Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 09:00

906a1 Arta, Vlacherna

 

906a2 Arta, monastère des Blachernes

 

906a3 Arta, Vlacherna

 

906a4 Arta, Vlacherna

 

J’ai dit dans mon article précédent concernant l’église de Sainte Theodora dans quelles circonstances le despote d’Épire Michel II a voulu racheter sa conduite indigne envers sa femme en construisant, entre autres, le monastère de la Panagia Vlacherna, en français la Vierge des Blachernes, vers le milieu du treizième siècle. Il existait ici une église du onzième siècle dont une partie de la structure a été conservée, et sur laquelle une voûte a été créée, pour en faire le catholicon de ce monastère. Le nom rappelle le quartier des Blachernes (Vlacherna) à Constantinople où se trouvait un palais, résidence alternative des empereurs de Byzance quand ils quittaient provisoirement le grand palais. Quand les Francs de la Quatrième Croisade ont instauré à Constantinople un Empire Latin, ces empereurs latins en ont fait leur résidence principale et, lorsque les Byzantins ont reconquis la ville et sont revenus de Nicée, le vieux palais n’ayant plus été entretenu était devenu impraticable et ils se sont installés aux Blachernes. La basilique Sainte-Marie-des-Blachernes, ou Sainte-Marie Mère-de-Dieu, dont les origines remontaient, pour son noyau primitif, à 452 et à l’impératrice Pulchérie, était la plus respectée de Constantinople. Michel VIII Paléologue ne reconquerra Constantinople qu’en 1261, quelques brèves années après la fondation de ce monastère, et on peut penser que c’est en relation avec cette basilique de la métropole précédemment orthodoxe, perdue entre les mains de papistes catholiques, que cette consécration a eu lieu. Du monastère du treizième siècle, il ne reste que le catholicon. Sur la première photo ci-dessus (prise du même côté que la seconde), on voit un mur d’enceinte avec une porte en arc, ces éléments sont de 1833. L’abside et les deux absidioles de la quatrième photo sont, bien sûr, tournées vers l’est.

 

Une chose me frappe en regardant ma photo, que je n’ai pas remarquée lorsque j’étais sur le terrain. Aucun doute, comme je l’écrivais il y a un instant, le chœur est tourné vers l’est, non seulement parce que c’est la tradition, mais parce que sur Google Earth, que je viens de consulter, l’image a beau ne pas être nette, on voit bien les absides plein est. Toutes mes photos, y compris certaines prises dans les angles et que je ne publie pas ici, prouvent que sur mes deux premières photos on voit la façade nord, et sur la troisième le sud. Or toutes ont été prises entre 19h40 et 20h10. Il est logique que l’est soit en pleine ombre, mais si je suis perplexe c’est parce que le nord est le plus ensoleillé… Le 11 avril on est encore plus près de l’équinoxe de printemps que du solstice d’été, le soleil est plus proche de l’équateur que du tropique du Cancer qui est lui-même à près de seize degrés au sud d’Arta, ce qui veut dire que le soleil se couche à l’ouest-sud-ouest et que notre façade nord devrait être dans l’ombre. Et pourtant c’est bien le nord.

 

906a5 Arta, Vlacherna

 

906a6 Arta, Vlacherna

 

Continuons à tourner autour de l’église: un détail de la façade que j’identifie comme sud, et l’allée qui longe le côté ouest de l’église.

 

906a7 Arta, monastère de Vlacherna

 

Comme je le disais au sujet du mur d’enceinte, tout ce qui n’était pas l’église elle-même a été remplacé par des constructions du dix-neuvième siècle. Comme le bâtiment que l’on voit ici.

 

906b1 Arta, monastère des Blachernes

 

906b2 Arta, Vlacherna

 

906b3 Arta, monastère des Blachernes, archange Gabriel

 

Quelques détails dans le marbre. La bien modeste porte basse de la façade nord (première photo) est encadrée d’un somptueux habillage de marbre. Il en va de même pour la porte de la façade sud, sur laquelle j’ai photographié l’ange de ma seconde photo. Et, sur la photo où je montre toute cette façade sud, on aperçoit, en haut, une plaque de marbre blanc plus ou moins carrée: c’est l’archange Gabriel de ma troisième photo. J’ai vu que quelqu’un l’interprétait comme saint Michel, mais non-non-non, c’est bien Gabriel. Il a une drôle de tête, il est amusant, mais il n’a rien de la grâce de l’ange sur le linteau de porte précédent.

 

Nous avons longuement tourné autour de l’église, mais bien déçus parce que les portes étaient hermétiquement fermées alors qu’on nous avait dit que c’était à ce moment-là que nous avions le plus de chances de les trouver ouvertes. Il y avait même un papier punaisé donnant un numéro de téléphone (on l’aperçoit sur ma photo), mais ce numéro ne répondait pas. Dommage, mais tant pis nous repartons. Nous n’avions pas fait trois pas hors de l’enceinte qu’un monsieur charmant nous demande si nous ne voudrions pas voir l’intérieur. C’est lui le responsable, mais il travaille, voilà pourquoi les visites ne sont possibles qu’en dehors des heures ouvrables. Nous étions garés à une certaine distance, mais quand il a vu un camping-car immatriculé à l’étranger, il a pensé qu’il ne pouvait être dans ce village que parce que ses propriétaires souhaitaient voir l’église. Intelligent et sympathique.

 

906c1 Arta, Vlacherna

 

906c2 Arta, monastère des Blachernes, iconostase

 

Et donc, brandissant une gigantesque clé comme on en faisait dans le passé, il nous a ouvert la porte. Et de plus, il n’avait de cesse d’attirer notre attention sur tel ou tel détail qui nous échappait. Parce qu’il nous ouvrait les portes du paradis, Natacha l’a plaisanté: vu la clé qu’il avait, il devait s’appeler Petros (Pierre). Non, a-t-il répondu, je m’appelle… Christos! Et ce n’était pas une blague. Comme quoi cela confirme le dicton selon lequel il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints.

 

Lors de la construction, l’iconostase était en marbre, mais elle a été détruite à l’époque ottomane, et par la suite on l’a remplacée par cette iconostase en bois. Elle a dû être superbe, mais elle est en bien piteux état. Tout à l’heure je vais en montrer quelques détails qui valent le coup d’œil.

 

906c3 Arta, Vlacherna, icône moderne de l'iconostase

 

906c4 Arta, Vlacherna, partie ancienne de l'iconostase

 

Le Christ qui orne la porte de l’iconostase, de même que les icônes du registre bas, sont modernes. L’une d’entre elles, celle qui représente Hélène et Constantin (la plus à droite sur ma photo de l’iconostase), porte une signature et une date, 1974. Les autres ne portant ni date, ni signature, je suppose qu’elles sont de la même main et lui sont contemporaines. En revanche, le registre haut est beaucoup plus intéressant, mais il nécessite une vigoureuse restauration pour sauver ce qui est encore visible et ce qui tient encore en place.

 

906d1 Arta, Vlacherna, mosaïque de sol

 

Ma photo de la mosaïque de sol, hélas, est d’une qualité lamentable. Avec, de plus, un éclairage sur le devant si fort qu’il en était blanc alors que le bout était si sombre qu’il en devenait complètement noir. Aussi ai-je coupé les deux extrémités. Or ce rectangle de mosaïque incrusté dans l’allée centrale dans un parquet de bois est intéressant parce qu’il a une signification. Sur mon horrible photo fragmentaire, on voit en haut un cercle à l’intérieur duquel apparaissent les deux serres d’un aigle, plus bas deux cercles et on en suppose deux autres en haut. Ces cinq cercles entrelacés symbolisent les cinq pains de l’évangile: “les disciples […] dirent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. Et [Jésus] dit: Apportez-les-moi. Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, […] il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants” (Saint Mathieu, chapitre 14).

 

906d2 Arta, Vlacherna, chapiteau

 

906d3 Arta, Vlacherna, chapiteau

 

906d4 Arta, Vlacherna, chapiteau

 

Nulle part je n’ai lu que les chapiteaux étaient de récupération. Or je ne vois pas d’autre explication au fait qu’ils soient disparates, sans aucun point commun dans le style, dans la matière, dans l’exécution. Cependant, comme on le voit sur ma photo de la nef, de part et d’autre de l’allée ils sont appariés.

 

906d5 Arta, Vlacherna, la coupole

 

Il est dommage que le Christ de la coupole soit aussi abîmé, d’autant plus qu’il diffère sensiblement du Pantocrator que l’on a l’habitude de voir au sommet de la coupole principale des églises byzantines.

 

906e1 Arta, Vlacherna, fresque détruite

 

906e2 Arta, Vlacherna, dégagement des fresques

 

906e3 Arta, Vlacherna, travaux de restauration

 

Mais ce Christ de la coupole n’est pas le seul à être endommagé. Ce sont des équipes de volontaires, des Français selon l’information donnée par Christos, qui viennent l’été travailler à la rénovation de cette église. Notamment ils ôtent la couche de plâtre qui recouvre les murs et leurs fresques, ils rouvrent les fenêtres qui avaient été occultées, etc. C’est un travail long et minutieux, car on comprend qu’il ne s’agit pas de faire tomber ce plâtre à grands coups de grattoir car la fresque elle-même, prise dans la couche de plâtre inférieure, partirait elle aussi. On sait que le nature de la fresque est d’être appliquée sur le plâtre frais et encore humide pour que la couleur pénètre à l’intérieur de l’enduit. Le problème, donc, est que la couche de plâtre superficielle destinée à couvrir l’autre couche adhère à elle bien souvent. Après ce travail de dégagement, des spécialistes interviendront sans doute pour redonner vie à ces peintures gravement défraîchies et partiellement manquantes.

 

906f1 Arta, Vlacherna, fresque ''La Prière''

 

906f2 Arta, Vlacherna, fresque baiser de Judas

 

906f3 Arta, Vlacherna, fresque

 

Malgré leur mauvais état, on perçoit cependant que ces fresques étaient intéressantes. Je n’en donnerai que ces trois exemples. En particulier, sur ce gros plan que j’ai fait du baiser de Judas à Jésus, on se rend compte du talent du peintre. Après coup, longtemps après notre visite d’Arta, j’ai appris que sur le trône épiscopal il y avait une des rares icônes conservées d’un peintre célèbre qui avait vécu à cheval sur le dix-septième et sur le dix-huitième siècles, Georgios Nomikos. Cette icône représente le Christ sur un trône et elle est de 1658. Je le signale pour qui passerait là et saurait où la chercher. Elle présente un aspect autre, c’est que Nomikos avait peint un Christ sur un trône dans l’église Agios Vasileios d’Arta, et cette icône avait tellement plu aux habitants qu’ils ont commandé la même exactement pour l’église de Vlacherna. À Agios Vasileios nous avons trouvé porte close, mais je crois que ce Christ-là fait partie de la majorité d’œuvres de Nomikos qui sont perdues.

 

906g1 Arta, Vlacherna

 

906g2 Arta, Vlacherna

 

Le lieu de la tombe de Michel II n’est pas connu avec certitude, mais en se basant sur une inscription (malgré mes recherches, je n’ai trouvé nulle part ce que dit au juste cette inscription) on a la quasi-certitude que le grand sarcophage de marbre de la seconde des photos ci-dessus constitue sa dernière demeure. Dès lors, la dalle de marbre de ma première photo ci-dessus serait ce qui reste du sarcophage où auraient été ensevelis ses deux fils Jean et Demetrios.

 

906g3 Arta, Vlacherna

 

906g4 Arta, Vlacherna

 

906g5 Arta, Vlacherna

 

Avant de repartir en remerciant Christos, revenons à l’iconostase. Si ses peintures ont beaucoup souffert, en revanche les sculptures en bois doré sont encore suffisamment bien conservées pour susciter l’admiration, avec ses dragons affrontés et autres monstres. Et il reste aussi des fragments de l’ancienne iconostase de marbre, avec ces beaux lions.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche