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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 23:35

Aujourd’hui, nous déjeunons avant de partir, la matinée ayant été occupée par des tâches ménagères (plusieurs tours de lessive) et des moments cool. Notre après-midi sera consacré à Vence. Nous nous garons sur un parking en ville et nous rendons à pied à la chapelle décorée par Matisse.

 


Ayant subi, à un peu plus de 70 ans, une opération de l’intestin, Matisse avait fait passer une annonce qui, aujourd’hui, serait condamnable parce que discriminatoire, demandant une infirmière "jeune et jolie". La toute jeune fille qui a répondu était encore en cours d’études d’infirmière, et tentait sa chance quoique ne se jugeant pas jolie. Reçue par une secrétaire, jolie elle aussi, elle a été embauchée immédiatement par Henri Matisse. Elle lui faisait ses pansements, elle lui faisait la lecture parfois aussi. Douée pour le dessin, elle travaillait de temps à autre avec lui. Quand il lui a proposé de poser pour lui, elle a estimé qu’elle n’était pas assez belle, à quoi il a répondu que sa beauté était autre. Et elle a (très chastement) posé plusieurs fois pour lui jusqu’à ce que, deux ans plus tard, elle lui annonce sa vocation religieuse et sa décision de prendre le voile. Malgré ses tentatives pour l’en dissuader, Matisse ne l’a pas convaincue de renoncer à ce projet, et elle est devenue Sœur Jacques-Marie.

 

Aussi, quand il a été question de la décoration de la chapelle du couvent, peintures murales et vitraux, a-t-il été fait appel à Matisse pour conseiller son ex-infirmière qui avait commencé à y travailler, et pour collaborer avec elle. Bien vite, il a complètement repris le projet à son compte. Comme religieuse, elle est même redevenue son infirmière par la suite. Aujourd’hui, à Vence, on peut visiter cette chapelle. On peut aussi voir dans un autre bâtiment des chasubles décorées selon des cartons de Matisse, et de nombreuses et très intéressantes esquisses de la fresque du Chemin de Croix qui orne le mur du fond de la chapelle. Mais toute photo est strictement interdite, la famille du peintre étant propriétaire des droits de reproduction. Un jour, un touriste a pris une photo en cachette, et a eu la mauvaise idée de l’envoyer à un journal local, qui l’a publiée. La famille a fait mille ennuis à la religieuse chargée de la visite, qui a même risqué le tribunal. Seules sont possibles les photos de l’extérieur, ce qui est peu. Ma photo, ici, n’est pas représentative des esquisses et de la fresque, si évocatrices.

 

Comme à Grasse, il y a ici une cathédrale. Décidément, il y avait des évêchés partout. Le bâtiment lui-même, quoiqu’ancien, n’est pas très intéressant. Du moins ne m’a-t-il pas beaucoup intéressé. Mais j’y ai quand même été frappé par une Vierge moderne, statue appelée Notre-Dame de l’an 2000. Comme dans beaucoup d’œuvres d’art contemporaines, les lignes sont très épurées, et à travers une attitude et rien d’autre, ni traits de visage, ni plis de vêtement, ni aucune couleur, on ressent une expression et un sentiment. Dans un tout autre registre, deux bustes aux expressions amusantes (ici, celui de saint Véran, évêque de Vence en 451. Mais… si ma mémoire est bonne, 451 c’est l’année des Champs Catalauniques et de la victoire sur Attila). Monseigneur Véran a l’air dégoûté par ce qu’il voit. Par le photographe qui vient l’importuner (pourtant sans flash) ?

 

Par ailleurs, un monsieur absolument charmant, qui a l’air d’aimer sa paroisse et son église, qui s’intéresse à l’art, qui nous a dit avoir été chargé par son curé de s’occuper d’une exposition dont je vais parler plus loin, ayant appris que Natacha était biélorusse, du même pays que Chagall, nous a indiqué une grande mosaïque, dans le fond de la cathédrale, que je n’avais pas remarquée en faisant mon tour rapide et assez peu intéressé je dois l’avouer. Cette mosaïque est intéressante. À vrai dire, je ne sais pas trop ce qu’elle représente. A priori une Nativité, parce qu’on voit nettement l’Enfant Jésus dans son berceau, mais il n’y a ni bœuf ni âne, si l’une des femmes est Marie elle est curieusement au second plan en compagnie d’une autre femme, un homme jeune se penche sur Jésus, il semble que sous ses pieds coule une rivière, et deux adorables anges qui ressemblent à de gros insectes volettent dans le ciel. Natacha se demande s’il ne s’agit pas plutôt de la représentation symbolique du baptême du Christ par Jean-Baptiste malgré l’anachronisme, les anges symbolisant l’Esprit-Saint. Avant d’en finir, j’ajoute un vitrail.

 

Près du portail, un panonceau indiquait une exposition (gratuite) des figures d’un calvaire en bois. Un escalier mène à un étage de la cathédrale, avec un chœur haut et des stalles. Même si ce que j’ai pu apercevoir des stalles dans l’obscurité avait l’air intéressant, ce n’est pas cela le sujet de l’exposition qui, elle, est bien éclairée. Le monsieur dont j’ai parlé accueille les visiteurs et leur donne un A4 imprimé dans le langage qu’on lui indique. Il y a bien sûr le français, l’anglais, etc., mais aussi le polonais, le russe, le hongrois, le serbo-croate, le tchèque, le japonais, le chinois… Et ces statues, quelles merveilles ! En fait de calvaire, c’est plutôt un chemin de croix. Le commentaire dit qu’elles sont en bois fruitier polychrome et datent pour la plupart de la fin du dix-septième siècle et du début du dix-huitième. Hélas, pendant la Révolution, certaines statues ont été brûlées, d’autres ont été mutilées. L’exposition montre celles qui ont pu être sauvées. Elles ne sont pas tout à fait de taille réelle, elles doivent faire un mètre ou un mètre vingt. L’expression des visages est extraordinaire, les gestes sont criants de vérité. Je ne peux, dans mon blog, tout montrer, car même si beaucoup de scènes manquent, il y a malgré tout beaucoup de sujets. On commence avec Jésus au jardin des Oliviers, et on finit avec une mise au tombeau.








 

Voici ce que j’ai choisi ici : la première image est un gros plan du visage de Jésus devant ses juges. La deuxième, Jésus aidé par Simon de Cyrène. Pour la troisième, on revient en arrière chronologiquement, puisqu’il s’agit du visage d’un ange lorsque Jésus est au jardin des Oliviers. En petit, dans mon blog, j’ai préféré cibler sur des gros plans, mais ci-contre je n’ai pas résisté à la tentation de montrer cette descente de croix. Les échelles, les centurions manipulant des cordes, le corps désarticulé de Jésus, la disposition des personnages… tout cela est si beau, si émouvant, si expressif. Il fallait quand même une scène entière pour reproduire un tout petit peu la beauté de ce calvaire.

 

C’est ainsi que s’est achevée notre journée. Nous sommes allés faire un tour à ce traditionnel McDo pour poster l’article d’hier, voir nos mails, et puis nous sommes retournés passer une troisième nuit dans notre très agréable camping.

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Published by Thierry Jamard
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