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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 23:56

313a Villa Médicis, Académie de France

 

Notre programme d’aujourd’hui nous fait débarquer du métro à la station Piazza di Spagna, pour traverser le parc de la Villa Borghese jusqu’au Museo Nazionale di Villa Giulia qui offre une riche collection étrusque. Mais nous dévions un peu notre route pour passer devant la Villa Médicis, siège de l’Académie de France, où nous avons l’espoir de pouvoir pénétrer un peu dans le hall pour jeter un œil.

 

313b Villa Médicis, Académie de France

 

Et nous avons eu une excellente idée parce que nous ne nous sommes pas contentés d’entr’apercevoir le hall, mais nous sommes arrivés dix minutes à peine avant le début d’une visite guidée en français, étant entendu que les visites libres ne sont pas possibles. Jamais.

 

Un mot sur cette académie. Louis XIV souhaitant avoir un palais aussi beau que possible et désirant que les artistes français puissent briller comme les meilleurs, a chargé Colbert en 1666 de créer à Rome un établissement qui reçoive de jeunes artistes français afin qu’ils complètent leur formation au contact des chefs d’œuvre de l’Antiquité et de la Renaissance. De fait, l’influence antique et italienne est sensible à Versailles. Aujourd’hui, il y a vingt artistes de diverses disciplines, l’académie s’étant peu à peu élargie à de nombreux arts. Déjà, au dix-neuvième siècle, la musique y avait droit de cité puisque Berlioz y a été pensionnaire. Actuellement, il y a… un cuisinier, qui met au point un dessert au cigare ! Pour être sélectionné par un jury constitué par le ministère de la culture, il faut travailler sur un projet, que l’on présente. Depuis quelques années, l’académie est ouverte aux étrangers avec pour seule condition qu’ils parlent français. Autrefois, il fallait être pensionnaire pendant quatre ans, avec interdiction d’emmener sa famille, mais ce n’est plus aussi rigide maintenant. Le Grand Prix de Rome, qui couronnait le meilleur, a été supprimé en 1968, afin de retirer l’esprit de compétition au profit de la pure recherche artistique. Dernière information, l’actuel directeur est un professeur de l’université de Tours.

 

313c Villa Médicis, Académie de France

 

La visite consiste essentiellement en une promenade commentée des jardins. Et quand je dis "commentée", c’est de façon extrêmement bien documentée et intéressante par une jeune femme dont je me demande si elle n’est pas elle-même pensionnaire de l’Académie. La façade côté jardins est ornée de sculptures qui ont été récupérées sur des monuments antiques et insérées dans les murs. C’est ainsi que des guirlandes datent du premier siècle avant Jésus-Christ et que ce sacrifice d’un taureau date de l’époque impériale.

 

313d Villa Médicis, Académie de France

 

La Villa a été achetée par Alexandre de Médicis, qui devint cardinal, puis pape sous le nom de Léon XI (mais il mourut au bout de 27 jours de pontificat). Lorsque, plus tard, le propriétaire de la Villa, Ferdinand de Médicis, devint grand-duc de Florence, il emporta toutes (ou presque toutes) les œuvres d’art accumulées ici, de sorte que l’on peut voir, par exemple, ces niches vides sur le mur du jardin. Pas de vol, pas de vandalisme, seulement un propriétaire qui déménage. Ici autrefois se trouvaient les jardins de Lucullus, et c’est là qu’en 48 l’empereur Claude fit assassiner sa femme Messaline, la mère de Britannicus, qui battait des records de débauche et qui, de plus, complotait probablement contre son époux. C’est sur ce motif qu’il décida de la supprimer. Mais depuis, son âme rôde dans ces bois que l’on aperçoit ici, beaucoup de gens du coin y croient fermement. Moi aussi, cela va de soi.

 

313e Villa Médicis, Académie de France

 

Derrière cette construction qui est adossée au Muro Torto qui enserre la ville antique, en contrebas, passe une voie rapide : mieux vaut rester côté jardins. Lors de son séjour à Rome, Velasquez a été tellement séduit par l’endroit qu’il en a fait le sujet d’un tableau, le seul et unique paysage de son œuvre. Cette peinture est actuellement au musée du Prado, à Madrid. On peut la voir sur Internet : http://www.abcgallery.com/V/velazquez/velazquez18.jpg  Au centre, se trouve une statue d’une Vénus passablement dénudée, qui a une histoire. Le pape admettait la nudité masculine en art mais trouvait que dans la Villa d’un cardinal une statue de femme nue était déplacée, aussi la fit-il confisquer. Où la placer, ensuite ? Eh bien il la fit transporter dans ses appartements personnels. Devenu pape, Alexandre de Médicis put ainsi la récupérer.

 

313f Villa Médicis, Académie de France

 

Au cours de la visite, j’ai été frappé par des fresques décorant toute une pièce, et conservées dans un remarquable état de fraîcheur. En fait, ne plaisant plus, elles avaient été recouvertes d’une couche de badigeon, et redécouvertes lors de travaux de réfection en 1980, parfaitement protégées. Dans la pièce voisine, elles n’ont pas bénéficié de cette disgrâce si positive, mais elles sont quand même bien visibles, et elles sont particulièrement intéressantes, parce que cette fresque ci-dessus représente la Villa Médicis et ses jardins comme ils étaient à l’époque. Si l’on avait tous les renseignements utiles sur les bâtiments, peu modifiés depuis, on ignorait comment étaient les jardins à l’origine.

 

313g Villa Médicis, Académie de France

 

On trouve aussi quatre représentations de fables. Mais le Corbeau et le Renard ci-dessus ne sont pas ceux de La Fontaine, parce que La Fontaine n’avait pas encore écrit sa fable à cette date. En fait, il s’agit de la fable d’Ésope, que notre fabuliste national a reprise plus tard. Cela n’a rien de honteux, car après tout chacun sait que Molière reprenait des comédies de Ménandre ou de Plaute, que Le Cid de Corneille a sa source chez Guillén de Castro, que la Phèdre de Racine est inspirée d’Euripide, et que Giraudoux a écrit un Amphitryon 38. C’est vrai, La Fontaine mettait sa géniale patte sur des idées du Grec Ésope ou du Latin Phèdre.

 

313h Villa Médicis, Académie de France

 

Ailleurs, ce groupe a été reconstitué à partir de statues éparses. Il s’agit de Niobé et des Niobides, c’est-à-dire de ses enfants. Lors de notre visite du palazzo Barberini, le 2 décembre, j’ai raconté l’histoire de Léto haïe par Héra, l’épouse trompée, et ses difficultés pour accoucher et ensuite l’histoire de l’eau du fleuve boueuse. Je ne savais pas que dix jours plus tard, j’aurais l’occasion de reparler d’elle. Niobé, qui était une amie intime et très chère de Léto, avait douze enfants, six garçons et six filles, et se vanta un jour avec morgue de sa fécondité auprès de sa copine. Léto, la mère des jumeaux Apollon et Artémis, dépitée de n’avoir que deux enfants, envieuse, demanda à ses enfants de supprimer ceux d’une telle rivale. Et eux, tout dévoués à leur mère qu’ils adoraient, se sont chargés de l’exécution, Apollon des six garçons, et Artémis des filles.

 

313i Villa Médicis, Académie de France

 

Selon certaines versions de la légende, Niobé a réussi à protéger la dernière de ses filles. C’est ce que montre la statue ci-dessus. Mais la plupart des auteurs racontent que les flèches des jumeaux divins transpercèrent les douze enfants, et que leur mère, tellement triste, demanda à Zeus de la changer en pierre.

 

313j Villa Médicis, Académie de France

 

Un bâtiment est consacré à la gypsothèque, la collection de plâtres. Tous les élèves sculpteurs, depuis la création de l’académie, devaient s’entraîner à reproduire en plâtre des œuvres d’art se trouvant à Rome ou dans les environs. Au cours des siècles, il s’en est accumulé des centaines, dont seule une petite partie est exposée dans cette salle. Une statue curieuse, en pierre celle-là, représente Louis XVIII en manteau impérial. C’est que cette statue avait été commandée pour Napoléon, expédié entre temps à l’île d’Elbe. Il a fallu adapter la statue en cours, et lui donner la tête du roi. Et puis Napoléon est revenu pour les Cent Jours, et le sculpteur a été prié d’en revenir à l’empereur. Mais le temps pour lui de finir le drapé du manteau, Napoléon était expédié, et définitivement, à Sainte-Hélène. Impossible à modifier, la statue a été laissée en l’état. L’effet est curieux.

 

314a Rome, piazza del Popolo

 

Après notre visite, nous avons traversé le parc de la Villa Borghese mais quand nous sommes arrivés devant la Villa Giulia et son musée étrusque, un petit écriteau sur la porte nous informait que le musée restait fermé pour "ciopero", c’est-à-dire pour grève. Raté. Nous avons donc continué notre balade vers la piazza del Popolo, que nous connaissons bien puisqu’elle est le point de départ, ou d’arrivée, ou de passage de la plupart de nos promenades dans le centre historique.

 

314b Rome, Santa Maria del Popolo

 

Et, parce que lorsque nous avions visité l’église Santa Maria del Popolo qui se trouve sur cette place nous n’avions pas pris le temps de tout voir en détail, nous y avons pénétré. Je ne reviens pas sur les photos que j’en ai montrées le 9 novembre, mais voici une sculpture de monstre qui, dans le bas de l’église, orne une tombe.

 

314c Rome, Santa Maria del Popolo

 

Juste à côté, cette autre ornementation d’une sépulture qui dit que même là-bas il n’est pas mort. Déguiser ainsi un squelette en fantôme dans son linceul et l’enfermer derrière une belle grille c’est quand même un peu macabre, non ? Le traitement de cette sculpture dans deux pierres différentes pour jouer sur les couleurs, c’est quelque chose que l’on a vu souvent dans la sculpture romaine antique, notamment pour la représentation de bustes d’empereurs.

 

Et voilà pour notre journée du 11. Samedi 12 décembre, j’avais mon appareil photo sur moi, mais je n’ai pas eu d’inspiration. Parce que le parking où nous laissons habituellement le camping-car pendant la journée est celui d’un centre commercial surchargé le samedi et aussi parce que selon la radio il n’y a pas d’embouteillages vers le centre, nous nous passons de métro et nous rendons par la route et par nos propres moyens près de la gare centrale Termini. Cela ne nous prendra pas plus de 25 minutes (alors que d’aller au parking "de jour", prendre le bus puis le métro, cela représente un trajet d’une bonne heure). Nous sommes allés à l’université, toute proche de Termini, parce que Natacha avait lu qu’elle était ancienne, et parce qu’elle venait de finir le livre d’une Ukrainienne (qui le lui avait dédicacé), une certaine Oxana Pachlovska, actuellement professeur de langue et de littérature ukrainiennes dans cette université "La Sapienza" de Rome. Mais les bâtiments, datant apparemment de l’époque mussolinienne, n’ont pour moi aucun charme. C’est gigantesque, massif, sans beauté, et le fait que derrière les murs des cerveaux carburent est tout moral, c’est une idée, mais ça ne transparaît pas à la vue des constructions. Ni sur les photos.

 

En revanche, à l’Aula Magna de l’université, se donnait un concert de piano. C’était un pianiste turinois de 26 ans du nom de Gabriele Carcano (si ma mémoire ne me trompe pas, je crois qu’il y a à Milan un théâtre du nom de Carcano où se donne de l’opéra, mais j’ignore s’il y a un lien familial), qui a bénéficié d’une bourse d’étude à Paris au Conservatoire National Supérieur de Musique, qui a été invité à participer au festival de Montpellier de Radio France, qui a donné un concert à la salle Pleyel, et que notre ministre de la culture Frédéric Mitterrand a choisi pour jouer lors d’un festival consacré à Chopin (dont le père était français) et à la France en mai 2010 à Hongkong. Il est aussi attendu à l’auditorium du Louvre à Paris et au festival de Saint-Jean de Luz. Un nom à retenir, donc. Il jouait un répertoire de quatre sonates de Beethoven. Bonne acoustique de la salle, et un compositeur dont, c’est sûr, la réputation n’est plus à faire. Au début, j’ai trouvé l’interprétation très virtuose, mais un peu sèche, peu sensible. Et puis au cours de la soirée j’ai modéré mon jugement. Sans doute Gabriele Carcano avait-il besoin d’entrer dans son jeu. Il a été très applaudi, et est revenu deux fois sous les rappels. D’abord pour un morceau de Grieg, ensuite pour du Schubert. Je ne dirai pas les titres, ma culture déficiente ne me le permet pas, hélas. Mais j’ai adoré ces bis, surtout celui du Norvégien, plus que le concert de Beethoven (qui n’est pas mon compositeur préféré).

 

Plusieurs choses m’ont frappé, en marge du concert lui-même. D’abord, pour un concert donné dans l’université, cette grande salle était bien remplie, mais pas par des étudiants. Il y avait bien quelques jeunes ici ou là, mais en fait très peu. Le public était composé essentiellement de personnes à l'âge de la retraite. Plus de 60 ans. En France, beaucoup de jeunes préfèrent de rap, le slam ou le hard rock, mais dans les salles de concert classique, le public est tout à fait composite, jeunes, adultes, et personnes plus âgées. D’autre part, que l’on ne me dise pas que tous ces gens avaient mille occupations urgentes qui les attendaient, or après les sonates du concert lui-même, les lumières n’ont pas été rallumées, la porte des coulisses a été laissée ouverte, ce qui était significatif, mais un grand nombre de personnes se sont jetées dehors. Ceux qui sont restés ont applaudi très fort, le pianiste est revenu saluer, et s’est rassis devant son piano. Quand il en a fini avec Grieg, la moitié de la salle a applaudi tout en sortant, tant les occupations de ce samedi soir à 19 heures appelaient avec urgence. Enthousiasme manifeste et hâte à s’enfuir, ces deux sentiments ensemble m’ont abasourdi. Puisque Stendhal n’a que mépris pour les voyageurs "compteurs de colonnes", puisqu’il dit "quant à la description sèche et philosophique, nous avons un chef d’œuvre en ce genre : c’est la statistique du département de Montenotte par Monsieur de Chabrol, préfet de la Seine", eh bien je n’hésite pas, suivant son illustre exemple, à ajouter mon grain de sel…

 

Et, les oreilles pleines de ce concert, nous sommes rentrés sur notre banlieue. Et voilà pour cette journée du 12 décembre.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Naty 03/11/2012 09:00

Je reviens de Rome et je cherchais une photo de cette stèle funéraire particulièrement macabre. Je l'ai vue mais pas photographiée. J'espère que vous ne m'en voudrez pas si j'utilise votre photo
dans mon blog !
Je ne vous ferez pas concurrence, mon blog présente ma collection de poupées, je ne mets que quelques photos de mes voyages.
Par avance, merci

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