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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 21:43
682a0 Emmanuelle et Natacha, aéroport d'Athènes
 
Hier, nous sommes allés accueillir à l’aéroport d’Athènes ma grande fille, Emmanuelle, qui a pu dégager un trou de dix jours après les examens de ses étudiants de master et sa participation à un colloque, et avant de reprendre le collier. Aujourd’hui et les jours qui viennent, nous allons voir avec elle des sites majeurs, quitte à revenir par la suite pour approfondir et visiter d’autres sites voisins. Nous commençons par une journée au musée archéologique national d’Athènes.
 
682a1a Amphore cinéraire, 760-750 avt JC
 
682a1b Amphore cinéraire, 760-750 avt JC
 
Cette monumentale amphore funéraire en provenance du cimetière du Céramique, le grand cimetière de l’Athènes antique, date de la période géométrique tardive (760-750 avant Jésus-Christ). Le défunt est exposé sur le lit mortuaire comme le veut le rite et, mains sur la tête en signe de deuil, hommes et femmes le pleurent. On voit même, à droite juste à la tête du lit, un enfant dans la même position. Il paraît que ce que l’on voit au-dessus de la bière serait la représentation du linceul. Quoique très schématiques, ces formes sont extrêmement expressives.
 
682b1a Athlètes luttant, base d'un kouros funéraire, 510
 
682b1b Chien contre chat, base d'un kouros funéraire, 510
 
Sous la statue d’un kouros funéraire des alentours de 510 avant Jésus-Christ destiné à orner la tombe d’un athlète dans le cimetière du Céramique, la base de marbre est sculptée sur trois côtés. Ci-dessus, sur la première photo nous sommes à la palestre, et les deux lutteurs au centre sont en plein effort, tandis qu’à gauche cet homme est censé s’apprêter à sauter (curieuse façon de prendre son élan), son collègue du côté droit étant en train d’ameublir le sol pour la réception. Sur la deuxième image, on voit sous l’œil de deux adultes deux jeunes en train d’opposer un chien et un chat, que malgré tout ils tiennent en laisse l’un et l’autre. Probablement ne cherchent-ils pas à les faire se battre, mais ils s’amusent à les voir face à face. Ces deux scènes sont pleines de vie et de naturel.
 
682b2a Emmanuelle, musée archéologique d'Athènes
 
Je ne peux me contenter de ces deux bas-reliefs, le département des sculptures est trop riche d’œuvres admirables et intéressantes. Je ne suis pas le seul à le penser, Emmanuelle également prend photo sur photo.
 
682b2b Déméter, Triptolème, Perséphone, 440-430 avt JC
 
Ce relief votif de marbre est le plus grand qui nous soit parvenu. Il a été dédié vers 440 ou 430 avant Jésus-Christ au sanctuaire de Déméter et Perséphone à Eleusis. Au centre, c’est Triptolème qui reçoit de Déméter, à gauche vêtue d’un péplum et tenant un sceptre, des épis de blé, et qui est béni par Korè (Perséphone), à droite, vêtue d’un chiton, qui lui impose sa main droite sur la tête. Triptolème est un héros éleusinien lié au mythe de ces deux déesses. On sait comment Hadès a enlevé Perséphone près du lac de Pergusa en Sicile pour en faire sa femme aux enfers, aucune déesse ne souhaitant l’épouser pour aller vivre avec lui au séjour des morts. J’en ai parlé en Sicile l’été dernier, le 18 août à propos d’une stèle à Sélinonte, et le premier septembre en voyant le lac de Pergusa. Déméter, ne sachant pas ce qui était arrivé à sa fille, l’a cherchée partout sur terre. Arrivée à Eleusis, elle s’est présentée sous les traits d’une vieille femme près de la fontaine où les femmes allaient se ravitailler et où se trouvaient les filles du roi Céléos et de la reine Métanira, qui la conduisirent à leurs parents. Ces derniers la reçurent, lui offrirent l’hospitalité et lui proposèrent de l’employer pour s’occuper de leur plus jeune fils Démophon. La déesse, pour le rendre immortel, le mettait chaque nuit dans le feu. Mais une nuit, Métanira surprit ce rite et, effrayée, poussa un cri. Déméter, se retournant, lâcha Démophon, qui fut brûlé, survécut mais ne devint pas immortel. Déméter alors révéla sa vraie nature, aida Céléos à lui construire un temple et lui enseigna les rites de son culte. C’est ainsi qu’est né son sanctuaire à Eleusis. Puis, pour remercier la famille du roi de l’avoir ainsi accueillie avec hospitalité et confiance, elle donna à Triptolème, le fils aîné, un char tiré par des dragons ailés et lui remit le blé, lui demandant d’en répandre partout pour le bien de l’humanité. C’est ce que représente cette stèle, le moment où Déméter charge Triptolème de cette mission.
 
682b3 Relief funéraire, 4ème siècle avt JC
 
Cette stèle funéraire du second quart du quatrième siècle avant Jésus-Christ, sculptée dans le marbre, a été trouvée à l’ouest d’Athènes. L’inscription (au sommet, non visible sur ma photo) nous informe qu’il s’agit de la tombe de Polyxène, qui laisse son mari et sa famille dans l’affliction. Elle est représentée assise, penchée avec affection vers un jeune garçon, sans doute son fils, qui s’appuie sur sa cuisse, serrant une balle dans sa main. Derrière elle, une servante. On se représente généralement la condition d’esclave dans l’Antiquité comme extrêmement cruelle. Et certes, le maître avait droit de vie et de mort sur ses esclaves, certains maîtres étaient brutaux et violents, mais de nos jours il existe des maris brutaux avec leur femme, des parents tortionnaires, et la différence ne réside que dans la loi qui n’autorise pas ces comportements. Mais bien des maîtres intégraient les esclaves à leur famille, des affections se créaient, et notamment entre l’esclave chargé(e) des soins à l’enfant et cet enfant, qui devenu adulte conservait un lien fort avec sa nounou. Cela explique la présence de cette servante sur la stèle funéraire de sa maîtresse. Le 27 août dernier, au musée archéologique d’Agrigente (ville grecque de Sicile), nous avions vu ainsi le sarcophage d’un enfant décédé au deuxième siècle avant notre ère, et la nourrice était représentée caressant tendrement le petit mort.
 
682c1a Zeus ou Poseidon, 460 avt JC
 
682c1b Zeus ou Poseidon, 460 avt JC
 
Cette statue est extrêmement célèbre. Elle a été interprétée par les uns comme Zeus lançant la foudre et par d’autres comme Poséidon lançant son trident. Personnellement, j’aurais tendance à opter pour le premier, parce que la statue, trouvée au fond de la mer au cap Artemision au nord de la grande île d’Eubée (qui suit la côte est de la Grèce continentale), date des alentours de 460 avant Jésus-Christ et que dans ses représentations de l’époque classique Poséidon tient son trident verticalement comme un emblème, ou le brandit, mais ne s’apprête jamais à le lancer, le tenant horizontalement au-dessus de sa tête. Quoi qu’il en soit, son auteur non identifié est un très grand artiste, qui a rendu de façon admirable le mouvement du corps, les muscles, l’impression d’un geste puissant mais calme. Le visage, viril, pur, est de toute beauté. Et on l’imagine vivant, si ses yeux avaient été conservés.
 
 
682c2a Cheval et jockey, 140 avt JC
 
682c2b Cheval et jockey, 140 avt JC
 
682c2c Cheval et jockey, 140 avt JC
 
Tout aussi célèbre, ou presque, et provenant également du cap Artemision, ce groupe en bronze est beaucoup plus tardif, puisqu’il a été daté de 140 avant Jésus-Christ. Avec ses 2,50 mètres de long et 2,05 mètres de haut, c’est une très grande œuvre, grandeur nature, impressionnante. Le jeune garçon, lui, mesure 84 centimètres. Là encore, si les yeux du jeune jockey ainsi que ceux de l’animal avaient été conservés l’impression serait encore plus grande. Le cheval avait perdu sa queue, celle que nous voyons est une restitution récente.
 
Après avoir vu ce Zeus et ce cavalier, et avant de voir d’autres statues, je voudrais faire une remarque sur la muséographie. Beaucoup des œuvres exposées dans ce merveilleux musée ne sont pas seulement intéressantes sur un plan de l’histoire de l’art, mais elles sont d’une beauté émouvante. Le vrai art, le grand art, touche l’émotion. C’est le cas ici, du moins pour moi. Mais une grande part de l’effet est gâché par la présentation. À moins d’être un géant, on est toujours trop bas pour que la partie supérieure de ce Zeus juché sur un haut socle ne soit pas sur le fond d’une fenêtre par laquelle entre la lumière brillante du ciel grec. Autour de son corps sombre de bronze, apparaissent sur les murs, tout autour de la salle, des stèles et des sculptures de marbre clair. Cela casse l’effet. Quant au groupe du cavalier, lui aussi est partiellement devant une fenêtre si on le regarde de face ou de trois quarts, et de grandes statues de marbre, sans aucun rapport avec lui, apparaissent en arrière-plan. J’ajoute enfin que le mur, juste en face, est peint en framboise écrasée, ce qui ne serait pas mal pour faire ressortir le bronze, mais juste à côté le mur est blanc de sorte que si l’on n’est pas placé au niveau de l’épaule du cheval, l’œil fixé droit devant, mais même seulement un peu décalé vers la tête, le groupe est partiellement sur le rouge et partiellement sur le blanc. C’est pourquoi je me suis appliqué à détourer ces deux sculptures et d’autres que je vais montrer maintenant pour les mettre sur un fond noir ou sur un fond blanc, beaucoup plus neutre. En comparant mes photos originales et mes photos retouchées sur Photoshop, on se rend compte de ce que l’on perd lorsque l’on est face aux œuvres réelles. Bon. J’ai déversé ma bile, je reprends maintenant.
 
682c3a Pâris et la pomme de Discorde, 340-330 avt JC
 
682c3b Pâris et la pomme de Discorde, 340-330 avt JC
 
Pâris, le fils cadet de Priam le roi de Troie, est responsable de la célèbre guerre qui a duré dix ans et s’est achevée par la ruine et la destruction de la ville. Lorsque sa mère, Hécube, était enceinte de lui, elle se vit en rêve accouchant d’une torche qui enflammait la citadelle, présage évident que l’enfant qu’elle portait causerait la perte de Troie. Alors Priam l’exposa dans montagne, pratique courante pour se débarrasser d’un enfant non souhaité, sans se salir les mains avec un meurtre. Il mourra de faim, de froid ou dévoré par des bêtes sauvages mais on n’aura pas commis le geste qui tue. La même chose est arrivée à Œdipe. Mais Pâris a été allaité quelques jours par une ourse puis, comme Œdipe, il a été recueilli par des bergers. Devenu adulte, et grand, et beau, et fort, il est retourné à la ville et s’est fait reconnaître. Finalement, le père a été heureux et soulagé que son fils soit vivant, et il lui a rendu sa place dans la famille. Fin du premier épisode. Le deuxième épisode se joue lorsque les dieux sont en train de banqueter sur l’Olympe pour célébrer les noces de Thétis et de Pélée et que Éris –la Discorde– jette au milieu d’eux une pomme d’or, disant qu’elle devrait être donnée à la plus belle d’entre Athéna, Héra et Aphrodite. Évidemment, personne ne voulut prendre le risque d’arbitrer le débat, aussi Zeus envoya-t-il Hermès dire à Pâris de s’en charger. Pâris voulut s’enfuir pour se soustraire à une telle charge, mais Hermès lui dit que c’était un ordre de Zeus, et qu’un ordre du roi des dieux ne se discute pas. Preuve qu’en imaginant leurs mythes les Grecs ne croyaient pas trop en l’impartialité de la justice, chacune des trois déesses promit à Pâris de grands avantages s’il la choisissait, Héra la possession de toute l’Asie, Athéna la sagesse et la victoire dans tous les combats, Aphrodite l’amour de la belle Hélène, fille de Léda aimée de Zeus déguisé en cygne, et sœur de Clytemnestre et des Dioscures Castor et Pollux. Et Pâris opta pour l’amour d’Hélène, il désigna Aphrodite comme la plus belle. Mais en regardant ses statues (Aphrodite de Cnide, Aphrodite accroupie, Aphrodite Callipyge, etc.) il faut bien reconnaître qu’elle n’est pas mal fichue. Si je raconte tout cela, c’est pour en venir à cette statue de Pâris (vers 340-330 avant Jésus-Christ), dont la main tenait la pomme de discorde. Ici, les yeux ont été conservés, et l’on peut se rendre compte à quel point ce regard est extraordinairement vivant. Est-il besoin de raconter l’épisode suivant ? Accompagné d’Énée, un Troyen illustre fils d’Aphrodite, Pâris abandonne sa maîtresse la nymphe Oenonè et part immédiatement pour Sparte où Hélène est la femme du roi Ménélas. Ils sont reçus au palais avec la plus généreuse hospitalité et Ménélas qui doit se rendre en Crète confie ses hôtes à sa femme. La beauté de Pâris encore aiguisée par Aphrodite, le luxe oriental dont il est entouré, les riches présents qu’il offre à la reine ne tardent pas à faire effet sur le cœur d’Hélène, qui abandonne sa fille Hermione âgée de neuf ans et s’enfuit avec Pâris. D’où la guerre et tout le reste.
 
682d1 Artémis de Délos, 650 avt JC
 
682d2 Korè d'Aristion, 550-540 avt JC
 
682d3 Statue de kouros archaïque, 540-530 avt JC
 
À présent, voici trois statues archaïques. La première, des alentours de 650 avant Jésus-Christ, a été trouvée à Délos, dans le sanctuaire d’Artémis et pour cette raison elle a été interprétée comme représentant très probablement la déesse. C’est l’une des plus anciennes statues monumentales de pierre que l’on connaisse. Sa cuisse gauche est gravée d’une inscription qui nous informe qu’elle avait été dédiée à Apollon –le frère jumeau d’Artémis– par Nikandre, de Naxos.
 
Un siècle plus tard, vers 550-540, apparaît la Korè (au sens de jeune fille, pas nécessairement la déesse Perséphone) de ma seconde photo. Trouvée en Attique, elle surmontait la tombe d’une certaine Phrasikléia. Elle est due au sculpteur Aristion, de Paros (et elle est en marbre de Paros). On peut encore voir, peintes sur son vêtement, diverses décorations, des rosettes, des svastikas, etc. Ici, le style archaïque a atteint sa pleine maturité. J’aime particulièrement la façon dont elle tend sur sa cuisse le chiton qui lui colle au corps dont il épouse les formes. Ce que l’on appelle un chiton, c’est cette sorte de longue chemise ceinturée à la taille, et qui était en usage chez les Grecs, aussi bien les hommes, chez qui toutefois il était plus court, que les femmes.
 
Le kouros de ma troisième photo est à peine plus tardif, 540-530. C’était, comme la korè de ma photo précédente, une statue funéraire de la même nécropole d’Attique. Je leur trouve à tous deux des traits assez asiatiques, comme d’habitude sur les statues archaïques. Mais c’est pour le modelé du corps, la reproduction de la musculature, la perfection formelle que j’ai choisi de le montrer. Je trouve que si l’on voit clairement comment la statuaire a évolué entre la première statue et les deux autres, mis à part l’état d’érosion de la pierre, on reconnaît bien cependant la filiation dans l’inspiration, la posture, l’exécution.
 
682d4 Sirène, statue funéraire, 370 avt JC
 
Cette sirène est une statue funéraire provenant du cimetière du Céramique d’Athènes, où elle honorait un cavalier athénien du nom de Dexiléo tombé au combat en 394-393 avant Jésus-Christ. La sculpture doit être de 370 environ. Ailes dressées, elle tient la lyre dans une main, et dans l’autre main, cassée, elle devait tenir le plectre. On voit que la surface de l’instrument est lisse, les cordes ne sont pas figurées, c’est parce qu’elles étaient ajoutées, en bronze probablement. Je profite de cette représentation pour préciser que ce n’est qu’à partir du huitième siècle de notre ère que la sirène à queue de poisson apparaît. Dans l’Antiquité, c’était un être à corps d’oiseau et à tête de femme, qui peu à peu a évolué vers un corps de femme ailée dont seule la partie inférieure était en forme d’oiseau, comme sur cette statue. La plupart du temps, le sculpteur rendait les plumes des jambes par un relief, tandis que sur cette sirène-ci les plumes étaient peintes.
 
682d5 Le Petit Réfugié, 1er siècle avt JC
 
Avec ce jeune garçon nu sous sa cape à capuchon et qui serre sur son cœur son petit chien, nous sommes en Asie Mineure, au premier siècle avant Jésus-Christ. Des réfugiés grecs, fuyant de l’Asie Mineure en 1922, avaient emporté avec eux cette statue comme un symbole, et l’avaient surnommée Le Petit Réfugié. Quelle qu’ait été l’intention de l’artiste, tombe, orphelinat ou exil, ce petit garçon étreignant son chien comme son seul compagnon et son seul bien est extrêmement poignant.
 
682d6a Aphrodite, Pan et Eros, vers 100 avt JC
 
682d6b Aphrodite à la sandale, vers 100 avt JC
 
682d6c le dieu Pan, vers 100 avt JC
 
J’adore cette statue des alentours de 100 avant Jésus-Christ provenant de l’île de Délos. Le dieu Pan, avec ses cornes, son visage de monstre et ses pieds de bouc, toujours plein d’appétits sexuels, fait des avances érotiques très directes à Aphrodite. Je citais quelques représentations de cette déesse tout à l’heure au sujet du choix qu’en avait fait Pâris comme étant la plus belle, et je disais qu’elle était fort bien faite. Ce n’est pas cette statue qui me démentira. Elle, sandale levée en geste de menace, rejette les avances de Pan et son fils Éros, l’Amour ailé, l’aide à repousser le dieu entreprenant. Pudiquement, la déesse pose une main sur son bas-ventre, mais rien dans son attitude ne marque de la peur, rien dans sa position n’indique un désir de fuir, et le demi-sourire de ses lèvres la montre plutôt amusée de l’aventure. Non, elle ne veut pas de Pan, mais elle n’a rien non plus de la farouche Artémis pour qui la sexualité est quelque chose de strictement étranger et interdit. Cette scène, avec tout ce qu’elle contient de jeu, d’ambiguïté, de réalisme aussi, est très savoureuse et c’est pourquoi, en plus de sa remarquable beauté formelle, elle me plaît tant.
 
682d7 Ménade endormie, entre 117 et 138 après JC
 
Superbe également est cette ménade endormie qui date de l’époque de l’empereur Hadrien, soit entre 117 et 138 de notre ère, et qui provient du sud de l’Acropole d’Athènes. On suppose qu’elle ornait une luxueuse résidence. Le visage est d’une grande beauté, aux traits calmes dans le sommeil, le corps abandonné avec une jambe repliée sur l’autre suit le mouvement de la roche sur laquelle il repose et dont il est isolé par une couverture ou une peau d’animal. Et puis l’artiste, visiblement, a voulu attirer le regard sur ces superbes fesses au galbe parfait, bien rondes sans une once de graisse, et qui sont tournées vers nous au centre de la composition, les autres éléments étant en position secondaire, la tête partiellement cachée par le bras dans le creux duquel elle repose, la poitrine sur la couverture. Et je ne montre pas la photo que j’ai prise de l’autre face car il est clair que cette sculpture était destinée à être vue de ce côté-ci, l’autre côté étant beaucoup moins travaillé et ne montrant rien de la beauté de la ménade.
 
682e Antinoos, entre 130 et 138 après JC
 
Nous sommes encore à l’époque d’Hadrien puisque ce buste est celui d’Antinoüs, son favori qu’il aimait au point de le faire diviniser après sa mort, noyé dans le Nil en 130. Il était originaire de Bithynie, en Asie Mineure (actuelle Turquie), mais on ne sait ni quand il est né (selon ses portraits il porte une petite vingtaine d’années à sa mort ce qui le ferait naître vers 110), ni quand l’empereur l’a rencontré (on suppose que c’est vers les années 120-122, lorsque le garçonnet avait une dizaine d’années). Les circonstances de sa mort sont restées assez mystérieuses, parce que son corps a été retrouvé dans un endroit où le fleuve est peu profond. Le suicide n’est généralement pas retenu, quoique sur tous ses portraits Antinoüs soit représenté pensif, voire mélancolique, les yeux baissés, et Hadrien a toujours vu dans cette noyade un accident, mais Aurelius Victor, qui a vécu au quatrième siècle, dans son Histoire auguste avance l’hypothèse d’un meurtre rituel où le jeune homme se serait offert en victime propitiatoire pour donner à Hadrien les années qu’il sacrifiait de sa propre vie. Après sa mort, partout dans l’Empire Hadrien a fait ériger statues et bustes afin qu’on rende un culte au dieu Antinoüs. La représentation ci-dessus doit donc être datée dans une fourchette de huit ans, entre la mort d’Antinoüs en 130 et celle d’Hadrien en 138.
 
682f1 Tête d'Athéna, après 430 avt JC
 
682f2 Boxeur, Olympie, 330-320 avt JC
 
682f3 Bion le Borysthénite, philosophe cynique, vers 240 a
 
Je devrais arrêter là mes photos de sculptures, mais je ne peux résister à l’envie d’en montrer encore cinq. Mais d’abord les trois ci-dessus, une tête d’Athéna sculptée dans le marbre au deuxième siècle de notre ère, mais copiant fidèlement une œuvre de Phidias datant d’après 430 avant Jésus-Christ (près de la Pnyx, à Athènes) ; cette remarquable tête de boxeur en bronze, vainqueur aux Jeux Olympiques (il a été trouvé à Olympie, il a le nez cassé des boxeurs et il porte la couronne d’olivier des champions), que l’on identifie au célèbre boxeur Satyros d’Élide qui a plusieurs fois remporté la couronne à Olympie, à Delphes aux Jeux Pythiques et à Némée (trois des quatre lieux de Grèce organisateurs de jeux panhelléniques, le quatrième étant Corinthe avec les Jeux Isthmiques), œuvre du sculpteur athénien Silanion vers 330-320 ; et enfin cette impressionnante tête de philosophe trouvée dans l’épave d’un navire près d’Anticythère, une petite île en face de Cythère, tout au bout du Péloponnèse, bronze réalisé vers 240 avant Jésus-Christ et représentant selon toute vraisemblance Bion de Borysthène, en Scythie, un philosophe cynique ("Le mal, c’est de ne pas être capable de supporter le mal", "À quoi bon nous arracher les cheveux quand nous sommes dans la peine, car dans ces circonstances la calvitie n’est pas un remède efficace"…) qui a vécu au troisième siècle avant Jésus-Christ.
 
682f4 Portrait d'un prêtre, 50-25 avt JC
 
682f5 Statue d'Auguste (détail), 12-10 avt JC
 
Les deux dernières sculptures sont d’époque romaine, à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. La première est un marbre trouvé à Athènes et réalisé entre 50 et 25 avant Jésus-Christ, représentant une tête d’homme à la chevelure ébouriffée ceinte d’une couronne de laurier qui le désigne comme un prêtre. De quel sanctuaire, ni le lieu où on l’a trouvé ni aucun attribut ne permet de le déterminer, mais les traits du visage pleins de personnalité ne peuvent être ceux d’un type général, et sont sans aucun doute à la ressemblance d’un individu particulier. Ma seconde photo représente la tête de l’empereur Auguste (29 avant Jésus-Christ – 14 de notre ère), mais en réalité ce n’est qu’un détail d’une statue dont j’ai coupé le corps, qui a été trouvée en mer Égée au large de l’île d’Eubée. La statue portant au doigt une bague sur la monture de laquelle est gravé un groupe de personnes liées à la divination, on peut associer cette statue à la charge de pontifex maximus, prêtre suprême, fonction religieuse la plus haute, que l’empereur s’est attribuée en 12 avant Jésus-Christ, ce qui permet de dater ce bronze des années 12 à 10 environ.
 
682g1a Masque dit d'agamemnon, 16e siècle avt JC
 
682g1b Masque funéraire, 16e siècle avt JC
 
Une salle du musée est réservée à l’époque mycénienne avec des objets provenant du Péloponnèse et de Crète. Ce masque dit d’Agamemnon, en or repoussé, on le voit partout en reproduction, il n’est pas un livre traitant de l’époque mycénienne qui ne le montre. Et puis ici on franchit une porte et on tombe devant une vitrine où il se trouve, en vrai. Quelle émotion ! Là, sous mes yeux, cette pièce vieille de 3600 ans que je ne connaissais que par des photos. On distingue sous les oreilles deux petits trous, qui laissent penser que le masque était fixé sur le visage du défunt par une ficelle nouée autour de sa tête. La tombe où il se trouvait date du seizième siècle alors qu’Agamemnon et la Guerre de Troie se situent au treizième siècle, ce qui veut dire que son attribution au roi de Mycènes est erronée.
 
L’autre masque, de la même époque et trouvé dans une autre tombe disposée dans le même cercle, est le seul qui soit représenté les yeux ouverts, tous les autres masques mortuaires en or de ce cercle de tombes ayant les paupières closes. De plus, ce masque est souriant, ce qui est très inhabituel.
 
682g2 Dague mycénienne avec paysage nilotique
 
Cette très belle lame de dague trouvée dans la même tombe que le masque dit d’Agamemnon est ornée de scènes du Nil, au milieu de fleurs de papyrus on voit des félins qui chassent des oiseaux. Peut-être cette dague a-t-elle été utilisée pour chasser, peut-être aussi a-t-elle été plongée dans des corps humains.
 
682g3 Vase lion, Mycènes, 16e siècle avt JC
 
682g4 Vase cerf, Mycènes, 16e siècle avt JC
 
682g5 Vase lion en terre, Mycènes
 
Ci-dessus ces photos représentent trois vases. Le premier vase est un rhyton, vase rituel en forme de tête de lion en or, et les libations s’écoulaient par le trou que l’on voit au bout du museau. Avec ce cerf en argent, nous sommes toujours dans les mêmes tombes, mais il s’agit d’un récipient hittite dont l’ouverture se situe dans la croupe de l’animal. Puis un artisan local a tenté de transformer ce récipient en vase à libations en perforant le museau (on voit un gros trou dans la narine droite du mufle de l’animal), mais il n’y est pas parvenu car la partie antérieure de la tête n’est pas creuse, comme il l’escomptait probablement. La troisième photo montre un autre rhyton en forme de tête de lion, mais en terre cuite celui-là. On distingue le petit trou sous les naseaux, juste au-dessus de la gueule. Il était d’usage de donner à ces vases appelés rhytons destinés aux libations rituelles des formes d’animaux ou de têtes d’animaux.
 
682h1 Tablette en linéaire B
 
682h2 Tablette en linéaire B
 
La brillante civilisation mycénienne (Mycènes, Tirynthe) et crétoise a disparu assez soudainement, avec l’incendie des palais. Pourquoi, comment, on ne le sait pas, on a supposé qu’une terrible éruption volcanique y a mis fin, l’explosion du volcan de l’île de Santorini. Des tablettes d’argile portant des inscriptions dans un alphabet que jusqu’au milieu du vingtième siècle on ne parvenait pas à déchiffrer ont cuit dans ces incendies, conservant jusqu’à nos jours ces textes que l’on attribuait à des non-Grecs, à des préhellènes apparentés aux Étrusques. L’écriture était horizontale, ce qui l’a fait appeler linéaire. Et linéaire B… parce qu’il y en avait une autre qui était le linéaire A. Déjà, au dix-neuvième siècle, Schliemann avait découvert les ruines de Troie et celles de Mycènes, montrant que les épopées homériques pouvaient avoir une base historique. Puis en 1952 un anglais du nom de Michael Ventris, architecte de son état si je me souviens bien, a découvert qu’il s’agissait en fait d’une écriture syllabique (le nombre de signes était trop important pour correspondre à des sons individuels, alors que si l’on utilise quatre signes différents pour MA, ME, MO, MU, quatre pour GA, GE, GO, GU et quatre pour KA, KE, KO, KU, cela représente douze syllabes et seulement sept lettres associant de façons diverses trois consonnes et quatre voyelles. Par des rapprochements, il a enfin déchiffré cet alphabet syllabique et découvert qu’il recouvrait du grec. Révolution dans la connaissance historique du monde méditerranéen, les civilisations mycénienne et crétoise étaient grecques. De plus, à Mycènes, il est clair que l’on doit lire le nom d’Agamemnon dans le mot A-KA-GA-MU-NAS et celui d’Étéocle (la métrique des vers d’Homère nous fait comprendre que la forme ancienne de ce nom était ETEWOKLEWES) dans le syllabique A-TA-WA-KA-LA-WAS. Ainsi donc, ces personnages auraient réellement existé. Peu à peu, au fil des découvertes, les mythes deviennent réalité. C’est fascinant. Et c’est pourquoi, après avoir étudié cela il y a tant d’années, je m’en souviens encore avec précision. Mais je suis bien incapable, personnellement, de lire ces tablettes, et je suis contraint de me reporter à l’étiquette explicative située en-dessous. La première associe à des noms d’hommes des noms de plantes aromatiques, cumin, coriandre, fenouil, sésame, safran. La seconde, dont des dessins placés dans la vitrine représentent le recto et le verso, évoque l’ordre donné par une jeune femme de tisser ou de teindre une certaine quantité de laine. Émouvant, d’entrer ainsi dans la vie du palais dans ce qu’elle a de plus quotidien.
 
682i1 Fresque des enfants boxeurs, Akrotiri (Crète), 16e s
 
682i2 Fresque des antilopes, Akrotiri (Crète), 16e siècle
 
Nous voici dans l’île de Santorin, chez les Minoens. Fouillant Akrotiri en 1939 pour tenter de confirmer sa théorie que l’éruption et l’explosion du volcan de Santorin, l’antique Théra, avait été la cause de la disparition de la civilisation minoenne (sans avoir trouvé de preuves déterminantes), l’archéologue Spyridon Marinatos a mis au jour un établissement du seizième siècle avant Jésus-Christ fort bien conservé avec des édifices à plusieurs étages et une multitude d’objets. Les fresques des deux photos ci-dessus proviennent de la même pièce d’un bâtiment. Sur la première, deux jeunes garçons s’exercent à la boxe, ils ont revêtu d’un gant de boxe leur main droite. On remarque que pour tout vêtement ils portent une ceinture, et que leur crâne est rasé, ne préservant que deux longues mèches à l’arrière du crâne et un petit toupet sur le front. Par ailleurs, le garçon de gauche porte un fin collier, un bracelet enserre son bras gauche au niveau du biceps et il a un autre bracelet à la cheville droite. Ces ornements de bijouterie sont le signe d’un rang social élevé, et ces deux lutteurs ne sont donc pas d’un même niveau. L’autre fresque, utilisant les mêmes couleurs et probablement œuvre du même artiste, représente deux antilopes. Le trait est ferme, la ligne est souple, le dessin est très décoratif. On est émerveillé lorsque l’on voit la qualité artistique de ces fresques, qui interdisent d’appeler primitifs des peuples capables de telles réalisations.
 
Longtemps, je me suis demandé quelle image de poterie, sculpture, fresque, pourrait être le sujet de ma conclusion. Quelle pouvait être l’œuvre la plus puissante de ma présentation. Ce musée présente tant et tant de merveilles que je n’ai pas su choisir. Alors puisque cette pièce présentant des témoignages du seizième siècle avant Jésus-Christ est la dernière de ma visite, je ne cherche pas davantage, ce sera l’ordre chronologique qui fera le choix, et je terminerai sur ces superbes fresques.

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Published by Thierry Jamard
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Jean-Marie LETIENNE 06/05/2011 20:49


Que c'est beau, il va falloir que j'y retourne !!!


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