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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 03:15

594a1 Agrigente, Hache de bronze 13e siècle avt JC

 

594a2 Agrigente, fibule de bronze 13e siècle avt JC

 

Aujourd’hui, nous nous rendons au musée archéologique d’Agrigente. Photo autorisée, milliers d’objets exposés, tous plus intéressants les uns que les autres… Je ne sais par où commencer, ni comment me limiter. Alors, un peu au hasard, voici d’abord des objets de l’âge de bronze, tous deux du treizième siècle avant notre ère, soit l’époque de la légendaire guerre de Troie. Légendaire… du moins dans la forme où elle est décrite par Homère et racontée dans la mythologie, mais peut-être réelle quand même. Sans doute les dieux ne prenaient-ils pas vraiment part aux combats de part et d’autre pour s’affronter aux côtés des héros, et puis Homère, qui est pourtant attentif aux moindres détails, a évoqué –une seule fois– un objet de fer alors que l’on est à l’âge du bronze (dommage, je n’ai plus en mémoire la référence du passage que j’aimais bien faire traduire à mes élèves de terminale). Ici, donc, une hache et une fibule, toutes deux… en bronze, bien sûr.

 

594b1 Agrigente, Télamon temple de Zeus 480 avt JC

 

594b2 Agrigente, maquette en liège du temple de Zeus

 

Nous avons visité hier le site archéologique d’Agrigente, et nous y avons vu le temple de Zeus Olympien en bien piteux état puisqu’après s’être effondré il avait servi de carrière de pierre. Nous avons vu aussi un télamon, ou atlante, reconstitué au sol. Ici au musée, nous voyons un télamon original, qui du haut de ses 7,60 mètres domine Natacha. On peut ainsi se rendre compte de l’échelle gigantesque. Par ailleurs, le musée montre cette maquette réalisée en liège, qui permet de comprendre comment ces sculptures peuvent alterner avec des colonnes de vingt mètres, deux fois et demie plus hautes. Si l’on ajoute l’entablement de cinq hautes marches, l’épais entablement au-dessus des colonnes et probablement un fronton, ce temple devait friser les trente mètres de haut, soit un immeuble moderne de dix étages… Il faut savoir cependant que ce n’est qu’une hypothèse de reconstruction parmi d’autres. Mais déjà, rien que cette maquette vaut le coup d’œil pour elle-même. Un problème se pose quant à l’accès au temple. En effet, les petits côtés de ce géant de 113,45 mètres sur 56,30 comptent sept colonnes, un nombre impair qui semble exclure une entrée par une porte monumentale qui ne pourrait alors qu’être décalée. On hésite entre le milieu d’un grand côté qui compte quatorze colonnes, ou peut-être un angle.

 

594c1 Agrigente, terre modelée main 1er quart du 6e s. avt

 

Allons faire un tour du côté des sculptures. Ou, pour cette tête qui n’a pas été sculptée, parlons plutôt de modelage. En effet, c’est avec les doigts qu’elle a été réalisée en terre dans le premier quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. On se rend compte que le modelé est très fruste. Il s’agit d’une statuette votive retrouvée au fond d’un puits près du temple d’Héraklès.

 

594c2 Agrigente, dieu Bès, culture punico-hellénistique

 

Ce nain difforme n’est autre que le dieu égyptien Bès donnant sa forme à un vase punico-hellénistique. Il est évidemment modelé en caricature, comme c’est l’habitude pour ce dieu, avec ses courtes jambes torses, son gros ventre et sa position impudique où il s’expose avec un large sourire. C’est une divinité de la joie trouvée dans la danse et dans le sommeil, il est le protecteur du foyer et de la vie de la femme. Les Puniques, tout comme les Grecs de l’époque hellénistique, étaient en relations constantes, commerciales et culturelles, avec l’Égypte, et surtout, c’est clair, depuis qu’Alexandre le Grand a conquis les cités phéniciennes en 333 et l’Égypte jusqu’à la première cataracte du Nil en 331.

 

594c3 Agrigente, du sanctuaire des divinités chtoniennes

 

Ce masque de terre cuite, difficile à dater avec précision, a été retrouvé dans le sanctuaire des divinités chtoniennes. Hier, tout en disant qu’elles sont Déméter et sa fille Perséphone, je décrivais le rituel de leur culte. Il s’agit ici d’un objet qui leur est offert, déposé dans l’une des cavités du sol après les sacrifices et le repas sacré.

 

594c4 Agrigente, éphèbe 480 avt JC

 

Cet éphèbe nu, un peu plus petit qu’un homme réel, date de 480. Il a été trouvé dans une citerne, près du temple de Déméter. Le modelé souple du corps, le traitement plastique des masses musculaires, l’équilibre du dessin anatomique, le léger mouvement des jambes et du bras droit, montrent que l’artiste a dépassé les conventions du style archaïque et qu’il s’inscrit dans la transition vers ce que l’on appelle le style Sévère. Certains pensent qu’il est inspiré de l’éphèbe du sculpteur Kritios, situé sur l’Acropole d’Athènes. Je me le rappelle, cet éphèbe, mais mon souvenir en est trop vague pour que je puisse me prononcer à ce sujet. Ce que je peux en dire, c’est que ces deux éphèbes sont contemporains l’un de l’autre mais, quoique les autres œuvres de Kritios ne nous soient connues qu’à travers des copies romaines et que l’on ne soit pas sûr à 100% de pouvoir lui attribuer la sculpture athénienne, il semble exclu que celui d’Agrigente soit sorti de son atelier car l’éphèbe d’Athènes est en marbre de Paros, pas celui d’Agrigente.

 

594c5 Agrigente, marbre, 1ère moitié 4e siècle avt JC

 

Je trouve superbe ce marbre de la première moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ. On ne sait rien de la divinité ou de la femme à laquelle appartenait cette tête, et le petit panonceau ne dit même pas où elle a été trouvée. Le genre d’image, donc, qu’il vaudrait mieux ne pas choisir de montrer, mais je ne peux résister devant une telle beauté. Un visage aux traits merveilleusement réguliers, un ovale parfait, un regard un peu triste et une moue désabusée, ce ne peut être ni la guerrière Athéna, d’ailleurs généralement coiffée de son casque, ni la vindicative Héra, ni Aphrodite tellement sûre d’elle-même. Ce pourrait être une Déméter à la recherche de sa fille enlevée, ou plutôt peut-être une Isis égyptienne. Mais ce n’est pas la peine que j'avance ces hypothèses invérifiables tant que le corps ne sera pas retrouvé.

 

594c6 Agrigente, Hermès fin 4e siècle avt JC

 

Cette statuette représentant le dieu Hermès nu, tendant au-dessus de sa tête un grand manteau qui descend jusqu’à ses chevilles et portant un plat dans sa main gauche, date de la fin du quatrième siècle. C’est un Hermès psychopompe, c’est-à-dire conducteur des âmes. Il prend en charge les morts et les mène ainsi jusqu’aux fleuves des enfers. Là, c’est le nautonier Charon avec son chien Cerbère qui prend le relais pour leur faire franchir lesdits fleuves, traversée dont on ne revient pas.

 

594c7 Agrigente, femme assise, fin 4e siècle avt JC

 

Et de cette même fin du quatrième siècle, date cette statuette de femme assise. J’aime la façon dont elle se drape dans son grand manteau qu’elle ramène de sa main droite, serré sur sa poitrine. Elle a particulièrement soigné l’élégance de sa coiffure en remontant sur le sommet de sa tête des boucles tuyautées. Cette figurine trouvée dans une tombe d’Agrigente est petite et simple, mais elle est si fine, si distinguée, si plastique dans la position de la tête, dans la façon de s’asseoir sans se laisser aller, dans cette impression de se protéger du froid, dans cet air absorbé dans ses pensées, qu’elle procure une forte émotion. Pour moi, du moins.

 

594c8 Agrigente, Aphrodite, 2e ou 1er siècle avt JC

 

Cette Aphrodite de la fin du deuxième siècle ou du début du premier est, elle aussi, splendide. Elle est représentée au bain, accroupie, en train de s’essorer la chevelure. À vrai dire, c’est parce que je l’ai lu sur l’écriteau que j’ai su qu’elle était au bain. Et puis cette indication m’a rappelé l’Aphrodite au bain que j’avais vue le 28 avril dernier au musée archéologique de Naples (je ne l’ai pas mise dans mon blog et, bêtement, je ne l’ai même pas photographiée, je viens de vérifier, mais je m’en souviens parfaitement), elle penche la tête et de la main droite elle tord ses cheveux tandis que le bras gauche est replié sur son ventre. Même position accroupie, genou droit abaissé et genou gauche relevé, même position du bras gauche, pas de doute c’est bien le même thème, qui relève du style de l’école de Rhodes. Par ailleurs, celle de Naples est une copie romaine d’un original grec, mais ici, à Agrigente, nous avons une sculpture grecque originale.

 

594d1 Agrigente, sarcophage d'enfant, 2ème siècle avt JC

 

Ceci est sans doute le plus émouvant de tout ce que nous avons vu. Ce sarcophage romain du deuxième siècle de notre ère, trouvé par hasard en 1975, était la sépulture d’un enfant, un très petit garçon.

 

594d2 Agrigente, sarcophage d'enfant, 2ème siècle avt JC

 

Le bébé est représenté couché sur son lit funèbre et une esclave ou une affranchie, sa nourrice, se penche au-dessus de lui et lui caresse le visage avec tendresse. Derrière, un homme barbu et chauve, plus âgé, lève le bras en signe de lamentation. Au costume, il semble être un homme libre, c’est un proche, parent ou ami de la famille.

 

594d3 Agrigente, sarcophage d'enfant, 2ème siècle avt JC 

 

594d4 Agrigente, sarcophage d'enfant, 2ème siècle avt JC

 

De part et d’autre du lit, assis, la tête couverte, le corps et le visage penchés avec une expression d’extrême tristesse, ce sont les parents du petit mort. Un petit frère s’appuie sur le genou de sa mère. (le sarcophage est enfermé dans une caisse protectrice en Plexiglas, désolé pour les reflets que je n’ai pu éviter). Le réalisme de toute cette scène, le deuil, la tristesse exprimés sont poignants.

 

594e Agrigente, petit autel, époque hellénistique 

 

Ce petit autel de pierre d’époque hellénistique porte une inscription en grec, πολυστεφανω σωτειρα,  polustephanô[i] sôteira[i] (il s’agit de mots au datif, exprimant l’idée de destinataire "à…", je restitue donc entre crochets l’iota souscrit sous la voyelle finale, ô et a. Je ne sais pas comment, avec mon clavier, mettre les accents sur les syllabes toniques, ce qui me vaudrait des points en moins en thème grec à l’agrégation ! Pour les hellénistes, je précise que les deux mots sont paroxytons, et devraient donc avoir un accent aigu sur le A pour le premier et sur le I pour le second. Ces mots signifient "à la [déesse] salvatrice aux nombreuses couronnes". Cette déesse aux multiples couronnes était une nymphe du cortège de Déméter et de Perséphone. Mais contrairement à ce que l’on pourrait en conclure, ce petit autel n’a pas été trouvé dans le sanctuaire des divinités chtoniennes que nous avons vu hier, mais (en 1866) du côté de San Nicola. Sous ces deux mots, figure une autre inscription qui, elle, aurait été gravée plus tard, au temps de l’empire romain. Je déchiffre difficilement Nicomêdês (Nicomède, évidemment), mais je ne déchiffre pas la suite, très effacée.

 

594f1 Agrigente, monnaies d'or

 

Laissons les sculptures, à présent. Voici deux pièces de monnaie romaines en or. En 1987, en plein cœur de la cité antique d’Agrigente, du côté où se trouve aujourd’hui le musée archéologique, dans un petit vase enterré avaient été cachées cinquante deux pièces de monnaie en or au moment fort troublé de la seconde guerre punique. Et puis le propriétaire de ce petit trésor ayant probablement perdu la vie dans les turbulences des événements, le trésor est resté enterré jusqu’à nos jours. Leur taille et leur poids déterminent trois valeurs différentes, mais toutes représentent sur une face l’aigle de Jupiter tenant la foudre dans ses serres avec, en dessous, l’inscription Roma et sur l’autre face la tête casquée du dieu guerrier Mars tournée vers la droite. Il y a 34 pièces de 60 as (3,35 grammes chacune), 2 pièces de 40 as (2,18 grammes chacune) et 16 pièces de 20 as (1,15 gramme chacune) soit au total 136 grammes d’or, ce qui n’est pas si mal. On pense aujourd’hui, au vu de cette tête de Mars, ainsi que de la ressemblance avec les pièces des ennemis, tant Grecs que Carthaginois, que toutes ces pièces ont été frappées en Sicile même, pour payer les soldats des troupes romaines luttant contre les Carthaginois. Ces monnaies appartiennent au "système du denier", appliqué à tout le monde romain en 213 ou en 211 avant Jésus-Christ pour faciliter les échanges, et basé sur le denier de 4,45 grammes d’argent valant 10 as. Or Agrigente a été aux mains des Romains jusqu’en 213 où la coalition gréco-carthaginoise a pris la ville, reconquise en 210 par les Romains. Une spécialiste, madame Caccano Caltabiano, pense que le trésor a été enterré en 213 par un soldat romain, qui ne pouvait l’emporter en combattant. Mais les autres chercheurs, pour qui le système du denier n’aurait été introduit qu’en 211, estiment que le trésor n’a pu être possédé avant cette date, et que par conséquent il a été enterré lorsque les soldats romains ont réinvesti Agrigente, en 210. Mais, mort à la guerre ou pas, le propriétaire du magot n’est jamais venu le rechercher. Et puis, même s’il revenait maintenant, il y a plus d’un an et un jour (il y a 23 ans) que d’autres ont fait main basse dessus, il ne lui appartient plus. Mes photos représentent une pièce de 60 as.

 

594f2 Agrigente, 482 et 22

 

À gauche, c’est une pièce grecque de quatre drachmes en argent frappée entre 430 et 425 avant Jésus-Christ qui porte une effigie de taureau à visage d’humain barbu sous lequel un oiseau à long cou, peut-être une oie, cherche des graines ou des asticots dans le sol. À droite, on a une pièce grecque de deux drachmes en argent frappée en 350 avant Jésus-Christ, qui représente une tête d’Athéna, et comme il se doit revêtue du casque attique.

 

594f3 Agrigente, 587 et 1052

 

Sur la pièce de gauche, quatre drachmes en argent de 485-479 avant Jésus-Christ, donc beaucoup plus ancienne que les précédentes, on voit un quadrige mené par un guerrier, et au-dessus de l’attelage vole une Nikè (une Victoire) ailée. La datation de la pièce de droite en argent, d’une valeur de quatre drachmes, est plus délicate, elle est située de façon bien peu précise entre 479 et 393 avant Jésus-Christ. Avec cette chouette à l’avers et une tête d’Athéna au revers c’est à coup sûr une pièce athénienne, où la représentation de la déesse est de style archaïque. Sur ma photo, on voit en haut à gauche de la pièce un rameau d’olivier avec deux feuilles et une olive, ainsi qu’un croissant de lune. Je trouve très beau le quadrige et très marrante la chouette qui tourne la tête pour nous regarder de ses gros yeux ronds.

 

594g1 Agrigente, necropoli Montagna di Marzo

 

594g2 Agrigente, necropoli Montagna di Marzo

 

Changeons complètement de sujet et d’époque. Ces deux photos représentent des casques de guerriers qui avaient été enterrés dans la nécropole de la Montagne de Mars. La Montagna di Marzo est un site archéologique situé au nord-ouest de la ville de Piazza Armerina, en Sicile intérieure, presque au milieu entre nord et sud de l’île, et environ à un tiers de l’est et deux tiers de l’ouest de l’île. Les nécropoles retrouvées là concernent une très longue durée, des temps préhistoriques au Moyen-Âge. Les deux casques ci-dessus proviennent de tombes qui peuvent être datées entre le sixième et le troisième siècle avant notre ère.

 

594h1 Agrigente, Attique influence Corinthe, 2nde moitié 6

 

Tous les musées archéologiques présentent des poteries grecques toutes plus belles les unes que les autres, et j’en montre à chaque fois. Peut-être, donc, devrais-je me dispenser d’en publier des photos ici, mais j’en ai quand même sélectionné quatre qui me semblent suffisamment originales pour mériter la publication. Ici, une lionne à gauche et un lion à droite attaquent un taureau. Ce cratère de la seconde moitié du sixième siècle avant notre ère est sorti d’un atelier attique, mais qui a subi une influence corinthienne.

 

594h2 Agrigente, 500 avt JC

 

C’est également un potier d’Attique qui a produit, vers 500 avant Jésus-Christ, ce vase dont malheureusement il ne reste que le pied, mais un pied suffisamment intéressant pour mériter d’être vu. Il s’agit du mulet de Dionysos représenté ithyphallique (il cache l’épaule d’un satyre qui, agenouillé entre ses jambes, tend un panier) et qui, en guise de cavalier, porte sur son dos un canthare (brisé) pour le vin. Normalement, dans le cortège dionysiaque, c’est Héphaïstos qui chevauche le mulet.

 

594h3 Agrigente, poursuite amoureuse, 430-420 avt JC 

 

Cette poterie produite entre 430 et 420 avant Jésus-Christ représente une scène de poursuite amoureuse. La dame fuit devant le jeune homme qui la poursuit, mais en même temps elle se retourne et tend la main vers lui. Cette interprétation de la psychologie féminine est très drôle et me rappelle la petite histoire suivante : Quelle différence y a-t-il entre un diplomate et une femme du monde ? Vous donnez votre langue au chat ? Eh bien si le diplomate dit oui, ça veut dire peut-être, s’il dit peut-être ça veut dire non, et s’il dit non… ce n’est pas un diplomate. Tandis que lorsque la femme du monde dit non, ça signifie peut-être, si elle dit peut-être c’est qu’elle pense oui, mais si elle dit oui, alors là ce n’est pas une femme du monde.

 

594h4 Agrigente, Andromède, environ 440 avt JC

 

Nous allons finir cette visite du musée archéologique d’Agrigente avec ce beau cratère attique à figure rouge des alentours de 440 avant Jésus-Christ qui représente Andromède. Andromède est la fille du roi et de la reine d’Éthiopie, Céphée et Cassiopée, laquelle Cassiopée s’étant vantée d’être plus belle à elle seule que toutes les Néréides réunies avait suscité la vengeance de Poséidon, sous forme d’un monstre qui ravageait le pays. Selon l’oracle d’Ammon, consulté par Céphée, Andromède devait être exposée comme victime expiatoire pour la faute de sa mère. C’est ainsi qu’Andromède fut abandonnée, attachée à un rocher. Persée, qui passait par là, tomba amoureux d’Andromède, tua le monstre, la libéra et l’épousa. Sur ce vase, Andromède a les mains liées derrière le dos, et l’on voit entre ses jambes le pieu auquel elle est attachée. À droite, appuyé sur son sceptre, c’est son père Céphée qui la sacrifie pour libérer son pays du monstre de Poséidon. À gauche, cet homme dont on distingue des traits négroïdes brandit une pioche, sans doute l’outil avec lequel il a creusé le sol pour y fixer le pieu. Ce n’est nullement pour en asséner un coup sur la tête d’Andromède, qui ne doit pas mourir ainsi, même si la représentation prend quelques libertés avec la légende, la plupart des auteurs la faisant attacher à un rocher plutôt qu’à un pieu. Andromède, dans ses vêtements orientaux, robe et couvre-chef, regarde son père avec rancune. C’est sans doute la représentation de la tragédie Andromède de Sophocle qui a inspiré la peinture de ce cratère.

 

595a maison de Pirandello à Villaseta près d'Agrigente

 

Nous avons beau être restés longtemps dans ce merveilleux musée, nous avions encore le temps, en ressortant, de visiter autre chose. Cette autre chose a été, à quelques kilomètres, "il Caos", le Chaos, à Villaseta, où le célèbre écrivain Luigi Pirandello a longtemps vécu et où il a souhaité que reposent ses cendres. Là se trouve sa maison familiale, qui est sa maison natale, transformée en musée. "Les Pirandello et le Chaos, entre mémoires et nostalgies". Deux années avant sa mort survenue en 1936, Pirandello a vendu cette maison et est allé vivre à Rome, mais en 1952 l’État Italien l’a rachetée et en a fait ce musée.

 

595b Luigi Pirandello

 

595c Luigi Pirandello

 

De Pirandello, j’ai lu trois ou quatre pièces de théâtre, un recueil de nouvelles que j’ai adoré mais je ne suis pas allé plus loin dans son œuvre romanesque, et comme la couverture de mes livres ne le représente pas c’est dans ce musée que j’ai découvert les traits de son visage. Il est représenté également sur de nombreuses photos, recevant le prix Nobel de littérature (en 1934), posant devant le temple de la Concorde à Agrigente, retrouvant ses professeurs d’université, etc. Je reconnais la signature du dessin ci-dessus, quoiqu’elle soit assez illisible, c’est celle du grand peintre Bruno Caruso. D’ailleurs, ce portrait est bien dans sa manière.

 

595d Luigi Pirandello enfant avec sa mère et ses sœurs

 

Les photos le représentent à tous les âges de sa vie. Ici, la légende dit : "Louis à cinq ans avec sa mère et ses sœurs Line et Annette".

 

595e maison de Pirandello à Villaseta près d'Agrigente

 

595f maison de Pirandello à Villaseta près d'Agrigente

 

Il y a dans cette maison peu de meubles et peu d’objets ayant appartenu à la famille Pirandello parce que, lorsque la maison a été vendue, il en a transféré une très petite partie dans son appartement de Rome où il habitait déjà depuis longtemps, le reste a été dispersé. Il en a été de même après sa mort de ce qu’il avait dans son appartement de Rome. Sa maison musée du Chaos est donc aujourd’hui très sommairement meublée et comporte surtout des cadres au mur et des vitrines d’exposition.

 

595g Henri IV de Pirandello au théâtre de l'Atelier à Pa

 

Les cadres au mur peuvent contenir des photos, mais il y a aussi une importante collection d’affiches annonçant la représentation de ses pièces dans divers théâtres du monde, traduites en langue locale bien entendu. Ici, c’est son Henri IV représenté au théâtre de l’Atelier à Paris. En l’absence de panonceau explicatif et de toute indication sur l’affiche, j’ignore la date de cette représentation. Le style de l’affiche montre que c’est ancien, de plus le numéro de téléphone commençant par trois lettres nous reporte au moins quarante ans en arrière.

 

595h projet pour Six Personnages en quête d'auteur, de Pir

 

Ce dessin signé Bruno Caruso dit seulement, manuscrit de la main de l’artiste en bas à gauche, "Pour Six personnages en quête d’auteur". En langue italienne, évidemment.

 

595i Luigi Pirandello e il Caos

 

Avant d’évoquer sa fin, évoquons la naissance de Pirandello à travers des vers dont il est l’auteur. "28 juin 1867. Une nuit de juin je suis tombé comme une luciole sous un pin solitaire dans une campagne d’oliviers sarrasins faisant face au rebord d’un plateau d’argiles bleues sur la Mer Africaine".

 

595j Tombe de Pirandello à Villaseta près d'Agrigente

 

En descendant un sentier depuis la maison on arrive à ce petit terre-plein où a été érigé ce monument. Dans un poème dictant ses dernières volontés, Pirandello souhaite mourir en silence, il adresse à ses amis et à ses ennemis la prière qu’il n’y ait ni annonce, ni participation. "Mort, ne m’habillez pas. Enveloppez-moi nu dans un linceul. Et pas une fleur sur mon lit et aucun cierge allumé. Char de la classe la plus basse, celui des pauvres. Nu. Et que personne ne m’accompagne, ni parents ni amis. Le char, le cheval, le cocher et c’est tout. Brûlez-moi. Et que mon corps, à peine consumé, soit dispersé parce que je voudrais que rien, pas même la cendre, ne reste de moi". Les mots sont forts. Ma traduction est trop faible, je cite en italien "Bruciatemi. E il mio corpo, appena arso, sia lasciato disperdere, perchè niente, neppure la cenere, vorrei avanzasse di me." Il a été incinéré selon sa volonté, mais il a été interdit de répandre ses cendres. Elles ont été recueillies dans une urne grecque antique du cinquième siècle avant Jésus-Christ qui avait appartenu à son père et dont, à la mort de celui-ci en 1924, il avait hérité. L’urne a été placée au cimetière du Verano, à Rome. Mais voyons la dernière partie du poème, après la demande de dispersion de ses cendres : "Mais si cela ne peut se faire, que mon urne cinéraire soit portée en Sicile et murée dans quelque pierre brute dans la campagne de Girgenti [Agrigente] où je suis né". Au bout de dix ans on a dressé ici, dans ce Chaos qu’il avait tant aimé, cette pierre brute dans laquelle a été creusée une cavité où ont été murées ses cendres. Le cratère attique qui les avait à l’origine recueillies est à présent exposé au musée archéologique d’Agrigente, et une copie s’en trouve dans une vitrine de sa maison.

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Published by Thierry Jamard
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