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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 14:11
769a Athènes, temple archaïque de Dionysos
 
Nous avons déjà visité l’Acropole, nous avons vu d’en haut le théâtre de Dionysos, mais nous ne sommes pas encore allés le voir de près. Lacune à réparer au plus vite. Après avoir franchi l’entrée du site, nous voyons de pauvres ruines d’un petit autel de bord de route qui avait peut-être été dédié à Hécate ou à Hermès, nous laissons le nouveau temple de Dionysos qui n’est guère plus qu’un rectangle d’herbe avec quelques rares pierres qui laissent en imaginer les dimensions, et nous arrivons ici au temple archaïque de Dionysos.
 
769b1 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769b2 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769b3 Athènes, théâtre de Dionysos
 
Et un peu plus loin nous voici au théâtre. Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, du temps des trois grands tragiques Eschyle, Sophocle, Euripide, et du grand auteur de comédies Aristophane, il n’y avait là qu’une modeste scène en bois et les spectateurs, dans la cavea, étaient assis sur de simples bancs de bois, seuls quelques officiels ainsi que les prêtres disposant de vrais sièges de pierre. Ce n’est qu’à l’époque de Lycurgue (390-324 avant Jésus-Christ), dans la seconde moitié du quatrième siècle, qu’un vrai théâtre en dur a été construit. Plus tard, vers le second, voire le premier siècle avant Jésus-Christ, avec la multiplication des spectacles, notamment avec la Nouvelle Comédie, on a amélioré la scène en y construisant un second niveau, en ajoutant une colonnade, etc. En effet, dans le théâtre classique, le chœur avait le rôle principal mais avec le recul du rôle du chœur et l’importance accrue du jeu des acteurs, il convenait d’exhausser la scène.
 
769c Athènes, théâtre de Dionysos
 
L’époque romaine a aussi apporté une décoration du devant de la scène avec des sculptures dont le thème se rapporte au cycle mythologique de Dionysos. Puis, comme on l’a vu dans mes articles précédents, en 267 après Jésus-Christ les Héruliens sont passés par là et ont détruit le théâtre. Au quatrième siècle de notre ère, le théâtre a connu une nouvelle période de prospérité, et de nouvelles décorations représentant des épisodes de la vie de Dionysos, récupérées sur de vieux bâtiments démolis, sont venues s’ajouter. Mais au sixième siècle une basilique paléochrétienne a pris place dans le théâtre. Dans un premier temps, de 2003 à 2005, on a entrepris une restauration de la cavea en remettant en place les éléments trouvés épars mais, par la suite, une reconstruction de la scène est prévue en réutilisant les fragments retrouvés là où ils peuvent être replacés. Espérons qu’il n’y aura pas trois fois plus de pierres flambant neuves, bien blanches et bien polies, noyant une toute petite minorité de pierres antiques, hellénistiques ou romaines.
 
769d1 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769d2 Athènes, théâtre de Dionysos
 
769d3 Athènes, théâtre de Dionysos
 
Avant de quitter le théâtre, je tiens à en montrer quelques sièges. D’abord ce siège très décoré, large, situé en plein milieu du premier rang, était réservé au prêtre de Dionysos, dignité suprême puisque le théâtre était dédié à ce dieu. Puis on voit des sièges individuels à dossier et à bras qui devaient être occupés par divers magistrats, et si l’on est attentif on peut remarquer que le devant de certains sièges est gravé. Ceux que je montre ici en gros plan sont réservés, celui de gauche au prêtre de Déméter et de Pherréphatta (Perséphone, la fille de Déméter, dont le nom a été ainsi déformé sous l’Empire. Je me rappelle que Clément d’Alexandrie, un Père de l’Église qui a vécu de 150 à 220 environ et qui était au programme de ma licence, s’insurgeait contre l’indécence de "Phéréphassa"), et celui de droite au prêtre de Thésée.
 
769e Athènes, pente sud de l'Acropole
 
Derrière le théâtre, un sentier permet de monter le long de la pente sud de l’Acropole contre laquelle il est adossé. On voit ici l’entrée de la caverne des chorégies de Thrasyllos. Cette façade de marbre commandait l’entrée d’une caverne naturelle dont l’intérieur était décoré, si l’on en croit Pausanias, de sculptures représentant Apollon et Artémis tuant les enfants de Niobé (je raconte cette légende dans mon article daté 11 et 12 décembre 2009). Ce Thrasyllos est le mécène qui a financé les travaux, au temps de l’archontat de Néaichmos (320/319 avant Jésus-Christ). Certains supposent qu’il y a eu un sanctuaire paléochrétien dans cette caverne, mais rien n’est moins sûr. En revanche, divers visiteurs du dix-septième siècle témoignent d’une chapelle. Là où aujourd’hui il y a un pilier central, il y avait autrefois une statue de Dionysos mais en 1802 elle a été prise par Lord Elgin sans autorisation, lors d’un coup de force, et elle est désormais montrée au British Museum, qui n’a nulle intention de la rendre, malgré la façon dont elle a été honteusement volée. Puis en 1827, lors du siège de l’Acropole par les Turcs, le monument a été complètement détruit. Mais les voyageurs J. Stuart et N. Revett en avaient fait un dessin très méticuleux lors de leur séjour à Athènes en 1751-1753, qui sert à une reconstruction entreprise depuis 2002.
 
769f1 Athènes, Acropole, jugement de Pierre IV d'Aragon
 
769f2 Athènes, Acropole
 
Puisque nous sommes ici et que nous avons lorgné l’Acropole, cela nous donne envie de retourner y jeter un coup d’œil. Ce samedi 29 au matin nous sommes allés voir le temple de Zeus Olympien (mon article précédent), puis nous nous sommes promenés, et l’après-midi c’était le théâtre de Dionysos. Évidemment, le site est fermé à cette heure-ci mais nous nous y rendons dimanche 30. En montant, je remarque cette plaque citant un mot de Pierre IV d’Aragon, qui dit le 11 septembre 1380 que "L’Acropole d’Athènes est le plus riche joyau du monde". Je remarque aussi une pierre gravée en grec et datée de 1853. Sur la première ligne, en gros caractères, je lis "La France" (Hê Gallia). Hélas je dois avouer, avec honte, que si j’arrive à isoler différents mots, je ne suis pas capable de dire ce qui est écrit.
 
769f3 L'Acropole (1845-1850) par Raffaello Ceccoli
 
Le fait que je sois en retard dans mon blog présente quand même un (tout petit) avantage, cela me permet d’utiliser ici une photo faite trois jours plus tard, le 2 novembre, à la Galerie Nationale. Le tableau ci-dessus représente l’Acropole entre 1845 et 1850. Il s’agit d’une toile de Raffaello Ceccoli. Athènes n'est encore qu'une bourgade
 
769g1 Athènes, Acropole, temple d'Athéna Nikè
 
Pour nous, c’est un plaisir de voir de nouveau les splendides monuments de l’Acropole, mais à travers mon blog il est clair que les redites sont inutiles. Je montre toutefois quelques images où les monuments sont sous un angle différent. Ici, c’est le petit temple d’Athéna Nikè juché à l’extrême bord de la falaise, sur le côté des Propylées.
 
769g2 Athènes, Acropole, entrée avant les Propylées
 
Avant d’arriver aux Propylées, entrée majestueuse du plateau, on franchit cette petite porte. Auparavant, on était dans la nature, on suivait une allée dans un espace boisé. Ici commencent les constructions, avec les murs de soutènement.
 
769g3 Athènes, Acropole, Erechthéion
 
Le fameux Érechtéion a été montré sous toutes ses coutures, avec ses copies de cariatides , l’un des originaux étant au British Museum, les autres ici à Athènes, au musée de l’Acropole (où la photo est interdite). Mais ici, sous ce ciel plombé et dans ce rayon de soleil il prend un aspect particulier. La météo a été assez sympathique pour m’offrir cette lumière sans faire éclater l’orage que je craignais.
 
769h1 Athènes, Acropole, utilisation de fibre optique
 
Si j’ai pris cette photo d’une colonne du Parthénon, c’est parce que l’on y voit une gaine sur laquelle il est inscrit qu’il s’agit de palpeurs en fibre optique. Technique de pointe… On est en train de remplacer les fixations entre les pierres posées lors de restaurations précédentes par des attaches de tungstène, qui ne s’oxydera pas. La rouille des anciennes attaches, au contraire, faisait éclater la pierre.
 
769h2 Athènes, temple d'Héphaistos et agora vus de l'Acro
 
Et pour conclure, une vue de l’agora et du Théséion (le temple d’Héphaïstos), qui constituaient notre visite du 27, il y a trois jours. On se rend compte qu’en fait, l’agora et l’Acropole étaient toutes proches l’une de l’autre. La ville moderne répartit les vestiges antiques en sites touristiques, on visite l’un, on visite l’autre, cela empêche de percevoir que tout cela constituait une ville unique. On le sait intellectuellement, bien sûr, mais on ne le "sent" pas. Cette vue du haut de l’Acropole restitue cette sensation.

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Published by Thierry Jamard
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