de métro Thiseio. Agrandie, elle a perdu en partie son aspect d’origine.
 
772d1 Affiche d'un film de Tintin à Athènes
 
Cette affiche annonce un film de Spielberg. On reconnaît évidemment Tintin, Milou, le capitaine Haddock. Il suffit de connaître l’alphabet grec pour comprendre le titre. TO MYSTIKO TOU MONOKEROU, le Mystère de l’Unicorne, autrement dit Le Secret de la Licorne.
 
772d2 Athènes, magasin Attica
 
Dans le grand magasin Attica, le rayon parfumerie n’a vraiment rien de typique. Il ressemble à celui de n’importe quel grand magasin français, d’autant plus que l’on y trouve, comme on s’en doute, les marques internationales (Helena Rubinstein, Guerlain…).
 
772e Gare centrale d'Athènes (Stathmos Larisis)
 
Ici, c’est la gare centrale d’Athènes, la "Gare de Larissa" (Stathmos Larisis). Elle semble bien modeste, mais c’est parce que le réseau ferré grec est très restreint. Il y a dans le pays tant de montagnes que la construction d’un chemin de fer est extrêmement coûteuse en ponts, viaducs, tunnels, remblais. Tracer une route est un peu moins cher parce que les virages peuvent être plus serrés, les pentes plus accentuées, sans compter que la route peut être utilisée par les particuliers comme par les transports publics. Et quand l’essentiel des infrastructures a été tracé, on ne se souciait pas de pollution.
 
772f1 archéologie dans le métro d'Athènes
 
772f2 archéologie dans le métro d'Athènes
 
Quant au métro, son tracé souterrain a rencontré, tout au long du parcours, des vestiges de l’Antiquité. Déjà j’en ai parlé le 25 mars 2011 à la station Panepistimio. Voici une section d’un four de potier, dont la datation oscille entre le premier siècle avant, et le premier siècle après Jésus-Christ. Quant à ce gros conduit, il est beaucoup plus ancien puisque c’est un morceau de l’aqueduc dit de Pisistrate datant de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ.
 
772f3 Métro d'Athènes, station Syntagma
 
772f4 Métro d'Athènes, station Stathmos Larisis
 
Il m’arrive d’entendre dire qu’Athènes est sale, que son métro est crasseux. Ceux qui disent cela avaient des lunettes de soleil trop sombres. Et ils ne voient ni les rues, ni le métro de Paris. Il est vrai que des façades noires et décrépites, à Athènes, peuvent donner une impression de saleté, mais ce n’est qu’une impression. Peu de gens (à part parmi les touristes…) jettent leur vieux paquet de cigarettes sur le trottoir. Les Grecs n’ont pas l'habitude de cracher par terre comme le font trop de gens en France depuis quelques dizaines d’années. Quant au métro athénien, il est d’une propreté impeccable. Mes photos ci-dessus ne sont pas truquées. Je ne les ai pas prises non plus à l’heure d’ouverture du métro, tôt le matin, avant l’arrivée du premier voyageur. Pour la première, c’était un jour ouvrable (un jeudi), il était 19h13, la grosse foule de fin de journée était passée par là et la station est Syntagma, en plein centre ville, avec une correspondance entre deux lignes. Quant à la seconde, je l’ai prise à 19h25, à la station de métro qui dessert la gare centrale. Avec humour inclus dans le design, des groupes d’hommes debout sur le mur face au quai, et des sièges en forme d’hommes assis.
 
772g1 Xénophobes athéniens
 
La philoxénie des Grecs est bien connue. L’étranger est le bienvenu. Hélas, comme partout on peut trouver des xénophobes, des chômeurs qui s’imaginent que sans les étrangers (qui exercent pourtant des métiers dont ils ne voudraient pour rien au monde) ils trouveraient du travail, des gens qui rejettent sur les autres des responsabilités qu’ils répugnent à attribuer à leurs compatriotes. D’où ce déplaisant tag "Dehors les Albanais". Pour être franc, je dois reconnaître aussi que la frontière de l’Albanie est très perméable et que si nombre d’Albanais viennent chercher du travail en Grèce, il y en a aussi qui ont des intentions moins avouables. Cela n’a rien à voir avec une prétendue "race", avec une ethnie, avec une nationalité, cela tient à des populations dont le pays a été fermé sur lui-même pendant des décennies, qui a souffert, dont l’économie est à terre, et l’humanité de n’importe quel pays comporte un certain pourcentage de gens malhonnêtes. Les Albanais malhonnêtes peuvent être tentés par l’argent des touristes qui affluent dans le pays voisin.
 
772g2 Censure d'une radio grecque
 
J’ai cherché à comprendre, dans la presse, le pourquoi de ce calicot, mais mon niveau de compréhension du grec moderne ne m’a pas permis d’y parvenir. Je n’ai rien trouvé non plus sur Internet. Pourtant, il semble s’agir d’un cas de censure. Ou de mesures économiques ou législatives qui entravent cette radio FM. En effet, le calicot dit "Nous parlons 16 langues et on veut nous clouer le bec (textuellement, nous fermer la bouche)".
 
772h1 appel à la grève du mercredi 19-10-2011
 
Venons-en à un peu de politique. Le titre de cette affiche appelle à la "révolution sociale". Et il s’y ajoute un appel "Tous en grève le mercredi 19/10". Il s’agit de s’opposer aux plans d’austérité concoctés par le Gouvernement sous la pression de l’Union Européenne.
 
772h2 manifestation pour le 17 novembre à Athènes
 
772h3 manifestation pour le 17 novembre à Athènes
 
Chaque année le 17 novembre, de nombreux partis politiques célèbrent le soulèvement des étudiants du Polytechniko (Institut Polytechnique), en 1973, contre les colonels qui avaient pris le pouvoir en 1967. Un char a défoncé la porte, écrasant les jambes d’une étudiante. Le régime n’est pas tombé, mais il a été affaibli parce que la violence de la répression a ému le monde et aussi bien des Grecs qui avaient plus ou moins accepté la dictature. Depuis, chaque année ont lieu des manifestations. Certaines organisations commettent des violences et des déprédations, aussi un puissant dispositif policier et militaire est-il déployé. Il est très vivement conseillé, ce jour-là, de ne pas s’approcher des secteurs où ont lieu les manifestations. Mais nous sommes venus devant le Polytechniko deux jours avant, lorsque ce sont les partis politiques qui tiennent des stands. Quelle que soit la puissance de leurs convictions anticapitalistes et antigouvernementales, ils restent dans la légalité et se limitent à chercher à convertir leurs concitoyens à leurs idées.
 
Et voilà pour ce petit tour de la vie à Athènes. Dès mon prochain article, je reprendrai quelques visites…
Par Thierry Jamard
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 15:42

La poésie, telle que je la ressens en français, exprime fortement des sentiments, plus sans doute que des idées. Lorsque, dans La Mort du loup, Alfred de Vigny exprime une philosophie,

          "Gémir, pleurer, prier est également lâche.

          Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

          Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,

          Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler"

je ne prétends pas que ce n’est qu’accessoire, mais s’il a composé ce poème plutôt que de rédiger un traité c’est bien parce qu’il a souhaité que ses idées touchent le cœur tout autant que le raisonnement. Je pourrais multiplier les exemples avec la poésie romantique, ou la poésie parnassienne, qui perdent tout leur sens si on les prive de la manière dont elles s’expriment, car alors un poème comme La Nuit de mai d’Alfred de Musset, qui comporte 202 vers, je le résume en "Ça va mal, j’ai le bourdon, je ne peux plus écrire, et pourtant ça me met dans un tel état que je devrais le faire". De même, les Stances à Marquise de Corneille ne seraient rien d’autre que la répétition de "Quand vous serez bien vieille…" de Ronsard. Tout cela pour dire qu’à mon avis la poésie française est intraduisible. Traduits dans une autre langue, "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes" ou "Les ifs que leur vol fracasse / Craquent comme un pin brûlant" perdent 80% de leur intérêt. Bon, d’accord, 75% peut-être, mais c’est mon dernier prix.

 

Mais je crois qu’il n’en va pas de même pour toutes les langues. Dmitri, mon beau-père, lit de temps à autre des poèmes en ukrainien que ceux qui comprennent trouvent très amusants ou très intéressants, mais où mon oreille ne décèle pas de rythme fort comme, en anglais, dans les vers de Robert Browning

          "I sprang to the stirrup. and Jorris, and he;

          I galloped, Dirk galloped, we galloped all three".

Il dit des vers de poètes ukrainiens où rimes et assonances ne reposent pas sur des rythmes forts, bref où il semble plus important de comprendre ce qui est dit que de l’entendre. La communication avec lui est cordiale sur le plan humain, mais sur le plan linguistique nous ne parlons aucune langue en commun, ce qui ne me permet pas d’obtenir de lui des précisions sur ce qui fait de ces textes de la poésie et non de la prose. Dans ces conditions, pas de problème, on peut traduire ces textes dans d’autres langues. J’ai raconté dans mon blog qu’en août dernier, à Héraklion, nous avions fait la connaissance amicale d’un libraire spécialisé dans la poésie, et poète lui-même. Il nous a fait entendre une traduction anglaise du grand poète grec Odysseas Elytis qui ne m’a guère impressionné, puis il nous a lu un extrait en grec, auquel je n’ai strictement rien compris, mais qui a touché ma sensibilité. Ou bien les traducteurs de poésie transposent en prose ou, ce qui revient au même, en une poésie laborieuse et technique, ou bien ils font œuvre de créateurs, s’éloignant du texte original pour l’exprimer selon leur propre talent. Dans l’un comme dans l’autre cas, il est difficile de se faire une idée juste d’une poésie composée dans une langue que l’on ne comprend pas et qui ne se prête pas à la traduction.

 

Tout cela pour dire que, depuis que nous sommes en Grèce, nous entendons parler d’Odysseas Elytis (certains francisent –ou latinisent– son nom en Odysseus, ou le traduisent en Ulysse), nous voyons son nom sur la couverture de livres dans les librairies ; j’ai lu quelques traductions de ses œuvres, mais je ne le connais pas vraiment. Or il y a actuellement à Athènes, à l’American School of Classical Studies of Athens, une exposition le concernant. Belle occasion de faire plus ample connaissance.

 

771a Photos d'Odysseas Elytis

 

Il est né le 2 novembre 1911 à Héraklion, qui n’était pas encore la capitale de la Crète, cette île encore ottomane pour moins de deux ans mais qui a depuis un peu plus d'une dizaine d’années acquis son autonomie. Il est donc tout petit quand, en 1914, la Crète enfin rattachée officiellement à la Grèce, toute la famille part s’installer à Athènes, où ses parents entretiennent des relations d’amitié avec le premier ministre Elefthérios Vénizélos, crétois aussi. D'abord quelques photos de lui. De gauche à droite et de haut en bas, à Athènes en 1926 (son père étant mort d’une pneumonie en 1925, je ne sais pas qui est l’homme avec lui), à Vouliagmeni (plage et centre thermal réputé sur un lac, à vingt kilomètres d’Athènes) en 1932, au café de Flore à Paris en 1951, puis sur la deuxième ligne en 1954 sans précision de lieu (pour des raisons d’espace, j’ai amplement rogné le côté droit de la photo, commettant un crime de lèse-cadrage à l’encontre du photographe, qui avait laissé un vaste espace de mer en face du regard d’Elytis), à Moscou en 1962 (à le voir, on se serait douté que ce n’était pas à Tamanrasset), enfin en 1979 à Stockholm (je parlerai plus loin de son prix Nobel).

 

771b1 Rencontre secrète, par Odysseas Elytis (1977)

 

Encore une petite dose de biographie. En 1923, avec sa famille il effectue un voyage en Suisse, en Allemagne, en Italie. Dans ses années lycée, il adore la littérature et lit énormément, mais avoue plus tard qu’à cette époque il ne s’intéressait guère à la poésie. Mais un jour de 1928 qu’il furetait dans une librairie française d’Athènes que je connais bien, Kauffmann, il tombe par hasard sur L'Amour la poésie et sur Capitale de la douleur, d'Éluard, et c’est la révélation. Désormais, non seulement il va lire les poètes, s’entichant des surréalistes, mais en outre il va se mettre à écrire lui-même. Mais Odysseas Elytis n’est pas seulement un poète, car selon lui il y a des correspondances très directes entre la poésie et les arts graphiques, peinture, dessin, etc. C’est pourquoi il a été critique d’art, c’est aussi pourquoi il a réalisé des tableaux, ici un collage de 1977 intitulé Rencontre secrète. C’est en 1935 qu’il avait rencontré Andreas Embirikos, un surréaliste imprégné de freudisme, et que sous son influence il avait réalisé ses premiers collages surréalistes. C’est aussi cette année-là qu’un ami éditeur de revue publie à son insu des poèmes de lui. Le succès est immédiat.

 

771b2 Pure Vérité, par Odysseas Elytis (1979)

 

Autre collage, réalisé en 1979, qu’il a intitulé Pure Vérité. Mais revenons à son cursus. En 1937, il intègre pour sept mois l’école des officiers de réserve, à Corfou. Quand éclate la guerre en Grèce, il est mobilisé en octobre 1940 et, en décembre, envoyé au front en Albanie. Blessé au dos d’un éclat d’obus, puis attrapant en 1941 la fièvre typhoïde, il est rapatrié pour être hospitalisé à Ioannina, puis on le transfère à Athènes.

 

771b3 Exposition Elytis à Athènes

 

771b4 Exposition Elytis à Athènes

 

Interruption dans la biographie d’Elytis pour montrer cette œuvre en transparence (première photo) pour laquelle aucune date n’est indiquée. Pas d’indication non plus pour le dessin de ma seconde photo. Jugé perdu lors de sa maladie, il récupère cependant et sa convalescence lui donne le loisir nécessaire pour commencer à écrire son Hêlios ho Prôtos (ou plutôt, le Ê se prononçant I en grec moderne et les aspirations ayant disparu, je devrais écrire Ilios o Protos, qui signifie Soleil Premier), qui sera achevé et publié en 1943. C’est également cette année-là qu’il découvre la poésie espagnole de Federico García Lorca (que, personnellement, je vénère).

 

771c Elytis au deuxième congrès de l'AICA en 1949 à Pari

 

En 1946 éclate la guerre civile grecque, qui durera jusqu’en 1949 et va saigner le pays, humainement et économiquement. Elytis se fait critique d’art. Sur la photo ci-dessus, on le voit en 1949 siégeant comme représentant de la Grèce au deuxième congrès annuel de l’A.I.C.A., l’Association Internationale des Critiques d’Art (qui existe encore). Le panneau indiquant le pays de son voisin de droite, c’est-à-dire à gauche sur la photo, est surexposé, vraisemblablement sous le coup de flash, mais on peut lire à l’envers son reflet dans le vernis de la table, c’est la France. Et je trouve à cet homme une grande ressemblance avec François Mauriac. J’ai longuement cherché sur Internet si Mauriac, qui a exercé le métier de critique d’art, n’aurait pas adhéré à l’A.I.C.A., j’ai cherché également s’il existait une liste des participants de 1949, en vain. Je ne saurais donc rien affirmer au sujet de ce voisin d’Elytis, même si je ne crois pas me tromper. Dans sa reconversion de critique d’art, Elytis n’est pas reconnu par ses confrères, et en 1948 il décide de quitter le pays.

 

771d1 Carte de résident d'Elytis en France

 

    771d2 Carte d'étudiant d'Elytis à la fac de Lettres de Pa

 

C’est la France qu’il choisit pour cet exil volontaire. Il s’installe à Paris. À la Sorbonne, il suit en auditeur libre des conférences de philosophie. On voit ci-dessus sa carte de résident et sa carte d’étudiant. Le nom du demi-dieu Héraklès est bien connu, le nom de la ville qui en est dérivé, Héraklion, l’est également. Mais sur la carte de résident, le policier du commissariat de Saint-Germain-des-Prés qui l’a dactylographiée a indiqué HERACHION, remplaçant le L par un H. Je veux croire que c’est une faute de frappe, non une faute de culture, quoique sur le clavier français des machines à écrire ces deux lettres ne soient pas voisines (pour qui tape avec un doigt) et ne soient pas frappées par le même doigt (pour qui dactylographie avec les deux mains)…

 

771e1 Autographe de Picasso à Elytis (1951)

 

Ces premières années à Paris sont des années noires pour Elytis. Il ne comprend pas l’engagement communiste de Paul Éluard, il ne comprend pas non plus qu’André Breton et d’autres restent attachés au surréalisme qui, pense-t-il, a fait son temps. Mais deux hommes, René Char et Albert Camus, qui tous deux sont convaincus de la nécessité d’un humanisme grec, lui redonnent espoir. Mais surtout c’est la rencontre en 1951 de Tériade, un Grec originaire de l’île de Lesbos (comme sa propre famille), installé à Paris, naturalisé Français, critique d’art et éditeur, qui va être déterminante. Il invite Elytis à passer l’été chez lui à Saint-Jean-Cap-Ferrat, dans la Villa Natacha qui fera le titre de l’une de ses œuvres. On n’est pas loin de Vallauris, et il va être invité à passer quelque temps chez Picasso. Ci-dessus, un dessin et un mot autographes de Picasso (29 juin 1951) destinés à Odysseas Elytis.

 

771e2 Axion esti, d'Odysseas Elytis

 

La critique, tant en Grèce qu’à Paris, qu’ailleurs dans le monde, reconnaît désormais Elytis. En 1960, année où il perd coup sur coup, à deux mois d’intervalle, son frère et sa mère, il publie l’une de ses œuvres les plus célèbres, Axion esti, sur laquelle il a travaillé sept ans. Ce long poème lui vaut en Grèce le Grand Prix National de Poésie. À cette époque, il est rentré dans son pays, mais en 1967 a lieu le coup d’État des colonels, la dictature s’installe. En 1969 il décide de s’exiler et revient s’installer à Paris. Lorsqu’en 1971 on lui décerne en Grèce le Grand Prix de Littérature, il le refuse. Il ne veut pas d’un prix reçu des mains des colonels.

 

771f1 Le Nobel décerné à Elytis

 

La consécration définitive lui vient en 1979 lorsqu’il reçoit, le 28 octobre, le Prix Nobel "Pour sa poésie qui, sur le fond de la tradition grecque, dépeint avec une force sensuelle et une clarté intellectuelle, le combat de l'homme moderne pour la liberté et la créativité". La photo ci-dessus montre son diplôme et la médaille qui l’accompagne. Ils lui sont remis à Stockholm par le roi de Suède. Odysseas Elytis prononce son discours en français. En voici trois petits extraits (la vidéo où je l’ai entendu dure dix minutes) :

 

"Il est bon, il est juste qu'apport soit fait à l'art, de ce qu'assignent à chacun son expérience personnelle et les vertus de sa langue. Bien plus encore lorsque les temps sont sombres et qu'il convient d'avoir des choses la plus large vision possible. […]La Beauté, la Lumière, il arrive qu'on les tienne pour désuètes, pour anodines. Et pourtant! La démarche intérieure qu'exige l'approche de la forme de l'Ange est, à mon avis, infiniment plus douloureuse que l'autre, qui accouche de Démons de toutes sortes. […]Tenir entre les mains le soleil sans se brûler, le transmettre aux suivants comme un flambeau, est un acte douloureux, mais, je le crois, béni. Nous en avons besoin. Un jour les dogmes qui enchaînent les hommes s'effaceront devant la conscience inondée de lumière, tant qu'elle ne fera plus qu'un avec le soleil, et qu'elle abordera aux rives idéales de la dignité humaine et de la liberté."

 

771f2 Hommage des poètes hispanophones à Elytis (1980)

 

Désormais, les honneurs ne vont plus cesser d’affluer. Dans cette exposition, il y en a une pleine vitrine. Je ne peux évidemment pas tout montrer. Voici, ci-dessus, un livre en hommage des poètes de langue espagnole, daté du 24 octobre 1980. La même année, il est fait Docteur Honoris Causa de l’Université de Paris.

 

771f3 Prix Méditerranée 1988 décerné à Elytis

 

J’en cite encore un. C’est le Prix Méditerranée 1988, que le jury justifie en disant que "La mer est l’élément dominant de la vie et de l’œuvre d’Odysseas Elytis, cette mer bleue de l’Égée qui fait partie de la zone privilégiée qu’on appelle Méditerranée, et qui sous la souveraineté du soleil préserve, depuis des siècles, nos valeurs culturelles". L’année suivante, en 1989, il sera décoré de la Légion d’Honneur.

 

771g1 Lettre de Paul Eluard à Elytis (1986)

 

Une vitrine expose diverses lettres reçues par Elytis. On voit que les plus grands le traitent en ami. Admirateur de la poésie d’Éluard, il l’a traduite en grec (je ne suis pas capable de juger de la façon dont Éluard est rendu en grec…). La lettre ci-dessus, de la main du poète français adressée à son confrère grec, se réfère à cette traduction.

 

771g2 Odysseas Elytis à Rio en 1990

 

Abordons les dernières années. La photo ci-dessus a été prise à Rio en 1990. Elytis approche de ses soixante dix-neuf ans. Ce n’est pas bien vieux de nos jours, mais il est malade. Ainsi, alors qu’une exposition lui est consacrée à Paris au centre Pompidou en 1988, il est alité et ne peut se rendre à l’inauguration. C’est à Athènes qu’il meurt le 18 mars 1996.

Par Thierry Jamard
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 14:36
770a Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721)
 
Nous étions tout à l’heure à l’Acropole, que nous souhaitions revoir. Mais nous la connaissions déjà, et nous n’avons toujours par visité l’agora romaine. Dans une rue qui la longe, se trouve ce qui reste de la Medrese, une école théologique ottomane construite en 1721. "Ce qui reste", c’est juste ce petit bout de façade, parce qu’après avoir servi de prison après l’accession d’Othon au trône de la Grèce libérée en 1833, elle a finalement été démolie en 1914.
 
770b1 Athènes, agora romaine
 
Mais venons-en au cœur du sujet, l’agora dite romaine. En fait, cette agora est bel et bien grecque, mais créée de 19 à 11 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire après la conquête romaine, sous le règne de l’empereur Auguste. L’ancienne agora avait été envahie par toutes sortes de constructions, tant et si bien que l’activité commerciale y était devenue impossible. Il a donc fallu trouver un autre lieu, qui n’est nullement un forum. Sur la photo ci-dessus, on voit qu’autour d’un vaste espace central (111 mètres sur 98) court la double colonnade ionique d’un portique de chaque côté duquel il y avait des boutiques bien alignées. Quand les constructions de cette agora ont été détruites, on l’ignore, mais l’espace a été utilisé jusqu’au dix-neuvième siècle. Orientons-nous : cette photo est prise de la rue, près de l’angle sud-ouest. Par conséquent, le rectangle de l’agora s’étend d’ouest en est, et la Tour des Vents, dont je vais parler tout à l’heure, est située à l’est de l’agora.
 
770b2 Athènes, propylée ouest de l'agora romaine
 
L’agora romaine comporte deux accès principaux, situés sur ses petits côtés. À l’ouest, ce propylée dorique, fait de marbre pentélique (d’une montagne au nord-est d’Athènes, dont on a aussi tiré le marbre du Parthénon), offert par l’empereur, a été dédié par le peuple d’Athènes à la patronne de la cité, sous l’archontat de Nikias (11/10 avant Jésus-Christ). C’est la Porte d’Athéna Arkhégétis.
 
770c1 Athènes, en franchissant les propylées est de l'ago
 
770c2 Athènes, propylées est de l'agora romaine
 
À l’autre bout, à l’extrémité est, l’autre propylée, ionique, est en marbre gris de l’Hymette (montagne au sud-est d’Athènes). Ci-dessus, on le voit d’abord de l’est, c’est-à-dire vers l’intérieur de l’agora (on a du mal, sur ma photo, à discerner l’autre propylée, au fond à la gauche du palmier, mais il est bien là), puis j’étais sur l’agora quand j’ai pris la seconde de ces photos, regardant donc vers l’extérieur. Juste en face de l’escalier, il y a une maison moderne, mais un peu à droite, derrière les colonnes, ce reste de bâtiment est antique.
 
770c3 Athènes, Agoranomeion
 
Le voilà, ce bâtiment situé derrière le propylée est, plus visible. Une inscription dit qu’il était dédié à Athéna Arkhégétis et aux divins Augustes, et les archéologues l’ont daté du milieu du premier siècle après Jésus-Christ. C’était par conséquent un bâtiment public, mais quel a pu en être l’usage, on l’ignore.
 
770d1 Athènes, mosquée Fetiye, sur l'agora romaine
 
770d2 Athènes, mosquée Fetiye, sur l'agora romaine
 
Sur le site archéologique de l’agora romaine, mais dans une excroissance du côté nord, se situe la mosquée Fetiye, ou mosquée du Conquérant. Comme on le voit, elle est en travaux, on ne visite pas.
 
770e1 Athènes, fontaine sur l'agora romaine
 
770e2 Athènes, fontaine sur l'agora romaine
 
Revenons à quelques éléments antiques encore visibles sur le site. Ici, on a une fontaine, sur le devant de laquelle sont creusées des demi-sphères. Je ne pense pas qu’elles aient été destinées à des libations. Par ailleurs, elles sont beaucoup trop petites pour permettre à des chevaux de s’y désaltérer. On ne se préoccupait guère de la soif des chiens errants, et en tous cas on n'en aurait pas aligné quatre. Alors… je dois dire que j’ignore totalement l’usage de ce devant de fontaine. Peut-être s’y trouvait-il des gobelets de terre cuite pour que s’abreuve le chaland.
 
770f1 Athènes, sur l'agora romaine
 
770f2 Athènes, sur l'agora romaine
 
En outre, sur le site on peut voir disséminés ici ou là quelques chapiteaux de colonnes, quelques statues amputées, diverses pierres.
 
770g1 Athènes, latrines publiques (agora romaine)
 
770g2 Athènes, latrines publiques (agora romaine)
 
Mais il est un endroit très significatif de la vie quotidienne de l’époque. Ce sont ces latrines publiques. Car, quelque trivial que soit l’endroit, il correspond à des nécessités humaines et vouloir les ignorer au nom du bon goût serait du même coup ignorer une partie du pluriquotidien de chacun. Ces toilettes publiques destinées aux commerçants et aux clients de l’agora ont été construites au premier siècle de notre ère. Comme on le voit, sur les quatre côtés d’une vaste cour rectangulaire étaient alignés des trous sur lesquels s’asseyait l’usager. Devant ses pieds courait une petite rigole, sous le siège un fossé plus profond, l’un et l’autre étant parcourus d’un courant d’eau qui emportait tout vers l’égout principal. L’endroit était couvert, à part une ouverture au centre de la toiture, servant à la fois à l’aération et à l’éclairage. Étant donnée la relation au corps chez les Grecs, ainsi que les nécessités qui en découlent, cette promiscuité n’avait rien de gênant, au contraire elle créait pour les usagers une situation conviviale, permettant la conversation entre voisins. Pour le Français du vingt-et-unième siècle, c’est difficile à concevoir, mais là est précisément l’un des intérêts de l’étude d’autres peuples, d’autres époques, qui permet de découvrir que, même pour des civilisations très évoluées, les usages peuvent être radicalement différents. En voilà un exemple.
 
770h1 Athènes, Tour des Vents
 
770h2 Athènes, Tour des Vents
 
770h3 Athènes, Tour des Vents
 
770h4 Athènes, Tour des Vents
 
Venons-en à la Tour des Vents. Le fait que ce sujet vienne juste après celui des latrines ne tient pas à une plaisanterie de ma part (ce serait de fort mauvais goût), mais tout simplement que cette tour jouxte cet endroit. C’est Andronikos, un astronome et architecte macédonien de la ville de Kyrrhos et qui a vécu à la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ et au début du premier qui a imaginé ce bâtiment au plan octogonal, construit en marbre pentélique, pour indiquer l’heure aux Athéniens. Le toit conique était surmonté d’une girouette de bronze représentant un Triton. Chacun des huit côtés de l’octogone était décoré, à son sommet, d’une sculpture représentant l’un des huit vents qui soufflent sur Athènes. On peut distinguer, sur la troisième de mes photos ci-dessus, à la gauche de la petite fenêtre, le départ de deux traits gravés dans la pierre. Ces marques sur les façades permettaient de lire l’heure en fonction du déplacement de l’ombre sur le mur. Les Athéniens n’étaient pas sans repères la nuit ou les jours où les nuages occultaient le soleil, car Andronikos avait en outre prévu à l’intérieur du bâtiment un système d’horloge à eau, selon le principe du sablier : l’eau s’écoule d’un récipient supérieur vers un récipient inférieur à une vitesse déterminée par la dimension de l’orifice de passage de l’un à l’autre des récipients. C’est la clepsydre.
Par Thierry Jamard
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 14:11
769a Athènes, temple archaïque de Dionysos
 
Nous avons déjà visité l’Acropole, nous avons vu d’en haut le théâtre de Dionysos, mais nous ne sommes pas encore allés le voir de près. Lacune à réparer au plus vite. Après avoir franchi l’entrée du site, nous voyons de pauvres ruines d’un petit autel de bord de route qui avait peut-être été dédié à Hécate ou à Hermès, nous laissons le nouveau temple de Dionysos qui n’est guère plus qu’un rectangle d’herbe avec quelques rares pierres qui laissent en imaginer les dimensions, et nous arrivons ici au temple archaïque de Dionysos.
 
769b1 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769b2 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769b3 Athènes, théâtre de Dionysos
 
Et un peu plus loin nous voici au théâtre. Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, du temps des trois grands tragiques Eschyle, Sophocle, Euripide, et du grand auteur de comédies Aristophane, il n’y avait là qu’une modeste scène en bois et les spectateurs, dans la cavea, étaient assis sur de simples bancs de bois, seuls quelques officiels ainsi que les prêtres disposant de vrais sièges de pierre. Ce n’est qu’à l’époque de Lycurgue (390-324 avant Jésus-Christ), dans la seconde moitié du quatrième siècle, qu’un vrai théâtre en dur a été construit. Plus tard, vers le second, voire le premier siècle avant Jésus-Christ, avec la multiplication des spectacles, notamment avec la Nouvelle Comédie, on a amélioré la scène en y construisant un second niveau, en ajoutant une colonnade, etc. En effet, dans le théâtre classique, le chœur avait le rôle principal mais avec le recul du rôle du chœur et l’importance accrue du jeu des acteurs, il convenait d’exhausser la scène.
 
769c Athènes, théâtre de Dionysos
 
L’époque romaine a aussi apporté une décoration du devant de la scène avec des sculptures dont le thème se rapporte au cycle mythologique de Dionysos. Puis, comme on l’a vu dans mes articles précédents, en 267 après Jésus-Christ les Héruliens sont passés par là et ont détruit le théâtre. Au quatrième siècle de notre ère, le théâtre a connu une nouvelle période de prospérité, et de nouvelles décorations représentant des épisodes de la vie de Dionysos, récupérées sur de vieux bâtiments démolis, sont venues s’ajouter. Mais au sixième siècle une basilique paléochrétienne a pris place dans le théâtre. Dans un premier temps, de 2003 à 2005, on a entrepris une restauration de la cavea en remettant en place les éléments trouvés épars mais, par la suite, une reconstruction de la scène est prévue en réutilisant les fragments retrouvés là où ils peuvent être replacés. Espérons qu’il n’y aura pas trois fois plus de pierres flambant neuves, bien blanches et bien polies, noyant une toute petite minorité de pierres antiques, hellénistiques ou romaines.
 
769d1 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769d2 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769d3 Athènes, théâtre de Dionysos
 
Avant de quitter le théâtre, je tiens à en montrer quelques sièges. D’abord ce siège très décoré, large, situé en plein milieu du premier rang, était réservé au prêtre de Dionysos, dignité suprême puisque le théâtre était dédié à ce dieu. Puis on voit des sièges individuels à dossier et à bras qui devaient être occupés par divers magistrats, et si l’on est attentif on peut remarquer que le devant de certains sièges est gravé. Ceux que je montre ici en gros plan sont réservés, celui de gauche au prêtre de Déméter et de Pherréphatta (Perséphone, la fille de Déméter, dont le nom a été ainsi déformé sous l’Empire. Je me rappelle que Clément d’Alexandrie, un Père de l’Église qui a vécu de 150 à 220 environ et qui était au programme de ma licence, s’insurgeait contre l’indécence de "Phéréphassa"), et celui de droite au prêtre de Thésée.
 
769e Athènes, pente sud de l'Acropole
 
Derrière le théâtre, un sentier permet de monter le long de la pente sud de l’Acropole contre laquelle il est adossé. On voit ici l’entrée de la caverne des chorégies de Thrasyllos. Cette façade de marbre commandait l’entrée d’une caverne naturelle dont l’intérieur était décoré, si l’on en croit Pausanias, de sculptures représentant Apollon et Artémis tuant les enfants de Niobé (je raconte cette légende dans mon article daté 11 et 12 décembre 2009). Ce Thrasyllos est le mécène qui a financé les travaux, au temps de l’archontat de Néaichmos (320/319 avant Jésus-Christ). Certains supposent qu’il y a eu un sanctuaire paléochrétien dans cette caverne, mais rien n’est moins sûr. En revanche, divers visiteurs du dix-septième siècle témoignent d’une chapelle. Là où aujourd’hui il y a un pilier central, il y avait autrefois une statue de Dionysos mais en 1802 elle a été prise par Lord Elgin sans autorisation, lors d’un coup de force, et elle est désormais montrée au British Museum, qui n’a nulle intention de la rendre, malgré la façon dont elle a été honteusement volée. Puis en 1827, lors du siège de l’Acropole par les Turcs, le monument a été complètement détruit. Mais les voyageurs J. Stuart et N. Revett en avaient fait un dessin très méticuleux lors de leur séjour à Athènes en 1751-1753, qui sert à une reconstruction entreprise depuis 2002.
 
769f1 Athènes, Acropole, jugement de Pierre IV d'Aragon
 
769f2 Athènes, Acropole
 
Puisque nous sommes ici et que nous avons lorgné l’Acropole, cela nous donne envie de retourner y jeter un coup d’œil. Ce samedi 29 au matin nous sommes allés voir le temple de Zeus Olympien (mon article précédent), puis nous nous sommes promenés, et l’après-midi c’était le théâtre de Dionysos. Évidemment, le site est fermé à cette heure-ci mais nous nous y rendons dimanche 30. En montant, je remarque cette plaque citant un mot de Pierre IV d’Aragon, qui dit le 11 septembre 1380 que "L’Acropole d’Athènes est le plus riche joyau du monde". Je remarque aussi une pierre gravée en grec et datée de 1853. Sur la première ligne, en gros caractères, je lis "La France" (Hê Gallia). Hélas je dois avouer, avec honte, que si j’arrive à isoler différents mots, je ne suis pas capable de dire ce qui est écrit.
 
769f3 L'Acropole (1845-1850) par Raffaello Ceccoli
 
Le fait que je sois en retard dans mon blog présente quand même un (tout petit) avantage, cela me permet d’utiliser ici une photo faite trois jours plus tard, le 2 novembre, à la Galerie Nationale. Le tableau ci-dessus représente l’Acropole entre 1845 et 1850. Il s’agit d’une toile de Raffaello Ceccoli. Athènes n'est encore qu'une bourgade
 
769g1 Athènes, Acropole, temple d'Athéna Nikè
 
Pour nous, c’est un plaisir de voir de nouveau les splendides monuments de l’Acropole, mais à travers mon blog il est clair que les redites sont inutiles. Je montre toutefois quelques images où les monuments sont sous un angle différent. Ici, c’est le petit temple d’Athéna Nikè juché à l’extrême bord de la falaise, sur le côté des Propylées.
 
769g2 Athènes, Acropole, entrée avant les Propylées
 
Avant d’arriver aux Propylées, entrée majestueuse du plateau, on franchit cette petite porte. Auparavant, on était dans la nature, on suivait une allée dans un espace boisé. Ici commencent les constructions, avec les murs de soutènement.
 
769g3 Athènes, Acropole, Erechthéion
 
Le fameux Érechtéion a été montré sous toutes ses coutures, avec ses copies de cariatides , l’un des originaux étant au British Museum, les autres ici à Athènes, au musée de l’Acropole (où la photo est interdite). Mais ici, sous ce ciel plombé et dans ce rayon de soleil il prend un aspect particulier. La météo a été assez sympathique pour m’offrir cette lumière sans faire éclater l’orage que je craignais.
 
769h1 Athènes, Acropole, utilisation de fibre optique
 
Si j’ai pris cette photo d’une colonne du Parthénon, c’est parce que l’on y voit une gaine sur laquelle il est inscrit qu’il s’agit de palpeurs en fibre optique. Technique de pointe… On est en train de remplacer les fixations entre les pierres posées lors de restaurations précédentes par des attaches de tungstène, qui ne s’oxydera pas. La rouille des anciennes attaches, au contraire, faisait éclater la pierre.
 
769h2 Athènes, temple d'Héphaistos et agora vus de l'Acro
 
Et pour conclure, une vue de l’agora et du Théséion (le temple d’Héphaïstos), qui constituaient notre visite du 27, il y a trois jours. On se rend compte qu’en fait, l’agora et l’Acropole étaient toutes proches l’une de l’autre. La ville moderne répartit les vestiges antiques en sites touristiques, on visite l’un, on visite l’autre, cela empêche de percevoir que tout cela constituait une ville unique. On le sait intellectuellement, bien sûr, mais on ne le "sent" pas. Cette vue du haut de l’Acropole restitue cette sensation.
Par Thierry Jamard
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