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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 09:00

912a1 Ancona, museo della Città

 

912a2 Ancona, museo della Città

 

La ville d’Ancône est accueillante. La Municipalité sait y faire. Si j’ai eu à me plaindre de l’absurdité de l’interdiction de photo au musée archéologique ou pour la magnifique Méduse, en revanche la ville offre l’entrée gratuite dans son excellent Museo della Città, Musée de la Ville, qui raconte l’histoire d’Ancône dans un très beau bâtiment.

 

912b1 maquette temple d'Aphrodite, Ancône, 4e s. avt JC

 

J’ai dit dans mon précédent article que sous la cathédrale San Ciriaco on avait découvert les traces d’un temple antique d’ordre dorique daté du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Juvénal, au premier siècle après Jésus-Christ, l’évoque dans sa quatrième satire: “Au temps où l’univers expirant se déchirait sous le dernier des Flaviens, quand le Néron chauve faisait de Rome son esclave, il arriva qu’un prodigieux turbot de l’Adriatique, en vue du temple de Vénus qui domine la dorienne Ancône, vint combler le filet d’un pêcheur”. Le temple était donc de son temps dédié à Vénus. Et lors de sa construction, quand Ancône était grecque, il s’agissait d’Aphrodite. Ce témoignage ne laisse aucun doute. Le musée propose une reconstitution de ce temple.

 

912b2 stèle finéraire, Ancona, 2e s. avt JC

 

Il y a aussi des éléments archéologiques, comme cette stèle funéraire du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Le texte gravé dit “Arbenta, fils de Sopatros, salut”. Il est rédigé en langue grecque, et en caractères de l’alphabet grec. Preuve qu’à cette époque l’hellénisme se maintenait à Ancône.

 

912b3 vase guépard d'une tombe antique d'Ancône

 

Ce vase en forme de guépard a été trouvé dans une tombe antique. Un grand panneau fort bien fait liste tous les objets trouvés dans cette tombe, un dessin représente le squelette et la disposition de ces objets, mais il manque la datation.

 

912b4 Copie d'urne funéraire en marbre, 1er s. après JC

 

En revanche il est bien dit que ce vase funéraire est du premier siècle après Jésus-Christ. Celui qui est présenté ici est une copie d’un original en marbre.


912c1 Ancona, Porta Calamo, vers 1850

 

912c2 Ancône, Porta Calama, vers 1850

 

Une série de gravures et de tableaux montrent la ville dans le passé. Ici, c’est la Porta Calamo, qui s’ouvre dans la muraille, vers 1850. La première image est prise du côté de l’intérieur de la ville, la seconde montre les murs de l’extérieur. Il s’agit de peintures à l’huile sur carton de Barnaba Mariotti.

 

912c3 Ancona, fontaine 1ère moitié 19e s., par Pietro Zar

 

912c4 Clément XII, 1ère moitié 18e s. par Agostino Corna

 

Sortons du musée. Cette grande fontaine est ornée d’une statue du pape Clément XII qui, comme je le disais dans mon article précédent, a permis à la ville de croître et de s’épanouir en déclarant Ancône port franc en 1732. Mais cette statue, œuvre d’Agostino Cornacchini (1686-1754), s’est gravement dégradée, non pas tellement du fait des intempéries que des dommages causés par la Seconde Guerre Mondiale. Mais ce pape a laissé dans la mémoire collective des Anconitains une image si positive –la place qui s’appelle officiellement Piazza del Plebiscito, les gens l’appellent habituellement Piazza del Papa– qu’il n’était pas question de laisser cette statue en mauvais état.

 

912c5 rénovation statue de clément XII sur fontaine

 

912c6 Clément XII (1730-1740)

 

Aussi a-t-on chargé le sculpteur Vittorio Morelli (1886-1968) de réparer les dégâts. Ce qui a été fait en 1947-1948. S’il a été choisi pour cette mission, c’est parce que déjà en 1914 il avait réparé le visage et la main droite bénissant. La première photo ci-dessus montre la comparaison avant et après 1914. Avant d’effectuer la sculpture définitive en marbre des parties à recomposer, l’artiste en avait réalisé un modèle en plâtre. C’est ce plâtre qui est exposé au musée et qui fait l’objet de la deuxième photo.

 

912d1 Louis Dufort, Vue de la ville d'Ancône

 

Cette lithographie des alentours de 1830, intitulée Perspective de la ville d’Ancône, est de Luigi De Dufort (1802-1850). Quoique, dans le cadre de ce blog, ma photo soit très petite et de qualité très réduite, on distingue sur le pourtour plusieurs des monuments dont j’ai parlé dans les articles précédents.

 

912d2 Francesco Cesare Ferretti, 1597

 

Cette toile représente Francesco Cesare Ferretti, capitaine de cent lances. Mais la notice du musée fait précéder ce nom de l’indication que c’est l’œuvre d’un peintre inconnu du dix-septième siècle, et le fait suivre de l’indication que le tableau, de 267x155, est de 1597. Le peintre est donc plutôt du seizième siècle, et surtout du fait qu’il est inconnu, car s’il peut l’avoir peint très jeune et avoir été actif essentiellement au dix-septième siècle, il a aussi pu le peindre peu avant sa mort et ne pas avoir vu le dix-septième siècle…

 

912e1 Vincenzo Podesti, siège d'Ancône de 1173

 

Nous abordons ici l’histoire de la ville. Ceci est un tableau de Vincenzo Podesti (1812-1897) représentant le siège d’Ancône de 1173. Quand le peintre réalise ce tableau, l’Italie fait son unité, et pour cet artiste anconitain il est intéressant de glorifier les hauts faits de sa cité pour conserver son indépendance, et cet épisode est glorieux. La ville fonctionnait comme une république, mais le pape Alexandre III d’une part, l’empereur du Saint Empire Germanique Frédéric Barberousse d’autre part, voudraient bien, chacun pour leur compte, faire main basse sur l’Italie pour l’adjoindre à leurs possessions. Ancône, pour sa part, aussi puissante à cette époque que Venise et en rivalité avec la Sérénissime pour la domination de l’Adriatique, avait conclu une alliance avec l’Empire Byzantin de Manuel Comnène. Quand il s’est agi de prendre Ancône, Frédéric Barberousse s’est allié avec Venise, la vieille rivale de la ville, et pour lui faire face Alexandre III a cru bon de s’allier avec Manuel Comnène, ce qui mettait la ville hors de danger de ce côté-là. C’est l’archevêque Christian de Mayence, chancelier de Frédéric Barberousse, qui a été chargé de marcher sur Ancône, ravageant tout, campagnes, villes, villages sur son passage à travers le nord de l’Italie.

 

C’est probablement en mars 1173 que le siège commence, quoique Boncompagno da Signa (vers 1168-vers 1240), qui a décrit les événements en détail après une enquête minutieuse auprès de personnes qui ont vécu les faits, dise que c’est en mai. De toutes façons, deux éléments jouaient en défaveur d’Ancône. D’une part, cette cité de marins était en grande partie dégarnie de ses hommes partis en mer, qui vers le comptoir de Constantinople, qui vers celui d’Alexandrie, qui ailleurs encore, et d’autre part en cette fin d’hiver les vivres accumulés lors de la saison précédente étaient presque épuisés. D’ordinaire, Ancône, comme toutes les cités portuaires assez dépourvues de terres cultivées, allait au printemps acheter les surplus des pays agricoles. Après avoir sans mal défait l’armée anconitaine envoyée contre lui pour tenter de l’arrêter, Christian de Mayence met le siège sur terre contre Ancône, tandis que Venise se charge de bloquer tout accès par mer. La flotte de Venise est infiniment plus puissante que celle d’Ancône, et du côté de la terre les hommes du Saint Empire Germanique sont très nombreux et peuvent se relayer pour attaquer jour et nuit, tandis que les assiégés, beaucoup moins nombreux, ne peuvent se reposer pour repousser les attaques continuelles.

 

Voyant les assiégés affaiblis par la famine, Christian de Mayence décide de donner l’assaut, ses catapultes tirent sans cesse, la flotte vénitienne s’approche jusqu’à presque aborder les premières maisons du port. Côté terre, les Anconitains oublient la disette et se battent comme des lions, côté mer, ce sont ceux qui ont leur maison près du port qui s’opposent aux Vénitiens. Ils parviennent à leur prendre plusieurs vaisseaux et à maintenir les autres à bonne distance, pendant qu’une femme du nom de Stamira, qui se bat armée d’une hache qu’elle tient à deux mains, se saisit d’un récipient plein de résine, l’enflamme et court le jeter dans le camp de l’ennemi. C’en est fait des catapultes, qui partent en fumée. Les pertes sont importantes des deux côtés, mais pour les assiégeants c’est un coup dur au moral, tandis que c’est un réconfort psychologique pour les assiégés qui, en outre, parviennent à traîner dans la ville les corps des chevaux germaniques morts, précieuse nourriture. Le chancelier décide de ne plus attaquer et d’attendre que la faim et l’absence de moyens contraigne les assiégés à se rendre.

 

Boncompagno raconte qu’un prêtre du nom de Giovanni, un jour où le vent soufflait en tempête, se dévêt, se jette à l’eau avec une hache, et nage pour aller couper la corde d’ancre d’un grand navire vénitien. Ce que voyant, les marins vénitiens tirent des flèches sur lui, lui jettent des pierres, mais lui, plongeant sous l’eau et réapparaissant plus loin, les évite, achève son travail et revient sain et sauf. Encouragés par ce geste, les Anconitains se lancent à l’attaque de la flotte vénitienne, et outre le navire privé d’amarres, sept autres vaisseaux, poussés par le vent furieux et par les vagues puissantes, vont se fracasser ou s’échouer plus loin.

 

En cette seconde moitié du douzième siècle, les débats de succession sur le trône du Saint Empire Germanique opposent les partisans du candidat du pape –quand, au treizième siècle, la querelle politique aura dégénéré sur les plans religieux et culturel, on les appellera guelfes– et les partisans de la famille germanique des Hohenstaufen –qui deviendront les gibelins–. Gulielmo degli Adelardi est gouverneur de Ferrare et chef de la faction papiste, et pour cette raison il est favorable à Ancône. Aldrude est comtesse de Bertinoro (ville d’Émilie-Romagne au sud de Ravenne, non loin au sud-est de Forli). L’un et l’autre envoient alors des troupes au secours d’Ancône, qui sera finalement libérée.

 

Repassant dans ma tête tous ces épisodes en regardant ce tableau, je me demande lequel le peintre a voulu représenter ici. Peut-être cette femme est-elle Stamira, celle qui a mis le feu aux engins balistiques des impériaux.

 

912e2 en 1797, Proclamation République d'Ancône

 

Nous faisons un grand saut dans le temps, et nous voici au temps de la Révolution Française. Les révolutionnaires veulent porter partout en Europe les idées républicaines, et c’est ainsi que Bonaparte se retrouve à se battre en Italie. Le 19 novembre 1797, la République Anconitaine est proclamée, et le fait est annoncé par cette affiche typographique. Sous le titre “République d’Ancône. Liberté, égalité” je lis “Citoyens, vous êtes libres. Vous êtes républicains démocrates. Tel a été votre souhait. Nous l’avons adopté et désormais, à côté de celui de la République Française, flotte aussi votre drapeau”. Dans mon précédent article, à propos du miracle de la Vierge de la cathédrale, je disais la terreur des Anconitains, en 1796, à l’annonce de l’arrivée des Français. Ici il est dit que leur souhait républicain a été exaucé… “L’invaincue Nation Française vous accorde sa protection. Le général de division Dallemagne vous la promet […]”. L’affiche est signée “Pietro Reppi, président. Camillo Albertini, chancelier”.

 

912f1 Fuite du Général de Lamoricière

 

En 1860, tout le sud de l’Italie depuis la Sicile a été pris par Garibaldi, et tout le nord est aux mains du Royaume de Sardaigne. Pour joindre ces deux parties, il faut prendre l’Ombrie et les Marches, restes des États de l’Église. Quoique l’armée française ait largement contribué à la Campagne d’Italie de 1859 (notamment à la bataille de Solferino, ce qui vaudra à Napoléon III de pouvoir annexer Nice et la Savoie en remerciement de son aide au roi Victor-Emmanuel II en 1860), ce sont deux généraux français qui commandent les troupes pontificales, Lamoricière et Pimodan. Il s’agit pour eux d’empêcher les troupes nationalistes piémontaises d’accéder à Ancône, qui est la clé de la région et où une importante garnison a été mise à disposition du pape par les Autrichiens, mais ils ne disposent que de dix mille hommes contre trente-neuf mille aux Piémontais. Le général de Pimodan, avec quelques unités, doit faire diversion tandis que le général de Lamoricière tente de gagner Ancône pour s’y réfugier en attendant des renforts. C’est à seulement vingt-cinq kilomètres au sud d’Ancône, à Castelfidardo, qu’a lieu l’accrochage. Pimodan est mortellement blessé, mais continue courageusement à se battre. Apprenant cela, Lamoricière qui a déjà atteint la côte fait demi-tour pour lui venir en aide, mais son armée est alors confrontée au gros des troupes piémontaises et c’est la déroute. En désordre, l’armée pontificale fuit pour se réfugier dans Ancône. La gravure ci-dessus représente la fuite du général de Lamoricière vers Ancône.

 

912f2 Combat de la flotte contre les trois forts d'Ancône

 

912f3 Incendie de la lanterne d'Ancône

 

912f4 Siège d'Ancône, explosion de la poudrière

 

Ci-dessus, trois lithographies du peintre parisien Jean-Victor Adam (1801-1886). Elles représentent des épisodes du siège d’Ancône qui a suivi la fuite de Lamoricière. Je disais tout à l’heure qu’il y avait à Ancône une garnison autrichienne. C’est que, après la première République d’Ancône en 1797, le pape a fait appel à l’Autriche pour rentrer en possession de ses terres perdues. Les Autrichiens sont arrivés, ont reconquis Ancône. Cette garnison au bénéfice des États de l’Église occupe Ancône depuis 1849. Les soldats rescapés avec Lamoricière se joignent donc aux soldats autrichiens ainsi qu’aux volontaires étrangers engagés pour le pouvoir pontifical, Français, Belges, Irlandais, Slovaques, Polonais. Les forces italiennes d’unification du pays les assiègent, le général Manfredo Fanti et le général Enrico Cialdini sur terre et l’amiral Persano sur mer. L’attaque des assiégeants a lieu le 28 septembre 1860, la bataille est rude, mais c’est grâce à la manœuvre navale hardie qu’il a été possible de faire exploser la poudrière et la batterie de la Lanterne qui défendait le port. La première photo montre la bataille navale, les deux autres l’explosion et l’incendie de la batterie de la Lanterne, de la mer puis du côté terre. Le lendemain 29 septembre, les représentants du pape sont contraints de signer leur reddition et le 3 octobre le roi Victor Emmanuel II débarque à Ancône. L’unité italienne est réalisée. Resteront, des états du pape, une région très réduite autour de Rome elle-même. Cela, ce sera pour dix ans plus tard. La foule accueille le roi dans une folle liesse. C’est le 17 mars 1861 qu’est proclamée la naissance du Royaume d’Italie.

 

Cela n’est qu’un petit aperçu de ce que présente ce passionnant musée d’une Municipalité accueillante.

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Published by Thierry Jamard
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