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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 23:25

614a1 Strombolicchio

 

Notre bateau vers Milazzo et le camping-car ne partant que ce soir, nous avons le temps de dormir un peu ce matin pour nous reposer des fatigues de l’ascension du Stromboli, avant d’aller prendre notre petit déjeuner une demi-heure avant que ne soit dégarni puis fermé le buffet. Puis nous laissons nos bagages dans le hall de l’hôtel sous l’œil que nous espérons vigilant de la réception nos ordinateurs sont là…), et nous partons nous balader. Nous avions vu le Strombolicchio depuis le bateau en arrivant, j’en ai montré hier une photo vu des pentes du volcan, le voici à présent vu du village, c’est-à-dire de pas trop haut.

 

614a2 le Stromboli 

614a3 le Stromboli 

Alors qu’il fait très beau, chaud, et qu’en regardant vers la mer il n’y a pas un nuage dans le ciel comme le montre ma photo du Strombolicchio, en revanche le volcan est menaçant, il attire et retient des nuages noirs, il reste sombre, sans que l’on distingue bien ce qui émane de ses cratères ou ce qui vient se condenser sur sa tête. Je me demande d’ailleurs si ce ne sont pas ses cendres qui s’accrochent dans l’humidité naturelle de l’air pour former ces masses noires. J'ajoute qu'en retirant hier soir ma chemise, je l’ai trouvée sale comme si je l’avais portée huit jours sans me changer. Quant à mon pull-over qui avait été beige, il est à présent impossible de le porter, il est devenu gris avec des traînées noires. J’aime ce paysage à la sauvage dureté.

 

614b1 Pouzzolane sur la plage de Stromboli 

La plage est noire, on a pu le voir sur ma photo d’hier. Mais de près, on se rend compte que ce n’est pas du sable volcanique. C’est bien volcanique, mais ce sont de toutes petites pierres de lave, extrêmement légères. En fait, elles se sont solidifiées en refroidissant, emprisonnant des bulles de gaz, si bien que le volume qu’elles occupent dans ma main n’est que partiellement fait de pierre, le reste étant des bulles gazeuses évidemment bien plus légères que la pierre de lave. C’est à Pozzuoli, ou en français Pouzzoles (où nous avons séjourné au cœur du volcan Solfatara du 7 au 15 juin derniers), que ces pierres ont été décrites, d’où le nom de pouzzolane.

 

614b2 Surveillance du Stromboli 

Pour éventuellement prévoir une évacuation, le volcan est surveillé en permanence. Mais malgré tous les appareils le risque existe. Il y a sans cesse, plusieurs fois par heure depuis des siècles, de petites éruptions comme celles que nous avons vues cette nuit, mais la dernière grande éruption avec coulée de lave a comporté des épisodes imprévus, en particulier elle a provoqué un raz de marée, disons un tsunami, selon le mot désormais utilisé. Et nous allons voir tout à l’heure que le risque d’accident est réel, à titre individuel comme pour l’ensemble de la population.

 

614c1 Stromboli, église Saint Vincent

 

Mais en attendant, nous sommes montés au village et nous voici sur la place principale, là où se trouvent la boutique où j’ai loué mes chaussures hier et où Natacha a loué une lampe frontale à fixer sur son casque, un bar où l’on peut aussi consommer une pizza réchauffée au micro ondes ou un gâteau, et puis l’église qui est dédiée à saint Vincent, San Vincenzo.

 

614c2 Stromboli, église Saint Vincent

 

614c3 Stromboli, chiesa San Vincenzo 

La façade n’a rien d’exceptionnel, mais pour accéder à la nef, le portail en dur est doublé de splendides portes en vitrail. On le voit, il y a deux vitraux pour les battants et deux autres vitraux de part et d’autre. Je n’ai pas trouvé l’explication de cette scène représentant un roi et un pape, au Moyen-Âge si j’en crois le style des vêtements.

 

614c4 Stromboli, église Saint Vincent 

L’intérieur paraît au premier coup d’œil assez simple et dépouillé, mais en regardant mieux il ne manque pas d’éléments baroques dans cette frise de stuc qui court tout autour de l’église, au-dessus des piliers. Le baroque chargé à l’extrême, je peux trouver cela beau sans pour autant l’aimer, mais ici, plus discret, c’est décoratif et cela me plaît bien.

 

614c5 Stromboli, église Saint Vincent 

Le mobilier aussi est assez beau, comme cette chaire. Dans beaucoup d’églises, j’ai été surpris, comme ici, par ces chaires sans moyen d’accès. On réalise une belle chaire, et puis le prêtre est obligé d’y grimper au moyen d’une vulgaire échelle inesthétique, sans compter qu’aucune porte ne s’y ouvrant il doit donc, une fois parvenu au haut de son échelle, enjamber le rebord en retroussant sa soutane, puisque tout cela est largement antérieur au concile Vatican II, au pape Jean XXIII et à l’abandon de la soutane il y a moins de cinquante ans. Alors, ici comme ailleurs, je regarde, j’apprécie le beau travail décoratif, et je repars sans comprendre.

 

614d1a santa Lucia, église Saint Vincent, Stromboli 

614d1b santa Lucia, église Saint Vincent, Stromboli 

Si, dans cette église, j’apprécie le portail, les stucs, la chaire, en revanche je suis loin de tomber en pâmoison devant les statues. J’en donne deux exemples, en commençant par santa Lucia. La finesse de réalisation des mains et des doigts, le mouvement du vaste manteau, l’opposition des couleurs sont, à mon avis, assez réussis, mais je n’aime pas la tête renversée en arrière, l’affectation du regard tourné vers le Ciel, la main sur le cœur. Je suppose que les martyrs, même offrant leur souffrance et leur vie à Dieu, devaient avoir peur de ce qu’ils allaient endurer, mais il leur fallait aussi une puissante résolution et une foi très ferme pour ne pas céder et abjurer leur religion interdite. Je ne vois rien de tel dans cette statue. Et puis il y a ce mauvais goût des yeux sur un plateau. Je sais bien que c’est l’élément obligé qui permet d’identifier le personnage, mais ces deux grosses billes qui regardent le Ciel dans la même direction que sainte Lucie, c’est vraiment trop.

 

614d2 santa Lucia, église Saint Vincent, Stromboli 

Décidément, il y a plus de dévotion ici pour santa Lucia que pour saint Vincent, le patron de l’église, car voici une autre statue qui lui est consacrée. Attention, Lucie, si tu mets ton plateau à la verticale, tes yeux vont tomber. À moins qu’ils ne soient collés à la colle Uhu (publicité gratuite). Lucia, nous l’avons vu quand nous avons visité la cathédrale de Syracuse le 4 septembre, est une riche aristocrate qui a distribué sa grosse dot aux nécessiteux. Ici, malgré sa couronne sur la tête, elle a une bonne bouille ronde de petite paysanne, elle a des mains épaisses de fille qui travaille manuellement, elle ne sait pas comment draper son grand voile rouge. Cette statue est peut-être moins prétentieuse que l’autre, elle est plus simple, mais je ne suis pas sûr qu’elle soit plus réussie. Mieux vaut maintenant ressortir de cette église.

 

614e1 Stromboli, croix française disparue 

614e2 Stromboli, croix française disparue 

À quelques pas, je tombe sur ce mur qui porte deux trous au-dessus d’une plaque. Je ne sais si la plaque est fixée profondément dans le mur, ou si, peut-être, ce n’est pas une plaque, mais un texte gravé directement dans le mur. Toujours est-il qu’il apparaît clairement que l’objet de l’inscription a disparu. Je lis sur la plaque : "Croix monumentale sanctifiée au contact du sépulcre de Notre Seigneur Jésus-Christ, érigée par de nobles Français le 22 août 1902 dans leur vingt-quatrième pèlerinage en Terre Sainte sous la direction du Révérend Père Bailli et du Père Gerbier". Volée, déplacée, détruite… je l’ignore.

 

614f1 Stromboli, Institut de géophysique et de vulcanologi 

614f2 Stromboli, Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanol 

 Nous redescendons vers la plage, puis nous longeons le port et soudain nous voyons au bord de la rue un petit bâtiment qui porte l’inscription Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia. L’entrée étant libre, nous entrons. Et nous tombons sur des choses passionnantes. Il y a beaucoup à lire, à voir, mais aussi nous sommes accueillis par deux étudiants de ces spécialités qui sont là pour donner des explications. Ils ont nom Claudia Pelliccioli, de l’université de Milan, et Umberto Ciavarella, de l’université de Bari. Ils sont passionnés par leur spécialité et leur enthousiasme ainsi que leurs connaissances les rendent passionnants. Et comme, de plus, ils sont accueillants, gentils, patients, sympathiques, cette visite constitue une conclusion très riche et plaisante de cette escapade à Stromboli. Je ne sais s’ils liront ces lignes un jour, mais si c’est le cas je voudrais à la fois les féliciter et les remercier.

 

Ici, hors de l’âge des volcans des îles Éoliennes, on voit un schéma qui montre la dérive des continents, comment la plaque africaine passe sous la plaque européenne au niveau de la Calabre, qui sépare la mer Tyrrhénienne à gauche et la mer Ionienne à droite. Cet enfoncement de la plaque africaine provoque une surpression sous la plaque européenne, qui se fissure et, par ces fissures, s’échappe le magma chassé par la pression. Telle est l’origine des volcans Éoliens. C’est également ce déplacement des continents qui provoque les rides montagneuses de Calabre. Grâce à ce schéma, tout devient clair.

 

614f3 Obsidienne du Stromboli

 

614f4 Bombe volcanique du Stromboli

 

 

 

Parmi les objets exposés, il y a cette obsidienne. Les volcans recèlent toutes les richesses de la terre, toutes les pierres précieuses et semi-précieuses. Le Stromboli est notamment riche en obsidiennes, ce qui justifie en italien le nom de l’hôtel où nous avons passé la nuit, Ossidiana. Mais il y a aussi cet énorme caillou. Et ce caillou est ce que l’on appelle, en raison de sa forme, une bombe volcanique. Lorsqu’un fragment de lave liquide est projeté haut dans le ciel, le frottement dans l’air à la montée comme à la descente lui confère une forme aérodynamique, comme l’air façonne aussi la goutte d’eau qui tombe du robinet. Ce morceau de lave retombe, parfois assez loin du cratère d’où il est issu. Comme il s’est solidifié en se refroidissant dans l’air avant l’impact sur le sol, il conserve sa forme. Concernant cette bombe-ci, un détail fait froid dans le dos : lorsqu’elle a été trouvée, en avril 1996, elle se trouvait sur un sentier quotidiennement suivi par les touristes qui, comme nous, recherchent des images fortes. Si quelqu’un était passé précisément à ce moment-là, ce ne sont pas seulement les visions qui auraient été fortes, mais surtout le choc sur la tête. Si, à Gela, Eschyle est mort en recevant une tortue sur le crâne (un aigle avait saisi une tortue dans ses serres et, pour en briser la carapace, de même que les oiseaux de mer lâchent de haut les coquillages qu’ils ont pêchés pour briser leur coquille sur des pierres, de la même façon il avait lâché la tortue de haut, prenant le crâne chauve d’Eschyle pour un caillou, selon ce que racontaient les mauvaises langues de l'Antiquité), le malheureux touriste aurait eu besoin d’un casque blindé.

 

Encore une chose importante (je ne joins pas ma photo, elle se limite au texte en italien, je préfère donc rédiger moi-même en français). Il est dit que le Vésuve, ce Vésuve sur lequel nous sommes montés le 9 mai, est le volcan du monde qui présente le plus haut risque. En cas de réactivation, on pourrait s’attendre à une colonne éruptive haute de 17 kilomètres, avec retombées de pierres ponces et de cendres sur la zone sous le vent. Le déplacement de la colonne générera alors des flux pyroclastiques qui dévasteront un espace où vivent actuellement cinq cent cinquante mille personnes, plus d’un demi million. Ensuite, les pluies provoqueront des coulées de boues quand elles entraîneront les cendres accumulées sur les flancs escarpés du volcan. Enfin, les remontées de magma provoqueront des tremblements de terre qui ajouteront encore des dégâts à tout le reste. Cela n’est pas le scénario d’un film catastrophe, c’est la réalité de ce que les vulcanologues prévoient sans pouvoir avancer de date. Effrayant par l’ampleur des destructions, mais heureusement les spécialistes pensent être en mesure de voir venir l’éruption et donc on pourrait faire évacuer tout cet espace pour que la catastrophe matérielle ne soit pas aussi une catastrophe humaine. Toutefois, même s’il n’y a pas catastrophe humaine, ce sera un affreux drame humain car des masses de gens perdront tout.

 

614g Hotel Ossidiana, Stromboli 

Et voilà, nous devons dire au revoir à ces sympathiques jeunes gens et nous diriger vers l’embarcadère car l’heure de notre bateau approche. Nous repassons par l’hôtel pour récupérer notre valise (ouf, elle n’a pas été volée. Mon ordinateur n’a pas disparu).

 

614h1 Le bateau du retour à l'approche 

614h2 Le bateau du retour à l'approche 

Nous n’attendons pas bien longtemps sur le quai, nous voyons d’abord notre bateau arriver sur ses skis puis, approchant, il ralentit et doucement retombe sur la surface de la mer. Il est redevenu un bateau classique que rien ne distingue particulièrement. Arrivés sans encombres à Milazzo, nous retrouvons notre maison roulante consciencieusement gardée dans le garage où nous l’avions laissée hier matin. C’est la fin de notre équipée au volcan Stromboli.

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Published by Thierry Jamard
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