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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 09:00

904a1 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904a2 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904a3 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904a4 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

L’église de la Panagia Parigoritissa, la Vierge de Consolation, est une merveilleuse grande église. Déjà de l’extérieur, ce gros parallélépipède coiffé de multiples dômes emmanchés de longs cous, comme aurait dit La Fontaine, est surprenant, sans doute un peu lourd mais ses nombreuses fenêtres l’allègent et, finalement, il ne manque pas d’élégance. Concernant les dates, ce qui est sûr c’est que l’église a été achevée vers 1296 par Nicéphore premier Doukas et sa femme Anne Cantacuzène, une nièce de l’empereur byzantin Michel VIII Paléologue, car c’est attesté par une inscription sur la façade. En revanche, la construction a-t-elle été commencée par le même despote, ou dans les années 1260 par son père et prédécesseur Michel II Doukas, despote d’Épire de 1231 à 1268, et sa femme sainte Théodora, là est la question qui n’est pas tranchée.

 

904a5 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

L’ensemble du bâtiment est en pierre, mais certaines parties accessoires sont en brique afin de jouer sur leur disposition et ainsi créer des effets décoratifs, comme c’était fréquent dans les églises byzantines. Ce qui fait dire aux spécialistes que la construction s’est faite en deux étapes, la première dans les années 60 par Michel II et la seconde dans les années 90 par Nicéphore I, c’est une différence technique très visible sur ma première photo de l’église, entre le premier étage en appareil irrégulier et avec peu d’ouvertures, et les deux étages supérieurs en pierre de taille, ornés de brique, et percés de nombreuses fenêtres. La légende donne une autre explication à cette différence de style. En effet, la construction ne se serait pas répartie en deux époques, mais l’architecte en chef ayant achevé le premier niveau aurait accepté un autre contrat en parallèle et aurait laissé son assistant poursuivre seul la construction. Le jeune assistant, un homme de grand talent, trouvant quelconque l’esthétique voulue par son maître, aurait redessiné les plans et aurait monté les deux étages supérieurs. L’architecte en chef ayant achevé l’autre église dont il avait été chargé serait revenu voir si son assistant avait correctement poursuivi la construction, et pour reprendre les rênes. Mais quand il a vu qu’il avait été largement surpassé en talent par un jeune, il aurait voulu se venger et, sous prétexte de montrer à son assistant un prétendu défaut sur la toiture, l’aurait fait grimper avec lui et l’aurait précipité dans le vide. L’assistant, tentant de se raccrocher à quelque chose, aurait attrapé son maître, qui aurait perdu l’équilibre, et tous deux se seraient fracassés sur le sol, se transformant instantanément en pierres rouges. La mère du jeune homme, apprenant la mort de son fils, était si affligée que la Vierge, la prenant en pitié, serait venue en personne la consoler. D’où cette consécration à la Vierge de Consolation, à la Panagia Parigoritissa.

 

904b1 Arta, complexe de la Panagia Parigoritissa

 

904b2 Arta, complexe de la Panagia Parigoritissa

 

Mais l’église a connu des difficultés financières qui ne lui ont pas permis de se maintenir, comme quoi la crise économique en Grèce a des racines très lointaines. Elle a alors été rattachée au monastère de Kato Panagia (la Vierge d’En-bas) en tant que catholicon, car à l’époque ce n’étaient pas encore les Chinois qui rachetaient les entreprises en difficulté. C’est en 1578, dans un sigillium (c’est-à-dire un décret) du patriarche Jérémie II, que l’on trouve la première mention d’un monastère de femmes en cet endroit. Ce que nous voyons ici, ce sont les bâtiments conventuels dont ont été conservés à ce jour un réfectoire et seize cellules.

 

904c1 Arta, narthex de la Panagia Parigoritissa

 

Dès le narthex, on peut apprécier l’architecture intérieure, et les fresques qui couvrent les murs, bien que l’endroit serve malheureusement de remise, avec ce haut-parleur, ces chaises empilées, et d’autres objets qui sont dans mon dos au moment de la photo. Je vais, entre autres, revenir sur les personnages que l’on voit tout à gauche, Hélène et Constantin, mais je préfère traiter à part l’architecture d’abord, les fresques ensuite, quel que soit leur emplacement dans l’église.

 

904c2 Arta, iconostase de la Panagia Parigoritissa

 

De même pour cette Vierge –cette Panagia– que je vais montrer en plus gros plan. Pour l’instant, je m’intéresse à cette iconostase assez simple, portant seulement quelques grandes icônes. Elle est intégrée dans l’ensemble de la construction, et non dressée après coup devant l’autel.

 

904c3 Arta, sol de la Panagia Parigoritissa

 

Un coup d’œil à ce vieux sol fait de dalles irrégulières polies par les millions de pas qui les ont foulées depuis tant de siècles.

 

904d1 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904d2 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904d3 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

Nous sommes dans une zone hautement sismique, et l’église a subi des dommages lors de divers tremblements de terre, et elle n’a guère été entretenue jusqu’à la dernière décennie du vingtième siècle. Il a fallu la consolider. Déjà, de l’extérieur, nous avons vu ces armatures de fer qui depuis 1991 maintiennent la façade est, celle qui est marquée par trois absides. Il en va de même à l’intérieur. Néanmoins, on ne peut qu’admirer la légèreté du coup d’œil vers le haut, cette élévation accompagnée de fines colonnettes dans chacun des quatre dômes d’angle comme dans le dôme central. Ces colonnes sont récupérées de monuments antiques, prélevées dans la ville voisine de Nicopolis. On remarque aussi que, curieusement, les colonnes verticales sont surmontées de colonnes horizontales ancrées dans le mur, qui servent de support à d’autres colonnes placées verticalement au-dessus. Trop courtes, il convenait de les superposer, mais de faible section leur simple superposition aurait été trop fragile, d’où ce subterfuge. Cette ligne de fuite des colonnes qui tire l’œil vers le sommet de l’édifice n’a rien de l’architecture grecque, et malgré une disposition générale qui n’a rien des églises catholiques occidentales, on sent que l’inspiration a reçu quelque chose qui, d’une certaine manière, rappelle le gothique. N’oublions pas qu’en 1204 les Francs (c’est-à-dire des Français et des Vénitiens), détournant la quatrième croisade, ont attaqué, pris et pillé Constantinople et que l’Empire Byzantin s’est replié sur Nicée en Asie Mineure. Les Byzantins sont parvenus à reprendre Constantinople en 1261, mais pour désagréables et destructeurs qu’aient été les contacts avec les Francs, ils ont été bien réels, et les Francs ont durablement résidé sur le domaine grec. Par ailleurs, les familles régnantes byzantines se sont liées par mariage à des princesses françaises, allemandes, italiennes, et le futur despote Nicéphore I (né vers 1240) constructeur de cette église, en 1259 a voyagé en Italie. À vrai dire, ce n’était pas pour s’informer sur l’art et l’architecture du pays mais bien plutôt pour chercher une aide militaire auprès du roi Manfred de Sicile.

 

904e1 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904e2 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904e3 Arta, Panagia Parigoritissa, Pantocrator

 

904e4 Arta, Panagia Parigoritissa, Pantocrator

 

Justement, le voilà, le dôme central. D’abord un regard sur le jeu des colonnettes et aussi sur la double ouverture en plein cintre que nous avons vue de face à la fin de ma série de photos précédente, puis une image centrée sur le dôme, et une troisième image centrée sur le Christ Pantocrator. Vu d’en bas, il se trouve bien loin du regard, à près de vingt-quatre mètres du sol, et on peut penser que c’est une fresque. Mais sur la photo prise avec le téléobjectif pointé sur le regard du Christ, on se rend compte qu’il s’agit d’une mosaïque faite de pierres extrêmement fines, si petites qu’elles ont permis à l’artiste de dessiner comme avec un pinceau. Hélas, cette mosaïque est assez endommagée. On est d’autant plus étonné de trouver ici une mosaïque que, depuis la fin du douzième siècle, seules Constantinople et Thessalonique, les deux plus grandes villes de l’Empire, ont les moyens de s’offrir ce type de décoration extrêmement coûteux. Il y a donc clairement, de la part des despotes d’Épire, l’intention de rivaliser avec ces grandes villes et d’élever leur statut. Et puis cette église devait donner à Arta un statut de capitale, et beaucoup pensent que c’est elle qui a été le théâtre des cérémonies de couronnement des despotes.

 

904f1 Arta, iconostase de la Parigoritissa, Vierge

 

J’ai annoncé tout à l’heure un gros plan sur l’icône de la Vierge de l’iconostase, le voilà. C’est une Odigitria (ou Odegetria, la lettre grecque êta, un E long ouvert, ayant évolué au moyen-âge vers le son I, désormais appelée ita, d’où la transcription variant entre l’orthographe grecque ancienne et l’orthographe phonétique moderne) c’est-à-dire que, montrant Jésus de la main, elle montre “la route”.

 

904f2a Arta, Panagia Parigoritissa, St Pierre

 

904f2b Arta, Panagia Parigoritissa, St Pierre

 

904f3 Arta, Panagia Parigoritissa, Saint Luc

 

Les fresques, elles, sont du seizième siècle et de la main d’un peintre du nom d’Ananias, sauf quelques-unes un peu plus récentes, du dix-septième siècle, facilement reconnaissables. Ici nous voyons saint Pierre et saint Luc.

 

904f4 Arta, Panagia Parigoritissa, St Jean Baptiste

 

Avec ses cheveux en bataille et ses ailes, on reconnaît, bien sûr, saint Jean-Baptiste, le Prodromos comme il est appelé dans l’Église orthodoxe, c’est-à-dire Celui qui vient avant.

 

904g1 Arta, Parigoritissa, Hélène et Constantin


904g2 Arta, Parigoritissa, Hélène et Constantin

 

J’ai trouvé deux représentations d’Hélène et Constantin, tous deux saints dans l’Église orthodoxe. La première, comme je le disais tout à l’heure, dans le narthex, l’autre dans le sanctuaire, c’est-à-dire la partie située derrière l’iconostase. Cette première fresque est très abîmée, et en partie volontairement puisque les yeux de Constantin ont été creusés pour l’aveugler. Cela, c’est le fait des Ottomans, puisque la représentation humaine est interdite par l’Islam. Mais une grande partie des dégradations est due au temps et au manque d’entretien. Comme on a pu le constater dans nombre d’églises, et en premier lieu à Sainte-Sophie d’Istanbul, généralement les représentations considérées comme impies et sacrilèges étaient tout simplement revêtues d’un enduit de plâtre, ce qui, loin de les détruire, les a préservées.

 

904g3 Arta, Parigoritissa, Stes Catherine et Paraskevi

 

Ce n’est pas leur regrettable mauvais état qui rend moins belles ces fresques. Comme je ne peux pas toutes les montrer, je me contenterai de deux panneaux. Celui-ci représente sainte Catherine et sainte Paraskévi (sainte Parascève). À défaut de tout élément caractéristique, en particulier la roue du supplice de sainte Catherine, j’aurais été bien incapable d’identifier ces deux saintes si leur nom n’avait pas été inscrit auprès de leurs têtes.

 

904g4a Arta, Parigoritissa, Stes Barbara et Cyriaque

 

904g4b Arta, Parigoritissa, robe de Ste Barbara

 

904g4c Arta, Parigoritissa, robe de Ste Kyriaki

 

Le second panneau représente sainte Barbara et sainte Cyriaque. Tout en contemplant, extasié, la beauté des robes de ces demoiselles, je rappelle en quelques mots la signification de leurs noms. Dans mon article sur Osios Loukas daté du 21 juin 2011, j’explique qu’une jeune perse de Baalbek (actuellement au Liban) avait été martyrisée puis décapités pour s’être fait baptiser, et que ses camarades avaient demandé pour l’ensevelir le corps de “la barbare”, en latin barbara, afin de ne pas avoir à l’appeler par son nom de baptême, ni par le nom perse qu’elle avait changé. Et ce nom de Barbara est resté attaché à son souvenir. Quant à Cyriaque, Kyriaki en grec, c’est une forme d’adjectif formé avec le suffixe –kos, -ki au féminin (-que en français: calorie/calorique, poésie/poétique, etc.) sur le substantif kyrios qui en grec moderne signifie “monsieur” mais autrefois “seigneur” (de même qu’en français “mon sieur” est “mon seigneur”). C’est le mot que l’on trouve –au vocatif, forme utilisée pour appeler, invoquer, s’adresser à quelqu’un– dans l’invocation chrétienne Kyrie eleison. Et le mot kyriaki (c'est-à-dire [jour] du Seigneur) signifie dimanche. Or l’équivalent latin de kyrios est dominus, et l’adjectif dérivé est dominicus. Au féminin, dominica [dies] a donné par déformation et évolution phonétique le mot français dimanche (jour du Seigneur). Le prénom Cyriaque est donc l’exact équivalent grec de cet autre prénom latin Dominique.

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Published by Thierry Jamard
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