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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 09:00

 

903a1 L'Arachthos entre Ioannina et Arta 

 

903a2 L'Arachthos entre Ioannina et Arta

 

Renseignements pris, nous avons deux jours avant le prochain ferry qui nous emmènera d’Igoumenitsa à Ancône en Italie. Nous sommes à Ioannina, nous aimons bien cette ville, mais nous sommes à environ soixante-quinze kilomètres d’Arta, en direction du sud, cette ville remplie d’églises byzantines dont il y a deux ans nous n’avons vu que le célèbre pont, juste quelques minutes, et de nuit (mon article Nikopolis et Arta, 13 janvier 2011, où je résume l’histoire de la ville). Alors que rien ne nous pressait de continuer notre route, énervés de ne pas trouver de stationnement, en colère, nous avons subitement décidé de partir. Dès le lendemain, nous regrettions cette décision. Ce délai d’attente du ferry est une excellente occasion de remédier à nos regrets. En route, nous nous arrêtons quelques minutes pour contempler ce fleuve Arachthos que longe la route et qu’enjambe le pont d’Arta.

 

903b1 le pont d'Arta sur l'Arachthos

 

903b2 le pont d'Arta sur l'Arachthos

 

903b3 le pont d'Arta sur l'Arachthos

 

Je ne dirai pas ici de nouveau l’histoire du pont d’Arta sur l’Arachthos, ni celle de la malheureuse femme de l’ingénieur qui dirigeait les travaux de construction. Contentons-nous de voir ce beau pont dont la base des piles remonte à l’époque hellénistique.

 

    903b4 Sur le célèbre pont d'Arta

 

    903b5 Sur le célèbre pont d'Arta 

 

Le pont étant ouvert à la circulation piétonne, on peut admirer son beau pavage. Et s’il est apprécié des touristes, il est également fréquenté par qui préfère traverser la rivière sur son sol inégal plutôt que sur l’étroit trottoir du pont moderne, où la circulation incessante de voitures et de camions empuantit l’atmosphère et casse les oreilles malgré le coup d’œil sur le pont ancien. Mais quand on est sur le beau pont ancien… on ne le voit pas! On ne voit que l’autre!

 

    903c1 Le musée folklorique d'Arta 

 

Juste au débouché du pont, ce gros bâtiment rouge, qui ne manque pas de charme, abrite un “Folklore museum”, dit la traduction anglaise. L’adjectif grec étant en rapport avec le peuple, je préfère dire que c’est ce que nous appelons en français un “musée d’arts et traditions populaires”. Mais comme nous ne l’avons pas visité, je ne peux dire ce qu’il contient.

 

    903c2 affiche des antifascistes d'Arta pour l'aide humanita 

 

Puisque je parle de culture dans cette acception du terme, j’en profite pour montrer cette affiche. La Grèce, comme tous les pays européens, connaît une montée de l’extrême droite, raciste et fasciste représentée au Parlement et comptant des activistes qui mènent parfois des actions violentes contre des immigrés (certains députés sont même impliqués dans des crimes racistes). Cela dit, c’est une minorité, et moi qui vis ici depuis plus de trois ans je peux affirmer que la Grèce est un pays sûr, ou en tous cas plus sûr que bien d’autres, et les ligues antifascistes et antiracistes sont nombreuses et écoutées. Ici, le Comité Antifasciste d’Arta appelle à la solidarité pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion. Le samedi 13 avril à 11h du matin “Nous apportons ce dont nous n’avons pas l’usage… Nous prenons ce dont nous avons besoin”. Ce jour-là, nous serons déjà en Italie.

 

    903d1 à Arta, Pyrrhus, roi d'Epire

 

Le célèbre roi d’Épire Pyrrhus dont j’ai parlé au sujet de Ioannina dans mon avant-dernier article est célébré ici aussi avec cette majestueuse statue équestre. Comme je le disais en 2011, cette ville antique d’Ambracie (en grec, elle s’appelle Ambrakia) a été fondée en 625 avant Jésus-Christ. Ses colons Corinthiens ont connu, sur la période de 436 ans qui a précédé sa conquête et son pillage systématique par les Romains en 189, la tyrannie, la démocratie et la monarchie sous Pyrrhus.

 

    903d2 Arta, temple d'Apollon archaïque tardif 

 

    903d3 Arta, temple d'Apollon archaïque tardif

 

Pyrrhus nous ramène à l’Antiquité. Il n’y a pas à Arta de grand site archéologique à visiter, mais la ville recèle cependant bien des marques du passé, comme ce temple archaïque d’Apollon Pythien Sauveur, le patron de la ville introduit dès sa fondation par ses colons Corinthiens, dieu protecteur des voyageurs et des colons. Aujourd’hui, ce temple récemment mis au jour (en 1965) est tout entouré d’immeubles. De ses 44 mètres de long sur 20,75 de large, il ne reste que ses fondations, un unique chapiteau dorique et quelques fragments de tuiles, ce qui signifie que les premiers siècles de la chrétienté se sont généreusement fournis dans cette belle carrière de pierre et ce riche magasin de colonnes que constituait ce symbole du culte païen. Ne quittons pas ce quartier, qui est au nord-ouest de la ville antique, là où se trouvait le cœur administratif et religieux, avec les bâtiments publics et les temples.

 

    903d4 Arta, l'antique théâtre d'Ambracie 

 

    903d5 Arta, l'antique théâtre d'Ambrakia


     903d6 Arta, l'antique théâtre d'Ambracie

 

À faible distance du temple d’Apollon, une palissade de travaux dissimule des fouilles en cours. L’accès est interdit, mais on parvient quand même à glisser l’objectif par le défaut de la cuirasse pour prendre quelques photos, certes pas bien belles, mais qui permettent cependant de discerner les gradins d’un théâtre antique. Ambracie possédait deux théâtres tous deux construits à la fin du quatrième siècle avant J »sus-Christ ou au début du troisième, un grand et celui-ci, qui est le plus petit théâtre connu du monde grec. C’est en 1976 qu’il a été découvert. Sous lui, on a pu mettre au jour les constructions qui l’ont précédé au quatrième siècle, à savoir des maisons avec des salles de bains, et des sols de mosaïques représentant des Amours ailés, des cygnes, des dauphins. Tout près, on a trouvé des traces d’une route antique pavée. Les fouilles continuent pour intégrer le temple d’Apollon et le petit théâtre dans leur environnement. Le reste de la ville suivait un plan hippodaméen rigoureux, les immeubles d’habitation occupant des rectangles entre des rues se coupant à angle droit.

 

    903d7 Arta, fortifications de l'antique Ambrakia 

 

    903d8a Arta, fortifications byzantines 

 

    903d8b Arta, fortifications byzantines 

 

    903d9 Arta, fortifications byzantines 

 

Des tronçons des remparts et des fortifications de la ville antique ont été conservés (première des photos ci-dessus). Au-delà, se trouvaient les cimetières, puisque l’on n’enterrait jamais dans les villes. Aujourd’hui, l’essentiel des murs que nous voyons est ce qu’en ont fait les Byzantins. Si j’ai parlé du pillage systématique de la ville en 189 avant Jésus-Christ, cela ne signifie pas qu’elle n’a pas survécu à cette arrivée des Romains, mais en 31 avant Jésus-Christ c’est la victoire d’Octave (le futur empereur Auguste) à Actium qui va causer sa perte. En effet, il convenait de marquer fortement la victoire qui lui ouvrait les portes de Rome, et Octave a fondé à proximité d’Actium une ville nouvelle, la “Ville de la Victoire”, en grec Nikopolis (mon article déjà cité Nikopolis et Arta du 13 janvier 2011). Mais une ville construite à partir de zéro, il convient de la peupler. Quand ce sont des colons qui la fondent, ils l’habitent, mais quand c’est un prince qui décide seul d’une fondation loin de sa capitale, la ville est vide. Il a donc fait procéder à un grand transfert de population prise dans les environs. Or les environs, c’était Ambracie, qui a été intégralement vidée de ses habitants. Inoccupées, les maisons sont tombées en ruine, la poussière des siècles a tout recouvert, et l’on a oublié la ville, et jusqu’à son nom. Au Moyen-Âge, on n’en voyait plus que ce qui, des fortifications, avait résisté. Maisons, temples, théâtres, autres édifices publics ou privés, tout était devenu invisible. À l’époque byzantine, on a utilisé cet espace vide apparemment pour venir s’installer, car le site était favorable. On a exhaussé les remparts, on a construit à l’intérieur des murailles.

 

    903d10 Arta et Ambrakia selon Leake 

 

C’est au début du dix-neuvième siècle que l’Anglais William Leake (1777-1860) est le premier à s’intéresser à l’identification de la ville antique. J’ai trouvé sur Internet son livre Travels in Northern Greece publié en 1835 où il dit avoir visité (je traduis le passage de l’anglais) “plusieurs restes de l’antiquité hellénique. Quoiqu’ils ne soient pas considérables, ils suffisent à montrer qu’Arta était le site d’une très grande cité grecque. […] On peut voir en tout endroit de la ville moderne des blocs taillés en angle droit ayant appartenu autrefois aux murs ou aux bâtiments publics de la cité, où ils sont souvent utilisés comme bancs, marches, ou pierres de seuil aux portes des maisons. Les traces de puissance et d'opulence évidentes dans ces restes ne semblent guère laisser de doutes sur le fait qu’Arta se trouve sur le site d'Ambracie, bien que n’adhèrent à cette opinion ni l'évêque Ignace, ni son médecin, le Dr M., de Katuna, un homme instruit et bien informé. Mais la présomption fondée sur les vestiges existants, sur la plaine fertile et vaste et sur la situation solide et centrale d'Arta, qui en ont fait le chef-lieu des régions environnantes de Grèce occidentale, qui ont fait donner son nom au golfe, comme Ambrakia autrefois, est pleinement confirmée par d'autres coïncidences provenant des auteurs anciens. D'une comparaison de leurs témoignages, nous apprenons qu’Ambracie était située à quatre-vingts stades de la mer, au milieu de la côte nord du golfe, sur la rive orientale de l’Arsethus, autrement appelé Arachthus ou Arethon, qui prend sa source en Athamanie, et dans les mêmes montagnes qui donnent sa source au Pénée. Il n'y a pas d'autre rivière, ni aucune autre position près du Golfe Ambracique, qui correspondra à ces conditions”. D’où le plan de ville ci-dessus, tiré de cet ouvrage de William Leake. Il faudra attendre 1897 pour que les archéologues s’intéressent enfin à Ambracie, et les fouilles systématiques ne commenceront qu’en 1916.

 

    903e Runes d'une vieille église à Arta 

 

Je disais que la ville était remplie d’églises byzantines. En fait, les églises de toutes époques fleurissent à chaque coin de rue. Il y a même des ruines comme celles de ma photo. Mais il y a aussi des merveilles qui feront l’objet d’articles à part, l’église de la Panagia Parigoritissa, l’église d’Agia Theodora, le monastère de la Vlacherna.

 

    903f1a église St-Marc l'Évangéliste, Arta

 

    903f1b église St-Marc l'Évangéliste, Arta

 

Aujourd’hui, je vais me contenter de montrer quelques autres églises vues en passant, d’extérieur, que nous n’avons pas pu visiter. Celle-ci, c’est l’église Saint-Marc l’Évangéliste.

 

    903f2a Arta, église de la Métamorphose du Sauveur

 

    903f2b Arta, église de la Métamorphose du Sauveur 

 

Ici, c’est la chapelle de la Transfiguration (le grec dit Métamorphose du Sauveur), qui fait partie d’un monastère de Saint-Georges et Sainte-Théodora. Cette chapelle a été construite fin seizième ou début dix-septième siècle sur les restes d’une chapelle antérieure, du treizième siècle. Le mur occidental ainsi que de petites parties des murs nord et sud datent du bâtiment d’origine. Le mur occidental… Revenu devant mon ordinateur au moment où je traduis le texte grec que j’ai photographié sans le lire, je ne dispose plus du soleil pour m’orienter. Or vue de l’extérieur l’architecture ne révèle pas où se trouve l’autel, donc en principe l’est. Toutefois on peut supposer que la porte surmontée d’une fresque est à l’opposé, donc à l’ouest. Les fresques, à l’intérieur, d’un artiste crétois anonyme, sont de 1623. Il y a aussi un retable, admirable paraît-il, de bois sculpté et doré décoré d’icônes du dix-septième siècle. Dommage que nous n’ayons pas pu entrer voir tout cela. À l’extérieur, la fresque qui représente le Christ Sauveur au-dessus de la porte est du dix-septième siècle. Une petite chapelle qui ne paie pas de mine et qui renferme des merveilles.

 

    903f3a Arta, église Agios Basileios 

 

    903f3b Arta, église Agios Basileios 

 

Une autre église, grande celle-là, que nous n’avons pas pu visiter, c’est Agios Vasileios. Et ici, aucun panneau explicatif ne donne d’indications. Sûr, rien qu’en grec devant la chapelle de la Transfiguration, cela reste mystérieux pour bien des touristes qui passent trop peu de temps dans ce pays pour en apprendre la langue, mais c’est au moins quelque chose. Tandis qu’ici…

 

    903f3c Arta, église Agios Basileios 

 

    903f3d Arta, église Agios Basileios 

 

Cela ne nous a pas empêchés de longuement tourner autour, car si les formes de l’architecture ne sont pas exceptionnelles, les surfaces ont été traitées de façon très esthétique en jouant sur les matériaux et les couleurs, comme sur ce flanc de l’église.

 

    903f3e Arta, église Agios Basileios 

 

    903f3f Arta, église Agios Basileios 

 

De même du côté de l’abside dont, en commençant, j’ai montré une photo de la fenêtre haute flanquée de deux plaques en bas-relief. Mais le traitement du mur de brique vaut le coup d’œil. À défaut de sculptures ou de fresques, le jeu de disposition des briques est très décoratif.

 

    903f4 Eglise St Georges de Batsi

 

Pour terminer, nous revenons à une toute petite chapelle toute simple d’extérieur, Saint-Georges de Batsi. Mais qui sait ce qu’elle peut recéler? Elle est fermée et aucun panneau ne parle d’elle. Alors poursuivons notre route, mes prochains articles montreront des intérieurs (N.B.: En prononçant ce nom, Batsi, il convient de bien mettre l'acent tonique sur la finale, parce que, accentué sur le A, le mot désigne “les flics” de façon fort déplaisante pour les policiers...)

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

miriam 29/07/2014 19:00

Encore une fois vous nous transportez dans une Grèce méconnue (de moi et je vous en remercie)

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