Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 14:28
798a0 Golfe Saronique et golfe d'Argolide
 
Nous voilà partis pour une rapide visite des îles du golfe Saronique et du golfe d’Argolide. Le premier s’enfonce entre l’Attique (où se trouve Athènes) et l’Argolide (province du Péloponnèse, où se trouve Épidaure), et le second tient son nom de cette Argolide, et se développe à l’ouest de cette péninsule, le "pouce" de ce Péloponnèse qui a un peu la forme d’une main à laquelle manque l’auriculaire. Nous commencerons par Spetses, objet du présent article, nous passerons seulement quelques heures à Hydra, au bout de l’Argolide, entre les deux golfes, puis nous nous rendrons à Poros et finirons ce petit voyage par Égine. C’est grâce à Google Earth que j’ai pu dresser la carte ci-dessus.
 
798a1 Le Flyingcat I du Pirée à Spetses
 
798a2 Le Flyingcat I du Pirée à Spetses
 
Pas de panique ce matin. Le bateau partant à 9 heures, nous quittons le camping à 7h30 pour prévoir les embouteillages du matin aux abords du port, pour chercher l’embarcadère n°8 au Pirée avec nos bagages qui n’ont pas su être assez raisonnables (mais des ordinateurs 17 pouces c’est, de toute façon, lourd et encombrant), et pour ne pas stresser en regardant nos montres. Ce voyage, nous le faisons sans camping-car. Et cela pour deux raisons. D’une part, lors des séjours courts, le prix du transport excède de beaucoup le prix des hôtels, qui est raisonnable en Grèce. D’autre part, pour ce voyage-ci précisément, il y a un argument de poids, les voitures sont toutes totalement interdites à Hydra et très limitées à Poros, réservées aux résidents munis d’un permis spécial, de sorte que les transports qui admettent des passagers sont des bateaux rapides et non des ferries. Impossibilité absolue, donc, d’emporter un véhicule. Inconvénient de ces bateaux, pour des raisons de sécurité il est interdit de voyager sur le pont, on est donc confiné dans le salon fermé, et l’écume soulevée couvre les vitres d’embruns ce qui empêche de profiter du paysage. Or on est si près des côtes et les îles sont si nombreuses qu’il y a toujours quelque chose à voir. Nous embarquons sur le Flyingcat I, un catamaran dont les Grecs transcrivent le nom phonétiquement dans leur alphabet, ce qui donne quelque chose comme Phlaïnkat. Le bateau a beau être rapide, il y a une bonne distance à parcourir et il fait plusieurs escales, de sorte que nous sommes à Spetses à midi.
 
798b1 Sotirios Anargyros, bienfaiteur de Spetses
 
L’île est petite, mais elle a ses célébrités. Par exemple ce Sotirios Anargyros né en 1849 et parti à 18 ans vers les États-Unis parce que le déclin des chantiers navals de l’île laissait beaucoup de jeunes au chômage. Revenu au bercail les poches bourrées de dollars, il s’est construit en 1904 une luxueuse maison dans le style égyptien, mais a aussi –surtout– été un bienfaiteur de son île natale et de la Grèce. Sur place, il a construit la route qui fait le tour de l’île, il a bâti l’hôtel Poséidon, un établissement de grande classe destiné à attirer les riches Athéniens car il comptait sur le tourisme pour donner vie et aisance à Spetses. De plus, il a acheté la moitié de l’île et y a planté plus de cent mille pins pour attirer les chasseurs. Au plan national, il a aussi pensé à sa patrie en achetant pour le Gouvernement des avions au moment des guerres balkaniques. Il est resté à Spetses et y a vécu jusqu’à sa mort en 1928. Voilà ce qui justifie la reconnaissance des habitants d’aujourd’hui et sa statue sur une place qui porte son nom face à sa maison. Pendant l’Occupation allemande de la Seconde Guerre Mondiale, sa maison a été utilisée comme hôtel de ville et les Allemands y ont aussi établi un lieu d’incarcération et une chambre de torture.
 
798b2 L'île de Spetses est toute proche du Péloponnèse (
 
Sur la vue satellite de Google Earth, on peut se rendre compte que le continent n’est pas loin. C’est la côte d’Argolide que l’on voit en face de cette plage.
 
798b3 Vue de l'île de Spetses
 
La population de Spetses s’est accrue et des constructions nouvelles se sont ajoutées aux anciennes, mais les paysages n’ont jamais été défigurés. Le développement a été modéré et bien intégré.
 
798b4 Vue de l'île de Spetses
 
C’est entre le port principal et le vieux port où se trouvaient les chantiers navals aujourd’hui restreints à de petits ateliers de réparation sans bassin de radoub, que se sont construites au début du vingtième siècle les plus riches villas.
 
798b5 Grand hôtel de Spetses
 
Le grand hôtel construit par Anargyros, le Poséidon, le voilà, en front de mer. Il faut reconnaître qu’il a fière allure. Par curiosité, je l’ai cherché sur Internet. Une chambre double n’est pas loin des 500 Euros la nuit, mais des sites discount proposent des chambres doubles pour un peu moins de 150 Euros. Et les photos de l’intérieur ne sont pas mal… De toute façon, ce n’est pas là que nous sommes descendus.
 
798b6 Une boutique (sans concurrence) à Spetses
 
Je trouve amusant de placer juste après les images de cet hôtel et des luxueuses villas cette photo d’une boutique qui ne fait pas dans le luxe, en conservant ses vieux stores en loques et sa marquise et ses enseignes de fer rongées par la rouille. Les enseignes, justement. Au milieu, c’est un nom. À gauche, KATASTÊMA signifie boutique. À droite, on voit ASYNAGÔNISTON, et le mot vaut qu’on en fasse l’analyse. AGÔNAS désigne la lutte, le combat (cf. protagoniste, par exemple). SYN veut dire avec. La première lettre, le A est privatif, c’est-à-dire qu’il exprime une valeur négative (comme dans apatride, asymétrique, atypique). La terminaison du mot en fait un adjectif. Ce mot veut donc dire que c’est une boutique avec laquelle on ne peut lutter, qui défie toute concurrence. Et en voyant le peu d’investissements dans l’apparence, je suis tout prêt à le croire !
 
798b7 Le sol de la promenade, île de Spetses
 
Toute la promenade de front de mer est pavée de ces petits galets assemblés de façon à représenter des sujets marins à la manière des mosaïques. L’accès en étant fermé aux voitures, même taxis, le voyageur débarquant au port et se rendant au grand hôtel n’a pas d’autre choix que de faire tressauter les roulettes de sa valise sur ce sol très joli mais très inégal. Cela doit te rappeler des souvenirs de Bruges, Vanessa, toi dont mes impitoyables enfants, ayant emporté des sacs à dos, riaient du boucan que faisait ta valise sur les pavés.
 
798c1 Souvenir de la guerre d'indépendance contre les Otto
 
798c2 Statue de la Bouboulina à Spetses
 
Partout, sur le front de mer, on voit des canons abandonnés (mais bien entretenus par la Municipalité). Ils rappellent la Guerre d’Indépendance menée contre l’Empire Ottoman, ainsi que la part qu’y a prise la célèbre Bouboulina qui a ici sa statue. Entre autres, le 8 septembre 1822, avec leurs bricks et leurs brûlots, les habitants de l’île ont réussi, grâce à leur courage et à leur détermination, à repousser une flotte ottomane bien plus nombreuse et mieux armée. Cette victoire glorieuse est célébrée chaque année ce jour-là par une régate.
 
798c3 La maison musée de Laskarina Bouboulina
 
798c4 La Bouboulina devant sa maison
 
D’ailleurs, si nous sommes venus jusqu’à cette petite île, certes jolie et agréable, c’était surtout parce que je désirais y venir sur les traces de cette femme exceptionnelle, voir sa maison et le musée qui l’évoque. J’ai longuement parlé d’elle dans mon article daté 21 et 28 mai 2011. Il convient de se reporter à cet article pour avoir plus de détails à son sujet, je ne rappellerai ici que les grandes lignes. Laskarina Pinotzis est née en 1771, dans une prison de Constantinople où ses parents avaient été enfermés par les Ottomans pour avoir pris le parti des Russes contre les Turcs. Après l’exécution de son père, Laskarina et sa mère se réfugient à Spetses. Mariée deux fois et deux fois veuve d’hommes tués par des pirates, Laskarina hérite d’une grande fortune et porte le nom de son second mari, Bouboulis, ce qui lui vaudra d’être surnommée la Bouboulina. Elle investit l’argent hérité dans quatre navires, armés comme pour le commerce mais en réalité équipés pour la guerre. Le plus grand s’appelle l’Agamemnon. En 1920, elle engage et finance des équipages, des troupes, des armes, elle commande elle-même ses hommes. Elle participe au siège de Monemvasia qui a duré quatre mois, première possession turque à être libérée. Elle participe au blocus de Nauplie, à la prise de Pylos. Au lieu de reconnaître tout ce qu’elle a fait, payant de sa personne, investissant tous ses biens, certains l’accusent d’avoir revendu à son profit quelques canons pris aux Ottomans. Elle se retire alors à Spetses. Il est à noter que ce n’est pas le feu de l’adolescence qui a mû cette femme, car elle avait largement passé la cinquantaine au moment des faits. Puis, son fils ayant –vrai ou faux– enlevé une jeune fille de Spetses, un assassin qui n’a jamais été identifié, mais participant à la vendetta familiale, lui placera en 1825 une balle en plein front. Le crâne de Laskarina est d’ailleurs visible à Spetses dans la maison du premier archonte de Spetses, Hadzi-Yannis Mexis, mais nous n’avons pas souhaité aller constater le macabre trou dans le front.
 
798d1 Maison musée de Laskarina Bouboulina à Spetses
 
798d2 Maison musée de Laskarina Bouboulina à Spetses
 
Comme je l’espérais, un musée est installé dans la maison de la Bouboulina. La visite se fait avec une dame qui sert de guide, qui est très bien renseignée sur chaque pièce, chaque meuble, chaque objet, chaque tableau, et qui (heureusement) parle anglais. Nous étions seuls pour cette visite et, parce que j’ai manifesté un grand intérêt et une grande admiration pour la Bouboulina, la guide est allée chercher, en fin de visite, un monsieur qui s’est présenté à nous sous le nom de Bouboulis. C’est en effet un descendant en ligne directe de l’héroïne, et c’était un grand honneur pour nous de lui être présentés.
 
798d3 Maison musée de Laskarina Bouboulina à Spetses
 
La visite permet de voir le cadre de vie dans lequel a vécu la Bouboulina, comme ce salon, et de comprendre les circuits officiels et les circuits privés et dérobés à l’intérieur de la maison, de voir les caches qui avaient permis de dissimuler les enfants en cas d’incursions de pirates et qui, plus tard, ont servi de caches d’armes.
 
798e1 Le coffre de la Bouboulina
 
798e2 Une malle italienne de Bouboulina
 
798e3 écritoire de Bouboulina
 
Il nous a été montré où se trouvaient plusieurs serrures dissimulées de ce coffre fort à l'épais blindage. Nous avons pu voir cette malle au beau cloutage extérieur fabriquée à Venise par Giovanni Visentini et intérieurement toute tapissée de représentations de Venise. Original et amusant est aussi cet objet contenant une plume dans son manche et comportant un petit encrier. Je ne peux tout montrer, mais cette visite regorge de souvenirs.
 
798f1 Laskarina Bouboulina
 
798f2 Gravure russe de Bouboulina
 
Sur ma photo du salon, on a pu voir qu’il y avait des cadres au mur. Il y en a dans toutes les pièces, et chacun est intéressant. Je me limiterai à deux images, un portrait de Laskarina et une gravure russe la représentant en pantalon bouffant et chapeau turcs, montée en amazone sur un cheval à la tête d’une nombreuse armée de cavaliers et de fantassins. En langue russe et en caractères cyrilliques, la légende dit "Bobelina héroïne de la Grèce". C’est très peu réaliste. D’abord, Bouboulina a surtout commandé des combats navals. Ensuite, sur les représentations grecques, c’est-à-dire par des artistes qui ont pu travailler d’après nature, elle ne s’habillait pas à la turque. Et enfin parce que monter à cheval en amazone ne signifie pas s’asseoir simplement en travers de la selle. Au galop, ou lors d’un écart du cheval, on aurait tôt fait d’être désarçonné. On est assis sur une selle spéciale, où la jambe droite passe derrière un support, et cette position ne se justifie que pour une cavalière en robe, pas avec les larges pantalons de la gravure. Mais l’intérêt de cette gravure, outre ses qualités esthétiques, réside dans le fait qu’elle montre la réputation de la Bouboulina en Russie.
 
798g1 Signature du sultan pour armement d'un navire
 
798g2 Description de navire à gréer
 
798g3 coût d'accastillage et équipement d'un navire
 
Nous avons aussi pu voir un document accréditant un navire, théoriquement pour le commerce, revêtu de la signature du sultan. Puis le dessin de ce bateau. Et cette liste détaillant le montant des diverses dépenses d’équipement. Je ne suis hélas pas capable de comprendre s’il s’agit de provisions pour l’entretien de l’équipage, d’articles d’accastillage, d’autres équipements…
 
798g4 Signature de Laskarina Bouboulina
 
Mais je ne peux manquer de montrer ici une lettre signée de sa main. Plutôt que de cadrer sur la page entière, qui serait illisible dans le format de ce blog, je préfère un gros plan sur quelques mots de l’écriture dans le texte et sur la signature, Laskarina D. Boubouli.
 
Arrivés mercredi à midi, repartis jeudi à 13h05, nous n’avons passé que 25 heures à Spetses. C’est peu, mais suffisant pour avoir un peu sillonné la ville, nous être promenés le long de la mer et avoir visité la maison musée de Laskarina Bouboulina. Nous reprenons le Flyingcat I pour nous rendre à Hydra.
Par Thierry Jamard
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 13:03
797a1 Le Pirée, port de Zéa
 
797a2 Orangers au Pirée
 
Depuis longtemps nous projetons de visiter le musée archéologique du Pirée et toujours nous repoussons. Mais parce que cette fois-ci nous avons décidé d’aller acheter nos billets de bateau pour les îles du golfe Saronique au Pirée, dans l’agence qui nous a vendu les billets pour la Crête en août dernier, c’est l’occasion d’effectuer cette visite.
 
Nous descendons du bus 845 qui nous a pris juste devant le camping et nous dépose sur le port. Là, aucune indication. Les gens, très gentiment, tentent de nous aider mais, ne connaissant pas le musée de leur ville, nous envoient ici ou là, ce qui nous fait faire pas mal de marche à pied. Enfin, nous arrivons à proximité, sur le port de Zéa qui est aujourd’hui le port de plaisance mais qui était le port antique. Quoique les bâtiments qui le bordent soient de grands immeubles sans âme, le décor est très beau, mais le plus merveilleux ne peut être ressenti par écrit. C’est le merveilleux parfum de fleur d’oranger émané des arbres qui bordent le port. Mais nous en profiterons mieux après notre visite du musée (et sa fermeture à 13h). Et nous ne la regretterons pas, notre visite.
 
797b1 Lion de Moschato, 4e s. avant Jésus-Christ
 
Ce grand lion assis, plus grand que nature, nous accueille dans le hall du musée. Il vient d’une tombe collective de Moschato (sud-ouest d’Athènes, entre Athènes et le Pirée) du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Un autre lion semblable à celui-ci, le Lion du Pirée, a été volé par les Vénitiens. Il faut dire que le lion était le symbole de la Sérénissime. Il réside donc désormais sur la lagune…
 
797b2 Tombeau monumental, 330 avant Jésus-Christ
 
Une salle est occupée par le tombeau monumental de Nikeratos et de son fils Polyxenos, métèques d’Istros, sur la côte de la Mer Noire. Il date des environs de 330 avant Jésus-Christ et a été trouvé à Kallithea, banlieue sud-ouest d’Athènes. Il constitue l’unique exemple que l’on ait de tombe ressemblant à un temple, et a sans doute été influencé par le Mausolée d’Halicarnasse, l’une des sept merveilles du monde. Les deux hommes, en compagnie d’un petit serviteur, apparaissent tout en haut du monument, au-dessus d’une frise représentant une amazonomachie (combat des Amazones et des Athéniens). C’est sur le plateau que l’on peut lire les noms.
 
797b3 stèle funéraire peinte, 4e s. avant JC
 
On n’a conservé ici que la partie supérieure, avec palmette, d’une stèle funéraire. Le nom du défunt est indiqué, c’est Diogène fils d’Apollonidès, de Pyrrha sur l’île de Lesbos. Elle date de la première moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ et provient d'Eetioneia, au Pirée. Elle ne présenterait pas d’intérêt particulier et je n’aurais pas choisi de la montrer si le délicat travail de la palmette n’avait pas conservé une grande partie de sa peinture bleue. Les Grecs usaient de couleurs sur leurs monuments. Elles ont presque toutes disparu. J’en tiens ici un exemple, je le montre.
 
797b4 Stèle funéraire d'une prêtresse d'Isis
 
La femme représentée sur cette stèle funéraire et accompagnée d’une petite servante qui porte un panier, a dans la main gauche une poterie que l’on appelle une situle. Sur la photo, on ne voit pas bien que dans sa droite levée elle a un sistre, cet instrument de musique à cordes dont nous avons vu plusieurs exemplaires minoens au musée d’Agios Nikolaos, en Crète, le 5 août dernier (je les montre et j’en parle dans mon article de ce jour-là). Sistre et situle, ces deux accessoires la désignent comme une prêtresse d’Isis. La stèle étant datée de la fin du second siècle de notre ère ou du début du troisième, le culte de cette déesse d’origine égyptienne ne saurait surprendre puisque l’on sait qu’à cette époque il s’était très largement répandu dans tout le bassin méditerranéen. L’inscription nous renseigne même sur l’identité de cette prêtresse, elle se nomme Ammia Biboula, fille de Philokratès de Sounion.
 
797b5 Héraklès tue le centaure Nessos devant Déjanire
 
Sur ce relief funéraire, Héraklès est en train de tuer le Centaure Nessos et la personne sur la droite est sa femme Déjanire. La légende est connue. Nessos est passeur sur la rivière Evenos. Héraklès confie sa femme à Nessos et lui-même traverse la rivière à la nage. Mais pendant le franchissement, Nessos tente de violer Déjanire, et Héraklès le tue. Avant d’expirer, Nessos remet à Déjanire, en cachette d’Héraklès, un flacon où il a mêlé du sperme répandu lors de la tentative de viol et du sang de sa blessure mortelle, et lui dit que c’est un philtre qui lui rendra son mari s’il lui était infidèle à condition qu’elle lui fasse porter un vêtement qui y aura trempé. En fait, c’était un terrible poison qui a provoqué une mort atroce du héros, mais c’est une autre histoire, sans rapport avec ce que représente cette stèle trouvée à Troizen (Trézène), au sud d’Épidaure, et qui date de juste avant la moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
797c1 Amazone poursuivie par un Athénien, 2e s. après JC
 
Sous un mur de ville, Athènes bien sûr, un guerrier poursuit une Amazone qui s’enfuit, son bouclier en main. Tout, dans ce relief, est beau, la détermination de l’Athénien implacable, la sveltesse de la silhouette de l’Amazone et la détresse qu’exprime sa position. Cette plaque, trouvée pendant l’hiver 1930-1931 au fond du port du Pirée se trouvait à bord d’un bateau qui avait coulé là. Le musée présente une autre plaque presque identique, et divers autres couples de plaques identiques entre elles et toutes datant du milieu du second siècle après Jésus-Christ et provenant visiblement du même atelier athénien. Le fait qu’à Rome, insérées dans des bâtiments, on ait retrouvé des bas-reliefs semblables signifie deux choses. D’abord, qu’il s’agissait de productions en série et d’autre part que le navire avait pour destination l’Italie.
 
797c2 Scène de banquet, un homme et une femme
 
Scène de banquet. L’homme est étendu sur le lit de table, dans sa main droite il tient un fruit, dans la gauche un vase à libations, et il se tourne vers la jeune femme assise sur un tabouret. À ses pieds se tient le jeune esclave chargé de servir le vin.
 
797c3 Asclépios avec Hygieia guérit une patiente
 
Cette femme étendue et assoupie… Cet homme qui s’approche par derrière… En fait il s’agit d’une malade venue implorer d’Asclépios sa guérison. Elle est dans son sanctuaire, et c’est le dieu qui s’approche d’elle et lui impose les mains sur le cou et le dos. Il est accompagné de sa fille Hygieia, déesse préposée à la santé. Les quatre petits personnages, à gauche, trois adultes et un enfant, sont la famille de la patiente, ils joignent les mains en signe de supplication. Cette plaque votive en bas-relief des alentours de 350 avant Jésus-Christ provient de l’Asclépieion (sanctuaire d’Asclépios) du Pirée.
 
797c4 Zeus en taureau emportant Europe
 
Une grande vitrine présente de nombreuses figurines de terre cuite, dont le musée se contente de dire, globalement pour toutes, qu’elles proviennent d’Attique et entrent dans une fourchette entre le sixième et le quatrième siècle avant Jésus-Christ. Après avoir vu en Crète Matala où Zeus taureau a abordé avec Europe sur son dos et Gortyne où il s’est uni à elle sous un platane désormais toujours vert en remerciement d’avoir offert son ombre, je ne peux manquer de montrer cette figurine, même si, montrant à chaque fois ce sujet fort fréquent, mon blog devient une collection de Zeus portant Europe…
 
797d1 table à mesurer les liquides
 
797d2 table à mesurer les liquides
 
Cette table de pierre servait, nous dit-on, de mesure des liquides au marché du Pirée. On ne donne pas d’autres explications, mais je suppose que l’on bouchait le trou de la mesure choisie, on la remplissait, puis au-dessus du récipient de l’acheteur on débouchait le trou afin qu’il reçoive le volume acheté.
 
797d3 table de mesures étalon
 
797d4 Transcription de la table de mesures étalon
 
Cette pierre gravée au quatrième siècle, extrêmement intéressante, a été trouvée réutilisée dans le mur d’une chapelle de Salamine. Il s’agit d’une table de mesures, de même que nous conservons au Pavillon de Breteuil le mètre étalon en platine. On connaît l’unité de mesure utilisée aujourd’hui encore par les marins pour mesurer la profondeur d’eau, la brasse (1,8288 mètre), correspondant à l’envergure des bras ouverts en croix. Les Grecs utilisaient ce système de mesure (orgyia) basé sur la demi-brasse (moitié d’orgyia) gravée ici. Ils ont aussi représenté la coudée (0,487 mètre), la paume ouverte, entre l’extrémité du pouce et celle de l’auriculaire (0,242 mètre), le pied (0,302 mètre) ainsi que, sur une réglette, un autre standard pour le pied (0,322 mètre). Cette pierre de mesures est la seule qui nous soit parvenue avec une autre conservée à l’Ashmolean Museum d’Oxford, mais cette dernière était sans doute destinée à une consécration.
 
797e Oeil de proue de trière grecque
 
Les trières grecques, ces navires de guerre effilés à trois rangs de rames totalisant 170 rameurs, portaient de chaque côté de la proue un œil comme celui de ma photo, trouvé dans le port de Zéa au Pirée. On dit que c’était pour donner une personnalité humaine à leurs navires, ainsi dotés d’un regard, que les Grecs les ornaient ainsi. Après tout, les Anglais pour qui tout objet et même tout animal est neutre, parlent bien au féminin de leurs bateaux. Mais cette explication, dans la mentalité des Grecs de l’Antiquité, ne me convainc pas. Par ailleurs, il est notoire qu’ils redoutaient le "mauvais œil", le regard par lequel ils pouvaient recevoir un sort. Et pour conjurer ce mauvais œil, dans l’Antiquité, au Moyen-Âge et encore aujourd’hui dans certains pays, on use de talismans parmi lesquels un œil capable de repousser le regard de l’autre. Mon explication personnelle oscillerait donc plutôt entre la crainte que l’on veut inspirer à l’ennemi en lui jetant le mauvais œil et le talisman destiné à se protéger du sort jeté par l’œil du vaisseau ennemi et des dangers de la guerre navale. De même, sur les navires de commerce, on se protège des colères de la mer suscitées par Poséidon.
 
797f1 carapace de tortue faisant cithare
 
797f2 modèle de cithare avec une carapace de tortue
 
Cette carapace de tortue servait de caisse de résonance à une cithare, comme sur le schéma proposé ci-dessus par le musée, mais aussi comme j’en ai trouvé un exemple, dans une autre salle du même musée, sur une poterie du quatrième siècle que je montre face à la carapace.
 
797f3 Harpe grecque antique
 
797f4 reconstitution de harpe antique grecque
 
Ici, c’est une harpe, objet extrêmement rare (la deuxième photo en montre le dessin reconstitué par le musée). Elle se trouvait, avec la cithare, avec aussi une flûte, dans une tombe de Daphné, nous dit-on. Daphné, pour moi, c’est une ville qui se situait juste au creux de l’Asie Mineure, à l’extrême sud de la Turquie actuelle, près de la Syrie. Et dans cette tombe, il y avait aussi dans une boîte en bois un matériel d’écriture, plume, bouteille d’encre et raclette pour effacer la surface de la cire. À côté de la boîte se trouvaient cinq tablettes de bois enduites de cire, qui portaient encore des paroles de chanson. C’est donc avec de bonnes raisons que l’on a appelé cette tombe "la tombe du poète".
 
797f5 Miroir pliant, Aphrodite sur un bouc
 
Ce miroir pliant –on en voit la charnière en haut– date du dernier quart du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Il représente Aphrodite chevauchant un bouc. Cet animal, bouc ou chèvre, symbole de la fertilité dans bien des pays et encore de nos jours en Europe Centrale, a évidemment sa place auprès de la déesse qui préside à l’amour.
 
797g1 Masque tragique (4e siècle avant JC)
 
Ce grand masque tragique du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ, impressionnant par son aspect, a été interprété comme étant probablement une offrande votive. Le musée attire l’attention du visiteur sur le traitement des cheveux, qui permettrait de l’attribuer au grand sculpteur athénien Silanion.
 
797g2 Apollon du Pirée, bronze, vers 530 avant JC
 
797g3 Tête d'un grand Apollon de bronze
 
Les spécialistes divergent au sujet de la datation de cet Apollon du Pirée en bronze. Pour les uns, il est de 530-520 avant Jésus-Christ. D’autres le pensent un peu plus tardif, du début du cinquième siècle. Cela ne retire rien à cette exceptionnelle statue de culte. Il paraît que ce qu’il tient dans la main gauche est tout ce qui reste d’un arc, et que dans sa main droite tendue il portait un vase à libations.
 
797g4 Grande Artémis de bronze
 
797g5 Tête d'une grande Artémis de bronze (Le Pirée)
 
797g6 Pied d'une grande Artémis de bronze
 
La marque de fixation du carquois au dos de cette statue ainsi que la main gauche refermée sur quelque chose qui devait être un arc permettent d’identifier cette grande statue de bronze avec Artémis, contrairement à la tradition qui y voyait une poétesse ou une muse. Comme le masque tragique, elle est du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Si je montre son pied, ce n’est pas seulement parce qu’il est d’un remarquable réalisme avec son petit orteil un peu atrophié, mais parce que dans les caractéristiques du physique grec on parle souvent du nez dans le prolongement du front, sans cassure concave, mais il y a aussi le pied, dont les deux premiers orteils après le pouce sont sensiblement de même longueur.
 
797g7 Athéna du Pirée, grande statue de bronze
 
J’aime beaucoup moins cette statue de l’Athéna du Pirée que l’Apollon ou l’Artémis, aussi je préfère me concentrer sur sa tête, très expressive, avec ce casque orné de deux chouettes. Certains en font un original du quatrième siècle avant Jésus-Christ, d’autres en font une œuvre classicisante de l’époque hellénistique.
 
797h Artémis Kindyas, statuette colonne
 
Cette statuette en forme de colonne est caractéristique de l’est du domaine grec (Asie), caractère souligné par les bras enveloppés dans le manteau ceinturé. Il s’agit d’une Artémis Kindyas (Kindya est en Carie) sortie d’un atelier des îles à l’époque hellénistique. Elle a été trouvée avec les grandes statues de bronze.
Par Thierry Jamard
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 12:27
Nous avons déjà visité le musée d’Art Cycladique d’Athènes le 27 mars 2011. Et nous avions vu, au troisième étage, l’art chypriote. Mais lorsque, l’autre jour, nous sommes allés voir notre amie Evgenia qui y travaille et que nous sommes allés prendre un pot avec elle, nous avons appris que la section chypriote du musée avait été transférée dans un nouveau bâtiment, qu’elle bénéficiait de plus d’espace et d’une muséographie toute nouvelle et moderne, et que l’inauguration aurait lieu cette semaine. Aussi sommes-nous venus aujourd’hui revoir les mêmes objets mais dans un nouveau cadre. Et il est vrai que c’est très beau, très aéré, les objets sont bien mis en valeur, et plutôt que des numéros se rapportant à des légendes, chaque légende est accompagnée de la photo de l’objet qu’elle décrit. C’est très agréable. Par ailleurs, de grands panneaux explicatifs bilingues donnent des explications générales. Un seul reproche, auprès de chaque objet les commentaires ne sont pas toujours très développés. Nature de l’objet, date, et c’est tout.
 
796a1a Figurine cruciforme (Chypre, 3900-2500 avant Jésus-
 
 
796a1b Figurine cruciforme (Chypre, 3900-2500 avant Jésus-
 
Si nous suivons grosso modo l’ordre chronologique, nous commençons très loin dans le passé avec ces figurines cruciformes, double ou simple, en picrolite que l’on situe dans une fourchette de 3900 à 2500 avant Jésus-Christ. Pour les spécialistes, disons que la picrolite, qui est une variété fibreuse d’antigorite principalement composée de lizardite et de chrysotile, ne se trouve à Chypre que sur le mont Olympe qui, avec ses 1951 mètres, est le point le plus élevé de l’île. Si je donne ces précisions c’est parce que, quoique je n’aie trouvé nulle part de commentaire à ce sujet, je me demande si dans ce choix d’une pierre rare qui ne se trouve que sur un mont très élevé, il n’y a pas une signification religieuse.
 
796a2 Femme accroupie (Chypre, 3900-2500 avant JC)
 
Il paraît que cette figurine, également en picrolite, également de 3900-2500 avant Jésus-Christ, représente une femme accroupie au travail. Une femme, c’est sûr, car même si les excroissances au niveau de son torse sont ses bras et non des seins, son sexe est nettement dessiné. Mais pour ma part je la vois plutôt agenouillée ou même debout puisque les membres ne sont, volontairement, qu'esquissés, et je ne sais pas ce qui permet de dire qu’elle travaille.
 
796a3 Idole de Zintilis (Chypre, 3900-2500 avant Jésus-Chr
 
Toujours dans la fourchette de 3900-2500 avant Jésus-Christ, cette statuette-ci est en calcaire tendre. Elle est superbe, c’est ma préférée. Les archéologues l’appellent l’Idole de Zintilis. Encore un point sur lequel j’aurais aimé quelques détails supplémentaires de la part du musée. Sur Internet j’ai pu trouver que Thanos Zintilis était un collectionneur passionné par l’archéologie chypriote. Cela ne me renseigne pas beaucoup sur cette statuette. Ailleurs, un site en anglais dit que la statuette fait partie d’un groupe de sculptures dont toutes ont la tête légèrement inclinée en arrière, des orbites profondes dans lesquelles il a pu y avoir un insert de pierre ou de coquillage, des seins en relief, les bras repliés sous la poitrine, des incisions superficielles pour marquer le pubis et pour séparer les jambes (détail pas très évident sur celle-ci), mais que le contexte archéologique de leur découverte, le village de Kidasi dans la région de Paphos, ne permet pas d’en donner une interprétation.
 
796b1 Cruche chypriote composite (2500-2075 avt JC)
 
Quoiqu’appartenant à la période suivante, 2500-2075 avant Jésus-Christ, cette cruche composite n’en est pas moins très ancienne pour un objet aussi élaboré et esthétique.
 
796b2 Reliefs sur cruche (Chypre, 2000-1800 avant JC)
 
Nous avançons encore dans le temps, 2000-1800 avant Jésus-Christ, pour cette cruche portant sur son ventre des reliefs représentant une stylisation d’hommes et de bucranes.
 
796b3 Rhytons, Chypre, 1450-1200 avant JC
 
Ces petits objets zoomorphes en terre cuite sont des rhytons, c’est-à-dire des vases à libations. C’est pourquoi on remarque sur le cou des animaux un trou rond qui permet le remplissage, une poignée qui permet la manipulation, et un petit trou au bout du mufle qui permet de verser la libation. Ils sont contemporains des Mycéniens du Péloponnèse et de Crète (1450-1200 avant Jésus-Christ).
 
796c Outils en cuivre (Chypre, 2000-1600 avant JC)
 
Ici je n’ai pas tout à fait respecté la chronologie, je reviens un peu en arrière (2000-1600 avant Jésus-Christ) parce que je n’ai pas voulu interrompre ma série de trois poteries. Ces outils sont en cuivre. On sait que c’est à Chypre que, pour la première fois au monde, on a exploité le cuivre (d’ailleurs, le nom du cuivre, kupros, est tiré du nom de l’île, et non l’inverse), et que c’est le cuivre chypriote qui a permis aux civilisations phénicienne, minoenne puis mycénienne d’asseoir leur puissance et leur richesse. On peut identifier ci-dessus un rasoir et une garde de poignard, plusieurs types de pinces, une sonde, une épingle, des clous.
 
796d1 Hochet de terre cuite (600-480 avant JC)
 
796d2 Scribe en terre cuite (600-480 avant JC)
 
796d3 Prêtresse de la Grande Déesse, Chypre, 600-480 avt
 
Ces trois objets de terre cuite s’inscrivent dans la fourchette de 600-480 avant Jésus-Christ. Le premier, en forme de porc ou de sanglier, renferme paraît-il une bille et sert de hochet. Le second est un scribe assis qui déplie sur ses genoux un rouleau de parchemin. Quant au troisième objet, cette figurine féminine en robe hiératique et couverte de bijoux, on suppose qu’il peut s’agir d’une prêtresse de la Grande Déesse.
 
796d4 Figurine chypriote souriante (fin 6e s. avant JC)
 
796d5 Figurine chypriote au tambourin (fin 6e s. avant JC)
 
Ces deux figurines sont datées de la fin du sixième siècle. La première représente une femme parée de deux colliers et portant chapeau. Je trouve que son sourire rappelle celui des sculptures grecques archaïques. La seconde statuette de femme, ornée d’un seul collier mais à la coiffure très élaborée, joue du tambourin. Là encore, aucune explication supplémentaire. Je pense que s’il s’agissait d’une musicienne, ce serait une esclave, elle ne serait pas ainsi parée et serait nue ou vêtue d’une simple tunique. Je suppose donc que cette femme prend part à une cérémonie religieuse.
 
796e Lampe à huile chypriote (480-400 avant JC)
 
Cette lampe à huile d’époque classique (480-400 avant Jésus-Christ) adopte une forme très originale, ouverte, comme une petite assiette ou une soucoupe dont on aurait replié le bord avant séchage et cuisson. Cela lui donne une apparence de coquillage.
 
796f1 Cruche à représentation humaine (480-310 avt JC)
 
796f2 Cruche avec décoration (Chypre, 480-310 avant JC)
 
Je regroupe ces deux objets de terre cuite parce que tous deux sont situés dans la même fourchette de 480-310 avant Jésus-Christ, mais aussi parce qu’il s’agit de deux cruches de même inspiration mais de réalisation opposée. Pour être plus clair, la première est une statuette de femme portant une cruche. La décoration est plus grande que l’objet utilitaire, qui en devient l’accessoire. La seconde serait au contraire une cruche classique, si au-dessus de son bec n’était représentée en ronde bosse une femme faisant le geste de verser. Ici, l’objet utilitaire reste le principal, et la décoration l’accessoire.
 
796f3 monument funéraire chypriote (400-310 avt JC)
 
Ce monument funéraire en terre cuite de 400-310 avant Jésus-Christ représente le défunt allongé dans la position d’un convive à table. Il prend part à son repas funèbre.
 
796f4 Figurine d'acteur (Chypre, 400-310 avant JC)
 
J’ai choisi de montrer également cette figurine vêtue d’un vaste manteau (himation) et le visage recouvert d’un masque parce que je la trouve amusante et originale. Elle date de 480-310 avant Jésus-Christ et la notice dit qu’il s’agit probablement d’un acteur. “Probablement"... mais si ce n'est pas le cas, je ne vois pas quelle pourrait être la signification de ce masque.
 
796g1 Pendentif de pèlerin, Chypre, 5e-6e siècles
 
Pour consacrer la plus grande part de sa surface et de ses vitrines à l’art chypriote antique, le musée ne s’y limite pourtant pas et poursuit sur l’art de Chypre aux siècles et millénaires suivants. Ainsi, nous sommes maintenant à l’époque paléochrétienne (cinquième ou sixième siècle de notre ère) avec ce pendentif de pèlerin en pierre représentant deux personnages qui semblent avoir été dessinés par des enfants avec leurs membres filiformes, leur corps circulaire, deux points pour les yeux, un trait souriant pour la bouche… Le musée n’aide pas à déchiffrer le texte, et dit seulement que les personnages sont accompagnés de symboles. Je pense que l’un de ces symboles, un soleil rayonnant qu’ils tiennent en main, doit être le Christ. Je n’ose pas dire une hostie, parce qu’à cette époque on doit encore utiliser pour l’Eucharistie du pain non moulé en forme circulaire.
 
796g2 Empreinte pour pain eucharistique (période byzantine
 
En revanche, cette pierre calcaire gravée sert de timbre pour imprimer sa marque dans le pain eucharistique avant cuisson, car nous avons atteint la période byzantine, entre le milieu du septième siècle et l’an 1191. Le musée donne cette date butoir de 1191 sans autre explication, ce qui est curieusement précis, à la fois par comparaison à la date de début, le septième siècle, ce qui est vague, et pour la datation d’une pierre. En fait, depuis 1184 Isaac Comnène s’était déclaré gouverneur byzantin de Chypre. En mars 1191, Richard Cœur de Lion en route pour la troisième Croisade se trouvant pris dans une tempête dut s’abriter à Chypre, ce qui n’eut pas l’heur de plaire à Isaac Comnène, lequel voulut s’y opposer par les armes. Et c’est Richard Cœur de Lion qui, sans mal, est venu a bout du Byzantin, a pris possession de l’île puis, ne sachant qu’en faire, l’a vendue aux Templiers. Voilà pourquoi on peut penser que ce timbre byzantin n’a pu être postérieur à l’arrivée des Templiers.
 
796h1 Coupe à motifs floraux (Chypre, 14e s.)
 
Encore deux objets pour nous rapprocher de l’époque contemporaine. Nous en sommes encore assez loin avec cette belle coupe à motifs floraux du quatorzième siècle.
 
796h2 Boucle de ceinture, Chypre, 18e siècle
 
Pour terminer, nous en arrivons au dix-huitième siècle. Ceci est une boucle de ceinture en argent sertie de nacre, et portant gravée une image de Vierge à l’Enfant, et un ange sur le côté, peut-être l’archange Gabriel puisque c’est lui qui avait annoncé la naissance. Initialement, puisque notre voyage n’était pas prévu aussi long et détaillé, nous ne pensions pas nous rendre à Chypre, mais cette exposition nous en donne une furieuse envie. Toutefois, ce n’est pas encore décidé. Nous verrons…
Par Thierry Jamard
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 11:56
De France et de Biélorussie, nous voici enfin de retour à Athènes. Et nous allons y rester encore un certain temps et cela pour plusieurs raisons. D’abord, en France, on me refuse le renouvellement de mon passeport et de ma carte d’identité, parce que je ne réside pas. Je me fais donc inscrire comme résident français dans notre consulat à Athènes et je fais refaire mon passeport. D’autre part, nous avons vu qu’il y avait plusieurs expositions temporaires intéressantes. Et enfin nous nous plaisons bien dans cette ville. Je consacre donc un article un peu fourre-tout à notre vie de résidents.
 
795a1 fouilles antiques dans le métro à Monastiraki
 
795a2 Traces de l'Antiquité à la station Monastiraki du m
 
795a3 Legs de l'Antiquité dans le sous-sol au métro Monas
 
Partout à Athènes, et je devrais même dire partout en Grèce, dès qu’on creuse un peu le sol on trouve des vestiges de l’Antiquité. On ne compte plus les stations de métro comportant des vitrines avec un mini-musée où sont montrées des poteries découvertes en creusant les galeries, ou des parois protégeant d’une vitre quelques mètres de canalisations d’époque classique, ou diverses autres choses. Ici, nous sommes à la station de métro Monastiraki. Le creusement de la station a dû être mené en parallèle avec des fouilles archéologiques qui ont mis au jour des habitats du huitième siècle avant Jésus-Christ au dix-neuvième siècle de notre ère. La rivière Eridanos qui part des pentes du Lycabette coule à travers Athènes avant d’aller se jeter dans l’Ilissos. De nos jours il est à sec à certaines périodes mais dans l’Antiquité il était toujours alimenté, et plus abondamment lors des pluies abondantes. Son lit faisait 2,60 mètres de large, bordé d’un sentier sur chaque rive. À l’époque de l’empereur romain Hadrien (117-138 de notre ère) la partie de son cours qui traversait la ville a été couverte d’une voûte de briques reposant sur les sentiers, et il a été utilisé comme égout, l’eau claire entraînant les eaux usées. La voûte recouverte de terre a supporté une rue ou un portique, et de part et d’autre, à une distance de 4,50 mètres, des bâtiments la bordaient, maisons d’habitation, ateliers d’artisans, entrepôts. Innombrables sont les découvertes que l’on a faites ici, ruines d’architecture, sculptures de marbre, sols de mosaïque, peintures murales, poteries, pièces de monnaie, objets métalliques ou en os, chacun de ces éléments permettant de dater le lieu de la découverte.
 
795b1 Expo photo d'Eugenie Coumantaros au musée d'Art Cycl
 
Le musée d’Art cycladique présentait une exposition de photographies de Eugenie Coumantaros, une photographe grecque qui a étudié la littérature anglaise à Princeton avec une mineure en photographie. Je me rappelle avoir apprécié une exposition de ses œuvres à l’annexe de Sparte de la Galerie Nationale en juin dernier.
 
795b2 Expo photo d'Eugenie Coumantaros au Cycladique, à At
 
795b3 Expo photo d'Eugenie Coumantaros à Athènes
 
795b4 Expo photo d'Eugenie Coumantaros à Athènes
 
Celle-ci s’intitule Beyond White. C’est une vision très personnelle des petites églises orthodoxes toutes blanches qui parsèment les paysages des îles grecques. Elle a ce don d’isoler des formes, et de jouer avec les couleurs, ici le blanc.
 
795c1 Expo Destruction de Smyrne, au musée Benaki
 
795c2 Expo Destruction de Smyrne, au musée Benaki
 
Une autre exposition était proposée par le musée Benaki. Elle a, paraît-il, nécessité quatre années de travail. Elle se rapporte à la destruction de Smyrne par les Turcs en 1922 (sur ma photo, on lit "ê katastrophê", mais le français a modifié le sens de ce mot qui nous vient du grec, car dans cette langue il signifie "destruction"). J’avais le droit de prendre des photos dans le hall devant la porte de la salle (celles que je montre ci-dessus), mais pas dans l’exposition elle-même, hélas. Je dois donc parler des événements sans images. Smyrne était dans l’Empire Ottoman, mais c’était une ville très cosmopolite, comprenant des Turcs, bien sûr, mais exerçant généralement des métiers manuels, et puis des Grecs, des Arméniens, des Juifs, des Occidentaux, qui s’adonnaient au commerce et menaient une vie aisée. Tout cela a fini par un bain de sang, la ville incendiée, des milliers de Grecs obligés de rejoindre une patrie qu’ils ne connaissaient pas (cf. les Pieds Noirs en 1962) et de repartir à zéro, d’autres étrangers refusés sur les navires qui n’étaient pas sous pavillon de leur pays. Aujourd’hui, Izmir qui succède à Smyrne est rebâtie complètement neuve car il n’y avait plus rien sous les cendres fumantes. Le musée Benaki gère trois centres, celui qui est proche du sénat et qui héberge cette exposition, celui du quartier du Céramique (art islamique) et un centre culturel dans une zone industrielle reconvertie, où nous nous sommes rendus parce que l’exposition est complétée par un film qui dure près de deux heures et montre des documents d’époque et retrace les faits. Tout cela est à la fois passionnant sur le plan historique mais aussi et surtout poignant sur le plan humain. D’ailleurs, devant les photos, et plus encore à la sortie de la salle de cinéma, beaucoup ne retenaient pas leurs larmes.
 
795d1 L'agora d'Athènes, vue de l'Aréopage
 
795d2 Vue de l'Aréopage, l'agora d'Athènes
 
795d3 Vu de l'Aréopage, le Lycabette, à Athènes
 
795d4 Vue de l'Aréopage à Athènes, l'Acropole
 
Nous n’étions jamais montés sur l’abrupte colline de l’Aréopage, un gigantesque monolithe de marbre gris. Son nom signifie "colline d’Arès", nom donné depuis que, un fils de Poséidon ayant violé la fille d'Arès sur cette colline, Arès avait été jugé par les dieux pour avoir tué le coupable, et avait été acquitté. On avait conservé l'habitude de s'y réunir pour juger des affaires criminelles, les juges étant choisis pour leur probité, leur indépendance, leur réputation d’honnêteté. C’est un lieu d’autant plus important que pour soustraire Oreste aux Érinyes qui sont chargées de venger les crimes de sang, Athéna avait obtenu d’elles qu’après le meurtre de Clytemnestre il soit jugé sur l’Aréopage. De là, on a une vue imprenable sur l’agora ancienne (deux premières photos), sur le Lycabette (troisième photo) et sur la toute proche Acropole (dernière photo).
 
795e1 L'UE participe aux fouilles de l'Académie de Platon
 
Il est un lieu symbolique à Athènes, c’est celui où Platon a professé ses idées philosophiques, à savoir l’Académie, dont le nom vient de celui du héros Académos enterré dans les parages. Une rue toute droite partant du Céramique menait en une quinzaine ou une vingtaine de minutes à pied à cette banlieue d’Athènes. Platon avait acheté ce vaste terrain et y avait fait bâtir un gymnase, c’est-à-dire un lieu où l’on s’entraînait à des exercices physiques, auxquels sont liés les exercices intellectuels et donc salles de conférence, salles d’étude, bibliothèque, ainsi que les lieux nécessaires pour l’hébergement de ses disciples, le tout dans de vastes jardins avec un temple d’Athéna. Platon a fondé son Académie vers 388, soit onze ans après la mort de son maître Socrate en 399, et y a enseigné pendant une quarantaine d’années. Voilà pourquoi il était indispensable pour nous d’aller sur les lieux. L’Union Européenne participe au financement de travaux évalués à deux millions d’Euros selon ce panneau qui dit "Création d’entrepôts muséologiques et consolidation de sections du site archéologique de l’Académie de Platon".
 
795e2 Débris de poteries à l'Académie de Platon
 
Le long d’une petite rue, un espace bien gardé par une grille surmontée de barbelés et garni de baraques de travaux type Algeco accumule pierres, tuiles, fragments de poteries, tambours de colonnes, tout un tas de produits de fouilles peu compréhensibles. Mais il est sûr qu’après organisation, il y aura à voir, d’autant plus que la protection du site signifie qu’il y a risque de vol d’antiquités intéressantes.
 
795e3 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
795e4 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
795e5 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
Mais de l’autre côté de la rue, la grille est celle d’un jardin public, et les Athéniens y viennent faire leur jogging, lire sur un banc, jouer au ballon, promener la poussette de bébé, se laisser promener par leur chien qui les tient en laisse ou vaque seul à ses occupations sur les pelouses. Et là, épars dans ce vaste parc public, on trouve ici ou là des ruines qui, de toute évidence, datent de l’Antiquité et sont en accès tout à fait libre. Libre aussi de toute explication, hélas. Ce que sont les bâtiments de mes photos, je l’ignore. Le plan que laisse imaginer ma seconde photo, la construction de ce soubassement en gros blocs de pierre, pourrait évoquer le sanctuaire d’Athéna. Simple supposition que le premier archéologue venu démentirait peut-être avec vigueur…
 
795f1 Athènes, dans les jardins de l'Académie de Platon
 
Curieux, de ma part, de publier cette photo. Les deux mots, en bas, "kados perittômatôn" signifient "poubelle". On s’en serait douté. Mais ce qui a retenu mon attention et qui m’a amusé, c’est le nom de Crottinette qui révèle une importation française et manifeste le souci de propreté publique (même si la réserve de sacs destinés au ramassage d’excréments canins est épuisée).
 
795f2a Tortues d'eau dans les jardins du Sénat, à Athène
 
795f2b Tortues et pigeons, jardins du Sénat, Athènes
 
Lors de chacun de nos déplacements au consulat de France, nous avons préféré, au lieu de prendre la correspondance du tramway à la sortie du métro à Syntagma, nous y rendre à pied en traversant le très agréable jardin public du Sénat, autrefois jardin du palais royal. C’est en même temps un jardin botanique, où quelques espèces d’arbres rares portent une étiquette mentionnant leur nom courant en grec et en anglais et leur nom savant en latin. Et puis il y a un bassin où grouillent les tortues d’eau. Un jour que nous étions en train de les observer s’évertuant de s’escalader les unes les autres, une dame est arrivée avec une de leurs consœurs dans un sac plastique et l’a lâchée dans le bassin. C’est sûr, on achète une adorable bestiole dont la carapace mesure deux centimètres de diamètre, et au bout de quelque temps on a un monstre de trente centimètres. Si l’on n’a pas la cruauté de tuer la tortue on est bien embarrassé. On le voit, les pigeons prennent leurs carapaces pour des rochers. C’était l’inverse pour l’aigle qui, à Gela en Sicile, en 456 avant Jésus-Christ, ayant saisi dans ses serres une tortue et sachant bien ce qu’elle était, avait pris de l’altitude et l’avait lâchée pour que se brise sa carapace sur ce qu’il avait pris pour un rocher, à savoir le crâne chauve du poète tragique Eschyle, le tuant. Légende moqueuse évidemment inventée par ses détracteurs.
 
795f3 jars dans les jardins du Sénat à Athènes
 
795f4 Bouc (capra aegagrus), jardin du Sénat, Athènes
 
Il y a aussi des enclos regroupant des animaux, très amusants à regarder mais à vrai dire pas très exotiques. Des paons, des lapins, des oies (avec des jars qui cherchent à se faire remarquer de ces dames par trop indifférentes), et ce bouc dont une plaque fixée sur le tronc d’un arbre donne les caractéristiques. Nom latin, Capra aegagrus, taille 1,40 mètre, poids 75 kilogrammes, espérance de vie 15 ans, et puis les remarques particulières "La ligne noire sur la colonne vertébrale est la caractéristique de l'authenticité. Les nœuds dans ses cornes indiquent son âge", selon ma traduction personnelle. J’ai cherché le mot KOMPOS dans mon dictionnaire et sur Internet, toujours la même traduction "nœud". En regardant ma photo du bouc, je ne vois pas quels peuvent être les "nœuds" des cornes de cet animal qui en indiquent l’âge. S’il s’agissait des anneaux il y en aurait beaucoup plus que les quinze maximum que l’on pourrait attendre…
 
795f5 Chats dans les ruines de la bibliothèque d'Hadrien
 
Poursuivons nos promenades. Et puisque je parle d’animaux, voilà une confrérie de chats qui n’ont pas payé leur billet d’entrée sur le site de la Bibliothèque d’Hadrien et qui se prélassent insolemment sur les étagères où les archéologues ont religieusement amassé leurs trouvailles.
 
795g1 Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721
 
795g2 Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721
 
Lorsque nous avions visité l’agora romaine, le 30 octobre dernier, j’avais évoqué la Medrese, l’école théologique ottomane, datant de 1721 et seulement entrevue depuis le site romain. Puisque nous passons devant ce qui en reste, j’en profite pour montrer un peu mieux ce portail.
 
795h1 Athènes, tango dans la rue pour publicité
 
Je voudrais terminer cet article par quelques scènes de rue. Comme ce couple en costume esquissant au milieu de la rue et sous l’œil amusé des badauds (dont nous faisons partie, évidemment) quelques pas de tango dénotant des danseurs bien peu professionnels. C’est que ce sont plutôt des mannequins, et une photographe les mitraille tandis qu’une autre personne réclame tel ou tel mouvement. Nous sommes tombés sur une séance de prise de vues publicitaires.
 
795h2 Athènes, en route pour relève de la garde
 
Tant de fois nous avons vu la relève de la garde devant le Parlement que nous n’y assistons plus. Nous avons vu le costume d’été, le costume d’hiver, le costume de grandes cérémonies. Mais aujourd’hui, alors que nous nous promenons boulevard de la Reine Sophie, nous croisons ce petit détachement qui vient de la caserne et va prendre la relève. Je crois n’avoir pas encore montré ici la tenue d’hiver.
 
795h3 graffito athénien
 
En France, lors de notre séjour, les seules questions qui nous ont été posées sur la Grèce concernaient la situation économique, les manifestations, les violences. Oui, il y a une crise économique et politique grave. Oui, les mesures d’austérité sont extrêmement sévères, oui elles sont très douloureuses pour le plus grand nombre. Oui, les images de violences montrées à la télévision sont bien réelles. Mais elles sont circonscrites à la place de la Constitution (Syntagma, devant le Parlement) et aux rues avoisinantes, le touriste ne court aucun danger sauf celui d’aider le pays en y venant et, alors que pendant un an nous avons sillonné le pays et vu des merveilles, célèbres comme Delphes ou Cnossos, moins visitées des Français comme Ioannina, le Magne ou la Canée, ces sujets semblent ne pas intéresser grand monde. Alors puisque tel est l’unique centre d’intérêt, parlons des problèmes en montrant ce graffito dans la rue. Un ouvrier portant une pancarte "Je suis en grève" chasse d’un coup de pied dans le derrière un homme au ventre rebondi en complet et chapeau, politicien ou banquier, je ne sais. "Ouste!"
 
795h4 Métro d'Athènes. Non, il ne pleut pas dans les coul
 
Ce jour-là, il pleuvait sur Athènes. Mais cette dame est entrée dans le métro, oubliant de refermer son parapluie. Lorsque j’ai pris ma photo, cela faisait bien deux minutes qu’elle marchait ainsi. Il m’a fallu extirper mon appareil du fourre-tout où je l’avais protégé de la pluie tout en me débattant avec les diverses emplettes effectuées en ville, et malgré ce retard j’ai quand même réussi à déclencher avant que, se rendant enfin compte que les couloirs du métro étaient étanches, elle ne referme son inutile parapluie.
 
795i mes coiffeuses à Athènes
 
Je ne voudrais pas quitter Athènes sans un mot de publicité (gratuite!). À Melun, j’avais ma coiffeuse attitrée et chaque fois que j’allais faire tondre mes (rares) cheveux, la relation était amicale. Eh bien ici à Athènes, nous avons passé tant de temps que nous y avons pris nos habitudes. Et nous avons déniché un salon de coiffure sans prétention, aux tarifs plus que raisonnables, mais d’excellente qualité, tant pour Natacha que pour moi. Et, ce qui est aussi très important lorsque l’on confie sa tête à quelqu’un, les deux (charmantes) jeunes femmes qui y officient, Viki à droite sur ma photo, ainsi que son assistante à gauche, sont gentilles, attentionnées, sympathiques. Leur anglais étant limité, la conversation en grec est nécessairement basique, mais avec des gestes (modérés pour ne pas faire dévier les ciseaux), des mimiques et un peu de bonne volonté, on communique très bien. Pour qui, de passage à Athènes ou y résidant, voudrait une bonne adresse, c’est dans la galerie du n°56 de la rue Panepistimio.
Par Thierry Jamard
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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 21:20

Il est temps de rejoindre notre camping-car. Notre chez nous, à Athènes. Lever à 3h30 (guère plus d’une heure de sommeil…), départ à 4h30, enregistrement à Orly à 5h30, décollage à 6h45.

 

794a Le jour se lève au-dessus des nuages

 

En ce début de mars, nous avons décollé depuis déjà une heure quand on voit le jour se lever au-dessus des nuages. En bas, la surface des nuages ondule, on dirait les rides de la mer, et dans l’obscurité c’est ce que je croyais, me demandant quelle route nous pouvions bien suivre. Mais au bout de quelques minutes de grosses protubérances ont apparu, et le jour s’est levé, dissipant tous les doutes.

 

794b Sommet enneigé vu d'avion entre Paris et Athènes

 

D’ailleurs, bien vite, les nuages ont disparu, laissant voir le sol. Lorsque nous survolons cette belle montagne, il est 7h30, je ne sais pas trop où nous sommes, parce que je ne sais pas quelle route nous suivons. Ce sont les Alpes, je pense. Il est trop tôt pour les Apennins si nous devons survoler l’Italie. Ou plutôt, comme je ne vois pas la mer alors que je suis à la gauche de l’avion, donc tourné vers l’est, ce seraient les Alpes Dinariques, en Croatie. J’irais bien voir au hublot de droite si la mer est à l’ouest de l’avion, Natacha près de moi est en train de lire, elle me laisserait passer, mais le passager, en bout de rangée, a sombré dans un profond sommeil, je ne veux pas le déranger. Mais de toute façon, à cette heure-ci, on est sûrement encore au nord de la mer.

 

794c Survols du Paris-Athènes

 

Il me vient une idée. S’il y a, plus tard, des endroits que je parviens à identifier d’en haut, je vais les prendre en photo, et puis pour rédiger mon article j’irai comparer mes images avec les vues satellites de Google Earth. J’ai placé, sur une vue Google Earth de la Grèce, dans des cercles jaunes, les endroits que j’ai reconnus. Il y manque, sur cette carte, une petite île, que je n’avais pas la place de marquer, entre Égine et l’aéroport. J’en parlerai tout à l’heure. On voit que l’on était au-dessus de l’Adriatique, et on s’est dirigé plus à l’est qu’Athènes pour ne pas survoler la capitale à basse altitude. On a contourné l’agglomération pour rejoindre l’aéroport international Eleftherios Venizelos par le sud.

 

794d1 La côte est de Corfou vue d'avion

 

794d2 La côte est de Corfou sur Google Earth

 

Systématiquement, je montrerai d’abord ma photo vue d’avion, suivie de la vue satellite de Google Earth. Il est 9h03, nous voyons la côte nord-est de Corfou, et en face c’est le continent, le sud de l’Albanie. La frontière avec la Grèce est un tout petit peu plus loin, en face du dernier quart sud de l’île. Très claire et transparente, la mer laisse croire, sur la vue satellite, qu’une étroite langue de terre relie Corfou à l’Albanie. Il n’en est rien, et la vue aérienne le montre.

 

794e1 lac de Limeni (Etolie Acarnanie) vu d'avion

 

794e2 lac de Limeni (Etolie Acarnanie) sur Google Earth

 

Ce très joli lac en forme de cœur dans son écrin de montagnes est le Limeni, en Étolie-Acarnanie. Nous sommes donc maintenant au-dessus de la Grèce continentale. J’ai avancé ma montre d’une heure, mais pour la France il est 9h13.

 

794f1 Pont de Rion et baie de Naupacte vus d'avion

 

794f2 Pont de Rion et baie de Naupacte sur Google Earth

 

9h19, heure de France. Nous voici devant l’endroit où le chenal est le plus étroit entre la Grèce du nord et le Péloponnèse. Dans l'article de ce blog où je parle de notre voyage aller vers la France, j'ai déjà montré une photo de cet endroit, mais de plus haut et dans l'autre sens. En 2004, à l’occasion des Jeux Olympiques, un superbe pont suspendu a été jeté entre les deux rives (Rion au sud et Antirion au nord), pont fort coûteux et hélas achevé un peu après la clôture des Jeux. À quelques kilomètres à l’est du pont (donc plus à droite sur ma photo), sur la rive nord (celle du haut sur la photo), se trouve la petite ville de Naupacte (Nafpaktos en grec), l’ancienne Lépante. C’est donc là, dans ce bassin que l’on voit sur ces deux images, que s’est déroulée la fameuse bataille navale le 7 octobre 1571 entre la flotte de la ligue chrétienne et la flotte ottomane du sultan. J’en ai longuement parlé ailleurs, je n’y reviens pas.

 

794g Montagnes du Péloponnèse vues d'avion

 

Seulement quatre minutes se sont écoulées. Nous longeons toujours ce golfe étroit et profond qui se creuse entre le continent et le Péloponnèse. Nous sommes un peu au sud, ces montagnes sont celles du Péloponnèse. Dans l’angle supérieur droit, on aperçoit le début d’une bien étroite plaine côtière, nous approchons de Corinthe et de son isthme.

 

794h1 Corinthe vue d'avion

 

794h2 Corinthe sur Google Earth

 

Il est 9h28 à Paris. Cette fois, nous sommes en vue de Corinthe. La ville moderne s’allonge le long de la mer. Sur ma vue d’avion, on remarque, sur la gauche, un énorme roc qui émerge de la plaine (et puis, en bas, près de la bordure de la photo, commence la montagne). Ce roc, c’est Acrocorinthe, la citadelle. Elle nous cache, à son pied vers le nord, la Corinthe antique, celle de saint Paul, reconstruite après avoir été rasée par les Romains lors de leur conquête. Mais de toute façon, de cette altitude, les ruines ne pourraient pas être distinguées.

 

794h3 l'isthme de Corinthe vu d'avion

 

794h4 l'isthme de Corinthe sur Google Earth

 

Tout de suite après, je déclenche de nouveau, mais en grand angle, pour voir les deux côtés de l’isthme. En bas, c’est le Péloponnèse. En haut, c’est l’Attique sur le continent. Un isthme vraiment très étroit. On comprend pourquoi, dès l’Antiquité, les hommes ont conçu le projet, parfois entamé, jamais réalisé jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, de percer un canal pour éviter aux navires de faire tout le tour du Péloponnèse, avec en prime une mer souvent mauvaise aux alentours du cap Ténare, tout là-bas, à la pointe sud. C’est à cause de ce grand détour et de la mer agitée que les Corfiotes, qui avaient construit spécialement une flotte pour aller en découdre avec les Perses aux côtés de tous les autres Grecs coalisés, sont arrivés à Salamine alors que la bataille était achevée…

 

794h5 le canal de Corinthe sur Google Earth

 

Parce que ce canal n’est pas visible sur mes photos prises d’avion et qu’il revêt une importance économique et historique énorme, j’ajoute ici une vue Google Earth très verticale qui permet de voir son tracé, une belle ligne plus sombre à l’endroit le plus étroit de l’isthme de Corinthe.

 

794i1 L'île d'Egine (golfe Saronique) vue d'avion

 

794i2 L'île d'Egine (golfe Saronique) sur Google Earth

 

Nous voici à présent, à 9h33, en vue de l’île d’Égine. Avec ses temples antiques et ses monastères, elle fait partie de notre programme de visites. Nous ne savons pas encore si nous ferons un tour par plusieurs îles du golfe Saronique et de la côte de l’Argolide ou si nous n’en verrons qu’une, mais s’il n’y en a qu’une ce sera celle-là.

 

794j1 L'île de Fleves (ouest Attique) vue d'avion

 

794j2 L'île de Fleves (ouest Attique) sur Google Earth

 

C’est elle, la toute petite île que je n’ai pu encercler de jaune sur ma carte. Elle est tout près de la côte ouest de l’Attique, à mi-chemin à peu près entre Le Pirée et le cap Sounion. Cette île, c’est Fleves (prononcer Flévès). Minuscule, sous l’aile blanche et orange de notre avion Easyjet, mais habitée. L’arrivée est prévue à 10h55 heure locale, soit à Paris 9h55, et il est 9h37. Le temps de prendre la piste, d’atterrir, de rouler au sol jusqu’au terminal, nous serons à l’heure.

 

794k L'arrivée à Athènes, aéroport Venizelos

 

Voilà, nous sommes presque arrivés. L’appareil a perdu de l’altitude, il a sorti le train, il a franchi l’autoroute. Quand, en voiture, on prend la bretelle qui sort de l’autoroute en direction de l’aéroport, on considère qu’on est arrivé. Alors en avion… Il est 9h41 au moment de la photo.

 

Athènes. Des lieux que nous connaissons. Nous y avons nos marques. Depuis si longtemps que nous y résidons, nous nous y sentons chez nous, nous sommes heureux de retrouver "notre" ville, la Grèce, notre camping-car. Mais tristes que nos familles, nos amis, soient si loin… Maintenant, nous allons poursuivre notre voyage.

Par Thierry Jamard
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