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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 01:04

601a Piazza ArmerinaAujourd’hui notre programme est assez chargé. Nous allons effectuer plusieurs visites importantes en nous dirigeant vers le cœur de l’île. Nous commençons par la petite ville de Piazza Armerina, qui nous accueille avec des soldats escaladant un monument.

 

601b Piazza Armerina, hôtel de ville (1700) et San Rocco ( 

Piazza Armerina est une ville ancienne qui a beaucoup de cachet. En chemin nous allons voir bon nombre de palazzi et d’églises, je dois donc me limiter à ce qui m’a le plus frappé, comme cette petite place sympathique avec l’hôtel de ville de 1700 et, lui répondant de l’autre côté d’une rue étroite, l’église San Rocco (saint Roch) de 1613.

 

601c Piazza Armerina, intégration des immigrés 

Ressortissant de France, un pays qui ne sait pas gérer ses immigrés, je tombe en arrêt devant cette plaque. Vouloir assimiler un étranger est une absurdité. S’il est hôte d’un pays, sa personnalité différente, sa culture différente, ses mœurs différentes sont une richesse puisqu’elles apportent une diversité. Intégrer, c’est autre chose, c’est faire que cet étranger puisse se sentir à l’aise, puisse être traité d’égal à égal par les autochtones, puisse faire partie intégrante (oui, c’est là le mot) de la société qui l’entoure. Ou bien on est carrément raciste, on croit qu’il y a des races de voleurs, de criminels, etc., ou bien il faut chercher l’explication du taux de délinquance supérieur chez les immigrés ailleurs que dans leur "race" qui n’existe pas (puisqu’il n’y a qu’une seule race humaine), que dans leur ethnie, dans leur pays d’origine, dans leur culture. En fait, je ne sais comment travaille ce centre de "charité diocésaine", mais le titre , "Immigrés intégrés dans la ville", me plaît.

 

601d Piazza Armerina, curieux aigle sur palais Trigona (18e 

Sur le palazzo Trigona, du dix-huitième siècle, l’emblème de l’aigle est curieux, non seulement il est bleu (alors que Barbara l’aurait vu noir), mais en outre il est proportionné comme un homme. La tête et le cou sont à peu près normaux, mais ensuite le corps est constitué du blason étoffé par un stuc d’où émergent les ailes. Leur taille serait proportionnée, si elles ne sortaient pas des "épaules", si bas. Quant aux pattes, elles ne sont pas sous le ventre comme chez les aigles ou autres oiseaux, mais en-dessous du corps, droites et longues comme des jambes. Le drôle d’aspect de cet aigle ne peut être fortuit, il a été voulu, peut-être pour représenter le propriétaire du palais à travers ses ambitions. Je l’ignore.

 

601e1 Piazza Armerina, la cathédrale

 

601e2 Piazza Armerina, la cathédrale 

C’est sur cette même place où s’élève le palazzo Trigona que se trouve la cathédrale. Colonnes torsadées, couleurs jouant entre la brique et le crépi, et aussi sur le flanc la pierre blanche, l’architecte a créé une église élégante et maniérée.

 

601e3 Piazza Armerina, aigle sur la cathédrale 

Tout en haut de la façade plane aussi un grand aigle aux ailes déployées, mais celui-là est de proportions et d’aspect tout à fait classiques, pattes courtes et repliées, ailes au haut du dos, et le blason –le même, avec étoile filante et triangle– est seulement plaqué sur le ventre de l’oiseau. Loin d’être ridicule comme son frère bleu, ce grand aigle blanc est magnifique.

 

601f1 Villa Imperiale del Casale 

Maintenant, nous quittons Piazza Armerina pour gagner ce qui est le clou de la journée, la villa romaine du Casale dei Saraceni, le Bourg des Sarrasins. C’est une villa d’époque impériale, des monnaies retrouvées sur le site permettant de situer son activité au temps des quatre empereurs, lorsque Dioclétien (284-305) avait institué cette tétrarchie, un "auguste" pour l’Orient et un pour l’Occident, chacun étant assisté d’un "césar" qui devait lui succéder comme auguste au terme de vingt ans de gouvernement, et désigner un nouveau césar. Et Constantin (306-337) mit fin à ce système en deux étapes, 312 et 324. Dans la villa du Casale, nous sommes donc au tournant du troisième et du quatrième siècles après Jésus-Christ.

 

On se rappelle que Roger I a, dans les années 1060-1072 conquis la Sicile sur les Arabes –les Sarrasins–, mais qu’il avait laissé les habitants libres de vivre selon leurs coutumes et de pratiquer leur religion. Beaucoup, parmi les soldats normands et lombards qui avaient participé à la conquête, avaient décidé de rester en Sicile et s’étaient installés sur le territoire de Platia, le nom ancien de Piazza Armerina, les différentes communautés occupant chacune un bourg (casale), dont le plus important était celui des Sarrasins. Or voilà qu’un siècle plus tard, en 1160, des Lombards de Platia se rebellent contre le roi Guillaume "le Mauvais", s’emparent du château normand, pillent les alentours, les bourgs qui ne sont pas lombards, mettent le feu au Casale dei Saraceni. Puis un autre phénomène, une avalanche d’agrégats du mont qui domine le bourg, vient recouvrir complètement ce qui n’avait pas été détruit de cette villa. Au moins, enfouissant les ruines, cet accident a-t-il évité que ne continue le saccage ou que les riches mosaïques ne soient volées ou détruites dans les siècles suivants.

 

Au dix-septième siècle, un historien de Piazza Armerina remarque que "dans une rue du Casale dei Saraceni de nombreuses structures appartenant à un édifice très ancien affleurent du terrain". Puis des fouilles sont entreprises en 1812 ; en 1881 la municipalité de Piazza Armerina, consciente de la valeur des découvertes, encourage une vaste campagne scientifique, et dans les années 1950 la totalité de la villa est mise au jour avec ses 3500 mètres carrés de mosaïques. Cette villa de l’époque de la tétrarchie impériale recouvre les restes d’une villa plus petite datant du deuxième siècle après Jésus-Christ. Les archéologues sont partagés entre ceux qui pensent que la villa a appartenu à l’empereur Maximien (286-305, auguste avec Dioclétien) et ceux qui l’attribuent à un haut dignitaire non identifié, consul ou préfet.

 

Trois mille cinq cents mètres carrés de mosaïques ! Il me faut faire un choix draconien. Mais je précise que ces mosaïques sont africaines (Afrique du nord romaine), les plus amples et les plus variées de cette origine, et écrivent donc ainsi une page de l’histoire de l’art. Parce que le propriétaire de la villa en avait fait un pavillon de chasse, également parce qu’il organisait des spectacles opposant des fauves d’espèces différentes ou des hommes et des fauves, les mosaïques représentent toutes sortes d’animaux. Ci-dessus, un ours.

 

601f2 Villa Imperiale del Casale 

Le 26 août à propos d’Agrigente, j’ai parlé de la genèse des Géants fils d’Ouranos et de Gaia, et de leur révolte contre les dieux du ciel, "brandissant contre eux des arbres enflammés et leur lançant d’énormes rochers", disais-je alors. Héraklès en vint à bout en tirant sur eux des flèches empoisonnées dans le sang de l’Hydre de Lerne. La lutte des dieux et des Géants est le sujet de nombreuses représentations, les gigantomachies, comme dans la mosaïque ci-dessus où on les voit s’efforcer d’arracher de leur corps les flèches d’Héraklès. Ces Géants, d’une force inouïe, sont parfois représentés comme des monstres, en tous cas souvent leurs jambes se terminent à partir du genou par des queues de serpents. C’est le cas ici, mais je trouve plus intéressant le gros plan sur la tête et le torse de la figure centrale. Malgré tout, la tête de serpent qui apparaît, tirant la langue, à sa gauche, est le pied d’un autre Géant.

 

601f3 Villa Imperiale del Casale

 

Cette lionne blessée d’un javelot planté dans son épaule et qui se jette sur un homme que son bouclier est impuissant à protéger ne semble pas faire partie de jeux du cirque. En effet le décor avec des arbres, quelques plantes au sol alors que le sable de l’arène était soigneusement ratissé et humecté après chaque combat, la tenue même de l’homme, indiquent qu’il s’agit plutôt d’une scène de chasse au fauve en Afrique. Et pourtant…

 

601f4 Villa Imperiale del Casale 

601f5 Villa Imperiale del Casale 

Et pourtant, cette scène plus générale prise dans le même couloir, à peine un peu plus loin, montre deux hommes bouclier dans la main gauche, l’un d’entre eux brandissant un javelot. Tout près, toutefois, d’un lion dévorant une gazelle, d’une panthère attaquant une autre gazelle, alors que le cirque ne présentait en général que deux animaux capables de lutter l’un contre l’autre, lion et rhinocéros par exemple, et non un prédateur et une proie. En fait, nous sommes bien en Afrique, et ces deux hommes ne s’affrontent pas. Si tous sont habillés de vêtements protecteurs, c’est parce qu’ils sont censés attraper des animaux sauvages pour les amener vivants au cirque. Capturés, immobilisés, les animaux seront transportés sur ce chariot tiré par deux bœufs sous le joug. Le regard effrayé de l’homme à terre sur ma première photo, la violence évoquée par le sang qui coule un peu partout, le mouvement, ainsi que les détails quotidiens et humains, tout cela est admirable.

 

601g1 Villa Imperiale del Casale 

Une salle qui attire en masse le public, et il faut reconnaître qu’elle en vaut la peine, est celle qui représente ces femmes en bikini, pratiquant des exercices sportifs.

 

601g2 Villa Imperiale del Casale 

Le port de sous-vêtements, chez les hommes comme chez les femmes, n’était pas d’usage. Aux bains publics, on était nu, c’est pourquoi il y avait des thermes séparés pour hommes et pour femmes. Dans la pratique sportive, les hommes étaient nus également, mais les femmes portaient généralement cette espèce de slip qui semble très moderne. Par ailleurs, depuis l’Antiquité jusqu’au début du vingtième siècle, les femmes ne portaient pas de soutien-gorge, sauf pour pratiquer des exercices où des mouvements violents auraient trop fortement secoué leur poitrine. Et c’est ainsi que l’on voit sur ces mosaïques ces sportives dont la tenue n’étonnerait personne en 2010 sur une plage française ou italienne. Et comme par ailleurs la ligne de leurs corps un peu plate et dénuée de forme, et les traits de leurs visages peu avenants ne sont pas de mon goût, je pense que sur la plage rien, ni elles-mêmes ni leur tenue, n’attirerait mon regard, alors qu’ici je les contemple avec enthousiasme et les photographie avec gourmandise. Allez comprendre pourquoi…

 

601g3 Villa Imperiale del Casale 

Ces deux-là ont participé à des compétitions, elles ont gagné. La femme à gauche, habillée, n’est pas une sportive, elle remet les récompenses. La jeune femme à droite a déjà son rameau de laurier en main, elle pose sa couronne sur sa tête, mais on ne peut savoir dans quelle discipline elle concourait, tandis que celle qui est au centre et qui s’apprête à recevoir ses distinctions des mains de celle de gauche porte à la main l’objet de sa victoire. Il s’agit d’une discipline d’adresse plus que de force, cette roue à rayons devant être guidée le plus vite possible sur un parcours déterminé, à l’aide de la baguette. J’ajoute en confidence que celle-ci est mieux faite –à mon goût, encore une fois– que les joueuses de ballon.

 

601g4a Villa Imperiale del Casale

 

Une compétition classique, la course à pied. La gagnante a attaché ses cheveux, tandis que celle qui la serre de près a laissé les siens flotter. Cela me rappelle 1968, les jeux olympiques de Mexico. Du fait du décalage horaire, je suivais à la radio, tard le soir ou tôt dans la nuit, les compétitions d’athlétisme. Contre toute attente, c’est Colette Besson qui a remporté le 400 mètres. Je me rappelle comme si c’était hier la voix émue du commentateur qui décrivait les cheveux de la médaillée d’or flottant sur ses épaules ce qui, disait-il, lui avait certainement coûté quelques dixièmes de seconde.

 

601g4b Colette Besson 

Cette remarquable sportive a cumulé un grand nombre de titres de championne de France et de championne du monde. Heureux sont les jeunes qui l’ont eue comme entraîneuse ou comme professeur d’éducation physique (elle ou, bien sûr aussi, mon ami Christian Épalle !). Elle a été faite inspectrice pédagogique régionale de l’Éducation Nationale dans l’académie de Paris, elle a lutté contre l’usage de drogues dans le sport, elle a œuvré, hélas sans succès, en faveur de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2012. Et cette très belle jeune femme, cette très grande championne, cette très courageuse professionnelle, a été emportée en 2005 par un cancer du poumon. J’ai trouvé la photo ci-dessus sur Internet, par honnêteté il est donc hors de question que je coupe le haut indiquant l’origine, même si cela est un peu inesthétique. Je n’ai pu m’empêcher d’ouvrir cette parenthèse qui m’éloigne de mon sujet parce que le rapprochement avec un événement qui m’a touché et marqué s’est immédiatement imposé à moi quand sur cette mosaïque j’ai vu cette sportive cheveux défaits, perdante –elle– de quelques dixièmes de seconde... Cela dit, il est grand temps de refermer ma parenthèse.

 

601g5 Villa Imperiale del Casale 

Une célèbre statue grecque représentant un discobole, on n’est pas étonné de la pratique de ce sport dans l’Antiquité romaine impériale. Moins connue est la discipline pratiquée par la jeune fille de gauche. Pour de l’haltérophilie, les poids seraient bien petits et ici on est en compétition, pas en séance de musculation. Il s’agit de saut avec poids, ce qui exige beaucoup de force pour effectuer les mouvements de bras nécessaires à la prise d’élan et au saut. Celle qui lâche un poids en cours d’exercice est éliminée. C’est sur cette image que je termine notre visite à la villa del Casale, mais pas mon article car la journée n’est pas finie.

 

601h1 de Piazza Armerina à Enna 

601h2 de Piazza Armerina à Enna 

En effet, à présent nous nous dirigeons vers Enna, en plein cœur de l’île, à 948 mètres d’altitude, ce qui en fait la capitale de province la plus élevée de toute l’Italie. Tout en montant vers cette ville, la route traverse des paysages magnifiques. Il aurait fallu s’arrêter toutes les cinq minutes pour prendre des photos, mais même si nous ne tenions pas compte de l’heure qui tourne nous ne pourrions sans danger stopper notre gros camping-car sur la chaussée, les routes d’Italie ne donnant presque jamais la possibilité de se garer sur le bas-côté.

 

601i1 Enna, Santa Maria di Montesalvo 

601i2 Enna, Santa Maria di Montesalvo 

À Enna, nous ne resterons pas bien longtemps, et limiterons notre visite à cette église Santa Maria di Montesalvo, dans la paroisse de San Leonardo. Apparemment, cette église ne présente rien de bien particulier.

 

601i3 Enna, Santa Maria di Montesalvo, Visitation 

À l’intérieur en revanche j’aime bien cette fresque de la Visitation. Non pas pour Dieu le Père, là-haut, avec sa grande barbe blanche, avec sur la tête le triangle de la Sainte Trinité en guise d’auréole, et qui lève le bras droit comme pour brandir la foudre, parce qu’il me rappelle un peu trop Zeus en colère. Mais bien plutôt pour les deux femmes, Marie toute jeune et Élisabeth marquée par l’âge, elles se prennent chaleureusement la main, le drapé de leurs vêtements est joli, les deux jeunes femmes, derrière à droite, l’une avec son panier sur la tête, ont quelque chose d’une peinture de Botticelli, il y a ce petit chien amusant que l’on retrouve souvent dans les tableaux. Je ne sais qui est le personnage agenouillé à gauche, peut-être Zacharie, le mari d’Élisabeth. En revanche, à droite, je n’ai pas de doute : en 1577, pour restaurer l’antique chapelle d’origine et pour construire un couvent, il a été fait appel aux Frères Mineurs, autrement dit aux Franciscains. Ce religieux agenouillé à droite ne peut être que saint François d’Assise, le fondateur de l’Ordre.

 

601i4 Enna, Santa Maria di Montesalvo 

Cet autel latéral de style baroque avec ses colonnes torsadées toutes bardées de stucs est curieusement orné de deux personnages qui semblent tout droit sortis d’une crèche. Ils ne sont visiblement pas à leur place, parce que Marie, à droite, fait double emploi avec la statue de la Vierge dans la niche au-dessus de l’autel. En face d’elle, je n’identifie pas ce personnage au vêtement bordé d’or qui ne peut être saint Joseph le charpentier que jamais on ne représente en pauvre travailleur, mais jamais non plus avec de riches habits dorés.

 

601i5 Enna, Santa Maria di Montesalvo 

Sur un mur de l’église subsiste ce fragment d’une très jolie fresque représentant la Madone et l’Enfant Jésus. Marie nous regarde avec un demi-sourire, et de la main nous désigne son fils, tout en tendant quelque chose qui ressemble à des fruits.

 

601i6 Enna, paroisse San Leonardo, sacristie 

Alors que nous sommes occupés à tout regarder et à faire nos photos chacun de notre côté, un religieux s’approche de moi et me propose de me montrer autre chose. J’appelle Natacha et nous le suivons à la sacristie où l’on peut admirer ce magnifique mobilier en marqueterie.

 

601j1 Enna, cloître de SAint Léonard

 

Mais ce n’est pas tout. Il nous propose de nous montrer le cloître, proposition que nous acceptons avec enthousiasme. Au cours des siècles, et tout particulièrement dans les cinquante dernières années, le couvent a été restauré, modifié, agrandi, et seul le cloître a conservé sa structure d’origine avec ses vingt-huit arcs en plein cintre. La restauration menée de 2001 à 2003 l’a entièrement remis en état sans en rien modifier.

 

601j2 Enna, chiostro di San Leonardo 

Du cloître, on peut accéder à cette grotte dont la pierre est sculptée d’une croix ainsi que du Tau (la lettre grecque) des Franciscains. Puis nous avons encore vu quelques salles du couvent où subsistent des fragments de fresques. Après cette visite, nous avons pris congé de notre aimable guide spontané.

 

601k1 vue prise d'Enna

 

Et nous avons repris la route. Quelques centaines de mètres à peine après avoir quitté le centre ville d’Enna, on découvre ce panorama à couper le souffle. Le soleil déclinant accentue les reliefs. Nous restons quelques minutes à contempler ce superbe paysage.

 

601k2 Lago di Pergusa (vu d'Enna) 

Nous nous sommes ensuite dirigés vers le lac de Pergusa. Ce lac a pour moi un intérêt tout particulier, mais de façon stupide un autodrome a été construit sur sa rive. Il le dénature et en interdit l’accès. En ce jour sans compétition, la grille du côté du grand parking où je me suis garé est ouverte, et la population de Pergusa ou d’Enna vient faire du sport sur la piste automobile. Il y a là beaucoup de gens qui courent, sautent, jouent au ballon sur le goudron bien lisse. Mais de l’autre côté, vers le lac, le grillage est obstinément fermé. Il y a une passerelle permettant au public, les jours de compétition, de passer de l’autre côté de la piste, mais une grille cadenassée ferme l’accès à cette passerelle. Je mets donc ici une photo du lac prise un peu plus tôt, du bord du parvis de l’église Santa Maria di Montesalvo après notre visite et avant de remonter en voiture.

 

Quelle est donc la signification de ce lac de Pergusa ? Eh bien, à plusieurs reprises déjà, j’ai eu l’occasion de raconter comment le dieu des Enfers Hadès qu’aucune déesse n’avait envie d’épouser pour ne pas avoir à aller vivre avec lui sous la terre sans revoir la lumière du soleil, sans pouvoir aller festoyer sur l’Olympe, boire de l’ambroisie et participer au rire inextinguible des dieux d’en haut, avait, avec la complicité de son frère Zeus, enlevé la fille que ce dernier avait conçue avec Déméter, la jolie Perséphone, également appelée Korè (la Jeune Fille). Dans mon article du 18 août, je précisais même qu’en compagnie de nymphes elle était en train de cueillir des fleurs en folâtrant sur les rives du lac de… Pergusa. Oui, là, sur ce haut plateau, dans ce beau paysage, avant que, bien des millénaires plus tard, ne vienne le souiller cet horrible autodrome avec ses tribunes, ses bâtiments administratifs de béton, ses stands gras d’huile moteur, et son fort grillage qui interdit les bords du lac. Je ne l’aurai donc vu que de loin, le lac de Pergusa. Je rappelle aussi que cette Sicile si belle, si séduisante, qui produit de si beaux fruits, c’est elle que Zeus a offerte en cadeau de noces à sa fille Perséphone lorsqu’elle est partie pour le séjour souterrain.

 

601L1 Caltagirone 

Sans plus tarder, nous reprenons la route, parce que nous souhaitons nous rendre à Caltagirone pour y passer la nuit et, afin de repartir demain matin pas trop tard, nous décidons de faire dans cette ville notre petit tour dès ce soir. Tant pis si nous n’en avons qu’une vision nocturne. Nous pouvons nous rendre compte que c’est une ville ancienne, elle aussi.

 

601L2a Caltagirone, Scala Santa Maria del Monte (17e s.)

 

601L2b Caltagirone, Scala Santa Maria del Monte (17e s.) 

Mais le plus remarquable, c’est cet escalier monumental, non pas par sa largeur ou par sa forme, mais par sa hauteur et par les céramiques, des majoliques polychromes, qui revêtent les contremarches de ses 142 degrés de lave volcanique de l’Etna. C’est la scala di Santa Maria del Monte. Cette scala a été construite au dix-septième siècle, en 1608, par l’architecte Giuseppe Giacalone sur un dessin du fils aîné d’Antonello Gagini, ce sculpteur élève de Brunelleschi, que j’admire et dont j’ai vu des œuvres au palazzo Abatellis de Palerme et dans diverses églises de Sicile. En haut se situait la ville ancienne avec le pouvoir religieux. En bas, la ville moderne avec le pouvoir civil. Ce grand escalier devait servir de trait d’union entre ces deux parties de la ville.

 

601m1 Caltagirone, Scala Santa Maria del Monte (17e s.) 

601m2 Caltagirone, Scala Santa Maria del Monte (17e s.)

 

601m3 Caltagirone, Scala Santa Maria del Monte (17e s.) 

601m4 Caltagirone, Scala Santa Maria del Monte (17e s.)

Chacune des contremarches est originale, elles sont toutes différentes. Certaines représentent des dessins géométriques, l’une d’entre elles célèbre un Ave Maria, les autres figurent des personnages, des animaux ou des fleurs, et l’on y retrouve des sujets inspirés de l’art et de la civilisation arabes, mais aussi des personnages clairement moyenâgeux normands, ainsi que des influences espagnoles et même parfois des traits étonnamment modernes. Sur chaque contremarche, le motif occupe deux ou trois carreaux en largeur et se répète ainsi sur toute la largeur de l’escalier mais, peints à la main, les dessins ne sont jamais strictement identiques. J’en ai photographié beaucoup, là aussi il va falloir faire un choix sévère. Tant pis, j’en sélectionne quand même quatre.

 

601n Caltagirone 

Tout en haut, se dresse l’église Santa Maria del Monte. Évidemment, à cette heure, il n’est pas question de la visiter. Mais sur ma photo on aperçoit, sur le mur au fond de la place, un dessin. Mais ce n’est pas un simple dessin, c’est une belle majolique.

 

601o1 Caltagirone

 

601o2 Caltagirone 

601o3 Caltagirone 

Visiblement, ceux qui marchent derrière le char, les hommes mains liées derrière le dos, une femme avec une corde au poignet, sont des prisonniers arabes. En haut des marches, sa mitre sur la tête, précédé d’un enfant de chœur qui porte un encensoir et d'une jeune fille avec une coupe où brûle un feu, l’évêque s’apprête à les recevoir. Au fond, le décor de collines supportant ce massif château normand évoque l’époque de la conquête de la Sicile sur les Sarrasins par Roger Premier. Dans mes lectures, nulle part je n’ai trouvé l’explication de cette majolique, mais je pense avoir peu de chances de me tromper avec cette interprétation.

 

601p1 Caltagirone

 

L’escalier monumental, ce mur, et un peu partout d’autres carrelages comme cette Vierge… En effet, Caltagirone est la ville de la céramique. L’argile abonde dans les environs, aussi cette industrie et cet artisanat se sont-ils développés, faisant la richesse de la cité. Bien sûr les boutiques sont fermées à cette heure-ci, mais les devantures regorgent de plats et d’assiettes, de vases et de pots, de dessus de tables, de statues grandes ou petites, de lampes, etc., toujours en terre cuite vernissée.

 

601p2 Caltagirone

 

601p3 Caltagirone 

Dans les rues principales, ce sont presque toujours des objets souvenirs pour touristes, mais ici ou là, et surtout dans les petites rues un peu éloignées du centre, on peut trouver de véritables œuvres d’art. Deux images prises dans des devantures, je trouve très belles et très fines ces deux têtes couronnées, je trouve amusante mais sans grande valeur artistique ce barbier et autres petits personnages.

 

Et voilà, avec toutes ces photos et ces visites de nombreuses villes j’ai assez ennuyé mes lecteurs, je pose le point final de mon article d’aujourd’hui.

 

 

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Published by Thierry Jamard
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