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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 09:12

846i1 Imera, village mort

 

Dans mon précédent article où je parlais de nos nouveaux amis de Xanthi, Vasilis, Ilias, Anastasia et Helen, je disais que pour nous rendre à Stavroupoli, bourg sur le Nestos à partir duquel nous allions le descendre en canoë, Ilias ne nous avait pas laissés prendre le train, et nous avait emmenés en 4x4 à travers la montagne. Car le paysage est splendide. Mais hélas il y a aussi des villages abandonnés, comme Imera, avec de magnifiques maisons traditionnelles, comme celle de ma photo., qu’on laisse mourir à petit feu. Pour certaines, l’Union Européenne a financé des projets de restauration, puis a assuré le fonctionnement en hôtel ou autre centre culturel, fixant à X années la date où la Grèce devrait reprendre la main. Mais personne, ici, n’a envie de s’investir dans ce genre d’activité, et des bâtiments merveilleusement remis à neuf seront bientôt dans le même état que ceux qui, comme celui-ci, n’auront jamais été rénovés.

 

846i2 montagne au nord de Toxotes

 

De nombreux endroits ont été défrichés, sans pour autant détruire la nature. Ici, c’est le cimetière du village, là c’est l’école, ailleurs on a mis le sol en culture, ou des animaux ont pâturé. Aujourd’hui, il y a en certains endroits, et c’est magnifique, des chevaux sauvages. Aux chevaux dont les ancêtres n’ont jamais été domestiqués se sont joints dans les années 1950 des chevaux qui ont été abandonnés lorsque le Gouvernement, craignant après la Guerre Civile la subversion de ces paysans isolés et impossibles à surveiller, les a massivement transférés dans des régions de plaine, leur donnant des terres et leur promettant des avantages. Après plusieurs générations, tous ces chevaux sont complètement revenus à la vie sauvage, et vivent en bandes sous la conduite d’un mâle dominant. Pensant que ces chevaux sont dangereux pour ses cultures, l’un des quelques rares paysans qui vivent encore dans ces montagnes en a tué deux avec son fusil de chasse. C’est évidemment un délit, mais le coupable n’a pas été identifié. Et je ne suis pas sûr qu'il y ait eu une volonté vraie et dérerminée de l'identifier.

 

Deux siècles plus tôt, en 1806, Chateaubriand a traversé la Grèce. Une autre région, il est vrai (le Péloponnèse, appelé alors Morée), mais ce que je veux en citer pourrait parfaitement s’appliquer avec efficacité au cas de l’assassinat de ces chevaux. “Il y avait, vers le mont Ithome, une troupe d’une cinquantaine de voleurs qui infestaient les chemins. Le pacha de Morée, Osman Pacha, se transporta sur les lieux, il fit cerner les villages où les voleurs avaient coutume de se cantonner. Il eût été trop long et trop ennuyeux pour un Turc de distinguer l’innocent du coupable, on assomma comme des bêtes fauves tout ce qui se trouva dans la battue du pacha. Les brigands périrent, il est vrai, mais avec trois cents paysans grecs qui n’étaient pour rien dans cette affaire”.

 

Quand j’écris cela, on comprend que je ne peux être partisan de ce type de justice. Et on s’imagine que ce n’est plus de notre temps, dans nos pays occidentaux. Erreur. Certes, on ne va généralement pas jusqu’à souhaiter le massacre, mais lorsque l’on apprend qu’un vol, un crime, une incivilité ont été commis par une personne dont le nom a une connotation étrangère, certains s’exclament qu’il faut bouter les étrangers hors de France, comme Jeanne d’Arc l’a voulu pour les Anglais. Et hop, tous les étrangers. Je trouve que la méthode a beaucoup de points communs avec celle que relate ici Chateaubriand.

 

846i3 Méandres du Nestos dans ses gorges

 

Le passage par la montagne permet d’avoir cette vue sur les méandres du Nestos dans ses gorges. Non seulement on peut admirer ce paysage unique, mais en outre c’était une bonne introduction pour la descente en canoë que nous nous apprêtions à effectuer.

 

846i4 table d'orientation au-dessus ses gorges du Nestos

 

846i5 à l'horizon, le mont Pangée (1956 mètres)

 

En un point, il y a une table d’orientation aidant à identifier ce que l’on voit. Du côté de ma photo, la table indique que les crêtes que l’on voit au loin sont celles du mont Pangée, qui culmine à 1956 mètres.

 

Ilias nous a fait prendre ces petites routes perdues dans la montagne. Parfois, il nous a emmenés hors de la route qui nous menait à destination pour nous montrer un village, un point de vue, des animaux. Il n’hésitait pas à s’arrêter pour que nous puissions contempler le paysage et prendre nos photos. Il nous a donné, chemin faisant, toutes les explications nécessaires. Mais tel n’était pas l’emploi du temps prévu pour la journée, et nous avons dû continuer pour être à l’heure au rendez-vous de Stavroupoli, où nous attendaient l’autre guide et les cinq touristes avec lesquels nous allions nous mesurer au Nestos.

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Published by Thierry Jamard
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