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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 12:21
766a1 Athènes, mosquée de Monastiraki, musée de la céra
 
766a2 Athènes, mosquée de Monastiraki, musée de la céra
 
766a3 Athènes, mosquée de Monastiraki, musée de la céra
 
Nous allons visiter la bibliothèque d’Hadrien. Nous descendons du métro à la station Monastiraki et sur la vaste place, accolée à l’entrée de la bibliothèque d’Hadrien, se trouve une mosquée. Pas très original, on l’appelle la mosquée de Monastiraki ou, à peine plus original, dans ce quartier qui, autrefois, s’appelait "le Bazar du Bas", près de la "Fontaine du Bas", c’était la Mosquée de la Fontaine du Bas… Elle a été construite en 1759 par le Turc Tsitsarakis, voïvode d’Athènes. Après l’indépendance elle a hébergé la fanfare militaire, puis elle a été utilisée comme prison. Restaurée en 1915, elle a été investie en 1918 par le musée des Arts Populaires grecs (mouseio Ellênikês Laïkês Technês, puisque notre mot français laïque vient d’un adjectif grec dérivé du substantif qui veut dire le peuple). Pour des raisons d’exiguïté le musée a déménagé en 1973, ne laissant ici que les collections de céramiques dans un espace restructuré et modernisé qui a rouvert ses portes en 1975. Le terrible tremblement de terre de février 1981 a sérieusement endommagé l’édifice et a détruit certains objets. De lourds travaux de restauration ayant été effectués, la mosquée a été rouverte pour montrer ses belles collections de poteries à partir de 1991. Il s’agit, en bas, de pièces réalisées par des potiers célèbres, véritables artistes et, sur la galerie, de pièces d’usage courant classées par aires géographiques sur toute la Grèce région par région, île par île, incluant Chypre. Ce qui n’empêche pas d’admirer aussi certains détails raffinés de l’intérieur, comme ce plafond octogonal.
 
766b1 Assiette de Minas Avramidis
 
766b2 Assiette de Minas Avramidis
 
Pour illustrer ce qu’ont produit des artistes, voilà d’abord deux assiettes de Minas Avramidis. La première, avec ses motifs plaqués en relief, ne peut matériellement servir pour les repas, c’est une œuvre uniquement destinée à la présentation. La seconde, avec son couple royal, pourrait théoriquement avoir un usage utilitaire, mais c’est un exemplaire unique, il n’existe pas de service assorti, et par conséquent c’est clairement une assiette décorative. Avramidis est né en 1877 en Turquie d’Asie Mineure, à Kutahya (dans l’intérieur du pays), et n’a reçu que le minimum d’instruction à l’école élémentaire. Il a commencé à travailler comme maçon, mais s’est ensuite tourné vers la poterie. Lorsque les Grecs ont été chassés de Turquie, en 1922, il s’est réfugié à Thessalonique, où il a construit de ses mains une modeste maison et un atelier de potier. Il y a travaillé trente ans. Ses œuvres ont été récompensées par des prix pour leur design, l’imagination, les couleurs, la perfection technique.
 
766b3 Statuettes de Dimitrios Mygdalinos
 
Ces statuettes sont l’œuvre de Dimitrios Mygdalinos, un Grec d’un village d’Asie Mineure proche du Scamandre, ce fleuve de la plaine de Troie qui joue un grand rôle dans l’Iliade en tant que dieu-fleuve, et dont la description précise par Homère a permis à Schliemann de localiser Troie. Là, il était marin plongeur. Puis, attiré par la poterie, il s’y est initié sur l’Hellespont (région près du détroit des Dardanelles), est cela l’a suffisamment passionné pour qu’il se reconvertisse, abandonnant son métier précédent. Quand 1922 est arrivée, avec la nécessité pour la foule des Grecs de Turquie de se rendre dans leur mère patrie, il est parti s’installer sur la côte face à l’Eubée, sans tour, sans four, rien, alors il a façonné avec ses mains et cuit dans le four d’un voisin, vendant ses œuvres dans des ventes de charité paroissiales. Il est mort dans le dénuement, en 1949 ou 1950.
 
766b4 Athènes, musée de la céramique
 
Sur ma deuxième photo, au début de cet article, celle qui est prise d’en haut, on aperçoit, dans une grande niche du mur, une statue en pied. Elle me plaît tellement que je préfère en montrer un détail en gros plan, où l’on voit l’expressivité du visage et la finesse de la réalisation et de la peinture. Malheureusement, elle n’est accompagnée d’aucun texte indiquant le nom de son auteur, ou quelque autre explication que ce soit.
 
766b5 Athènes, musée de la céramique, poterie de Zante
 
766b6 Athènes, musée de la céramique, poterie de Corfou
 
766b7 Athènes, musée de la céramique, poterie de Chio
 
Laissons maintenant le rez-de-chaussée et ses nombreux artistes répertoriés, pour monter sur la mezzanine et jeter un coup d’œil aux objets du quotidien, voire aux objets destinés aux touristes, mais chacun marquant une région, une ville, une île. Je me limiterai à trois seulement des dizaines de poteries exposées. La première est de l’île de Zante, la seconde de l’île de Corfou, la troisième de l’île de Chio. On voit combien les styles sont différents.
 
766c Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d1 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Mais venons-en au but de notre visite d’aujourd’hui, la bibliothèque d’Hadrien. Rappelons que cet empereur romain du deuxième siècle de notre ère (117-138) a passé plus de temps en voyage pour visiter toutes les terres de son empire, de l’Écosse à l’Égypte, qu’il n’en a passé à Rome, et qu’il était amoureux de la Grèce. Aussi a-t-il voulu une grande bibliothèque à Athènes, à une extrémité du forum. On en voit ici une reconstitution ainsi que l’un des murs de façade.
 
766d2 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d3 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Malheureusement, les ruines de cette bibliothèque n’ont pas été entretenues, et ce qu’il en est resté après les incursions barbares a continué à se dégrader. Mais des travaux de restauration sont en cours, comme en témoignent ces armatures de soutien provisoires, ainsi que les outils laissés au pied de ce mur dont barrières et cordes empêchent de s’approcher. Et puis, à la fin de notre visite, à l’approche de l’heure de fermeture du site, j’ai vu arriver les ouvriers.
 
766d4 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d5 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Espérons toutefois que la restauration ne va pas donner un aspect trop contemporain, comme on peut le craindre en voyant ces colonnes cannelées à neuf et surtout ce mur de briques, dont la patine mettra deux ou trois cents ans à s’installer. Il ne s’agit d’ailleurs pas de restaurer ce mur, mais de le construire à neuf.
 
766d6 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d7 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
766d8 Athènes, la bibliothèque d'Hadrien
 
Entre ce qui est en travaux et ce qui est tout moderne, il n’y a hélas pas beaucoup de belles ruines à visiter. L’endroit signalé comme l’auditorium est un terre-plein dégarni. Restent cette porte, ces quelques colonnes, cette mosaïque… Et quelques autres éléments de murs quand même.
 
766d9 Athènes, mur post hérulien (276-282)
 
Un peuple germanique venu de Scandinavie, les Hérules, allié à des Goths, déferle sur la Grèce, Thessalonique, Athènes en 267 après Jésus-Christ et ravage l’Acropole, l’agora, la ville. Le traumatisme est énorme, c’est la première fois que la ville subit des dommages depuis l’instauration de la "Paix Romaine". Utilisant les pierres des bâtiments détruits, on construit alors un mur, dit post hérulien, de 276 à 282. C’est lui que l’on voit sur cette photo. Les pierres sont de dimensions très diverses puisqu’elles sont récupérées sur les ruines.
 
766e1 Athènes, musée de la bibliothèque d'Hadrien, Victo
 
Il y a sur le site un tout petit musée. Tout petit, oui, mais il y a quand même quelques pièces intéressantes, comme cette Nikè (Victoire) de la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. Les Ottomans avaient construit sur le site de la bibliothèque une citerne et c’est en 1988 que l’on a découvert, prise dans les fondations de la citerne, cette statue de plus de trois mètres juchée sur un globe, taillée dans un seul bloc de marbre blanc. Vu qu’elle était utilisée comme matériau de construction, il lui manque tout ce qui dépassait, tête, ailes, bras. Les statues de ce type étaient destinées, bien sûr, à célébrer de grandes victoires et, considérant sa datation, on peut supposer qu’il s’agissait de la victoire de l’empereur Auguste sur les Parthes en 17-16 avant Jésus-Christ, et qu’elle avait été placée sur l’agora romaine (que nous visiterons une prochaine fois). Certains pensent qu’elle a été renversée lors des invasions slaves vers la fin du sixième siècle de notre ère avant d’être utilisée par les Ottomans quelques siècles plus tard.
 
766e2 Hadrien, musée de sa bibliothèque, à Athènes
 
Cette représentation de l’empereur Hadrien date environ du milieu de son règne, 128-130 après Jésus-Christ. Nul doute qu’il soit assez ressemblant, car tous les portraits (nombreux) que l’on a de lui se ressemblent entre eux.
 
766e3 Athènes, musée de la bibliothèque d'Hadrien, prêt
 
Cette façon de se ceindre la tête nous indique que cette statue est celle d’un prêtre. Elle date du deuxième ou du troisième siècle après Jésus-Christ. J’en reste là pour la bibliothèque d’Hadrien, même si cela ne fait pas un grand nombre d’objets.
 
766f1 Athènes, agora, l'autel de Zeus
 
Et nous passons à l’agora ancienne, c’est-à-dire l’agora purement grecque, à la différence de la nouvelle agora construite à l’époque romaine. Si l’on a en tête le forum, à Rome, avec tous ses monuments, on est évidemment très déçu, car cette agora est très loin d’être aussi bien conservée. Que l’on en juge, par exemple, par ce champ de pierres, qui représente l’autel de Zeus.
 
766f2 Athènes, agora, l'égout principal
 
Plus intéressant est cet égout principal. On vante la cloaca maxima de Rome, et certes elle est plus perfectionnée mais ce que nous voyons ici prouve que le réseau des égouts n’est pas une invention romaine. Le génie des Romains n’a pas tant été d’inventer, mais plutôt de savoir repérer chez les peuples avec lesquels ils ont des relations commerciales ou chez ceux qu’ils conquièrent les inventions les plus novatrices et les plus profitables (comme le béton chez les Étrusques, la voûte en plein cintre, etc.), de savoir les adapter et les améliorer.
 
766f3 Athènes, agora, fosse pour les offrandes aux morts
 
Ailleurs, on peut voir cette fosse, destinée à recevoir les offrandes aux morts. Elle date de l’époque classique, cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
766f4 Athènes, agora, stoa centrale
 
Ce champ de ruines d’où émergent des rangées de colonnes, c’est une stoa, c’est-à-dire un portique, une allée bordée de colonnes d’un côté et d’un mur de l’autre côté. Il est d'ailleurs amusant de constater qu'en grec moderne les passages couverts en ville, les galeries commerçantes, se disent "stoa".
 
766f5a Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5b Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5c Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5d Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
Il est un bâtiment remarquablement conservé sur cette agora. Isolé sur un promontoire, visible de loin, c’est le temple d’Héphaïstos, un périptère (colonnes sur tous les côtés) de style dorique avec pronaos et opisthonaos (pièce devant et pièce derrière le temple principal) construit entre 460 et 415 avant Jésus-Christ. Il est surtout connu sous le nom de Théséion. C’est le mieux conservé de ce type dans tout le monde grec. Il était consacré, comme l’indique son nom, à Héphaïstos, le dieu forgeron protecteur des artisans du métal, mais aussi à Athéna qui, avec l’épithète d’Ergane, est la patronne des artisans en général et des potiers en particulier. Au septième siècle de notre ère, le temple, désaffecté depuis l’avènement du christianisme dans l’Empire Romain, a été transformé en église consacrée à saint Georges, avec le chœur dans le pronaos et une abside additionnelle. C’est là qu’en 1934 le roi Othon a été solennellement accueilli. Puis, à compter de cette date et jusqu’aux années 1930, il a été utilisé comme musée de l’agora.
 
Voici comment s'explique cette association d'Héphaïstos et d'Athéna. Un jour que la déesse guerrière était allée trouver le dieu forgeron pour lui commander des armes, Héphaïstos avait été ému par la beauté d'Athéna, mais se gardant vierge, Athéna s'était refusée à lui et avait fui. Ne résistant pas à son désir d'elle, il avait couru derrière elle et, quoique boiteux, avait réussi à la rattraper et avait tenté de la violer, mais elle s'était défendue avec assez de vigueur pour l'empêcher d'arriver à ses fins. Toutefois, dans la tentative, du sperme était tombé sur la jambe d'Athéna. Dégoûtée, elle l'avait essuyé avec un bout de laine, qu'elle avait jeté au sol (c'était peu écologique, mais à l'époque il n'y avait pas de corbeilles à ordures). Du sperme d'Héphaïstos et de la terre était né Erichthonios (en grec, erion désigne la laine et chthôn la terre), Athéna avait élevé l'enfant et en avait fait le premier roi d'Athènes (cf. sur l'Acropole l'Erechtheion).
 
766f5e Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
766f5f Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
L’état de conservation des frises est très variable selon les faces et selon l’exposition. Ci-dessus, je vois des centaures en train de combattre, donc pas de doute il s’agit du sujet de prédilection du combat des centaures et des Lapithes, qui aux yeux des Grecs d’après 480, c’est-à-dire après la fin des Guerres Médiques, symbolise la lutte victorieuse de la civilisation contre les barbares incultes. L’autre sculpture est en mauvais état, mais le mouvement des jambes de l’animal n’est pas celui d’un cheval, de même que cette queue est plutôt celle d’un bovin. Je suppose donc que l’être qui le chevauche est la belle Europe, séduite par Zeus qui a pris l’apparence d’un taureau et qui l’a emmenée des rivages de Tyr, au Liban actuel, à Gortyne en Crète, où il s’est uni à elle, engendrant les triplés Minos, Rhadamante et Sarpédon.
 
766f5g Athènes, agora, temple d'Héphaistos
 
Les divers tronçons de ces colonnes, sur le flanc droit du temple, sont mal empilés. Les ouvriers grecs, sous la commande des architectes, étaient remarquablement soigneux dans leur travail, on ne peut les accuser de cette malfaçon. Je n’imagine pas non plus que, lors de travaux de restauration, des archéologues aient pu tolérer ce genre de négligence. D’autre part, quand il se produit un mouvement de terrain qui déstabilise un monument, les colonnes penchent d’un seul tenant. Je suppose donc qu’il s’est produit un autre type d’événement, un séisme qui a secoué l’édifice, le faisant tressauter, et les divers tambours sont retombés un peu décalés les uns par rapport aux autres. Telle est mon interprétation, car je n’en vois pas d’autre.
 
766f6 Athènes, agora, la stoa d'Attale
 
Et nous terminons notre visite de l’agora ancienne par la stoa d’Attale. Attale II, roi de Pergame (159-138 avant Jésus-Christ), avait en effet construit cette stoa monumentale. Comme pour les autres bâtiments de cette agora, il n’en restait presque rien quand, prenant modèle pour le plan sur les soubassements qui n’avaient pas bougé et pour le style sur les fragments de colonnes abattues et sur les restes de murs, l’École Américaine d’Études Classiques d’Athènes, sous l’autorité du Ministre de l’Éducation, a reconstruit entièrement la stoa. C’était sous le règne du roi Paul, de 1953 à 1956. Et aujourd’hui y est installé le musée de l’agora, un musée d’une richesse incroyable.
 
766g1 Athènes, musée de l'agora, Hérodote
 
Sous le portique frontal de cette stoa, visibles par tous les visiteurs de l’agora même s’ils n’ont pas le billet d’entrée au musée, on trouve déjà une belle collection de sculptures. Parmi elles, je ne peux manquer de sélectionner mon ami Hérodote (vers 482-vers 420 avant Jésus-Christ), le "père de l’histoire", que j’affectionne particulièrement. On peut douter de la ressemblance entre la statue et l’homme, la première ayant été réalisée au deuxième siècle de notre ère, sept siècles après la vie du second.
 
766g2 Athènes, musée de l'agora, prêtre d'Isis
 
Pénétrons dans le musée. Comme tout à l’heure au musée de la bibliothèque d’Hadrien, cet homme se ceint la tête. Oui, c’est un prêtre. Ici, daté de 40 avant Jésus-Christ, il a été identifié comme un prêtre d’Isis, cette déesse d’origine Égyptienne qui a joui d’une grande faveur chez les Romains, lesquels ont répandu son culte dans tout l’Empire.
 
766g3 Athènes, concession des mines de Lavrio
 
J’ai voulu regrouper les deux têtes ci-dessus, mais nous ressortons pour voir cette grande inscription qui est en rapport avec mon article daté 21 et 23 octobre 2011 sur les mines de Lavrio. En effet cette pierre gravée en 367-366 avant Jésus-Christ est le rapport des commissaires-priseurs de l’État enregistrant le bail de mines dans le secteur de Lavrio.
 
766h1 Athènes, musée de l'agora
 
Ces deux exemplaires de kylix à figures rouges (un kylix est une coupe à boire, très plate comme on le voit ici) sont tous les deux des environs de 510 avant Jésus-Christ. Sur le premier, cette femme nue est en train de s’agenouiller devant un autel et, étant donné son extrême économie de vêtements, on peut supposer qu’il s’agit du culte d’Aphrodite ou d’Artémis. L’illustration de l’autre kylix est parfaitement adaptée à son usage puisque ce garçon est un porteur d’amphores de vin, et il court parce que le buveur qui tient cette coupe en main est assoiffé.
 
766h2 Athènes, musée de l'agora, flacon à parfum
 
Cet objet ravissant est de 540 avant Jésus-Christ. Cet athlète agenouillé qui s’apprête à ceindre sa tête d’un ruban en signe de victoire est, en fait, creux, car c’est un flacon à parfum. Qui ne connaît pas les flacons de parfum Jean-Paul Gaultier en forme de torse d’homme ou de femme doit courir chez Sephora (publicité non rémunérée) pour se rendre compte que le couturier contemporain n’a rien inventé, et que ce flacon, qui a deux mille cinq cents ans de plus que les siens, est infiniment plus joli et raffiné.
 
766h3 Athènes, musée de l'agora, lampe (Léda et le cygne
 
Pour terminer, je voudrais montrer une série d’objets familiers, concernant la vie des Grecs. À commencer par une lampe à huile de 200-250 après Jésus-Christ. On sait que Zeus, séduit par Léda, a pris l’apparence d’un cygne pour l’approcher sans l’effaroucher. Généralement, on fait de Léda une femme innocente qui, nue à la toilette, voit ce bel oiseau et le serre ingénument contre elle sans se douter de ce qui lui arrive. Les esprits positifs diront que même le comble de la naïveté ne peut expliquer une telle innocence, d’autant plus qu’elle est mariée à Tyndare et que le couple n’est pas resté chaste. De cette double union avec Tyndare et avec Zeus, Léda conçoit des quadruplés qu’elle mettra au monde en pondant deux œufs, l’un contenant les enfants de Zeus Hélène et Pollux, l’autre les enfants de Tyndare Clytemnestre (future femme d’Agamemnon) et Castor. L’artisan qui a modelé cette lampe devait faire partie de ces esprits positifs qui refusaient de croire à la naïveté extrême de Léda puisqu’ici il la représente langoureusement étendue sur sa couche aux draps froissés et contemplant avec volupté ce que Zeus cygne est en train d’accomplir.
 
766h4 Athènes, musée de l'agora, bottillons votifs
 
Certes, ces bottillons ne sont pas réels, d’abord parce qu’ils sont faits de terre cuite, ensuite parce qu’ils sont de taille fort réduite, mais ces objets votifs trouvés dans la tombe d’une femme incinérée au début de l’ère géométrique, vers 900 avant Jésus-Christ, nous renseigne sur la forme des chaussures de cette époque. Se fondant sur les peintures de vases et sur les statues, on imagine toujours les Grecs pieds nus ou en sandales. On voit que ce n’était pas le cas, et il est évident qu’à l’époque classique, quatre à cinq cents ans plus tard, on n’avait pas perdu l’usage de ce confort en hiver.
 
766h5 Athènes, musée de l'agora, passeports
 
Ces deux petites plaques de terre cuite sont les lointains ancêtres d’un document très moderne, ce sont des passeports (non sécurisés...). Le choix du matériau dont ils sont faits tient au fait qu’à l’époque les compagnies aériennes ne limitaient pas le poids des bagages. L’inscription XENOKLEA PERITHOIDÊN PERIPOLARKHON nous informe qu’ils étaient confiés à des messagers chargés par Xénoklès, le péripolarque (commandant des gardes de la frontière de la cité) de porter des informations ou de venir rendre compte au Q.G. en franchissant la frontière dans les deux sens. Ces passeports sont du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ.
 
766h6a Athènes, musée de l'agora, gril
 
766h6b Athènes, musée de l'agora, casserole sur brasero
 
Toujours dans le domaine de la vie quotidienne, mais beaucoup plus domestique, ci-dessus on peut voir un gril (entre le sixième et le quatrième siècles avant Jésus-Christ) et une bouilloire sur un brasero datant de la même période. Le tout est en terre cuite.
 
766h7a Athènes, musée de l'agora, pot de chambre
 
766h7b Athènes, musée de l'agora, pot de chambre
 
Quant à ce dernier accessoire, je le montre pour la fin parce que je le trouve très amusant. Comme le musée l’explique par le dessin de ma deuxième photo ci-dessus, il s’agit d’un pot de chambre pour bébé datant du début du sixième siècle avant Jésus-Christ. L’ingéniosité des formes parfaitement adaptées à l’usage pour maintenir en place un tout petit, la décoration destinée à un enfant, tout en fait un objet remarquable. La matière plastique étant inconnue, on ne pouvait inventer mieux. Jusque après le milieu du vingtième siècle, on réalisait des pots en faïence dont la base était plus petite que l’assise, rendant possible un basculement au cas où l’enfant gesticulait trop vigoureusement (bonjour les dégâts sur la moquette), et nécessitant de tenir le bébé trop jeune pour rester assis seul en position stable. Amusant, intelligent, moderne, cet objet clôt mon article d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

elise 06/04/2015 00:03

Bravo pour votre blog et merci pour toutes ces précieuses informations ! Cdt;

clovis simard 21/10/2012 02:28

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.20 - THÉORÈME la CHUTE. - La fin de l'Empire Romain.

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  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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