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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 23:30
Nous avons visité ce fabuleux musée Cycladique d’Athènes le 24 mars dernier. Telle est la raison de mon (bis) dans le titre. Mais il propose une exposition temporaire sans rapport avec les Cyclades, intitulée Le Dernier Grand Tour, à laquelle nous avons eu envie d’aller jeter un coup d’œil. Le Grand Tour, c’est ce voyage initiatique qu’à partir du dix-septième siècle, mais surtout aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, les jeunes aristocrates ou riches bourgeois d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie, entreprenaient à travers divers pays d’Europe pour compléter leur formation en s’initiant à la peinture et à la sculpture de la Renaissance ainsi qu’à l’architecture et à la sculpture de l’Antiquité. À vrai dire, la Grèce ottomane n’était pas très souvent incluse dans le Tour, c’était l’Italie qui avait tous les honneurs, mais aussi Paris ou Londres. Ces jeunes gens étaient les ancêtres des touristes d’aujourd’hui, ou du moins de ceux qui ne considèrent pas le tourisme comme un aller vers le soleil, un temps que l’on partage entre s’étaler sur la plage et se gaver au restaurant, et un retour vers la grisaille quotidienne. C’est lors de son Grand Tour que Lord Byron a découvert la Grèce et qu’est né son philhellénisme. Au dix-neuvième siècle, le développement des transports rapides et sûrs a facilité ces voyages, dans un premier temps a permis à de nouvelles classes sociales d’y participer, et puis paradoxalement a progressivement tué cette coutume, sans doute parce que cette démocratisation effaçait ou restreignait le privilège de ceux qui en jouissaient. Peut-être aussi, dans la seconde moitié du siècle, la multiplication des livres meilleur marché avec des photographies, souvent moins artistiques mais toujours plus fidèles à la réalité que les gravures, a-t-elle dans l’esprit de certains suppléé le voyage lui-même.
 
Grand Tour contemporain ou simple séjour prolongé en Grèce, bien des artistes étrangers du vingtième siècle ont œuvré en Grèce, et l’exposition temporaire que nous avons visitée aujourd’hui leur est consacrée. Des tableaux et des sculptures occupent plusieurs salles du rez-de-chaussée.
 
724a John Craxton, Black Greek Landscape with Figures (1950
 
Ce Paysage grec noir avec des personnages (Black Greek Landscape with Figures) est une toile de John Craxton (1922-2009) réalisée en 1950 et prêtée par le British Council. En principe, l’exposition voudrait montrer comment la culture grecque héritée de l’Antiquité, assimilée et réinterprétée, a exercé une influence sur l’art contemporain. Je ne parviens pas, à travers ce tableau, qui par ailleurs ne manque pas d’intérêt à mes yeux, à lire l’influence de la culture grecque antique. Mais si des personnes autorisées l’ont choisi dans ce but, il me faut bien avouer mon incompétence, car si "des goûts et des couleurs on ne discute pas", en revanche des faits techniques sont ou ne sont pas. "To be or not to be, that is the question".
 
724b Daniel Spoerri, Objets de magie à la noix (1966-1967)
 
C’est avec cette sculpture du Suisse d’origine roumaine Daniel Spoerri (né en Roumanie en 1930 sous le nom de Daniel Isaak Feinstein) que mon incompétence, et sans doute mon manque de sensibilité artistique, atteignent leur apogée. L’artiste intitule cette œuvre de 1966-1967 Objets de magie à la noix, et il sous-titre 20 objets, techniques mélangées, dimensions variées. L’ensemble vient du musée Morsbroich de Leverkusen (près de Cologne, Allemagne). Voilà pourquoi, ne comprenant rien à ce que je vois, au bout d’une petite demi-heure je cours vers les étages revoir la partie cycladique et permanente du musée, que j’aime tant et que je recommande à tout touriste de passage à Athènes.
 
724c figurine féminine de type postcanonique
 
Puisque j’ai déjà rédigé un long article au sujet de ce musée, je ne devrais pas remettre cela aujourd’hui. Mais je ne résiste pas à la tentation de publier encore six photos. La dernière fois, pour me limiter (un peu), j’avais seulement publié les formes les plus classiques de ces figurines féminines aux bras croisés sur la poitrine. Mais celle-ci, toute courtaude avec un long cou, est également intéressante. Elle est dite de style postcanonique.
 
724d homme en pagne minoen, attitude d'adoration, 2000-1700
 
Cette amusante figurine masculine en petit pagne minoen noué date de 2000-1700 avant Jésus-Christ. Il est en attitude d’adoration, et pour cela on a pensé qu’il s’agissait peut-être d’un fidèle.
 
724e l'Homme à la tasse, phase Syros, type canonique (2800
 
Oui, oui, je sais, cet homme à la tasse, ce buveur, je l’ai déjà publié l’autre fois. Mais il me plaît tellement qu’aujourd’hui je suis retourné le photographier sous toutes les coutures, de côté, de l’autre côté, de profil, de trois-quarts, de dos… La notice le date de 2800-2300 avant Jésus-Christ (ce n’était pas hier. La chope de bière bavaroise n’est pas une nouveauté mais lui, je ne sais pas ce qu’il boit). Cette époque est ce que l’on appelle la phase de Syros (une Cyclade du nord où notre ferry a fait une escale le 15 mars en allant vers Mykonos, puis le 16 en revenant), et le type est canonique.
 
724f1 petit bouclier crétois en bronze (830-730 avant J.-C
 
Ce petit bouclier de style orientalisant de 830-730 avant Jésus-Christ (époque archaïque) est en bronze malgré sa teinte très blanche sur ma photo et provient d’une tombe d’Eleutherna en Crète. Depuis la fin du neuvième siècle, beaucoup de commerçants orientaux, principalement phéniciens, sillonnent la mer Égée, et l’on retrouve des produits de leur artisanat sur les côtes et dans les îles (par exemple Samos, ou ici en Crète), mais parfois assez profondément dans les terres (Delphes, Dodone). Très probablement, les navires de ces commerçants, en plus des objets confectionnés, transportaient aussi des orfèvres et des artisans du bronze en provenance du nord de la Syrie. On retrouve leur "patte" sur bien des bijoux en or, mais surtout sur de nombreux petits boucliers comme celui-ci en bronze repoussé.
 
En général, je trouve stupides les commentaires qui se mêlent de simplement décrire ce que l’on voit bien. Mais ici, je crains qu’à part la tête de lion centrale on ne distingue pas bien qu’en-dessous il y a deux sphinx aux ailes déployées. Plus indistincte encore, juste au-dessus de la tête de lion, entre deux silhouettes de lions il y a une petite divinité féminine nue, debout, bras écartés, les mains devant la gueule des fauves dont les pattes antérieures reposent sur ses hanches. Et tout autour, des félins chassent des bovins. Et puis voilà que me prend l’envie de montrer un gros plan de cette dame, ce qui, selon mon propre jugement, rend stupides les lignes ci-dessus. Tant pis pour moi.
 
724f2 petit bouclier crétois en bronze (830-730 avant J.-C
 
Le voilà, ce détail, avec ma petite déesse qui n’a pas l’air effrayée par ces fauves (aïe, leur vilaines grandes griffes, même si elles sont affectueuses, sur cette partie du corps où la peau est si délicate…).
 
724g figurine mascuine chypriote, période classique (440-4
 
Ici nous sommes à Chypre et avons avancé dans le temps, jusqu’à la première période classique de l’île, 440-430 avant Jésus-Christ, pour cette statuette d’homme. Capables de représentations admirables, les artistes antérieurs, deuxième millénaire ou époque archaïque, ne peuvent être soupçonnés de ne pas savoir représenter l’être humain de façon réaliste. Ils avaient leurs raisons de styliser les lignes, de la même façon que les antiques statuettes dites stéatopyges ("aux fesses pleines de graisse"), ou les femmes des peintures rupestres néolithiques ne signifient nullement que dans ce temps-là on abusait des menus McDo et du Coca non light (cf. le film Big Size Me), mais symbolisaient le rôle reproducteur de la femme dans la société, avec un ventre généreux et des hanches larges. Et pour cette raison, aussi belle que soit cette statuette, je la trouve moins créative que mon buveur de tout à l’heure, par exemple.
 
724h stèle funéraire féminine paléochrétienne (Larnaca
 
Je terminerai cette seconde visite au musée Cycladique d’Athènes par cette stèle funéraire féminine paléochrétienne. Nous sommes au deuxième siècle après Jésus-Christ, ou au plus tard au troisième siècle. Cette colonne calcaire sculptée en haut-relief, visiblement à la ressemblance de la défunte, provient de la région de Larnaca (une ville de la côte sud de Chypre). La notice dit que généralement ces monuments portent une inscription CHRISTE, soit le nom du Christ au vocatif (cas de l’invocation), ou CHRISTE CHAIRE (Christ, réjouis-toi ; mais c’est aussi une façon de saluer : Christ, salut). Je ne l’ai pas vue ici. N’ai-je pas su bien regarder ou n’y a-t-il pas d’inscription, la notice ne dit pas ce qu’il en est pour la stèle représentée ici. Je rappelle qu’à cette époque nous sommes sous domination romaine et qu’avant l’édit de Constantin au quatrième siècle le christianisme est interdit et que les périodes de "simple" répression alternent avec des périodes de martyre cruel et massif.

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Published by Thierry Jamard
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