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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 13:47
768a1 Athènes, Zappeion
 
768a2 Athènes, Zappeion
 
Depuis que nous sommes à Athènes, presque chaque jour nous prenons un bus pour nous rendre à la station Metaxourgio où nous prenons le métro qui nous mène là où nous avons prévu une visite de site ou de musée, là où nous avons envie de nous promener, là où nous devons faire des courses. Mais il est un moyen de transport urbain que nous n’avons jamais utilisé à Athènes, c’est le tramway. Donc, arrivés place Syntagma, lieu habituel des manifestations mais calme aujourd’hui, nous prenons un tramway que nous laissons au Zappeion. Il s'agit d’une salle d’expositions nationale voulue par des cousins du nom de Zappas (d’où le mot Zappeion) et construite de 1874 à 1888 par l’architecte Théophile von Hansen. Parce que, le premier décembre 1916, les troupes françaises et britanniques avaient été attaquées par les forces grecques, les Alliés ont exigé une cérémonie qui a eu lieu en 1917 dans les jardins de ce Zappeion, l’armée royale grecque saluant solennellement les drapeaux des Alliés.
 
Nous nous rendons au temple de Zeus Olympien. D’abord, un mot sur une curiosité linguistique. La lettre grecque B (béta) se prononçait dans l’Antiquité comme en français, mais très tôt la prononciation s’en est relâchée et l’air est passé entre les lèvres, la prononciation devenant celle d’un V français. Et puis il a fallu, plus tard, trouver un moyen d’écrire le son B, par exemple après la découverte du Brésil, ou pour parler de l’Italien Berlusconi. Les Grecs ont imaginé alors que le son V continuerait à s’écrire avec la lettre B et que le son B serait noté par le groupe de lettres MP. Du coup, sur mon plan d’Athènes censé être traduit en français, le temple de Zeus Olympien est noté OLYBIEN, le traducteur ayant cru bon de transcrire le MP du grec par un B en français. Voyant cela, j’ai été très attentif à la façon dont les Grecs prononcent ce mot, et j’ai été surpris de constater que nombreux sont ceux qui prononcent avec notre son B.
 
768b1 Athènes, thermes romains
 
768b2 Athènes, thermes romains
 
768b3 Athènes, thermes romains
 
Nous rendant, donc, du Zappeion au temple de Zeus, nous voyons un grand enclos sur le trottoir, protégé par un toit, Ce sont des ruines de thermes d’époque romaine mis au jour fortuitement, en créant une ventilation pour le métro, laquelle ventilation a été réalisée plus au sud, et cet emplacement transformé en chantier de fouilles. La rivière Ilissos coule tout près et, dès l’époque géométrique, la ville s’est étendue dans ce secteur avec sanctuaires et sépultures. Lorsque, sous le règne de l’empereur Hadrien, au début du troisième siècle de notre ère, la ville s’est considérablement développée et que l’on a construit en son honneur la Porte d’Hadrien dont je vais parler tout à l’heure, ce secteur précédemment considéré comme périphérique a été englobé dans la ville et l’on y a construit de nouveaux temples et des bains. L’établissement que nous voyons ici, délimité par deux murs réutilisant des éléments architecturaux d’édifices antérieurs, a été construit à la fin du troisième siècle ou au tout début du quatrième, après les raids héruliens (voir mon article daté 27 octobre 2011) de 267 après Jésus-Christ, puis réparé et agrandi aux cinquième et sixième siècles. Dans les thermes romains, il y avait des bains froids, des bains tièdes et des bains chauds. Connectées aux salles tiède et chaude (tepidarium et caldarium) se trouvaient des salles de chauffe (hypocaustes) soutenues par des colonnes. Sur la première de mes photos, on voit à droite l’hypocauste du caldarium, avec ses colonnes de brique, et à gauche celui du tepidarium dont les colonnes de marbre ont toutes été récupérées de monuments funéraires. C’est au moyen de passages voûtés comme on en voit un sur ma seconde photo que les chaufferies des hypocaustes étaient connectées aux salles fréquentées par les clients. Lorsque l’on cessa d’y faire usage de bains, les Byzantins y ont stocké des céréales dans des récipients en terre cuite. Je suppose donc que ce sont ces récipients que l’on voit sur ma troisième photo.
 
768b4 Athènes, thermes romains
 
Lorsque l’on entre sur le site archéologique du temple de Zeus, on passe devant ces ruines, et on informe le visiteur qu’il s’agit de… bains romains. Encore. Mais en les observant, si l’on a l’œil un peu exercé, on se rend compte qu’il ne s’agit nullement d’un prolongement de ceux que l’on a vus à l’extérieur, parce que ceux-ci révèlent une architecture plus ancienne. Renseignement pris, ils dateraient de 124-131 après Jésus-Christ et n’auraient nullement été remplacés par ceux que nous avons vus précédemment, mais auraient continué à fonctionner en parallèle jusque très tard, dans le courant du septième siècle.
 
768c1 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
768c2 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Et voilà le temple de Zeus Olympien, l’un des plus grands du monde grec, seulement dépassé de peu par Agrigente et Sélinonte en Sicile, Éphèse et Milet en Asie Mineure. Petite parenthèse sur la Bible. On se rappelle que Dieu, jugeant les humains envahis par le mal, trouve en Noé un juste et lui enjoint de construire un bateau, l’arche, et de s’y embarquer avec sa femme et un couple de chaque espèce animale, puis il envoie sur terre un déluge qui recouvre le monde, noyant tous les hommes. Quand, le quarantième jour, les eaux se retirent, le monde prend un nouveau départ, issu des fils de Noé. Mais ce récit de la Genèse est bien postérieur au Poème du Supersage, mythe mésopotamien du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, où selon un scénario très semblable les Grands Dieux ordonnent à un sage de se réfugier sur un bateau, puis ils envoient un déluge qui anéantit les autres hommes.
 
Je referme la parenthèse, pour en venir à un Titanide. Les Titans sont fils d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia (la Terre). L’un d’entre eux, Japet, s’unissant à sa sœur Thémis (la Justice), engendre Prométhée, lequel façonne l’Homme avec de la glaise (tiens, tiens, cela aussi me rappelle la Genèse). Un autre Titan, Océan, avec sa sœur Téthys, donne naissance à Pronoia (la Prévoyance). Prométhée et Pronoia, ces deux petits-enfants d’Ouranos et de Gaia, engendrent Deucalion. Jugeant que les Hommes ont sombré dans le mal, Zeus décide de les détruire, et avec l’aide de Poséidon il noie la Grèce et les terres contiguës sous le déluge et le débordement des fleuves. Seuls Deucalion et sa femme Pyrrha, sur une petite barque, pourront gagner le sommet du Parnasse, qui dépasse au-dessus des eaux. Là, un oracle de leur aïeule Thémis leur ordonne de jeter derrière eux les os de leur grand-mère. Très malins, ils comprennent qu’il s’agit de leur arrière-grand-mère la Terre, et que ses os sont les pierres du sol. Des pierres jetées par Deucalion naîtront les hommes, et de celles de Pyrrha les femmes. Ainsi, tous deux sont les premiers ancêtres des Grecs.
 
Si je raconte ces légendes, c’est parce que Deucalion est celui qui, le premier, établit en ce lieu un sanctuaire de Zeus pour le remercier de les avoir choisis, lui et sa femme, pour être sauvés des eaux du déluge. Des bribes de ruines enfouies, avec un passage voûté souterrain menant à l’Ilissos, témoignent d’une époque où l’on considérait que c’était par ce canal que se seraient écoulées les eaux après le déluge. À l’emplacement de la création légendaire se trouvait en 515 avant Jésus-Christ un vieux temple lorsque le petit-fils du tyran Pisistrate (600-527), nommé Pisistrate lui-même, entreprit en calcaire la construction du temple que nous voyons, en style dorique, sur le modèle des temples d’Asie Mineure. Mais la construction fut stoppée dès 508 lorsqu’il fut mis fin à la tyrannie et que le tyran Hippias partit en exil, alors que le temple n’en était qu’au soubassement. Quelques années plus tard, quand Thémistocle construisit son mur pour enclore la ville, bien des pierres y ont été prélevées. Et le temple est resté dans cet état embryonnaire très longtemps, jusqu’à ce que l’on reprenne temporairement les travaux, en marbre cette fois, vers le quatrième siècle. Nouvel arrêt après quelques temps. Il faudra attendre que le roi de Syrie Antiochus IV finance la reprise en 175 avant Jésus-Christ pour que l’on arrive jusqu’aux chapiteaux des colonnes, passant au style corinthien. C’est à Hadrien, en 131-132 après Jésus-Christ, lors de sa seconde visite à Athènes, qu’il reviendra de l’achever enfin et de l’inaugurer près de 650 ans après le début des travaux.
 
768c3 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
768c4 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Avec ses 110,35 mètres sur 43,68 il comportait deux rangées de 20 colonnes sur les grands côtés et trois rangées de 8 colonnes sur les petits côtés. Il recelait une statue chryséléphantine (or et ivoire) de Zeus ainsi qu’une statue d’Hadrien, tous deux honorés ici à égalité. La décadence a commencé au cinquième siècle, le temps, les hommes ont contribué à sa lente destruction. Calcul : deux rangées de 20 colonnes de chaque côté, cela en fait 80. Trois rangées de 8 de chaque côté (mais on n’en compte que 6 parce que celles des extrémités sont déjà dénombrées sur le grands côtés), cela en fait 36 de plus. Total, 80+36=116. Or je lis qu’il comportait à l’origine 104 colonnes…
 
768c5 Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Toujours est-il que, des 104 ou 116 colonnes, un témoignage de 1450 dit que 21 d’entre elles étaient encore debout, mais il n’en restait que 16 en 1852 lorsque, le 26 octobre, une violente tempête en a jeté à bas une de plus. Elle gît toujours à terre, là où elle est tombée, ses tambours juxtaposés. Pourquoi Zeus a déchaîné les éléments sur son propre sanctuaire, je crois le deviner. Je crois comprendre le pourquoi de sa colère. Car lui qui règne sur le pays qui a inventé la démocratie, lui qui a dû se réjouir de voir, à la fin du siècle précédent, dans un pays occidental ami, une révolution mettre à bas l’Ancien Régime, lui qui a dû, en 1848, se féliciter de voir s’instaurer, dans ce même pays, une république, a explosé de rage en imaginant le président, fût-il prince, se proclamer empereur. Car, lui qui voit tout, lui qu’informe avant tous les autres son fils Apollon le devin, il savait ce qui allait se produire quelques semaines plus tard, ce fameux 2 décembre 1852…
 
768c6 Athènes, temple de Zeus Olympien et Acropole
 
768c7 Athènes, temple de Zeus Olympien et Lycabette
 
Encore ces deux photos, qui permettent de se faire une idée de la situation de ce temple, puisque sur la première on voit l’Acropole et, sur la seconde, cette colline pointue c’est le Lycabette.
 
768d1 Athènes antique
 
Près du temple de Zeus, en contrebas, d’autres ruines ne sont pas accessibles au public. Il semble qu’elles soient encore l’objet de fouilles.
 
768d2 Athènes, mur de Thémistocle
 
Le mur de Thémistocle, construit partiellement en cet endroit avec des pierres du temple de Pisistrate, séparait la ville ancienne et les faubourgs. Il est encore bien visible ici.
 
768e Athènes, colombe au temple de Zeux
 
Sur l’architrave du temple de Zeus encore en place de nos jours, un stylite (ermite qui décide de vivre au sommet d’une colonne) avait élu domicile au Moyen-Âge. Aujourd’hui, quoique leurs mensurations rendent le séjour sur l’architrave moins inconfortable que pour un homme, les colombes préfèrent le vaste espace offert par le sol.
 
768f1 Athènes, porte d'Hadrien
 
768f2 Athènes, porte d'Hadrien
 
Et la voilà, la porte d’Hadrien construite en l’honneur de l’empereur lors de son second séjour à Athènes, lorsqu’il a consacré le temple de Zeus enfin achevé, avec les deux statues, celle du dieu et la sienne, de même taille. Parce qu’elle ouvrait la ville ancienne sur le quartier nouveau, on avait gravé côté ville " Ici est Athènes, l’ancienne ville de Thésée", et sur le côté extérieur, aménagé par l’empereur " Ici est la ville d’Hadrien et non plus celle de Thésée". C’est sûrement vrai parce que deux de mes livres le disent, mon guide aussi, ainsi qu’un dépliant touristique, mais j’ai eu beau bien regarder, j’ai beau maintenant scruter ma seconde photo, je ne vois pas trace de cette inscription. Un mot, avant de quitter les lieux, de ma première photo. Juste au moment où je déclenchais, un taxi a débouché devant mon objectif. J’ai donc immédiatement après appuyé de nouveau sur le déclencheur. Et maintenant, au moment de publier ma photo, je trouve que ce taxi jaune, légèrement flou à cause de son mouvement, met un peu de vie et de couleur dans l’image, et finalement je la préfère à la seconde, toute nue et statique.
 
768g Nous deux à Athènes
 
Et voilà, notre visite de ce quartier est terminée, mais nous allons un peu déambuler encore parce que nous aimons bien cette ville et qu’en cette fin d’octobre le climat est particulièrement doux et agréable. Nous n’apparaissons pas beaucoup dans mon blog ? Mais si, mais si, justement nous voilà, avant que je ne termine mon article du jour.

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Published by Thierry Jamard
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clovis simard 21/10/2012 02:26

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.20 - THÉORÈME la CHUTE. - La fin de l'Empire Romain.

clovis simard 21/10/2012 02:25

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.20 - THÉORÈME la CHUTE. - La fin de l'Empire Romain.

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