Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 00:37

410a1 Rome, Santa Maria in Via Lata

 

Notre balade d’aujourd’hui ne comportait aucune visite précise. Nous nous promenions le nez en l’air. Et puis, passant en fin de journée dans le bas du Corso, non loin de la piazza Venezia, nous avons pensé qu’il pourrait y avoir quelque chose d’intéressant dans l’église Santa Maria in Via Lata. Déjà, il vaut la peine d’essayer de prendre du recul pour apprécier sa façade dessinée par Pierre de Cortone, et construite entre 1658 et 1662. Je dis "essayer", parce que le Corso est une rue plutôt étroite.

 

410a2 Rome, Vasi, S. Maria in Via Lata

 

Or le nom de cette église signifie Sainte Marie sur le rue large. C’est qu’encore à l’époque de Giuseppe Vasi (1710-1782), auteur de la gravure ci-dessus, la rue avait une ampleur qu’elle a perdue aujourd’hui. L'église est, en fait, infiniment plus ancienne que sa façade, puisque bâtie au quatrième siècle par l’empereur Constantin et consacrée par le pape saint Sylvestre là où avaient vécu saint Pierre, saint Paul et saint Luc.

 

 

410b Rome, Santa Maria in Via Lata 

410c Rome, Santa Maria in Via Lata

 

Sans être exceptionnelle de splendeur, sans vraiment justifier un détour, Santa Maria in Via Lata est assez belle, avec son pavement assorti à ses colonnes. Mais, surtout, nous sommes à moins de cent mètres du palais d’Aste qu’avait acheté Lætitia Ramolino épouse Bonaparte, la mère de Napoléon, lorsque son fiston empereur a été envoyé pourrir à Sainte-Hélène par la perfide Albion, palais appelé désormais Palazzo Bonaparte. Elle y a vécu jusqu’à sa mort, en 1836. Santa Maria était sa paroisse.

 

410d1 Rome, Santa Maria in Via Lata

 

410d2 Rome, Santa Maria in Via Lata

 

On ne peut donc s’étonner de trouver sur le sol de l’église la pierre tombale de Joseph Napoléon Bonaparte (1824-1865), né à Philadelphie, fils de Charles et de Zénaïde. Ni son buste dans une chapelle latérale.

 

410e Rome, Santa Maria in Via Lata

 

Et, dans la même chapelle, de l’autre côté, on trouve le monument funéraire et le buste de Zénaïde. Elle est une nièce de Napoléon Premier, fille de son frère Joseph. Elle a épousé son cousin Charles, lui aussi neveu de l’empereur, fils de son frère Lucien. Le couple, marié en 1822, est parti vivre à Philadelphie et a eu trois enfants, dont celui qui est enterré ici est l’aîné.

 

410f Rome, Santa Maria in Via Lata

 

Avant de quitter cette église, une halte devant ce Christ impressionnant. Je n’admire pas son pagne qui ressemble au chèche de Yasser Arafat, mais j’aime l’idée réaliste de l’artiste qui représente une mèche de cheveux qui pend (quand il est en vie, Jésus a les cheveux longs, mais sur la croix pas une mèche ne dépasse), et puis il a été flagellé, il est tombé sur le chemin de croix, et l’on ne représente généralement que les stigmates, le sang ne s’écoulant que de son flanc, des quatre clous, et sous la couronne d’épines. Ici, il y a du sang sur son torse, sous son bras gauche, et ses deux genoux sont écorchés. Je ne suis pas en train de réclamer une représentation gore, avec de la peinture rouge partout comme dans un film d’horreur, mais ou bien le Christ doit être stylisé, à peine figuratif, ou bien il faut un minimum de réalisme. C’est, aussi, ce que j’aime dans la célèbre Pietà de Michel-Ange dans la basilique Saint-Pierre. Les artistes ne se privent pas de représenter des martyrs décapités, ou au milieu des flammes de leur bûcher, etc., mais le Christ est épuré.

 

411a1 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Telle est mon opinion, mais n’épiloguons pas. En sortant de Santa Maria in Via Lata, et après avoir fait nos photos de la façade, nous nous disons que, puisque nous sommes dans le coin, ce serait le moment de visiter dans la rue parallèle, à deux cents mètres à peine, la basilique Santi Dodici Apostoli, les 12 Saints Apôtres. Cette église, qui remplace un ancien lieu de culte voulu par l’empereur Constantin, a été construite au sixième siècle pour accueillir les reliques de saint Philippe et de saint Jacques le Mineur, mais son portique à neuf arches a été construit entre 1474 et 1481 par Julien della Rovere, futur pape Jules II (1503-1513).

 

411a2 Rome, Pinelli, SS Dodici Apostoli 

Hé oui, ici encore je manque de recul. Quand la focale normale est de 31 ou 32mm, un grand angle de 18mm me semblait raisonnable. Je me rends compte que pour des monuments de grande taille, dans des villes anciennes dont les rues sont étroites, ce n’est pas suffisant. Heureusement, nous avons acheté un certain nombre de livres d’artistes qui ont représenté Rome. Ici, c’est une aquarelle d’Achille Pinelli.

 

411a3 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Comme on pouvait s’en apercevoir, en bien petit, sur ma photo de la façade, comme on le distingue nettement sur l’image de Pinelli, et comme je le montre en gros ici devant le clocher, les saints apôtres sont représentés, en compagnie de Jésus, en statues monumentales sur le toit de la basilique. Il en est de même à Saint-Pierre du Vatican, à Saint Jean de Latran et dans plusieurs autres églises de Rome. Ce qui a fait dire à Joseph Brodsky, ce philosophe et poète russe émigré aux États-Unis après avoir été chassé d’Union Soviétique, qu’à Rome, des statues poussent sur les toits des églises.

 

411a4 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Alors il faut que j’en montre au moins une en gros plan. Ces statues sont l’œuvre de Carlo Rainaldi et ont été réalisées au milieu du dix-septième siècle.

 

411b1 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

411b2 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

411b3 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Ces trois lions datent du haut Moyen-Âge. Les deux premiers, du douzième siècle, encadrent l’entrée de la basilique, le troisième est du treizième siècle et il est placé lui aussi sous le porche mais sur le côté. Je les trouve pas mal, ces braves bêtes, et comme elles sont en surnombre j’aurais bien demandé si je ne pourrais pas en emporter une, mais j’ai pensé que ce serait trop lourd et trop encombrant dans le camping-car.

 

411c Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Soyons sérieux. Voici la nef de cette grande basilique. Il faut reconnaître que ce n’est pas aussi spectaculaire que dans d’autres églises de Rome.

 

411d1 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

En revanche, la voûte de la grande nef, décorée en 1706 par le même artiste que l’église du Gesù, et qui représente le Triomphe de l’Ordre des Franciscains, est assez grandiose. Mais je n’aime pas du tout ce genre de peinture…

 

411d2 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Et si, à vrai dire, je n’aimerais pas avoir cette représentation (dix-huitième siècle) de la chute des anges rebelles dans mon salon, et prendre le thé et les petits gâteaux en la contemplant, dans le faste de cette basilique je trouve que cela va bien. Et puis c’est assez admirable cet effet de trompe-l’œil, car il fait croire que, devant un ciel peint, des sujets en stuc sculptés hors du cadre sont précipités dans le vide. Il n’y a aucun relief, aucun stuc, aucune sculpture, tout est peint. Même vu au naturel, dans l’église, ce n’est pas évident. En conclusion, j’aime bien.

 

411e Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Comme dans la plupart de ces églises très anciennes, il y a une crypte, qui est très impressionnante avec son dédale de chapelles entre les colonnes et ses multiples fresques. Ici, cette partie en demi-cercle se trouve sous l’abside.

 

411f Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Cette photo de la coupole au-dessus du chœur de la basilique est prise depuis l’escalier qui descend vers la crypte.

 

411g Rome, Santi Dodici Apostoli

 

J’ai dit, au début, que le pape avait voulu cette basilique, à la place de l’église de Constantin, pour y placer les reliques de saint Philippe et de saint Jacques le Mineur, qu’il venait de recevoir. Voici donc le sarcophage dans lequel elles sont conservées. Indépendamment du gros écriteau placé sur la tombe, le sarcophage est gravé d’une inscription en latin qui dit "Ici ont été réunis les corps des saints apôtres Philippe et Jacques le Mineur".

 

411h Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Cette église, et surtout dans sa crypte, contient beaucoup de belles choses. Je ne trouve pas que cette Vierge fasse en elle-même partie des plus remarquables, mais j’ai choisi de la montrer en raison de sa signification. En effet, près d’elle une inscription en langue espagnole donne une explication. "Cette image de la Vierge pleine de grâce des Trente-Trois, réplique de celle qui est vénérée dans le sanctuaire cathédrale de Florida (Uruguay), bénie par Sa Sainteté Jean-Paul II, fut intronisée sur cet autel le 25 octobre 1994. Sa fête liturgique est célébrée le 8 novembre". Lorsque, le 25 août 1825, les "Trente-Trois Orientaux" proclamèrent l’indépendance de l’Uruguay, ils allèrent se prosterner devant cette statue de la Vierge (ou plutôt devant son original, à Florida), et depuis elle est la patronne du pays. Cette copie est donc, pour la colonie uruguayenne de Rome, un peu de la terre de leur pays.

 

411i Rome, Santi Dodici Apostoli

 

J’ai parlé des fresques nombreuses qui ornent la crypte. Voici le Bon Pasteur, en tunique et en manteau de pourpre, comme les empereurs romains. De chaque côté, un homme en toge –je suppose qu’ils figurent des apôtres, peut-être Philippe et Jacques– recueillent dans leurs mains quelque chose qui tombe du ciel. Il semble que ce soit de l’eau, mais on ne peut la garder dans les mains. Il y a eu, au temps de Moïse, la manne qui tombait du ciel dans le désert, mais ici, malgré la présence d’un palmier, on a plutôt l’impression d’un paysage verdoyant. Alors est-ce la grâce qu'ils reçoivent du Ciel ? Je n’ai donc pas l’explication de cette fresque, mais la représentation me plaît bien.

 

411j1 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Je donne cette photo d’une autre chapelle prise d’un peu plus loin pour montrer que les murs sont entièrement peints et donnent une impression de chaleur. Mais de là on voit mal le dessin de la fresque centrale.

 

411j2 Rome, Santi Dodici Apostoli

 

La voici donc en plus gros plan. "Ils virent des charbons ardents posés, un poisson posé dessus, et du pain (Jean, 21)", dit la légende peinte en arc de cercle au-dessus des têtes. Et l’évangile de saint Jean, au chapitre 21, raconte en effet la pêche miraculeuse et l’apparition de Jésus ressuscité. Les disciples le reconnaissent, et Pierre se jette à l’eau pour aller vers lui. Les autres viennent avec la barque. "Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là des charbons allumés, du poisson dessus, et du pain. Jésus leur dit : ‘Apportez des poissons que vous venez de prendre’. Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons ; et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se rompit point. Jésus leur dit : ‘Venez, mangez’. Et aucun des disciples n'osait lui demander : ‘Qui es-tu ?’ sachant que c'était le Seigneur. Jésus s'approcha, prit le pain, et leur en donna ; il fit de même du poisson. C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité des morts".

 

411k Rome, Santi Dodici Apostoli

 

Avant de sortir de l’église précédente, j’ai montré un Christ en croix. Alors ici, remontant de la crypte, je m’arrête un instant devant celui-ci, qui est frappant, lui aussi. D’abord, sans doute, parce qu’il est placé devant un fond bleu qui fait ressortir de façon dramatique son corps distendu. Dans le supplice de la croix, on meurt par étouffement et, la mort étant retardée si le supplicié se donne un peu d’air en s’appuyant sur ses pieds, les soldats ont brisé les jambes des deux larrons auprès du Christ pour qu’ils soient morts avant le sabbat des Juifs, mais ont épargné celles de Jésus, constatant qu’il était déjà mort. Ici aussi, les genoux sont en sang, et puis les bras sont distendus, les épaules presque déboîtées, le thorax gonflé et le ventre rentré, pour montrer que les poumons ne pouvaient plus expirer l’air. Je trouve donc cette représentation dramatique particulièrement réaliste et émouvante.

 

Pour terminer, une petite anecdote qui a eu pour théâtre le bas de cette église et que rapporte un chroniqueur qui en a été le témoin en 1543. Il s’agit de deux aristocrates romaines, Livia Colonna et Faustina Mancini, toutes deux très belles et pour cela rivales. "Elles entrèrent dans l’église, l’une par la première porte, l’autre par la dernière et, au niveau du bénitier, elles se trouvèrent nez à nez. Très vite, elles se rajustèrent, s’arrangèrent, se refirent, se redressèrent, mirent en valeur, en quelque sorte, toute leur beauté, elles se dévisagèrent de la tête aux pieds […]. Après s’être bien assaillies mutuellement du regard, à la fin elles se tournèrent le dos de façon que chacune ait l’air de dire ‘vous vous avouez vaincue’".

Par Thierry Jamard
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