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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 01:27
Ce matin quand nous commençons notre journée, il est déjà un peu tard, mais comme nous pensons que le musée byzantin ne doit pas nous prendre trop de temps nous décidons de nous y rendre. Hélas, nous nous sommes grandement trompés, parce que ce musée est beaucoup plus riche que nous ne le supposions, et il a fermé avant que nous ayons vu tout ce qui était ouvert au public. Et si je ne dis pas seulement "avant que nous ayons tout vu", c’est parce que plusieurs salles sont fermées au public. À la sortie, nous nous informons, car ces salles, seulement fermées par un cordon, ne semblent nullement en travaux. En fait, les crédits alloués sont jugés insuffisants, aussi le conservateur, ou le directeur, ou je ne sais quel responsable, a décidé qu’avec le nombre de gardiens dont il dispose il ne peut ouvrir toutes les salles. De même, le nombre d’heures d’ouverture du musée est réduit. Mais on nous a laissé entendre qu’il s’agit plus d’un moyen de protestation contre la restriction budgétaire et de pression pour obtenir une rallonge. Considérant que deux budgets sont prioritaires dans une nation, l’éducation et la culture à égalité avec la santé, ce n’est certes pas moi qui peux contester cette revendication, mais nous nous voyons contraints d’envisager de revenir pour finir la visite, en espérant qu’un roulement des salles ouvertes nous permettra d’en voir plus.
 
693a1 Athènes, musée byzantin, Bon Pasteur
 
Jésus se définissant comme le bon pasteur qui laisse son troupeau pour aller chercher la brebis égarée, la statuaire chrétienne reprend le modèle antique du criophore ou du moschophore, Hermès portant sur ses épaules un bélier ou un veau, et c’est Jésus qui est représenté ainsi, portant une brebis. Cette petite statuette de marbre provient de Corinthe qui, comme on le sait par les Épîtres de saint Paul et par les Actes des Apôtres, a été évangélisée très tôt, dès le premier siècle, par saint Paul. Ce gros garçon joufflu, monté sur de fortes jambes, et qui paraît extrêmement jeune, je pense qu’en fait l’artiste a voulu en faire une allégorie du Bon Pasteur, plutôt qu’une représentation de Jésus lui-même.
 
693a2 Athènes, musée byzantin, Nativité
 
Ce bloc de marbre représente une Nativité. Dans la partie supérieure brisée, on voit les pieds d’un homme qui marche devant les sabots d’un équidé, sans doute est-ce saint Joseph qui marche avec l’âne portant Marie et Jésus lors de la Fuite en Égypte. Cette sculpture de la fin du quatrième siècle ou du début du cinquième a été trouvée à Naxos. Jésus est emmailloté bien serré comme c’était l’usage jusqu’au dix-neuvième siècle, et l’âne et le bœuf de la tradition sont seuls auprès de lui, Joseph et Marie sont absents, ou suffisamment éloignés pour qu’il n’y en ait pas trace sur le fragment qui nous est parvenu. Mais alors que la partie supérieure est clairement cassée en diagonale, il semble que les côtés soient intacts, que la scène en conséquence n’ait pas été plus large, et qu’elle n’ait jamais comporté de personnages humains. D’ailleurs, si au-dessus c’est bien la Fuite en Égypte, il y a la place dans cet espace de faire apparaître Joseph et l’âne. Marie et Jésus étant sur l’âne, il n’y aurait rien d’essentiel à représenter plus à droite ou plus à gauche.
 
693a3 Athènes, musée byzantin, lion et biche
 
Ce bas-relief de marbre de la fin du dixième siècle ou du début du onzième en provenance d’Athènes servait, paraît-il, de fermeture. Fermeture de quoi, ce n’est pas dit et je l’ignore, mais cela ne m’empêche pas d’admirer le mouvement, le dynamisme, de cette scène d’un lion attaquant une biche. J’aime aussi la stylisation naïve du dessin, la belle crinière à larges boucles, ainsi que la patte antérieure droite du lion qui tient le cou de la biche comme une main humaine, la biche étant représentée tête en bas alors que le corps est à l’endroit.
 
693a4 Athènes, musée byzantin, pierre des martyrs
 
Cette pierre, du quatrième siècle, est très curieuse. Elle porte cinq évidements en demi-sphère et, gravé au-dessus de chacune de ces cavités, le nom d’un martyr malheureusement invisible sur ma photo. Si le cinquième nom a disparu avec la cassure de la pierre, les quatre autres sont Jean, Luc, André, Léonide. Ces trous étaient destinés à recevoir les offrandes faites en mémoire des martyrs. Cette plaque a été trouvée en Thessalie, à Sykourio, mais d’autres du même type ont également été découvertes en Afrique du Nord où l’on sait que les persécutions ont été particulièrement cruelles. Or ce quatrième siècle est, certes, celui de Constantin et de la fin des persécutions, mais il a commencé avec Dioclétien qui a été l’un des pires ennemis de la nouvelle religion.
 
693b Athènes, musée byzantin, poissons lampes en terre cu
 
Ces poissons de terre cuite sont des lampes à huile (on distingue vaguement le trou pour la flamme sur leur tête) du quatrième ou du cinquième siècle. Sur leur corps on voit le monogramme du Christ, et sur le poisson du haut ce monogramme est encadré des lettres A et Ω, alpha et oméga, la première et la dernière lettres de l’alphabet grec, pour exprimer que le Christ est à la fois le début et la fin. Et enfin, le poisson par lui-même a un sens. En grec ancien, un poisson se dit Ichthus, les H n’étant pas des lettres à part, mais des aspirations de la lettre qu’ils accompagnent. Ainsi il y a cinq lettres, I-CH-TH-HU-S qui sont les initiales de IESOS CHRISTOS THEOU HUIOS SÔTER, Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.
 
693c1 Athènes, musée byzantin, Vierge Hodegetria
 
693c2 Athènes, musée byzantin, Vierge de Tendresse
 
Cette icône de la Vierge Hodegetria ("qui montre le chemin", de la main elle montre Jésus considéré comme le chemin à suivre) date du treizième siècle. Je trouve intéressant de la rapprocher de cette autre Vierge, sur ma seconde photo, en mosaïque, de la même époque. C’est une Vierge de Tendresse qui provient d’Asie Mineure (église Saint Basile, de Triglia). En effet, autant l’Hodegetria est formelle, elle exerce sa fonction, autant la seconde est une mère qui donne toute son affection, tout son amour, à son fils. Évidemment, dans ces conditions, elle me touche bien davantage.
 
693c3 Athènes, musée byzantin, Crucifixion
 
Cette Crucifixion est la troisième couche sur le même panneau. Elle date du treizième siècle, mais en-dessous il y a une version du neuvième siècle et une autre du dixième siècle, tandis qu’au dos figure une Vierge Hodégétria du seizième siècle. Cette représentation est très nettement byzantine, non seulement pour le Christ, mais surtout dans l’attitude des Saintes Femmes. Normalement, au pied de la croix, on trouve Marie et saint Jean à qui en mourant Jésus a confié sa mère ("Voici ta mère" et puis "Femme, voici ton fils"), mais il semble bien qu’ici il y ait deux femmes, et alors ce seront la Vierge Marie et Marie-Madeleine.
 
693d1 Athènes, musée byzantin, monnaies
 
Voilà six pièces de monnaie. Dans la colonne de gauche, en haut c’est une pièce de 20 nummi du sixième ou du septième siècle, comme les deux petites pièces du bas. En haut à droite ainsi que pour les deux grandes monnaies de la rangée du milieu, il s’agit de pièces de 40 nummi. À l’époque classique, on employait le mot nummus (singulier), nummi (pluriel) pour désigner une pièce de monnaie, tout simplement, généralement une pièce de petite valeur. Dans le Bas-Empire, cela a correspondu à une valeur faciale, de sorte que l’on peut y associer des valeurs, 10, 20 ou 40 nummi.
 
693d2 Athènes, musée byzantin, monnaies
 
Voici quelques pièces d’or des empereurs byzantins. En haut à gauche, c’est Michel II (820-829). Le nom Mikhail est inscrit en caractères grecs, suivi du mot Basile, qui signifie roi en grec, mais inscrit en caractères latins. Sur la pièce en haut à droite, on trouve les mêmes inscriptions mais concernant Michel III (842-867). Sur la deuxième ligne, il s’agit du revers et de l’avers de la même pièce, et comme rien ne dit que ce sont des copies (ce que j’espère car sinon ce que nous voyons perd beaucoup d’intérêt) il s’agit des deux faces de pièces identiques. D’un côté, c’est un Christ Pantocrator et de l’autre l’empereur Constantin VIII (1025-1028). Enfin, sur la dernière ligne, ce sont de même l’avers et le revers d’une même monnaie, un Christ en majesté assis sur un trône et l’empereur Constantin IX Monomachos (1042-1055). Tous ces visages sont intéressants.
 
693f Athènes, musée byzantin, porte-lampes et croix
 
En plus de nous situer entre le sixième et le septième siècle, la légende dit qu’il s’agit d’objets en cuivre, croix, chaînes et porte-lampes. Les liens entre ces objets sont modernes et discrets. Rien ne dit s’ils doivent être associés. Il semblerait que les quatre croix latérales soient indépendantes, mais je me demande si la grande croix du centre n’appartient pas à ce porte-lampes circulaire.
 
693e Athènes, musée byzantin, verrerie
 
Témoins à la fois de la technique et du mode de vie, je m’arrête un instant à ces récipients de verre datés du cinquième ou du sixième siècle. La technique du verre est infiniment plus élaborée et plus délicate que celle de la terre cuite et de la céramique.
 
693g1 Athènes, musée byzantin, boucles d'oreilles
 
Nous voyons ici des boucles d’oreilles en or. Celles du bas, datées entre le second et le quatrième siècles, sont ornées de rubis. Les autres, en forme de rosettes, entrent dans une fourchette plus étroite, troisième et quatrième siècles, et la légende dit seulement qu’elles portent des pierres semi-précieuses. Je ne crois pas trop m’avancer en disant que ces pierres semblent être des turquoises. La notice en grec n’en dit pas plus, je lis ημιπολύτιμες, “τιμη” désigne le prix, “πολυ” signifie beaucoup et “ημι”, hémi, c’est la moitié. Autrement dit, des pierres à moitié de grand prix… des pierres semi-précieuses. Je ne suis pas plus avancé…
 
693g2 Athènes, musée byzantin, pendentif
 
J’ai choisi ce pendentif parce que je le trouve extrêmement joli. Dans sa monture en or, c’est la déesse Artémis, la chasseresse avec son arc, qui est représentée gravée dans ce jaspe rouge. Ce bijou date du troisième siècle. Constantin, l’empereur qui a autorisé la liberté de culte et a mis fin aux persécutions des chrétiens, a régné dans le premier tiers du quatrième siècle, cette représentation de la déesse païenne est donc tout à fait naturelle à une époque où le paganisme est encore largement dominant.
 
693h1 Athine, Panepistimio
 
693h2 Athènes, Université
 
Ayant donc quitté le musée byzantin à la fermeture à quinze heures, nous regardons brièvement à l’extérieur du musée de l’armée (musée de guerre, "polémiko"), fermé lui aussi mais que nous n’avons nulle envie de visiter, quelques avions de chasse en fort mauvais état de conservation, puis nous nous rendons à l’université (panepistimio) située non loin, après une halte pour nous restaurer. Ces bâtiments dans le style des temples antiques ont été construits au dix-neuvième siècle. Le premier ci-dessus, à gauche de l’université, est la bibliothèque nationale en forme de temple antique dorique, riche d’un demi-million de livres et de plus de trois mille manuscrits, et le second, à droite de l’université, rappelle un temple ionique et il est le siège de l’Académie.
 
693h3 Athènes, Université, Athéna
 
Comme patronne de la ville, mais aussi en tant que déesse de la sagesse et de la connaissance, Athéna a évidemment sa place en ce lieu. Deux grandes statues, l’une la représentant (ci-dessus) et l’autre représentant Apollon, dieu musicien, règnent sur l’université, au sommet de hautes colonnes.
 
693i1 Athènes, université, fresque
 
693i2 Athènes, université, fresque
 
Le bâtiment central, qui a été construit le premier (de 1837 à 1864, œuvre d’un architecte danois) ouvre sur l’extérieur par un grand portique. Et derrière ce portique, sur le mur de façade, une fresque représente bon nombre de personnages illustres de l’Antiquité grecque, mais aussi les allégories des disciplines enseignées à l’université. Des légendes auprès de chaque personnage dispensent de tout effort pour les identifier. Il n’est pas très aisé, d’en bas et entre les colonnes, de photographier quelques fragments de ces fresques, car d’en bas on déforme l’image en trapèze, le haut étant plus étroit que le bas, et à cela on ajoute la déformation latérale parce que l’on va chercher la suite de l’image derrière une colonne. Alors merci Photoshop pour essayer de rendre aux images une forme à peu près normale. Sur la première, de gauche à droite, on voit la médecine et la théologie, puis l’astronomie avec la physique. Sur la seconde image, même sans légende on reconnaîtrait Socrate avec son profil si particulier, devant lui en vert c’est le sculpteur et architecte Phidias en compagnie du poète tragique Sophocle couronné de laurier, le barbu assis devant eux est Périclès, avec sa compagne la célèbre Aspasie. Périclès aussi est facile à reconnaître, il ne quitte jamais son casque. On raconte que sa naissance avait été difficile, on lui avait appliqué les forceps et il en avait gardé le crâne déformé en forme d’œuf. On dirait aujourd’hui qu’il en était complexé, on disait alors qu’il voulait s’éviter les moqueries, et pour cette raison il avait eu l’idée de se couvrir le chef d’un casque qu’il ne quittait jamais en public. En privé, l’histoire ne le dit pas. Dormait-il en casque, lors de ses ébats amoureux avec Aspasie se laissait-il tendrement caresser le crâne, nous ne le savons pas et en l’absence d’un Saint-Simon de l’époque pour se coller l’œil et l’oreille à la serrure, nous ne le saurons jamais.
 
693j Athènes. Bonne sieste canine
 
Ce n’est certes pas une question de nature à perturber ce brave chien qui dort profondément sur les marches de l’université. Non, ne croyez pas qu’il soit en train de se rouler sur le dos, il est parfaitement immobile. Il n’est pas mort non plus, charogne jetée là en désordre, on voit sa poitrine suivre le mouvement de sa respiration. C’est seulement qu’il se sent bien au soleil, et qu’il repose sereinement dans les bras de Morphée.

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Published by Thierry Jamard
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