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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 12:30

 807a1 Aegosthènes, vue d'ensemble

 

Nous sommes allés passer la nuit à Porto Germeno, village extrêmement fréquenté en ce week-end avec sa longue plage et ses nombreuses tavernes. À tel point que ce matin il m’était complètement impossible de sortir du parking, les passages entre voitures garées hors emplacements ne me laissant pas la place de manœuvrer malgré mes tentatives. Ce n’est qu’au bout de plus d’une heure que des jeunes venus chercher quelque chose dans leur voiture ont été assez sympathiques pour accepter de la déplacer, juste le temps pour moi de m’échapper. Mais je n’écris pas cet article pour parler de manœuvres sur un parking. La photo ci-dessus, prise de la route d’accès à Porto Germeno, montre la baie qui abritait un port antique. On distingue vaguement, dans le bas de la photo, les fortifications du quatrième siècle avec, à gauche, une haute tour (20 mètres de haut, 8,90 mètres de côté) encapuchonnée d’échafaudages auprès d’une grue parce qu’elle est en cours de restauration. Grâce aux trous dans les murs intérieurs destinés à recevoir les poutres constitutives de plafonds et planchers, les archéologues ont déterminé qu’elle comportait trois étages. La ville basse antique était située entre les deux murs fortifiés qui reliaient l’Acropole à la mer.

 

807a2 Aegosthènes, l'enceinte

 

Dans l’Antiquité, Ægosthènes appartenait à Mégare. Avec son mur d’enceinte d’environ 190 mètres de long  sur 80 de large qui date de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, l’acropole Ægosthènes est typique de l’architecture militaire de son époque. Ce que l’on voit, c’était le petit côté des fortifications. Lorsque, le 6 juillet 371 avant Jésus-Christ, les Lacédémoniens ont été défaits à Leuctres par Épaminondas et ses Thébains et qu’ils ont battu en retraite, c’est vers Ægosthènes qu’ils se sont repliés.

 

807a3 Aegosthènes, ruines d'une tour

 

807a4 Aegosthènes, détail de l'enceinte

 

La première de ces photos montre les ruines d’une des tours insérées dans les murs descendant vers le port. Sur la seconde photo, ce pan de mur appartient à l’enceinte de l’acropole dont aujourd’hui subsistent, en plus ou moins bon état, les ruines de seize tours. Un chemin de ronde permettait aux vigiles et aux archers de faire tout le tour des remparts. Ce sont les Francs qui, au treizième siècle, ont un temps redonné vie à la forteresse.

 

807b1 ruines de Platées

 

Platées. Nous sommes en Béotie, mais tout près de la frontière de l’Attique et des terres dépendant d’Athènes. Aussi, pour éviter la domination de la puissante Thèbes, Platées s’est tournée vers Athènes. Dans mon précédent article sur Marathon, on a vu qu’en 490 mille Platéens s’étaient illustrés aux côtés des Athéniens dans cette belle et grande victoire sur les Perses et que, comme leurs compagnons d’armes, leurs morts avaient eu l’honneur d’être enterrés sur le lieu des combats. Mais dix ans plus tard lors de la Seconde Guerre Médique, Xerxès est revenu avec ses troupes sur les lieux de la défaite de son père Darius. En 480 il a occupé une grande partie de la Grèce, il a massacré les Spartiates aux Thermopyles avec leur roi Léonidas, a pris l’Attique et Athènes, mais à Salamine, au fond du golfe Saronique, il a essuyé une cuisante défaite navale qui l’a fait renoncer à poursuivre son offensive dans le Péloponnèse. Il est reparti vers la Perse avec bon nombre de ses troupes, et a chargé son général Mardonios de finir la conquête au nord de l’isthme de Corinthe. Mardonios est en Béotie. En face, les Athéniens qui ont réintégré leur ville ravagée par Xerxès sont alliés à Sparte, Mégare, Corinthe et diverses autres cités du Péloponnèse. Cette coalition grecque est commandée par le Spartiate Pausanias (rien à voir avec le Pausanias voyageur qui vivra six siècles plus tard), qui exerce la régence à Sparte car le fils du défunt Léonidas est mineur. Comme pour Marathon, je laisse la parole à Hérodote (traduction Andrée Barguet, Folio classique n°2130) : “Attaginos fils de Phrynon, un Thébain, fit servir un festin splendide auquel il invita Mardonios lui-même et cinquante Perses, les plus importants personnages de son armée […]. Ce qui suit m’a été conté par Thersandre […]. Il était lui-même, m’a-t-il dit, au nombre des invités d’Attaginos, ainsi que cinquante Thébains, et les convives des deux nations n’étaient pas séparés à table, mais chaque lit recevait un Perse et un Thébain côte à côte”. Nous voyons donc que Perses et Thébains sont amis comme cochons. “Pendant que Mardonios campait en Béotie, les Grecs lui fournirent des renforts et marchèrent avec lui contre l’Attique”.

 

807b2 canal dans la plaine de Platées (Asopos)

 

Après un premier succès, la coalition grecque de Pausanias prend position près de Platées, sur le fleuve Asopos. Lorsque nous nous sommes rendus à Thèbes après les visites de ce jour, j’ai été très attentif, sur la route, pour repérer le moment où, nécessairement, nous devions franchir l’Asopos. Comme nous n’avons franchi aucune rivière, aussi petite soit-elle, aussi asséchée soit-elle, mais seulement ce canal sur le bord duquel se trouve un bâtiment de la compagnie des eaux, j’en conclus que les eaux de l’Asopos ont dû être canalisées et que ce que montre ma photo doit être plus ou moins, mais sous une apparence bien différente, ce qui séparait les deux armées. Les hoplites de l’infanterie lourde sont 38700 et l’infanterie légère comprend 69500 hommes. En y ajoutant 1800 Thespiens, Hérodote arrive à un total de cent dix mille soldats. En face, sur l’autre rive de l’Asopos, les Perses et les Mèdes alignent trois cent mille hommes, auxquels se joignent des Grecs qui n’ont pas été dénombrés mais qu’Hérodote évalue à une cinquantaine de mille. Ces trois cent cinquante mille hommes du côté du Grand Roi sont tous fantassins, la cavalerie étant à part. Pendant onze jours, les deux armées s’observent, mises à part quelques escarmouches, car de part et d’autre les présages donnent la victoire si l’on reste sur la défensive, laissant à l’autre l’offensive. Mais chaque jour de nouveaux renforts arrivent côté grec, si bien que Mardonios décide de passer à l’attaque. “Plus tard dans la nuit, quand tout semblait reposer dans les camps et les hommes dormir du sommeil le plus profond, quelqu’un se rendit à cheval auprès des sentinelles athéniennes: Alexandre fils d’Amyntas, le chef et le roi des Macédoniens, demandait à parler à leurs chefs […] : ‘Athéniens, je vous donne cet avis en grand secret […]. C’est que je suis moi-même de race grecque, si loin que l’on remonte, et je ne saurais accepter de voir la Grèce vivre esclave. [… Mardonios] a décidé de se moquer des présages et d’attaquer aux premières lueurs du jour. […] Je me suis chargé dans mon zèle d’une mission si dangereuse parce que je tenais à vous révéler le plan de Mardonios, afin qu’une attaque des Barbares ne vous prenne pas à l’improviste. Je suis Alexandre le Macédonien’. Cela dit, il tourna bride et regagna le camp perse”. Bien évidemment, cet Alexandre de Macédoine n’est pas Alexandre le Grand fils de Philippe, qui naîtra en 356, soit 133 ans plus tard. Celui-ci est Alexandre Premier qui a succédé à son père Amyntas Premier en 498 et mourra en 450. Déjà quelques mois plus tôt, il avait en cachette fourni aux Athéniens le bois pour la construction de la flotte de Salamine.

 

807b3 ruines de Platées et plaine de la bataille

 

Ci-dessus, les très pauvres ruines de Platées, mais surtout la plaine où les camps étaient établis et où s’est déroulée la bataille. Pausanias ordonne donc avant l’aube où chacun doit se placer, mais une partie des Grecs, plutôt que d’obéir, va s’établir du côté de Platées, près d’un sanctuaire d’Héra. Quoique mécontent de cela, Pausanias estime que l’armée ne doit pas se scinder, et décide de suivre ces premiers contingents. Avec les Spartiates il passe par les contreforts du mont Cithéron et les Athéniens, eux, passent de l’autre côté par la plaine. Croyant que l’armée coalisée tente de s’enfuir, les Perses s’élancent à sa poursuite, sans se douter que les Athéniens ont pris une autre route. Aussi Pausanias envoie-t-il vers ses alliés Athéniens un messager à cheval pour solliciter leur aide. Hélas, au même moment, les Grecs qui s’étaient rangés du côté des Perses les voient et les attaquent, de sorte qu’ils ne peuvent aller aider Pausanias. Lequel, se voyant bientôt perdu, se tourne vers le temple d’Héra appartenant aux Platéens pour implorer l’aide de la déesse. Et aussitôt, les coalisés commencent à reprendre pied. La bataille fut longue et meurtrière, les Perses rivalisant de courage et de force avec les Grecs. Les Grecs réussissent à tuer Mardonios (la mort de Léonidas est ainsi vengée) et les plus vaillants cavaliers qui l’entourent. Les Perses alors se débandent. “À Platées, lorsque les Perses eurent plié devant les Lacédémoniens, ils s’enfuirent dans le plus grand désordre et se réfugièrent dans leur camp et l’enceinte de bois qu’ils avaient élevée sur le territoire de Thèbes. Je trouve d’ailleurs étonnant que le combat ait eu lieu près du bois de Déméter et qu’on n’ait point vu de Perses entrer dans l’enclos sacré ni venir mourir là, quand ils tombèrent si nombreux autour du sanctuaire, en terre non consacrée. À mon avis, si l’on peut se permettre d’avancer une opinion personnelle en ce domaine, la déesse elle-même a repoussé loin d’elle les hommes qui avaient brûlé sa sainte demeure d’Éleusis […]. Quand les Perses et la masse des Barbares se furent réfugiés derrière leurs murailles de bois […], l’assaut commença, mené de manière assez vive […]. Les Athéniens escaladèrent la muraille et ouvrirent une brèche par où se ruèrent les Grecs. […] Leur mur renversé, les Barbares ne se formèrent pas en carré pour continuer la lutte et nul d’entre eux ne fit appel à sa valeur. Ils tournoyaient sur place, éperdus, en hommes qui se voyaient enfermés par milliers en un étroit espace. Les Grecs les massacrèrent à loisir”. Hérodote fait les comptes, en éliminant quarante mille hommes qui s’étaient enfuis, sur trois cent mille soldats de Xerxès moins de 3000 ont survécu, et le Bataillon Sacré de Thèbes était anéanti. En face, les Spartiates ont perdu 91 hommes, les Tégéates 16 et les Athéniens 52. “L’homme le plus brave de tous fut de loin, selon moi, cet Aristodèmos, le seul rescapé des trois cents Spartiates engagés aux Thermopyles, sur qui pesaient l’opprobre et la honte”. En effet, le jour du combat des Thermopyles, deux hommes –dont Aristodèmos– souffraient d’une très sévère ophtalmie, et Léonidas les avait mis au repos. Mais quand ils apprirent que leurs frères d’armes résistaient aux Perses qui, malgré leur vaillance, les massacraient, l’un des deux malades s’était fait conduire sur le lieu du combat et était tombé héroïquement comme tous les autres, tandis qu’Aristodèmos était resté en retrait et était rentré sain et sauf à Sparte. D’où cet opprobre et cette honte, d’où aussi son indispensable courage à Platées.

 

Le même jour exactement que la bataille de Platées, des Spartiates arrivaient à Samos pour poursuivre la flotte perse de Xerxès. Mais celui-ci avait fait haler les navires sur la plage du cap Mycale (une longue péninsule de la côte ouest d’Asie Mineure qui vient presque lécher la côte est de l’île de Samos), laissant soixante mille hommes pour garder la flotte. Les Spartiates franchissent la palissade défensive et mettent le feu aux navires qui, tous, s’en vont en fumée. Après Salamine, c’est avec Platées et le cap Mycale simultanément que s’achèvent les Guerres Médiques.

 

Mais Platées n’a pas fini de faire parler d’elle. En effet, Thèbes ne cesse de vouloir absorber cette cité et le renversement des alliances, qui met Sparte du côté de Thèbes, ne simplifie pas sa situation. En 429, trois cents Thébains pénètrent de nuit dans Platées. Puisqu’il s’agit de faits qui s’inscrivent dans la Guerre du Péloponnèse, c’est cette fois-ci à Thucydide que je laisse la parole (traduction de Jean Voilquin, Garnier Flammarion n°81). “Comme on était en paix, il n’y avait aucun poste de garde, ce qui facilita l’entrée clandestine des Thébains. […] Un héraut fit savoir que quiconque voudrait entrer dans la confédération nationale de la Panbéotie n’avait qu’à se ranger en armes aux côtés des Thébains. […] Au cours des pourparlers [les Platéens] s’aperçurent du petit nombre des Thébains et pensèrent qu’en les attaquant ils en viendraient facilement à bout. En réalité la masse des Platéens ne désirait pas quitter le parti des Athéniens. Ils décidèrent donc de tenter la chance. Pour éviter de se faire repérer dans les rues, ils percèrent les murs des maisons et parvinrent ainsi à se concerter […]. Ils attaquèrent donc immédiatement et en vinrent tout de suite aux mains. […] Les Thébains pris de panique firent demi-tour et s’enfuirent à travers la ville”. Aussitôt avertis, “les Athéniens envoyèrent un corps de troupe à Platées, y concentrèrent des approvisionnements, y laissèrent une garnison et évacuèrent, avec les femmes et les enfants, toutes les bouches inutiles”. Les Thébains, soutenus par les Péloponnésiens, assiègent alors Platées, construisant autour de la ville deux hauts murs concentriques et un fossé. Le siège dure, c’est la disette, et malgré une résistance héroïque les Platéens et la garnison athénienne sont contraints, la troisième année, en 427, de se rendre. Les Thébains font appel au jugement de leurs alliés Spartiates, qui donnent tous les torts aux Platéens. En conséquence, “on les conduisit à la mort, sans en épargner aucun. Il n’y eut pas moins de deux cents Platéens qui furent ainsi exécutés. Vingt-cinq Athéniens, qui avaient subi avec eux le siège, partagèrent leur sort. On réduisit les femmes en esclavage”. Quant à la ville, l’année suivante, 426, “les Thébains la rasèrent entièrement. Avec les matériaux ils édifièrent près du temple d’Héra une hôtellerie […], avec les matériaux, bronze et fer, provenant du rempart, ils fabriquèrent des lits qu’ils consacrèrent à Héra et lui élevèrent un temple de pierre de cent pieds”, soit environ 30 mètres.

 

Ce n’est qu’en 386 que Sparte autorise les descendants de Platéens réfugiés à Athènes à venir reconstruire leur ville mais Thèbes ne tarde pas, dès 373, à l’attaquer et à la détruire, tandis que les habitants retournent à Athènes se réfugier. En 335 enfin, parce que Thèbes a assiégé la garnison de Macédoniens installés dans leur citadelle, Alexandre le Grand fond sur la Béotie, prend Thèbes, rase la ville, réduit en esclavage ceux des citoyens qui n’ont pas été massacrés. Platées peut enfin se reconstruire sans plus craindre désormais sa principale ennemie.

 

C’est à l’orée du village moderne de Platées que l’on peut voir les ruines de la ville antique, ou du moins les ruines de sa dernière reconstruction.

 

807c1 la forteresse d'Eleuthères

 

807c2 la forteresse d'Eleuthères

 

Dora d’Istria née en 1828, nièce du prince de Valachie (je parle d’elle beaucoup plus en détail dans mon blog daté du 11 au 13 mai 2011, à Gytheio) a publié en 1863 le récit de son voyage en Grèce. “La route carrossable, suivant les ondulations du terrain, monte, à travers des bouquets clairsemés d'oliviers, […] en suivant une ligne un peu tortueuse et en traversant plusieurs bras du Céphise éleusinien, elle arrive enfin à l'emplacement de l'ancienne Éleuthères […]. Cette région montueuse est couverte d'arbousiers des Alpes, aux feuilles de buis, dont le sombre feuillage fait contraste avec la verdure gaie du beau pin maritime, balançant au souffle de la brise sa couronne élégante. Au fond des ravins, on apercevait des saules touffus ombrageant quelques cabanes. De temps en temps, des paysannes albanaises, qui n'avaient pas dégénéré de la beauté de leur race, passaient avec des ânes chargés de buissons et de branches d'arbres”. Nous voici donc à présent, comme Dora d’Istria, au pied de la forteresse d’Éleuthères. Mais ici passe la route d’Athènes à Delphes, elle est encombrée de lourds semi-remorques qui n’ont pas le charme des ânes avec leurs maîtresses albanaises.

   

Éleuthères, c’est aussi la ville qui avait tôt accueilli le culte de Dionysos et, selon une tradition, c’est d’Éleuthères que son culte et ses mystères sont arrivés à Athènes. Lors des Dionysies à Athènes, parmi les nombreux préparatifs, dont ceux qui concernaient les concours de poésie et de théâtre, prenaient place ceux qui devaient assurer la présence de Dionysos Éleuthereus. Du théâtre de Dionysos à Athènes, on transférait la statue du dieu à Éleuthères afin de la rapporter en procession solennelle à la lueur des torches jusqu’à son théâtre athénien, rappel de son arrivée dans la ville.

   

C’est également à Éleuthères qu’est né vers 485 avant Jésus-Christ le grand sculpteur Myron qui initie le style grec classique, et qui est l’auteur, entre autres, du Discobole ainsi que du groupe d’Athéna et Marsyas. 

 

Après notre promenade vers la forteresse d’Éleuthères, nous roulons vers Thèbes mais, pensant que demain lundi les musées grecs sont fermés, nous repartons à une cinquantaine de kilomètres vers le sud-ouest jusqu’à la côte. Aucun camping dans les environs alors puisque nous disposons de réserves d’eau pour la douche nous nous installons sur un grand terrain vague  (qui doit servir de parking en été) dans le village nommé Paralia Saranti (Plage de Saranda). Nous y passerons la journée de demain avant de repartir dès le matin de mardi vers Thèbes.

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Published by Thierry Jamard
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