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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 14:36
770a Athènes, Medrese (école théologique ottomane, 1721)
 
Nous étions tout à l’heure à l’Acropole, que nous souhaitions revoir. Mais nous la connaissions déjà, et nous n’avons toujours par visité l’agora romaine. Dans une rue qui la longe, se trouve ce qui reste de la Medrese, une école théologique ottomane construite en 1721. "Ce qui reste", c’est juste ce petit bout de façade, parce qu’après avoir servi de prison après l’accession d’Othon au trône de la Grèce libérée en 1833, elle a finalement été démolie en 1914.
 
770b1 Athènes, agora romaine
 
Mais venons-en au cœur du sujet, l’agora dite romaine. En fait, cette agora est bel et bien grecque, mais créée de 19 à 11 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire après la conquête romaine, sous le règne de l’empereur Auguste. L’ancienne agora avait été envahie par toutes sortes de constructions, tant et si bien que l’activité commerciale y était devenue impossible. Il a donc fallu trouver un autre lieu, qui n’est nullement un forum. Sur la photo ci-dessus, on voit qu’autour d’un vaste espace central (111 mètres sur 98) court la double colonnade ionique d’un portique de chaque côté duquel il y avait des boutiques bien alignées. Quand les constructions de cette agora ont été détruites, on l’ignore, mais l’espace a été utilisé jusqu’au dix-neuvième siècle. Orientons-nous : cette photo est prise de la rue, près de l’angle sud-ouest. Par conséquent, le rectangle de l’agora s’étend d’ouest en est, et la Tour des Vents, dont je vais parler tout à l’heure, est située à l’est de l’agora.
 
770b2 Athènes, propylée ouest de l'agora romaine
 
L’agora romaine comporte deux accès principaux, situés sur ses petits côtés. À l’ouest, ce propylée dorique, fait de marbre pentélique (d’une montagne au nord-est d’Athènes, dont on a aussi tiré le marbre du Parthénon), offert par l’empereur, a été dédié par le peuple d’Athènes à la patronne de la cité, sous l’archontat de Nikias (11/10 avant Jésus-Christ). C’est la Porte d’Athéna Arkhégétis.
 
770c1 Athènes, en franchissant les propylées est de l'ago
 
770c2 Athènes, propylées est de l'agora romaine
 
À l’autre bout, à l’extrémité est, l’autre propylée, ionique, est en marbre gris de l’Hymette (montagne au sud-est d’Athènes). Ci-dessus, on le voit d’abord de l’est, c’est-à-dire vers l’intérieur de l’agora (on a du mal, sur ma photo, à discerner l’autre propylée, au fond à la gauche du palmier, mais il est bien là), puis j’étais sur l’agora quand j’ai pris la seconde de ces photos, regardant donc vers l’extérieur. Juste en face de l’escalier, il y a une maison moderne, mais un peu à droite, derrière les colonnes, ce reste de bâtiment est antique.
 
770c3 Athènes, Agoranomeion
 
Le voilà, ce bâtiment situé derrière le propylée est, plus visible. Une inscription dit qu’il était dédié à Athéna Arkhégétis et aux divins Augustes, et les archéologues l’ont daté du milieu du premier siècle après Jésus-Christ. C’était par conséquent un bâtiment public, mais quel a pu en être l’usage, on l’ignore.
 
770d1 Athènes, mosquée Fetiye, sur l'agora romaine
 
770d2 Athènes, mosquée Fetiye, sur l'agora romaine
 
Sur le site archéologique de l’agora romaine, mais dans une excroissance du côté nord, se situe la mosquée Fetiye, ou mosquée du Conquérant. Comme on le voit, elle est en travaux, on ne visite pas.
 
770e1 Athènes, fontaine sur l'agora romaine
 
770e2 Athènes, fontaine sur l'agora romaine
 
Revenons à quelques éléments antiques encore visibles sur le site. Ici, on a une fontaine, sur le devant de laquelle sont creusées des demi-sphères. Je ne pense pas qu’elles aient été destinées à des libations. Par ailleurs, elles sont beaucoup trop petites pour permettre à des chevaux de s’y désaltérer. On ne se préoccupait guère de la soif des chiens errants, et en tous cas on n'en aurait pas aligné quatre. Alors… je dois dire que j’ignore totalement l’usage de ce devant de fontaine. Peut-être s’y trouvait-il des gobelets de terre cuite pour que s’abreuve le chaland.
 
770f1 Athènes, sur l'agora romaine
 
770f2 Athènes, sur l'agora romaine
 
En outre, sur le site on peut voir disséminés ici ou là quelques chapiteaux de colonnes, quelques statues amputées, diverses pierres.
 
770g1 Athènes, latrines publiques (agora romaine)
 
770g2 Athènes, latrines publiques (agora romaine)
 
Mais il est un endroit très significatif de la vie quotidienne de l’époque. Ce sont ces latrines publiques. Car, quelque trivial que soit l’endroit, il correspond à des nécessités humaines et vouloir les ignorer au nom du bon goût serait du même coup ignorer une partie du pluriquotidien de chacun. Ces toilettes publiques destinées aux commerçants et aux clients de l’agora ont été construites au premier siècle de notre ère. Comme on le voit, sur les quatre côtés d’une vaste cour rectangulaire étaient alignés des trous sur lesquels s’asseyait l’usager. Devant ses pieds courait une petite rigole, sous le siège un fossé plus profond, l’un et l’autre étant parcourus d’un courant d’eau qui emportait tout vers l’égout principal. L’endroit était couvert, à part une ouverture au centre de la toiture, servant à la fois à l’aération et à l’éclairage. Étant donnée la relation au corps chez les Grecs, ainsi que les nécessités qui en découlent, cette promiscuité n’avait rien de gênant, au contraire elle créait pour les usagers une situation conviviale, permettant la conversation entre voisins. Pour le Français du vingt-et-unième siècle, c’est difficile à concevoir, mais là est précisément l’un des intérêts de l’étude d’autres peuples, d’autres époques, qui permet de découvrir que, même pour des civilisations très évoluées, les usages peuvent être radicalement différents. En voilà un exemple.
 
770h1 Athènes, Tour des Vents
 
770h2 Athènes, Tour des Vents
 
770h3 Athènes, Tour des Vents
 
770h4 Athènes, Tour des Vents
 
Venons-en à la Tour des Vents. Le fait que ce sujet vienne juste après celui des latrines ne tient pas à une plaisanterie de ma part (ce serait de fort mauvais goût), mais tout simplement que cette tour jouxte cet endroit. C’est Andronikos, un astronome et architecte macédonien de la ville de Kyrrhos et qui a vécu à la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ et au début du premier qui a imaginé ce bâtiment au plan octogonal, construit en marbre pentélique, pour indiquer l’heure aux Athéniens. Le toit conique était surmonté d’une girouette de bronze représentant un Triton. Chacun des huit côtés de l’octogone était décoré, à son sommet, d’une sculpture représentant l’un des huit vents qui soufflent sur Athènes. On peut distinguer, sur la troisième de mes photos ci-dessus, à la gauche de la petite fenêtre, le départ de deux traits gravés dans la pierre. Ces marques sur les façades permettaient de lire l’heure en fonction du déplacement de l’ombre sur le mur. Les Athéniens n’étaient pas sans repères la nuit ou les jours où les nuages occultaient le soleil, car Andronikos avait en outre prévu à l’intérieur du bâtiment un système d’horloge à eau, selon le principe du sablier : l’eau s’écoule d’un récipient supérieur vers un récipient inférieur à une vitesse déterminée par la dimension de l’orifice de passage de l’un à l’autre des récipients. C’est la clepsydre.

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Published by Thierry Jamard
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François 29/09/2015 18:11

Très intéressant merci

johanne 13/09/2014 21:33

Merci pour toutes ces informations précieuses et ces belles photos.

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