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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 01:48
Non loin du Parlement d’Athènes se trouve le musée Benaki, le musée privé d’un collectionneur. Nous ne pouvions pas imaginer qu’il puisse être si riche, il nous a fallu y passer deux journées. Et puis, en regardant mes photos ensuite, ma sélection pour ce blog en comportait environ quatre-vingts. Alors j’ai décidé de diviser arbitrairement ce nombre par quatre et, finalement, de choisir un peu au hasard puisque tout ou presque mériterait d’être montré. Ce collectionneur privé ne s’est pas donné de thème, il a acquis tout ce qui l’intéressait, et comme il avait de vastes champs d’intérêt les collections sont de toutes les époques depuis le néolithique jusqu’au vingtième siècle, statues, peintures, gravures, objets d’art, outils, costumes régionaux, et de provenances très diverses, Grèce continentale, Crète, Cyclades, Macédoine, Thrace, Égypte… Alors voici un minuscule aperçu des collections.
 
692a1 Athènes, musée Benaki, homme 6500-5800 avt JC
 
692a2 Athènes, musée Benaki, torse féminin 6500-5300 avt
 
Commençons par le plus ancien. La première photo représente un torse masculin assis en terre cuite datant de 6500 à 5800 avant Jésus-Christ. La fourchette de 700 ans est large, mais de toute façon cela représente environ huit millénaires en arrière, ce qui est fabuleux. Les représentations masculines sont relativement rares au Néolithique. On voit que celui-ci a le ventre bien rond, c’est paraît-il pour signifier qu’il est d’âge mûr.
 
La seconde image représente à gauche un torse féminin de même époque environ, quoique la fourchette proposée par les archéologues soit encore plus large (6500 à 5300), et à droite, en plâtre, la reconstitution de ce que l’on suppose pouvoir avoir été la terre cuite originale, en bon état. N’étant absolument pas spécialiste, je fais une remarque de néophyte : la cassure au niveau des cuisses est dans un plan vertical, ce qui, pour moi, indiquerait que cette statuette, comme celle de l’homme, est en position assise. Par ailleurs, la reproduction est assez imprécise puisque sur l’original la main droite, qui est toujours en place, ne touche pas le sein alors que sur la copie elle le soulève. Cette figurine est en provenance de Larissa, en Thessalie (au nord de la région de Grèce Centrale ; Athènes, Thèbes, Delphes sont "en dessous" de la Thessalie, Thessalonique "au-dessus" ; c'est à l’est de l’Épire, à peu près en face de Ioannina).
 
692a3 Athènes, musée Benaki, Kourotrophos 750 avt JC
 
Cette statuette de bronze des alentours de 750 avant Jésus-Christ et réalisée dans un atelier du Péloponnèse est extrêmement rare. C’est une kourotrophos, c’est-à-dire une femme allaitant un enfant, cette femme étant en fait une divinité. Ce n’est pas cela qui est rare, mais le fait que la kourotrophos soit à cheval. Fécondité, allaitement, nourriture, ces cultes sont toujours liés à la terre, c’est toujours chthonien. Or le cheval est souvent considéré comme un animal chthonien, ce qui peut expliquer le lien.
 
692a4 Athènes, musée Benaki, cavaliers (poterie 675-600
 
C’est en Crète qu’a été modelée entre 675 et 600 avant Jésus-Christ la poterie dont nous voyons ici un fragment, qui représente un cavalier. Je trouve cette représentation très belle, la longue queue du cheval et sa crinière peignée, le mouvement du cavalier qui flatte la croupe de sa monture.
 
692b Athènes, musée Benaki, satyre ithyphallique 580 avt
 
Cette kylix des alentours de 580 avant Jésus-Christ est une coupe attique à figure noire représentant un satyre ithyphallique, qui tient en main une corne. Il est possible que cette corne soit destinée à recevoir du vin et à lui servir de verre à boire, car outre ses attributs sexuels bien évidents, il a une trogne de buveur en train de faire carrousse.
 
692c Athènes, musée Benaki, casque laconien ou arcadien
 
Ce curieux casque en cône de 450-425 avant Jésus-Christ provient du Péloponnèse, Laconie ou Arcadie, et a été trouvé à Dodone. Sa forme est faite pour évoquer celle des couvre-chefs de laine portés par les chasseurs et les marins.
 
692d1 Athènes, musée Benaki, pyxide 440-430 avt JC
 
Cette grande pyxide attique à figures rouges date de 440-430 avant Jésus-Christ. Sur tout le pourtour elle représente des scènes de femmes à la toilette au sein du gynécée. Ainsi, elle ne se contente pas d’avoir une forme élégante ni d’être peinte de façon esthétique, elle constitue en outre une représentation de ce qu’était la vie quotidienne des femmes de la haute société, voire de classe moyenne, dans les appartements qui leur étaient réservés.
 
692d2 Athènes, musée Benaki, adieu, stèle funéraire
 
Ce petit fragment d’un relief qui ornait une tombe attique de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ est extrêmement émouvant. C’est la poignée de main d’adieu du mort à ceux qui restent. Il s’agit d’une scène que les Grecs appelaient la dexiosis. La sculpture, en marbre, est en outre très belle, très fine, faisant apparaître les veines sous la peau.
 
692d3 Athènes, musée Benaki, Dionysos et Ménades
 
Concernant la scène représentée sur ce miroir pliant des alentours de 310 avant Jésus-Christ, les archéologues ont un doute. Ils proposent deux hypothèses. L’homme assis au centre, qui tient à la main une couronne tressée et qui s’appuie sur deux femmes, pourrait être Dionysos entre deux Ménades. Mais certains voient plutôt Adonis entre Aphrodite et Perséphone. On se rappelle peut-être la légende d’Adonis que j’ai racontée dans mon article du 24 juin dernier, à Pæstum. Myrrha, à qui Aphrodite a inspiré un amour incestueux pour son père, se glisse dans son lit à la faveur de la nuit et se retrouve enceinte de ses œuvres. Lui, se rendant compte après coup de l’inceste veut tuer sa fille, mais Aphrodite la sauve en la transformant en arbre à myrrhe. Adonis est né lorsque l’écorce a éclaté. Aphrodite l’a confié à élever à Perséphone, qui s’est attachée à lui et a refusé de le rendre quand il a été grand. C’est Zeus qui a tranché, un tiers de l’année avec Perséphone chez Hadès, un tiers avec Aphrodite et les quatre derniers mois où il veut. Et il choisit Aphrodite. Si les spécialistes qui ont examiné ce miroir envisagent qu’il s’agit d’Adonis, je veux bien, mais pour moi il est très difficile d’admettre qu’il soit ainsi languissamment étendu entre les deux déesses, car il n’est pas avec elles deux simultanément, et de plus sa relation avec Perséphone n’est pas érotique, comme le laisse penser cette position. Personnellement, je penche donc clairement pour Dionysos.
 
692d4 Athènes, musée Benaki, Pan menant une chèvre au sa
 
Ici, la légende ne laisse pas de doute, on nous dit que ce miroir pliant de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou du début du troisième représente une Panisque menant une chèvre à l’autel pour y être sacrifiée. Or une Panisque est une jeune fille satyre, avec les mêmes attributs, les pieds de bouc notamment. Reste que je ne suis pas sûr du tout que ce soit une Panisque. Ce que je lui vois de poitrine ressemble plus à des muscles pectoraux, et le relief est suffisamment prononcé pour que l’on puisse distinguer un petit sexe masculin sur le bas-ventre. Si ce n’est pas le dieu Pan, alors c’est un satyre. L’arbre pour donner du relief au décor, le geste décidé de Pan pour tirer la chèvre qui, sentant ce que l’on attend d’elle, refuse d’avancer, tout cela est joli, plein de mouvement et de vie.
 
692d5 Athènes, musée Benaki, Dionysos et Aphrodite, plaqu
 
C’est en Égypte, et à l’époque romaine, que s’est développée la mode des petites plaques en os représentant la plupart du temps Dionysos ou Aphrodite, et destinées à décorer des meubles ou des coffrets de toilette pour les femmes. Souvent, pour la représentation de ces dieux, les artistes s’inspirent de grandes statues de sculpteurs célèbres. C’est ainsi que le Dionysos, à gauche, s’inspire de l’Apollon Lykeios sculpté par Praxitèle au quatrième siècle. Il devait être cloué sur un meuble car on remarque les deux gros trous, en haut du cou et au creux du jarret. Quant à Aphrodite, à droite, qui devait être collée parce que l’on n’y voit pas de marques de fixation, je ne lui reconnais pas de modèle célèbre.
 
692e Athènes, musée Benaki, portrait funéraire sur toile
 
Ce portrait funéraire a été peint sur toile de lin avec des pigments mêlés à de la cire. Le trait est ferme, le dessin rend bien l’expression, la palette des couleurs est très nuancée, c’est à mon avis une œuvre d’excellent artiste, qui de plus maîtrise remarquablement la technique. Par ailleurs, une peinture sur toile de cette sorte restitue mieux la sensibilité du modèle qu’une statue de marbre, aussi est-il émouvant de voir ici, vivant, cet homme mort dans le second quart du troisième siècle avant Jésus-Christ.
 
692f1 Athènes, musée Benaki, saints guerriers 13e siècle
 
Laissons l’Antiquité pour venir à l’époque byzantine. Cette plaque calcaire du treizième siècle décorait l’extérieur d’une église d’Amaseia, en Asie Mineure. Une inscription nous donne le nom de ces deux guerriers qui sont des saints puisqu’ils ont des auréoles, ils se nomment Théodore et Georges. Et leurs lances convergent pour transpercer le cou de leur ennemi qui est à terre. Je leur trouve un air pas commode, à ces saints, et pourtant il paraît que cette sculpture aurait un rôle apotropaïque (du grec ancien APO + TREPO = je détourne, c’est donc une fonction de protection, pour détourner le mal, comme cet œil peint sur la carène des navires de l’Antiquité, dit "œil apotropaïque", destiné à conjurer les périls de la mer). Il n’empêche, ils n’ont rien de rassurant.
 
692f2 Athènes, musée Benaki, Hospitalité d'Abraham voir
 
Dans mon article du 16 janvier dernier, j’ai cité le passage de la Bible où Abraham offre l’hospitalité à trois anges de passage qui, après Jésus et le Nouveau Testament, sont interprétés comme symbolisant la Trinité. Nous en avons ici une représentation datant du dernier quart du quatorzième siècle, sans aucun doute provenant d’un bon atelier de Constantinople. Je trouve élégante cette peinture, gestes, couleurs, composition.
 
692f3 Athènes, musée Benaki, Annonciation 16e siècle
 
Il est intéressant de voir la différence de représentation de l’Annonciation dans le monde byzantin, orthodoxe, et dans le monde latin, catholique. L’attitude de Marie recevant la nouvelle tient sans doute à la place de la femme dans le société, car ici elle reçoit Gabriel debout, tête baissée, en attitude d’acceptation soumise, alors que l’ange est tout en mouvement. C’est une œuvre du seizième siècle réalisée par un atelier crétois.
 
692g1 Musée Benaki, grecque de Constantinople (18e s.)
 
Cette peinture à l’huile est attribuée à Jean Van Moor (1671-1737) qui l’aurait réalisée au début du dix-huitième siècle. Elle représente une bourgeoise grecque de Constantinople, district de Phanari. Il est amusant de se représenter ainsi la vie de cette ville à cette époque. On voit que le style vestimentaire est très oriental.
 
692g2 Musée Benaki, couronne de mariage (19e s.)
 
Cette couronne de mariage date du dix-neuvième siècle. Elle est en argent. Là encore, on peut se représenter une cérémonie qui n’a rien de commun avec celle de chez nous à la même époque. Parfois, les jeunes mariés offraient la couronne à leur paroisse comme vœu.
 
692g3 Musée Benaki, le Bazar d'Athènes (19e s.)
 
C’est également parce qu’elle donne une idée de la vie que j’ai choisi de montrer cette aquarelle d’Edward Dodwell (1767-1832) qui représente le Bazar d’Athènes au début du dix-neuvième siècle. Nous sommes donc avant la lutte pour l’indépendance, Athènes est une ville de province dépendant de l’Empire Ottoman, le Bazar est le quartier turc et musulman, on voit un haut minaret effilé, et les gens dans la rue en costume oriental, mais les femmes au premier plan à gauche ne sont pas voilées, alors que trente ou quarante ans plus tard, en 1843, à Constantinople, Gérard de Nerval dans son Voyage en Orient dit que seuls leurs yeux apparaissent entre les plis du voile. Mais il est possible que, même dans ce quartier turc, ces femmes soient des Grecques.
 
692h1 Musée Benaki, costumes Dodécanèse, Péloponnèse,
 
692h2 Musée Benaki, costumes Siphnos, Missolonghi, Andros
 
Et puis je terminerai mon article d’aujourd’hui avec ces costumes locaux. Le musée Benaki présente dans nombre de grandes vitrines des foules de mannequins habillés de tenues provenant d’un peu partout dans le monde grec, donnant une idée de la diversité et de la beauté des vêtements en usage, non seulement pour les fêtes ou les cérémonies et en ville, mais aussi à la campagne et pour tous les jours. Il est inutile que je décrive ce que l’on voit ou que je commente tissus, couleurs ou coupes. Il suffit que je dise à quelle région se rapporte chaque vêtement.
 
La première photo à gauche, dans la première série, est une tenue de mariée d’Astypalaia, dans le Dodécanèse. Au milieu, cet homme porte la jupe courte que l’on voit chez les gardes du Parlement d’Athènes, appelée Phoustanéla, et qui était la tenue habituelle des hommes du Péloponnèse. Sur la photo de droite, ces deux femmes sont de Chypre, celle de gauche est de Karpasi, à la campagne, tandis que celle de droite est de la ville.
 
Dans la seconde série, la femme de gauche porte un costume urbain de l’île de Siphnos dans les Cyclades de l’ouest, à peu près à mi-chemin entre Athènes et Santorin. Au milieu, nous sommes sur le continent, à Missolonghi, et ce costume a été porté par une femme de la famille d’un général, donc d’un milieu bourgeois. Et je terminerai, à droite, avec ce costume urbain de l’île d’Andros, une Cyclade très au nord de l’archipel. La notice dit que c’est là l’unique exemplaire de tenue urbaine de cette île.

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Published by Thierry Jamard
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