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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 10:25

846a1 plage de Mandra

 

846a2 dunes de Mandra

 

Pour pouvoir visiter Abdère (parfois transcrite en Abdera, et en grec moderne Avdira), nous nous sommes installés avec le camping-car dans un camping devant la grande plage de sable de Mandra. Plus loin sur la côte, peu après le site archéologique, le rivage change d’aspect, ce sont des dunes.

 

846a3 Eglise Agia Paraskevi (1845) d'Abdera

 

846a4 bâtiment ottoman (1730) d'Avdira

 

La moderne Avdira (ici, je choisis bien sûr la forme grecque moderne du nom) est assez éloignée du site antique, à six kilomètres au nord. Ce fait date de l’arrivée des Ottomans, quand Mourad Premier a conquis la Thrace en 1374-1375, ce qui a provoqué l’abandon définitif du site antique. Plus tard, les post-Byzantins créeront cette nouvelle agglomération sous le nom de Bouloustra, et après le rattachement de la Thrace à la Grèce et sa libération le 4 octobre 1919, la ville récupérera le nom antique d’Abdère, ou Avdira. C’est aujourd’hui un village sympathique d’un peu plus d’un millier d’habitants. L’église ancienne a été abattue par un tremblement de terre en 1829, et reconstruite en 1845. Elle est dédiée à Agia Paraskevi. Mais on trouve aussi bon nombre d’autres bâtiments plus anciens, comme celui de ma photo, d’architecture ottomane de 1730, aujourd’hui utilisé comme centre culturel municipal et centre de conférences. C’est dans ce village de Néa Avdira (Abdera nouvelle) que se trouve le musée archéologique, que nous avons visité dimanche, avant de voir le site lundi, mais je trouve plus logique, pour le présent article, de voir d’abord le site et, ensuite, ce que l’on y a trouvé.

 

846b1 Avdira, tombe fin 4e-début 3e s. avant JC

 

846b2 Abdera, pithoi utilisés comme tombes (5e-3e s. avant

 

À l’entrée du site, des galeries ont été construites pour exposer ce qui n’a pas trouvé place au musée et ne craint pas d’être à l’air. La première photo montre une tombe de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou du début du troisième. L’intérieur est garni d’une couche de plâtre en trois bandes de couleur différente, blanche, rouge et bleue. Non, pas dans l’ordre du drapeau français. Il était fermé par cinq pierres plates rectangulaires de tailles différentes. Il a été possible de déterminer que le corps qui avait été enseveli là sur une couche de petits galets marins, un strigile de fer dans la main gauche et une coupe à vin près de la tête était un homme entre 35 et 43 ans. Le grand pithos (jarre pour des réserves) de ma seconde photo, plus vaguement daté entre le cinquième et le troisième siècle avant Jésus-Christ, a fait l’objet d’un usage funéraire. Par chance, on en a également retrouvé le couvercle. Ce genre de jarre était généralement placée dans un trou à sa dimension, et elle se terminait en pointe pour se ficher dans le sol. Ainsi il n’y avait aucun risque de la renverser et bien peu de la casser, tout en assurant un usage aisé. La notice ne dit pas si, dans son usage funéraire, elle avait été placée couchée, comme je le suppose, ou verticalement.

 

846c1a Abdère, bains romains 1er-4ème s. après JC

 

846c1b Abdera, bains romains 1er-4ème s. après JC

 

Diodore de Sicile raconte des faits survenus là où nous sommes aujourd’hui : “Eurysthée ordonna [à Héraclès] d'amener les juments de Diomède le Thrace. Elles étaient si indomptables qu'on leur avait donné des mangeoires d'airain, et si fortes qu'on était obligé de les tenir avec des brides de fer. Elles ne se nourrissaient pas des fruits de la terre, on leur donnait à manger les membres coupés de malheureux étrangers. Voulant s'emparer de ces juments, Héraclès se saisit d'abord de Diomède, leur maître, et il les rendit obéissantes en les rassasiant de la chair de celui qui leur avait donné l'habitude criminelle de manger de la chair”. Et pour la suite, c’est Apollodore qui nous dit qu’Héraclès “attaqua les gardiens des écuries, et mena les juments sur la plage. Mais les Bistones prirent les armes et les poursuivirent. Alors Héraclès confia les juments à Abdéros. Celui-ci était le fils d'Hermès. Originaire d'Oponte en Locride, il était aimé d'Héraclès. Mais les juments le mirent en pièces et le dévorèrent. Entre-temps, Héraclès avait défait les Bistones, tué Diomède et contraint à la fuite les survivants. Après avoir fondé la cité d'Abdère près de la tombe d'Abdéros, le héros amena les juments à Eurysthée”. Le poète Pindare donne à Abdéros une autre généalogie dans ce passage que, faute de trouver autre chose que le texte grec, je dois traduire moi-même : “Abdéros à la cuirasse de bronze, enfant de la naïade Thronia et de Poséidon, partant de toi je continuerai ce péan pour le peuple Ionien auprès d’Apollon Dérénien et d’Aphrodite. [manquent 18 vers …] J’habite cette terre de Thrace couverte de vignes et qui produit de beaux fruits”.

 

Cela c’est, bien sûr, l’histoire vraie, authentique, de la fondation d’Abdère. Mais selon une autre version, inventée par les historiens, la ville a été fondée en 656 avant Jésus-Christ par des colons ioniens venus de Clazomènes, en Asie Mineure (Turquie, aujourd’hui Urla, à moins de cinquante kilomètres à l’ouest d’Izmir). On bâtit des fortifications, mais les tribus thraces du coin viennent batailler. À ce harcèlement viennent s’ajouter les attaques du paludisme, qui frappe tout particulièrement les bébés et les tout petits. La colonie ne bat que d’une aile. Selon Hérodote, “quand Harpage par ses terrassements se rendit maître de leurs remparts, [les gens de Téos] montèrent tous sur leurs navires et partirent pour la Thrace où ils s’établirent dans la ville d’Abdère, fondée auparavant par Timésios de Clazomènes qui, chassé par les Thraces, n’avait pu en jouir”. En effet, en 545 d’autres colons ioniens, en fait des voisins de Téos (sur la côte, à 25 kilomètres plein sud de Clazomènes, près de l’actuelle Sığacık) débarquent à leur tour. Comme le raconte Strabon, “Anacréon, le poète lyrique, était de Téos : du temps qu'il vivait, les Téiens, ne pouvant plus tenir aux vexations et à la tyrannie des Perses, abandonnèrent leur ville et se transportèrent à Abdère en Thrace, c'est ce qu'Anacréon rappelle dans ce vers […] :

Abdère, la belle colonie des Téiens.

Mais dans la suite une partie des émigrants rentra à Téos”. En effet, le poète Anacréon est né à Téos vers 572 avant Jésus-Christ, a émigré à Abdère lors de la recolonisation de 545, et il a fait partie de ceux qui sont restés puisqu’il est mort à Abdère. Ces colons refondent la cité, s’installent, vainquent les Thraces. Guerres Médiques, Guerre du Péloponnèse, on ne cesse de parler d’Abdère. En 346, vaincue par Philippe II, Abdère intègre le royaume de Macédoine. En 170 le général romain Hortensius conquiert la ville. Et qui dit Romain dit thermes. Ci-dessus, il s’agit d’un luxueux établissement de bains qui a fonctionné du premier au quatrième siècle de notre ère. Notamment, sur ma seconde photo, cette salle ellipsoïde était une sorte de grande baignoire collective, revêtue de marbre au sol et sur les murs. Quand les bains ont été abandonnés, au temps du christianisme, on a utilisé cet espace comme cimetière chrétien.

 

J’ai évoqué Anacréon, mais il n’est que l’une des nombreuses célébrités d’Abdère. Leucippe est né vers 460, peut-être à Milet, au sud-ouest de l’Asie Mineure, mais a été citoyen d’Abdère. Ce philosophe, disciple de Parménide et de Zénon, est à l’origine de la théorie philosophique des atomes, particules premières de la matière, pour expliquer le monde.

 

Démocrite est né à Abdère entre 470 et 460 dans une famille très riche. Des prêtres chaldéens et des mages perses arrivés avec Xerxès ont été ses premiers professeurs, et ensuite il a reçu l’enseignement de Leucippe. Puis il a entrepris de grands voyages pour s’instruire sur le monde, ce qui lui a fait dépenser tout son patrimoine. Or pour inciter à l’enrichissement global de la cité, au cinquième siècle une loi interdisait d’enterrer sur le territoire d’Abdère un citoyen qui avait dilapidé son patrimoine. Et à vrai dire, le prenant pour un peu dérangé, ses concitoyens ont invité le célèbre Hippocrate à venir l’examiner. Diagnostic, Démocrite est l’homme le plus avisé du monde. Alors on s’est cotisé pour lui donner 500 talents et à sa mort, âgé de pas moins de 109 ans, on l’a enterré aux frais de l’État. La philosophie de ce remarquable encyclopédiste aborde tous les domaines, cosmologie, astronomie, mathématiques, physique, art de la guerre, éthique, poésie, musique, peinture, etc., etc. Il a développé la théorie des atomes initiée par son maître Leucippe. Mais ses théories et ses idées ne concordaient pas avec la ligne sociale et politique des époques classique et hellénistique, et on a détruit ses œuvres. Ce que l’on en a sauvé est bien mince, essentiellement à travers d’autres auteurs. Le philosophe latin Lucrèce, dans le De Natura rerum, adhère à la théorie des atomes de Démocrite.

 

Le célèbre sophiste Protagoras est né à Abdère en 485 avant Jésus-Christ, mais s’est illustré à Athènes comme le grand rival de Platon. Accusé d’athéisme, il a vu brûler ses livres et a dû partir. Le bateau qui l’emmenait en 411 a coulé et il a péri noyé.

 

Mathématicien et philosophe né et ayant vécu à Abdère, Bion (430-370 avant Jésus-Christ) a été l’élève de Démocrite. Il a spécialement réfléchi sur la météorologie et l’a théorisée, étudiant entre autres la relation qui lie le climat à l’orientation des vents. Le premier, il a compris que des zones du globe terrestre connaissaient une nuit de six mois après un jour de six mois.

 

846c2a Avdira, maisons hellénistiques et romaines

 

846c2b Abdera, maisons hellénistiques et romaines

 

846c2c dans une maison hellénistique puis romaines d'avdir

 

En plusieurs endroits du site, on peut voir comme ici des blocs de maisons d’habitation qui datent de l’époque hellénistique et qui ont été maintenues ou reconstruites jusqu’à l’époque romaine (du quatrième siècle avant Jésus-Christ au quatrième siècle après). Ces constructions étaient ordonnées le long de la grande rue qui traversait la cité à partir de la porte principale. La troisième photo montre le système très soigné de drainage. Au troisième et au quatrième siècles de notre ère, de très graves inondations dues à la hausse de niveau du Nestos, le fleuve voisin, ont apporté une épaisse couche de sable qui a exhaussé le sol de la ville. Les maisons construites alors ne suivent plus le plan d’origine qui était hippodaméen (voir mon article sur Pella, 15 juillet dernier), et certaines d’entre elles sont même construites sur les restes des anciens murs. La plupart des constructions nouvelles se sont déportées vers le sud. Ces catastrophes, survenues à une époque où Rome n’attachait pas d’importance particulière à cette cité dont le lustre était éteint (déjà, plusieurs siècles auparavant, ils avaient fait passer la via Egnatia bien plus au nord), ont entraîné un déclin progressif mais inexorable. Quand la cité a été abandonnée, ici aussi on a utilisé l’espace comme cimetière.

 

Les causes de cet abandon ne sont pas connues de façon certaine. On suppose des incursions barbares à l’époque de Constantin (307-337 de notre ère) ou un peu après. Mais on n’en entent plus parler pendant plusieurs siècles, jusqu’à sa réapparition dans les comptes rendus du concile œcuménique de Constantinople en 879, où c’est le siège d’un diocèse avec un certain Démétrios comme évêque. À cette époque-là, la ville a changé de nom. Parce qu’à l’époque de la dynastie macédonienne qui a régné sur l’Empire Byzantin de 867 à 1056 les sièges des évêchés ont été fixés et beaucoup de noms de villes changés à cette occasion, les historiens supposent que c’est dans cette fourchette de dates que la ville a reçu le nom de Polystylon, ce qui veut dire “aux nombreuses colonnes”, en référence sans doute aux importants vestiges antiques. En 1363, un édit accordant propriété du petit monastère Saint Constantin et Sainte Hélène, sur l’île de Thasos, est signé par Petros, évêque de Polystylon. C’est le dernier document que l’on possède émanant d’un évêque de Polystylon. Ensuite, la ville a été rattachée au diocèse de Philippes, puis de Maroneia.

 

846c3 maison hellénistique et romaine à Abdera

 

Cette maison, dont on voit sur la gauche de l’image la cour pavée, était insérée dans un bloc délimité par des rues dont une n’a pas encore été fouillée. Elle a été construite au quatrième siècle avant Jésus-Christ, puis après une phase de réparations et de reconditionnement elle a été réoccupée à la fin du deuxième siècle de notre ère ou au début du troisième, et enfin une dernière phase d’occupation a eu lieu durant le quatrième siècle, après quoi elle a été abandonnée. On y a retrouvé toutes sortes d’objets domestiques, lampes, clés, cuillers, vaisselle, pièces de monnaie…

 

846c4a Abdère, maison des Dauphins (3e s. avant JC)

 

846c4b Abdère, mosaïque de la Maison des Dauphins

 

Celle-ci a été nommée Maison des Dauphins en raison d’un fragment de mosaïque qui y a été retrouvé (j’en ai pris la photo au musée, où il a été transporté). À Abdère, les sols de mosaïque sont extrêmement rares –on n’en a retrouvé que deux–, ce qui fait penser que cette maison, encore très partiellement fouillée, était particulièrement luxueuse. Ses murs, conservés à un niveau supérieur à la moyenne, étaient recouverts de plâtre. Le carré de pierre que l’on distingue vaguement dans un angle délimitait un puits. Elle date de la seconde moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ.

 

846c5a Abdera, ateliers de céramistes

 

846c5b Avdira, ateliers de céramistes

 

846c5c tête de terre cuite, quartier de céramistes, Abdè

 

On suit un sentier sur les bords duquel aucune trace antique n’est visible (peut-être cet espace reste-t-il à fouiller) pour parvenir à un autre quartier de quatre maisons qui, selon les indications, étaient celles d’ateliers de céramistes qui créaient, du milieu du quatrième siècle au début du premier siècle avant Jésus-Christ, toutes sortes de figurines de terre cuite comme celle de ma photo, prise au musée et datant de 150-100 avant Jésus-Christ. Chacune de ces maisons était composée au fond de pièces à vivre, cuisine, bain, réserve, avec des murs revêtus de plâtre blanc, rouge, jaune.

 

846c5d mesure de liquides trouvée à Abdère

 

Côté rue, c’était la boutique où l’on ne vendait pas seulement les terres cuites, mais toutes sortes de produits, comme le prouve une pierre de mesure des liquides du deuxième siècle avant Jésus-Christ (au musée archéologique). Au début du premier siècle avant Jésus-Christ, le feu a détruit ces maisons et par la suite ce quartier n’a plus été reconstruit et a été abandonné.

 

846c6 Abdère, monument funéraire de six tombes

 

Ce que nous voyons ici est un monument funéraire en forme de petit temple, que des murs intérieurs partagent en trois secteurs. Dans la base ont été mis au jour les restes de six tombes qui avaient été pillées. Parmi elles, quatre sarcophages semblent dater du premier siècle avant Jésus-Christ, tandis que les deux autres tombes qui, elles, sont creusées dans le sol et maçonnées, semblent beaucoup plus tardives, d’époque romaine impériale, sans doute quatrième siècle après Jésus-Christ.

 

846c7a Abdera, cimetière 4e-12e siècles

 

846c7b Abdera, cimetière byzantin sur des maisons romaines

 

En plusieurs endroits du site, j’ai lu (et j’ai rapporté ci-dessus) que des quartiers de la ville qui avaient été désertés ont ensuite été utilisés comme cimetières. Notamment, dans l’un des quartiers, plus de 180 tombes creusées et maçonnées ont été retrouvées, faites de pierres récupérées sur les monuments abandonnés. Païennes d’abord, on y a mêlé ensuite des tombes chrétiennes jusqu’au onzième siècle.

 

846c8 murs de la ville d'Abdera

 

Je ne peux quitter le site sans parler des murs de fortification, qui devaient assurer sa sécurité à la ville. Ce que nous en voyons aujourd’hui date du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Ces murs font, selon les endroits, entre 1,70 et 2,40 mètres d’épaisseur, et sont constitués, en fait, de deux parois parallèles de gros blocs de pierres parallélépipédiques, entre lesquelles l’espace est comblé par des gravats et du sable. Il ne s’agit pas d’une méthode pour faire des économies, mais d’une technique qui assure une plus grande stabilité aux murs en cas d’attaque avec des engins capables de lancer des projectiles très lourds, des boulets de pierre sphériques de plusieurs dizaines de centimètres de diamètre, en usage dans l’Antiquité. Mais au premier siècle de notre ère, avec la Pax Romana, la Paix Romaine, ces murs n’ont plus été utiles, et bien des maisons se sont construites sur leurs ruines.

 

846d1 Hermès, 4e s. avant JC, Abdère

 

Nous avons vu sur le site qu’il y avait à Abdère des ateliers de céramique qui fabriquaient des statuettes et autres figurines. Tout naturellement, au musée archéologique nous en avons vu beaucoup, comme cette statuette d’Hermès à la belle casquette qui, s’il en retournait la visière sur sa nuque, serait tout à fait dans le style de certains jeunes d’aujourd’hui (mais il lui faudrait quand même enfiler un baggy). Pourtant, il date du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

846d2 masques de théâtre, musée d'Abdère

 

Ces figurines représentent des acteurs portant leur masque de théâtre, et sont situés dans une fourchette du quatrième au deuxième siècle avant Jésus-Christ.

 

846d3 Déméter, offrande votive (musée d'Abdera)

 

846d4 offrandes votives à Déméter et Korè, musée d'Abd

 

Ici, nous voyons diverses offrandes votives en provenance du sanctuaire de Déméter et Korè et datant du sixième au quatrième siècle avant Jésus-Christ. La déesse trônant de ma première photo doit donc être Déméter.

 

846d5 jouet d'enfant (musée d'Abdère)

 

846d6 jouet d'enfant (musée d'Abdère)

 

846d7 jouet d'enfant (musée d'Abdère)

 

Il semble que ces figurines de terre cuite ne soient pas votives, et par conséquent elles doivent être des jouets. Le musée situe les deux premières, avec toutes les autres de la vitrine, dans la très large fourchette du cinquième siècle avant Jésus-Christ au premier siècle de notre ère, tandis que la troisième, cet Africain auquel le petit singe fait des tendresses, est précisément daté du milieu du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

 

846d8 terre cuite, offrande funéraire 450-400 avant JC

 

846e1 coupe d'offrande funéraire 450-400 avant JC

 

Pour assurer ma transition entre les terres cuites et les rites funéraires, ces deux objets ont été trouvés sous un tertre recouvrant plusieurs tombes, comme offrandes à un mort incinéré. Les tombes étaient de 450-400 avant Jésus-Christ.

 

846e2 hydrie utilisée comme urne cinéraire, femme jonglan

 

Cette hydrie à figures rouges de 430-420 avant Jésus-Christ a été utilisée comme urne funéraire pour recueillir les cendres du défunt. Je trouve intéressant le sujet, qui représente une femme assise en train de jongler avec quatre balles.

 

846f1 offrandes trouvées dans des jarres funéraires

 

Ces deux petites jarres ont été trouvées comme offrandes dans de grandes jarres funéraires quasiment contemporaines l’une de l’autre, puisque la légende donne 625-600 pour celle de gauche, et fin du septième siècle pour celle de droite.

 

846f2 sarcophage de type Clazoménien

 

846f3 mythe de Troïlos sur un sarcophage (480-470 avant JC

 

Cette photo représente un sarcophage d’Abdère (480-470 avant Jésus-Christ), mais du type propre à Clazomènes quoique postérieur à la refondation par les Téiens, ce qui montre bien que malgré les conditions difficiles la première population de colons n’avait pas disparu quand est arrivée la seconde. En haut, dit le musée, cette peinture représente une scène du mythe de Troïlos. Je veux bien le croire, mais je ne vois pas trop ce qui permet de l’identifier. Troïlos est le plus jeune des fils du roi de Troie, Priam, et de la reine Hécube. S’il meurt avant ses vingt ans, a dit un oracle, Troie sera prise par les Grecs. Un soir qu’avec sa sœur Polyxène, la plus jeune des filles, il mène ses chevaux à l’abreuvoir, Achille le surprend mais le trouve si beau qu’il en tombe amoureux. Troïlos s’enfuit, poursuivi par Achille, et se réfugie dans le sanctuaire d’Apollon. Achille essaie de l’en faire sortir, sans succès. Alors, furieux, il le tue à l’intérieur du temple, sacrilège qui lui vaudra de mourir à Troie à la fin de la guerre (pour plus de détails, voir mon article sur le musée archéologique de Tarente, 01/10/2010). Ces porteurs et porteuses d’eau peuvent se rendre à la fontaine où Achille va trouver Troïlos et Polyxène, mais d’une part il n’est dit en aucun endroit que de nombreux Troyens ont assisté à la scène, d’autre part cette scène de personnes qui vont chercher de l’eau n’est pas propre à la légende de Troïlos.

 

846f4 tombe d'une Abdéritaine de 48-50 ans (fin 4e s. avan

 

Cette tombe n’a pas été transportée telle quelle, c’est une reconstitution, mais le squelette –qui a appartenu à une femme de 48-50 ans, a été replacé tel qu’il a été trouvé, avec les quelques objets avec lesquels il avait été enterré à la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

846g boucles d'oreilles en or avec Eros (musée d'Avdira)

 

Ces boucles d’oreilles en or sont du début de l’époque hellénistique. Ce modèle avec de petits Éros suspendus sous un disque sont d’un modèle assez courant.

 

844i Hippocrate (musée archéologique de Naples)J’ai dit précédemment, au sujet de Démocrite, qu’Hippocrate était venu à Abdère. J’ai déjà cité, à Thasos,  une fiche de patiente qu’il avait rédigée mais je crois intéressant cependant de placer ici deux textes relatifs à des problèmes médicaux rencontrés à Abdère, le premier –un cas d’Hippocrate– dans la première moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ, le second sans visée scientifique décrit par Lucien dans les années 300 avant Jésus-Christ.

 

Hippocrate : “Dans la ville d'Abdère, Nicodémos fut pris d'une forte fièvre après des excès de femme et de boisson. Au début, il ressentait des nausées et de la cardialgie. Altération. La langue était brûlée, urine ténue, noire. Deuxième jour, la fièvre s'exaspéra, frissonnement, nausées, il ne dormit pas, il vomit des matières bilieuses, jaunes. Urine semblable. Nuit passée tranquillement, il dormit. Troisième jour, tout se relâcha, amélioration. Vers le coucher du soleil le malaise recommença, et la nuit fut pénible. Quatrième jour, frisson, fièvre forte, douleur de tout le corps, urine ténue avec énéorème. De nouveau, nuit passée tranquillement. Cinquième jour, tous les accidents subsistaient, il est vrai, mais il y avait amélioration. Sixième jour, mêmes souffrances générales, énéorème dans les urines, beaucoup d'hallucinations. Septième jour, amélioration. Huitième jour, tout le reste se relâcha. Dixième jour et les jours suivants, les souffrances existaient encore, mais elles étaient toutes moins fortes. Les redoublements et les souffrances chez ce malade se faisaient constamment sentir davantage pendant les jours pairs. Vingtième jour, il rendit une urine blanche qui fut épaisse et qui, laissée en repos, ne donna point de sédiment, il sua beaucoup, et parut être sans fièvre, mais vers le soir il eut un retour de chaleur, les mêmes souffrances reparurent. Frisson, soif, légères hallucinations. Vingt-quatrième jour, le malade rendit beaucoup d'urine blanche qui donna un dépôt abondant, il eut une sueur profuse, chaude, générale. Il se trouva sans fièvre. La maladie fut jugée. Interprétation des caractères : Il est probable que la guérison fut due aux évacuations bilieuses et aux sueurs” (N.B.: Littré définit énéorèmeMatière légère et blanchâtre, en suspension dans l’urine que l’on a laissée reposer”). Grâce à cette fiche, la médecine moderne peut diagnostiquer une fièvre paludéenne ou typhoïdique. Il est un fait connu que les Grecs n’attachaient pas d’importance à la qualité sanitaire des eaux qu’ils buvaient.

 

Lucien :  “Les Abdéritains furent atteints […] d'une singulière maladie. C'était une fièvre dont l'invasion fut générale, et qui se manifestait dès le début avec une grande force d'intensité et de continuité puis, au septième jour, il survenait chez les uns un fort saignement de nez, chez les autres une sueur abondante, et les malades étaient guéris. Seulement, tant que la fièvre durait, elle jetait leur esprit dans une plaisante manie, ils faisaient tous des gestes tragiques, déclamaient des iambes, criaient de toute leur force, débitant à eux seuls d'un ton lamentable l'Andromède d'Euripide ou récitant à part la tirade de Persée. La ville était remplie de gens pâles et maigres, de tragédiens d'une semaine”. Ici, évidemment, pas d’interprétation possible par la médecine moderne.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

tedo 21/02/2013 20:54

savoureuses, ces fiches d'Hippocrate ! Merveilleuse maladie qui vous rend tragédien pendant une semaine. Je vais transmettre à ma fille qui apprend le métier !

excursion desert marocain 21/02/2013 12:38

super présentation de la Grèce je souhaite pouvoir la visiter

miriam 19/02/2013 10:38

vous m'avez convaincue : la Grèce du nord sera une destination prochaine , je pense en juillet. D'ici là pourriez vous m'aider à organiser le voyage? Généralement nous louons une maison ou des
chambres chez l'habitant pour une semaine (c'est moins cher qu'à la nuit) il faut donc 4 ou 5 étapes pour rayonner. j'imprimerai votre texte et il nous servira de guide sur les sites et dans les
musées

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