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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 00:26

660h1 Brindisi, castello di Terra

 

660h2 Brindisi

 

 

 

Cette fois-ci, c’est fait. Nous sommes partis. Cela a été très dur, tant ce pays est attachant. Nous avons franchi la frontière franco-italienne, à Vintimille, le 10 octobre 2009. Nous sommes sortis des eaux territoriales italiennes en cette nuit du 7 au 8 décembre 2010. Quatorze mois pleins, 424 jours. Natacha n’a passé que dix jours, en juillet dernier, en Pologne et Biélorussie, et moi je n’ai pas posé un orteil sur une terre autre qu’italienne depuis le début, sauf pour passer au Vatican, puisque c’est un état indépendant… Même lorsque nous nous sommes embarqués pour Capri, pour Ischia, pour Stromboli, pour Mozia, la coque du bateau n’a pas été baignée par une seule goutte d’eau extra-territoriale. Et l’Italie est si belle, si diverse, si attachante. Et voilà, nous sommes partis. À bientôt, Italie, nous reviendrons, c’est sûr.

 

Les deux photos ci-dessus ont été prises lors d’une dernière promenade italienne, le 5 décembre. Comme la veille pour monter au monument de la Marine, nous sommes passés sur l’autre rive du profond golfe de Brindisi, et de là nous pouvons voir le Castello di Terra qui héberge le commandement de la Marine Nationale et dont la photo est interdite côté rue. Puis le 6 nous avons pris nos billets pour la Grèce et avons occupé nos journées du 6 et du 7 à toutes sortes de courses de dernière minute, à des rangements, à l’échange dans les bagages de notre documentation sur l’Italie contre les guides et les cartes sur la Grèce qui commençaient à se demander s’ils allaient rester à moisir dans la soute jusqu’à la fin des temps.

 

661a1 Brindisi, embarquement vers Igoumenitsa 

661a2 Brindisi, embarquement vers Igoumenitsa 

661a3 Brindisi, embarquement vers Igoumenitsa 

Et le 7 en fin d’après-midi, nous nous sommes embarqués sur un ferry d’Endeavour Lines. Venant de Sicile, de Naples ou de Rome, les gros camions, les semi-remorques à destination de la Grèce, de la Turquie, de la Bulgarie, de la Roumanie, ont tout intérêt à effectuer la traversée par mer plutôt que de remonter jusqu’à Trieste et de passer par la Slovénie et les Balkans. C’est plus sûr, plus court, et donc aussi moins coûteux en moyens humains et matériels. Mais contrairement à certains ferries que j’ai eu l’occasion de prendre, le navire n’a qu’une seule issue. Si l’on entre en marche avant, il faudra ressortir en marche arrière et comme le débarquement doit être efficace et rapide, c’est l’embarquement qui se fait en marche arrière, voitures particulières comme camions. Sauf pour moi… parce que le porte-à-faux démesuré de notre camping-car racle le sol entre le quai horizontal et la pente prononcée de la passerelle.

 

661b1 Brindisi, il Castello a Mare, o Alfonsino 

661b2 Brindisi, il Alfonsino o Castello a Mare 

L’autre jour, ayant dû renoncer, côté terre, à visiter et même à photographier le Castello di Terra dont je montre ci-dessus une photo prise de loin, nous avions du même coup renoncé à aller vers le Castello a Mare, dont on ne peut approcher de l’îlot. Mais du bateau, nous le voyons fort bien, de jour pendant les opérations d’embarquement et de nuit lorsque le navire passe auprès de lui. Ce Château sur la Mer s’oppose au Château de Terre en ceci qu’il est construit sur un îlot alors que l’autre n’est qu’en bordure de mer, bâti sur la terre ferme. Lui aussi est occupé par la Marine Nationale qui l’a laissé se dégrader mais, confié depuis peu aux Biens Culturels, il va renaître, et il ouvre parfois ses portes aux visiteurs à l’occasion d’une exposition ou de quelque événement culturel. Voulu par le roi Alphonse d’Aragon en 1445, il est aussi parfois appelé Alfonsino. Il devait pouvoir servir d’abri à des navires en danger, aussi est-il construit autour d’un grand bassin pouvant accueillir des bâtiments au fort tirant d’eau, et il pouvait être fermé par une puissante chaîne. Mais sa décadence a commencé lorsqu’il a été attaqué et fortement endommagé par les tirs d’un navire français, Le Généreux.

 

Mon Guide Vert Michelin des Pouilles, édition italienne, dit que c’était en 1776, mais sur Internet j’ai trouvé un livre intitulé Paris pendant l’année 1799, volume 24, d’un certain Peltier et édité à Londres, qui raconte : “[…] Il lui apprenait que le vaisseau le Généreux était venu s’emparer de Brindisi ; que Monsieur Boccheciampe, après avoir été abandonné par une partie de ses troupes, s’était enfermé dans le château, que son feu avait fort endommagé le Généreux, tué le capitaine Lejoille qui le commandait, et que le vaisseau s’était même engagé dans les bas-fonds dont il avait eu beaucoup de peine à se tirer. Cependant Monsieur de Boccheciampe avait été pris par trahison après une vive résistance. La ville de Brindisi avait été ravagée. À la nouvelle de l’approche des Russes, le Généreux se retira précipitamment de Brindisi, sans emporter son pillage”.

 

Puis j’ai trouvé des extraits des délibérations de l’Assemblée Constituante : “LEJOILLE (Louis-Jean-Nicolas), chef de division commandant le vaisseau le Généreux tué devant le fort de Brindisi : 27 vendémiaire an VIII ; pension à sa veuve Cécile-Julie Le Baron et ses enfants, message du Directoire”. Un coup d’œil à ma table de concordance des calendriers, le 27 vendémiaire an VIII correspond au 19 octobre 1799 du calendrier grégorien.

 

Et une autre de la même année : “Lettre de condoléances au père du chef de division Lejoille, commandant le vaisseau le Généreux, tué devant le fort de Brindisi”.

 

661c Sortie du port de Brindisi 

Pour voir le château Alfonsino, pour voir s’éloigner Brindisi, je suis accoudé au bastingage à tribord. Lorsque je vois ce bateau pilote se diriger vers la droite, il va donc en sens inverse de notre ferry, cela signifie qu’il a fini sa mission, nous sommes sortis du port. Cette fois-ci, nous avons bien quitté l’Italie.

 

Partis à 19h30, nous ne sommes arrivés à Igoumenitsa qu’à 4h30 heure locale, c’est-à-dire une heure de plus qu’en Italie ou en France. Nous voulions voir Corfou, qui est sur notre route, mais en cette saison nous n’avons pas trouvé de bateau qui fasse escale à Corfou en venant de Brindisi. Tant pis, nous allons sur le continent grec à Igoumenitsa, et ferons ensuite un aller et retour vers Corfou. Le temps de trouver un endroit calme pour finir la nuit (en fait, pour dormir jusqu’à une heure de l’après-midi), de nous installer, il est plus de 5h30 quand nous nous couchons.

 

Le 8, c’est-à-dire aujourd’hui, nous avons fait un tour dans Igoumenitsa, qui est une ville moderne sans aucun intérêt. Nous avons donc voulu nous renseigner sur les ferries vers Corfou et sommes allés nous garer sur le parking du port d’où nous avions débarqué. Au guichet on nous explique qu’il y a un autre terminal pour les liaisons nationales, à cinq cents mètres. Nous retournons donc vers le camping-car, que nous n’avons pas abandonné plus de cinq minutes, et voyons deux jambes qui dépassent sous l’arrière. Nous nous précipitons, et un homme s’extrait de sous notre véhicule. “Pas un voleur, pas un voleur”, nous dit-il en français avec un accent étranger. Nous montons en voiture pour partir au plus tôt, quand j’entends un bruit bizarre à l’arrière. Je coupe le moteur et vais voir, un autre homme était en train de s’extraire lui aussi de sous notre véhicule. Je serais parti ainsi sans l’entendre, je l’aurais tué. Belle frousse. Devant le terminal des lignes nationales, des policiers m’ont aidé à tout inspecter, mais il n’y avait plus personne. Ils m’ont dit qu’ils entraient facilement en Grèce, mais que ce qui les intéressait c’était de passer en France pour les Africains, du Maghreb ou d’Afrique Noire, en Allemagne pour les Turcs et les Balkans, en Grande-Bretagne pour les Indiens et Pakistanais. Ils n’ont rien à faire d’aller de Grèce en Grèce soit, à partir d’ici, Corfou, Patra, Athènes. Ces pauvres types font le voyage sans rien, pas même un vêtement de rechange ou un vêtement chaud pour les pays plus nordiques vers lesquels ils se destinent au mois de décembre, ils prennent des risques fous (je parle des risques pour leur vie ou leur intégrité physique, ce qui est pire que de se faire prendre par la police), et ce qui les attend en Occident c’est le chômage, le squat à vingt par pièce, la ruse pour échapper à la police qui ne veut pas de clandestins. Le rêve, le mirage, la déception. Ensuite, si pour survivre ils chapardent, on s’écrie qu’avec tous ces étrangers, vous comprenez ma brave dame… Sûr, ce n’est pas un Blanc chef d’entreprise qui va voler au supermarché. Le racisme est facile. Ce qui ne veut pas dire que je suis favorable à l’introduction de tous ces gens qui sont trompés par leur rêve totalement chimérique. Mais si la Grèce est dans Schengen, pourquoi ses frontières sont-elles perméables ?

 

661d Départ d'Igoumenitsa vers Corfou 

Nous étions là pour une information sur les horaires et les prix. Les prix sont très raisonnables, et il y a un départ immédiatement. La jeune femme du guichet téléphone pour demander d’attendre le dernier client pour lever l’ancre. Nous fonçons récupérer le camping-car et embarquons. Nous n’avons pas trouvé intéressante de jour la ville d’Igoumenitsa, nous la regardons s’éloigner de nuit. Et cette nuit du mercredi 8 décembre, notre première nuit complète en Grèce, nous la passons sur un parking de Corfou, sous les murs de la ville et en bordure de la mer.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Nadege M. 13/03/2011 22:53


Bjr!
Je vous invite à une petite visite chez moi, vs ne le regretterez pas: http://nadegemambe.over-blog.com
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Bon début de semaine!


lavandine 11/03/2011 23:43


Et nous voilà partis avec vous en Grèce ...
Bonne continuation !


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