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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 07:55
Les banquiers Benaki ont constitué une extraordinaire collection d’antiquités et d’art byzantin que nous avons vue les 31 mars et 2 avril derniers dans le musée installé dans leur ancien hôtel particulier, derrière le sénat, ancien palais royal. Mais ils ont également créé une collection d’art et d’histoire de l’Islam, et ce musée Bénaki islamique se trouve dans le quartier du Céramique d’Athènes. C’est là que nous nous sommes rendus aujourd’hui.
 
761a1 l'Islam vers l'an 1000
 
761a2 l'Islam vers 1300
 
761a3 l'Islam vers 1700
 
761a4 l'Islam vers 1900
 
De façon très intelligente, pour que l’on puisse apprécier l’évolution de l’art, les collections sont classées par grandes périodes et, pour relier l’histoire de l’art à l’histoire événementielle, c’est-à-dire à l’évolution de l’aire couverte par la religion et la culture islamiques, chaque section est précédée d’une carte géographique montrant l’extension des terres conquises par les Musulmans. Vers l’an mil, vers 1300, vers 1700, vers 1900. Pour apprécier l’évolution de l’art, il faut voir des objets comparables provenant des mêmes régions, mais d’époques différentes. Alors ou bien je me limite à un type d’objet, la céramique par exemple, dans deux ou trois pays seulement, ou bien je publie cent cinquante photos et cinquante pages de laïus. Et si je ne me résous pas à me limiter à ce dilemme, j’opte pour une troisième solution, tant pis pour la démonstration d’histoire de l’art, et je montre en désordre des objets qui me plaisent particulièrement. Du coup, les cartes géographiques n’ont plus le même sens, et je les regroupe pour montrer les conquêtes et les revers.
 
761a5 pays comptant au moins 30 à 50% de Musulmans
 
Et une dernière carte, qui montre de nos jours, à travers le monde, les pays où la population musulmane représente un pourcentage non négligeable, en rose plus clair entre 30 et 50 pour cent, en rose plus soutenu plus de 50 pour cent. Je découvre ainsi que le Kazakhstan et le Nigeria sont moins islamisés que je le pensais. Reste à savoir, tous pays confondus, quel est le critère retenu pour classer une personne comme musulmane. Sur sa déclaration, sur sa pratique épisodique et, peut-être, plus sociale que convaincue (je connais des "Musulmans" qui n’envisagent pas le pèlerinage de La Mecque, qui boivent de l’alcool, qui ne participent pas aux prières du vendredi, mais qui font le ramadan, incluant le jeûne du jour et les ripailles de la nuit), sur son observance stricte ? Même si le problème se pose en termes un peu différents pour les chrétiens, il y a un monde entre celui qui ne manque pas la messe dominicale ni à Noël, à l’Ascension, le 15 août, à la Toussaint, qui "fait ses Pâques", se confesse régulièrement, et d’autre part celui qui fait baptiser ses enfants parce que ça fait une réunion de famille, qui se marie à l’église pour le chic de la robe de mariée, de l’orgue, de l’apparat que l’on n’a pas à la mairie, et à qui on met une croix sur la dalle du cimetière.
 
761b1 Musée Bénaki islamique, bijoux libyens
 
Ces bijoux proviennent de la montagne libyenne. Chez les plus riches, ils sont en or, mais pour les populations pauvres des montagnes ils sont réalisés en métal doré. Quant au style, il a été influencé de divers côtés, par les voisins égyptiens et phéniciens, par les occupants romains et arabes. Mais les Berbères Touaregs, même après les conquêtes et l’islamisation, sont restés libres et indépendants. Les femmes portent leurs bijoux en toutes occasions, toute la journée, et pas seulement pour les fêtes. Les bijoux font partie de la parure quotidienne, on ne s’en défait jamais, même pour effectuer les travaux les plus durs, les plus salissants, les plus humbles. C’est aussi une manière de défense contre les risques de vol lorsque l’on abandonne ses bijoux dans un coffret sous la tente.
 
761b2 Céramique d'Egypte (10e-12e s.)
 
Avec ces assiettes de céramique, nous passons en Égypte. Les Fatimides, arrivés au dixième siècle et opposés aux califes de Bagdad, entretenaient au contraire d’excellentes relations avec les Musulmans d’Espagne, de Sicile, et avec l’Empire Byzantin. Les échanges avec ces cultures ont introduit en Égypte des éléments décoratifs qu’ils leur ont empruntés, comme dans l’assiette de gauche, qui représente un lièvre au sourire malin, mais accordé au goût islamique qui veut que la surface soit intégralement couverte par la décoration. Pour cette assiette, il est difficile d’être plus précis dans la datation qu’en la situant entre le dixième et le douzième siècles. L’assiette de droite, au contraire, est datée du onzième siècle. Les scènes de cour étaient fréquentes, représentant des personnages dressant des animaux sauvages, jouant d’un instrument ou buvant, comme ici. Les artistes fatimides ont subi l’influence de la culture gréco-romaine.
 
761b3 Manuscrits enluminés (Egypte, 10e-14e s.)
 
Ces deux photos montrent des enluminures de manuscrits égyptiens réalisées entre le dixième et le douzième siècles et provenant de la bibliothèque du Caire. Cette célèbre bibliothèque qui comptait plus d’un million de manuscrits littéraires, historiques, scientifiques, a été détruite avec ce qu’elle contenait au douzième siècle. Seuls quelques fragments ont été sauvés de ce désastre, et en voici deux exemples.
 
761b4 Filtres de cruches (Egypte, 9e-12e s.)
 
Nous sommes toujours en Égypte. Ces objets de terre cuite non vernie datés entre le neuvième et le douzième siècles sont des filtres de cruches. Étant légèrement poreux, cruche et filtre permettent une évaporation qui maintient la fraîcheur du contenu.
 
761c1 Cruche céramique (Iran,13e s.)
 
À présent, nous sommes dans l’Iran du treizième siècle, et cet objet est une cruche en forme de chat. L’émail turquoise est traditionnel du lieu et de l’époque.
 
761c2a Céramique murale (Iran, fin 12e-début 14e s.)
 
761c2b Céramique murale (Iran, fin 12e-début 14e s.)
 
761c2c Céramique murale (Iran, fin 12e-début 14e s.)
 
Le fond bleu turquoise nous indique que l’on est en Iran, comme on vient de le voir. Il s’agit d’un panneau mural de céramique, décoré d’un dessin d’une finesse remarquable, et que l’on date entre la fin du douzième siècle et le début du quatorzième. Il est curieux de constater l’influence de l’art chinois. En effet, on trouve le phénix, cet oiseau chinois mythique. D’autre part, comme on le remarque sur la première de ces trois photos, la juxtaposition de ces étoiles à huit branches détermine entre elles des espaces en forme de croix, généralement à fond turquoise uni, mais l’une de ces croix (troisième photo) représente un phénix en plein vol au milieu de feuillages, peint sur une feuille d’or, et ce dessin rappelle des décors de laques, de tapis, de porcelaines de la Chine ancienne.
 
761c3 Astrolabe en cuivre (Syrie 1328-1329)
 
Cet astrolabe de cuivre provient de Syrie et porte la date de l’an 729. Il faut comprendre cette date dans le calendrier islamique qui part de l’Hégire de Mahomet, soit l’an 1328-1329 de notre calendrier. La gravure indique aussi qu’il a été réalisé par Ahmad ibn al-Sarraj pour Muhammad al-Tannuhi. Les Grecs utilisaient déjà des astrolabes simples dans l’Antiquité (invention d’Hipparque de Nicée, 180-135 avant Jésus-Christ) permettant de repérer les étoiles d’une constellation donnée ainsi que la hauteur du soleil dans le ciel, donc l’heure du jour, mais ce sont les astronomes musulmans qui en ont inventé le développement qui le rend universel. Celui qui est présenté dans ce musée est, paraît-il, l’unique exemplaire conservé d’astrolabe universel. Je note avec curiosité, en rédigeant sous Word le brouillon de cet article, que le mot astrolabe est systématiquement souligné de rouge, ce qui signifie que Word, inculte, ignore le mot, donc l’appareil…
 
761c4 Jeu d'échecs (Egypte 14e-17e s.)
 
C’est par l’intermédiaire de la Perse que le jeu d’échecs, dont l’origine est en Inde, a pénétré le monde arabe. Parce que les échecs exigent une grande concentration et une réflexion stratégique d’anticipation du possible jeu de l’adversaire, ils faisaient partie intégrante de l’éducation dans les classes sociales supérieures. Témoignent de la grande popularité de ce jeu de nombreux traités et manuscrits enluminés. Celui-ci, avec ses incrustations d’ivoire et ses pièces en os, provient d’Égypte et est daté dans une fourchette entre le quatorzième et le dix-septième siècles.
 
761c5 Céramique de Rakka, en Syrie (13e s.)
 
Ce fragment de céramique amusant, représentant une tête d’homme, provient de Rakka et date du treizième siècle. Le musée présente un grand nombre de fragments, malheureusement trop petits pour que l’on puisse en apprécier le mouvement ou la composition.
 
761c6 Blason sur chameau (Egypte, fin 15e-début 16e s.)
 
Ce chameau provenant d’Égypte et réalisé à la fin du quinzième siècle ou au début du seizième porte sur son flanc un blason gravé. Il devait servir d’ornement à un objet métallique ou à un meuble. La fente pratiquée dans son dos servait probablement à passer un ruban de métal pour assurer ou consolider sa fixation.
 
761d1 Céramique d'Iznik (Nicée), 1565-1600
 
Ici, nous passons à une époque plus proche de nous. Dans la seconde moitié du seizième siècle, et surtout au dix-septième siècle, les commandes de la Cour ottomane ont diminué, poussant les artisans potiers à se tourner vers des marchés extérieurs, au Caire, mais aussi en Hongrie, en Moldavie, en Crimée, "colonies" de l'Empire, et même, à l’intérieur de l’Empire, vers les riches chrétiens, notamment en Grèce. L’assiette de gauche, ci-dessus, est des années 1565-1585 tandis que celle de droite date des environs de 1600.
 
761d2 ornement (Turquie), et cruche (Afghanistan), fin 16e
 
À partir du quinzième siècle, les artisans perses (la Perse correspond à l’Iran actuel) ont progressivement délaissé la technique du placage d’or ou d’argent et, en particulier du fait de l’offre d’étain de la part de l’Europe occidentale, ils ont pris l’habitude d’étamer la vaisselle, ou de travailler directement l’étain, pour éviter l’oxydation des aliments. Souvent, ils décoraient ces objets en y gravant des arabesques ainsi que des vers de célèbres poètes perses. C’est le cas de cette cruche de la fin du quinzième siècle, sur la droite. Elle provient d’Afghanistan. Cette boule, à gauche, est un simple objet décoratif du seizième siècle en provenance d’Iran. Les médaillons sont gravés d’invocations au prophète Mahomet et aux douze imams chiites. Conformément à la religion officielle de l’Iran à l’époque de la dynastie Safavide (1501-1732), ces invocations aux douze imams chiites apparaissent de façon récurrente.
 
761d3 Musée islamique, les pieds du prophète, Iznik 1706
 
L’Islam nous dit que le prophète Mahomet a effectué un miraculeux voyage nocturne de Jérusalem aux sept ciels, transporté par un animal ailé fantastique et partant d’un rocher sur lequel, en 691, a été édifié le Dôme du Rocher, qui constitue le plus ancien monument islamique. En partant, Mahomet a laissé l’empreinte de ses pieds, et c’est cette empreinte qui est représentée sur cette plaque de céramique de 1706 provenant d’Iznik, le nom moderne de Nicée.
 
761e1a casque de parade de cavalier (Turquie et Iran, 16e-1
 
761e1b Musée Bénaki islamique
 
Il était important, pour l’Empire Ottoman, de montrer sa puissance et sa richesse à travers de somptueux défilés de cavalerie, surtout depuis le seizième siècle au temps de sa splendeur, mais aussi lorsque sa puissance et son influence ont commencé à décroître avec les conquêtes coloniales des Occidentaux qui lui ont ravi des pays arabes, avec l’extension de la Russie sur des territoires musulmans, avec l’indépendance d’autres pays comme la Grèce, tandis que l’Iran parvenait, avec la dynastie Qajar qui succédait aux Safavides, à se réunifier et à préserver son indépendance. Je pense aux immenses défilés du nazisme hitlérien, à ceux de l’Union Soviétique en particulier du temps de Staline, à ceux de Mao, qui n’avaient pas d’autre but. Les riches équipements de la cavalerie ottomane étaient conservés près de l’entrée du palais de Topkapi, dans l’église byzantine de Sainte Irène. Ci-dessus, le premier de ces casques date du seizième siècle. Le second, garni de ce protège nuque en maille métallique, ne bénéficie d’aucune étiquette explicative.
 
761e2 Manche de poignard (Iran, début 19e s.)
 
761e3 Etuis de dague (Arabie, 19e s.)
 
La première de ces deux photos montre le manche en ivoire d’un poignard iranien du début du dix-neuvième siècle, finement sculpté d’un couple princier. Sur la deuxième photo, ces étuis de dague permettent d’apprécier l’art des artisans arabes des dix-neuvième ou vingtième siècles.
 
761e4 Protège chanfrein de cheval (Turquie, 17e s.)
 
      L’église de Sainte Irène, comme je le disais tout à l’heure, conservait les équipements des cavaliers pour les grands défilés. Cela incluait aussi les équipements des chevaux, étriers ciselés, selles, et comme ici des protections de chanfrein en cuivre.
 
761f1 Joaillerie style Boukhara (Iran, 19e s.)
 
Quelques exemples de la joaillerie de Boukhara au dix-neuvième siècle. Sur un fond de feuille d’or, sont fixées des turquoises, auxquelles on attribuait des propriétés magiques.
 
761f2 Miniature du Livre des Rois (Iran, 17e s.)
 
761f3 Alexandre discute avec Aristote (Shiraz, milieu 16e s
 
La première de ces miniatures orne le Livre des Rois (Shah nama, en persan), un poème épique de Firdawsi (mort vers 1025). Le poème raconte l’histoire de l’Iran à travers des événements réels ou mythiques concernant les rois de Perse depuis la création du monde, jusqu’à la conquête arabe et l’ère islamique, au septième siècle. C’est l’œuvre la plus importante de la littérature perse. Cette miniature iranienne du dix-septième siècle montre l’arrivée d’un messager porteur d’une lettre de Rustam à Saam.
 
La seconde miniature, du milieu du seizième siècle et provenant de Shiraz, représente Alexandre le Grand discutant avec le philosophe Aristote qui, comme on le sait, fut son précepteur, et avec six autres sages. Ce sujet est donc particulièrement intéressant. Cette miniature est tirée d’un autre ouvrage œuvre du poète persan Nizami (douzième siècle), le Khamsa (le Quintet), composé de cinq poèmes épiques dont l’un, le Livre d’Alexandre (Iskandar-nama), raconte les exploits mythiques de ce roi de Macédoine, conquérant du monde jusqu’à l’Indus. Pétri de culture grecque, ne s’exprimant qu’en grec (sauf lors de ses grosses colères), Alexandre s’appliquait à démontrer qu’il n’était pas un barbare soumettant la Grèce, mais un Grec unifiant la Grèce et soumettant le monde à la culture grecque. Et les portraits que nous avons de lui en sculpture nous montrent sans conteste un Européen, ce qui est normal puisque son père Philippe II était macédonien et que sa mère Olympias était épirote (nous avons vu qu’elle était de Ioannina, cf. mon blog à la date du 19 décembre 2010). Mais ici il n’est pas douteux qu’Alexandre est face aux sept sages, c’est donc lui qui a ce visage asiatique et qui porte ces vêtements orientaux. Il est significatif que dans ce livre à la gloire de la Perse et de ses héros, Alexandre n’apparaisse pas comme l’étranger venu conquérir le pays, mais comme le natif ayant annexé le reste du monde, y compris la Grèce. Juste en face de lui, c’est Aristote, mais il est intéressant aussi de noter que les sages viennent de divers pays, certains ayant un type européen, d’autres un type asiatique, et l’un d’entre eux ayant la peau noire.
 
761f4 Assiettes de Kütahya (2de moitié 18e s.)
 
Les Arméniens de Kütahya se sont spécialisés dès le seizième siècle dans le travail de la céramique, semblable à celle d’Iznik (Nicée) et lorsque les fabriques d’Iznik ont fermé, au dix-huitième siècle, cela a permis à Kütahya d’atteindre à cette époque son apogée. Dès 1718, pour la restauration de l’église du Saint Sépulcre, les céramistes arméniens se voient commander les carrelages, puis sont venues nombre d’autres commandes pour le revêtement des murs de mosquées et d’églises. Ne se limitant pas aux carreaux, les potiers ont fabriqué beaucoup d’objets domestiques d’usage quotidien, tasses à café, flacons à eau de rose, porte-plume, salières ou encore, comme sur cette photo, assiettes. Les assiettes ci-dessus datent de la seconde moitié du dix-huitième siècle et représentent des habitants de Constantinople dans leurs vêtements traditionnels. Sur les marchés de la ville, ce type de personnages typiques peints dans des assiettes ou dessinés sur papier étaient très recherchés par des acheteurs européens qui les reproduisaient dans des livres ou des revues, les lecteurs occidentaux étant très friands de cet exotisme. Cet exotisme est encore plus marqué sur l’assiette de droite, représentant un vendeur ambulant d’abats.
 
761g1 Bénaki islamique, porte Qajar (Iran, fin 19e-début
 
Cette photo montre un panneau de porte en laque avec application de sujets en plâtre de style Qajar (dynastie qui a régné sur l’Iran de 1779 à 1924), et datée de la fin du dix-neuvième siècle ou du début du vingtième, représentant des scènes de cour.
 
761g2 Panneau carrelage, scène de cour (Iran, 19e s.)
 
Détail d’un grand panneau de carrelage iranien du dix-neuvième siècle montrant des scènes de fête à la cour. Il est dit "à la cour", et non pas "au sérail". En Iran, aujourd’hui, les femmes portent la burqa. Dans ce même pays fidèle à la même religion, les femmes de ces panneaux ne cachent même pas leurs cheveux alors que rien n’indique que dans cette fête il n’y a pas d’hommes. Ce n’est pas seulement pour cela que j’ai choisi de terminer sur cette image, c’est aussi parce que je trouve le dessin plein de grâce.

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Published by Thierry Jamard
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