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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 23:20

Aujourd’hui, nous avons jeté notre dévolu sur le baptistère de Constantin au Latran et sur deux ou trois églises du mont Celio. Mais ces églises nous n’en avons visité que deux, et incomplètement parce qu’elles sont riches de mille choses à découvrir, nous y reviendrons un autre jour et je préfère regrouper ce jour-là tout ce que nous y aurons vu.

 

401a Rome, ex-Latran près Scala Santa

 

Par ailleurs, nous nous sommes attardés un peu avant de nous rendre au baptistère. De l’autre côté de la place de Saint Jean de Latran (San Giovanni in Laterano), dans les restes de l’ancien palais du Latran, il y a cette Scala Santa que l’on n’est autorisé à gravir qu’à genoux, et sur le flanc, en extérieur depuis la destruction des murs, cette fresque où Jésus brandit un livre qui dit en latin "La paix soit avec vous". C’est de cela que parle Stendhal quand il dit : "On trouve sur la façade latérale du petit bâtiment de la Scala Santa, vers la route de Naples, une mosaïque célèbre qui remonte à saint Léon III [795-816]. J’avoue que je n’y vois rien que de médiocre". Et c’est aussi mon humble avis…

 

401b Rome, palais du Latran

 

401c Rome, palais du Latran

 

Revenons sur le côté de la place où se dresse la basilique. La bande de mur blanc que l’on distingue sur l’extrême bord gauche de la première de ces deux photos, avec ses statues gigantesques sur le toit, c’est la basilique Saint Jean. Et ce grand, ce gros bâtiment ocre, c’est le palais du Latran. Certains le trouvent laid, moi je l’aime bien. Le premier palais était la résidence habituelle des papes. En 1309, le pape Clément V, un Français, Gascon, va s’installer en Avignon. Lorsqu’Urbain V, un autre Français, du Gévaudan celui-là, revient à Rome, le palais du Latran vient d’être ravagé par un incendie, et la basilique aussi. Il s’installe alors au Vatican.

 

Bien avant, à la fin du neuvième siècle, et par conséquent dans l’ancien palais, il s’est passé des événements dont j’ai lu le récit en quatre exemplaires. Plutôt que de les raconter moi-même à partir de mes sources, je préfère laisser ce soin à la plume de Stendhal, ce sera mieux dit. Les dates que j’ajoute entre crochets sont celles des règnes des différents papes. Entre parenthèses, les chiffres sont donnés par Stendhal.

 

"Le premier acteur des nombreuses tragédies sacerdotales dont les rues de Rome furent le théâtre au Moyen Âge est le pape Formose. Il était évêque de Porto, et commença sa carrière par conspirer pour introduire l’étranger dans sa patrie. Formose voulut rendre les Sarrasins maîtres de Rome. Jean VIII [872-882] l’excommunia, et huit ans après Formose fut porté au trône pontifical par l’une des deux factions qui divisaient Rome (891). Il avait pour lui la noblesse et les hommes remarquables par leur esprit ; il chassa la faction contraire au moment où elle allait consacrer le pape qu’elle avait élu […]. Après la mort de Formose, la faction contraire porta au trône Étienne VI [896-897]. Ce pape fit déterrer le cadavre du pape Formose (896), le fit revêtir de ses habits pontificaux, et, l’ayant fait placer au milieu d’une assemblée d’évêques, il lui demanda comment l’ambition avait bien pu le porter à avoir l’audace de changer le siège de Porto contre celui de Rome. Formose, n’ayant pas répondu, fut condamné. Son corps, ignominieusement dépouillé des ornements dont on l'avait revêtu, eut les trois doigts de la main droite coupés, et de plus on le jeta dans le Tibre. Luitprand ajoute que des pêcheurs le retrouvèrent, et que lorsqu’ils rapportèrent ses restes mutilés dans l’église de Saint-Pierre, les images des saints se courbèrent respectueusement devant le malheureux pontife. Les Romains, fatigués des débauches d’Étienne VI, le saisirent et l’étranglèrent en prison". Charmante époque, n’est-ce pas ?

 

401d Rome, obélisque de Saint-Jean de Latran

 

On a vu, sur l’autre façade du Latran, une vaste place avec un obélisque au centre. L’archéologue italien Rodolfo Lanciani, au début du vingtième siècle, nous dit que ce monolithe "a été apporté d’Héliopolis à Alexandrie par Constantin et a été transféré à Rome en l’an 357 par Constance, sur un vaisseau ou un radeau avec un équipage de 300 rameurs, qui accosta au Vicus Alexandri, à trois milles de Rome. Les inscriptions hiéroglyphiques commémorent le roi Thoutmosis III de la dix-huitième dynastie".

 

Sixte V ne fut pape que de 1585 à 1590 mais eut le temps de faire dresser les obélisques du Latran, de Sainte Marie Majeure, de Saint Pierre du Vatican, de la piazza del Popolo. Parlant de cet obélisque du Latran, Stendhal dit que "les Égyptiens avaient l’art de transporter des fardeaux énormes et de creuser d’immenses temples dans les rochers ; c’est là tout leur mérite, mérite d’esclave. Leurs hiéroglyphes, si on les devine réellement, ne disent que des platitudes". Je lui laisse la pleine responsabilité de ce jugement, que je ne me sens nullement obligé d’approuver.

 

Le texte latin gravé sur le socle dit : "Constantin, vainqueur par la Croix, baptisé ici par saint Sylvestre, a propagé la gloire de la Croix". En fait, ce n’est pas historique que Constantin a été baptisé par le pape saint Sylvestre après sa victoire sur Maxence. Ce n’est qu’au moment de sa mort, en 337, qu’il a reçu le baptême, mais saint Sylvestre était déjà mort (en 336). La légende de la guérison de la lèpre lors de son baptême après le succès sur Maxence, dont j’ai parlé hier au sujet de sa fille Constance, est née au huitième siècle. Aucune trace de ce récit auparavant.

 

401e Rome, San Giovanni in Laterano, côté

 

Lors de notre visite de la basilique le 17 décembre, nous ne nous étions pas rendus sur son flanc nord, à côté du dos du palais du Latran, en face de l’obélisque. Pourtant, cette façade qui se trouve au niveau du bras droit du transept vaut la peine d’être vue. Je la trouve infiniment plus élégante que la façade principale.

 

401f Rome, San Giovanni in Laterano

 

401g Rome, San Giovanni in Laterano

 

Sous son porche, les murs comme le plafond sont entièrement recouverts de fresques. Ici, on voit saint Pierre voletant sur son petit nuage avec ses clés du Paradis dans sa main droite, et saint Paul avec son épée curieusement brandie, d’une façon incommode et dangereuse. Ce ne sont pas les peintures que je préfère.

 

401h Rome, San Giovanni in Laterano

 

En revanche, j’aime bien ce plafond, ses couleurs et le chœur des anges tout autour. Je ne sais pas qui est représenté, je suppose que Jésus est en compagnie de Dieu le Père, et en face d’eux une femme qui doit être la Vierge, et un homme à l’épaule dénudée et portant un grand bâton terminé en forme de croix, c’est vraisemblablement Jean Baptiste. Et si c’est lui, le beige foncé ou brun clair que l’on aperçoit entre son aisselle et son manteau serait alors son habituel vêtement en peau de chameau.

 

401i Rome, San Giovanni in Laterano

 

Et je finis par ceux-là. J’adore ces anges avec leurs visages poupins et la candeur de leur regard.

 

402a Rome, baptistère de San Giovanni

 

C’est très bien, tout cela, mais nous nous attardons alors que nous sommes venus pour le baptistère. Il a été construit en 324 par l’empereur Constantin, et il a été dans les premiers temps de la liberté de culte pour les chrétiens le seul lieu où l’on baptisait.

 

402b Rome, baptistère de San Giovanni

 

Comme on le voit sur ces deux photos, d’extérieur et d’intérieur, c’est un édifice octogonal. Autour du baptistère proprement dit un autre octogone ajouté au cinquième siècle est délimité par de belles colonnes de porphyre. L’ensemble est léger, clair, élégant. Mais il va de soi que les dorures et la plupart des décorations sont venues l’enrichir au cours des siècles.

 

402c Rome, baptistère de San Giovanni

 

Ce n’est qu’au seizième siècle que sera construit le lanternon, ainsi que la rangée de colonnes supérieure. Cette photo permet de se rendre compte que partout, en bas comme en haut, les panneaux sont intégralement recouverts de peintures. En voici quelques unes.

 

402d Rome, baptistère de San Giovanni

 

Constantin est debout sur son estrade accompagné je suppose du pape Sylvestre, et avec eux tous les soldats voient un prodige dans le ciel, une grande croix avec l’inscription "en Jésus la victoire". La légende au-dessus du tableau explique : "À Constantin qui se porte contre Maxence, il promet une victoire certaine après avoir vu dans le ciel une croix portant ces mots Sur ce signe tu vaincras".

 

402e1 Rome, baptistère de San Giovanni

 

Ça y est, Constantin a vaincu. Il remplace les cultes païens par le christianisme. "Ayant fait abattre les statues des dieux, ayant fait renverser les autels, il ordonne que soit placée la Croix".

 

402e2 Rome, baptistère de San Giovanni

 

On ne voit pas bien le détail de ce qui se passe sur la photo d’ensemble. Je trouve intéressant de faire un gros plan, sinon sur la croix qui est apportée par le pape Sylvestre et accueillie par ces personnages en blanc, du moins sur les statues païennes brisées que l’on emporte.

 

402f Rome, baptistère de San Giovanni

 

Au sol, des grilles de bronze cachent des orifices. Je suppose qu’elles sont trop anciennes pour qu’il s’agisse de bouches de chauffage, probablement servaient-elles à évacuer l’eau après les baptêmes. S’il en est ainsi, les fosses sont antiques, mais il est clair que les grilles sont bien postérieures à la création du baptistère. On connaît la légende qui veut que le pélican, quand il n’a rien à donner à manger à ses petits, se sacrifie en s’ouvrant la poitrine pour se donner en pâture. C’est l’image voulue ici de Jésus s’offrant en sacrifice aux hommes en rémission de leurs péchés.

 

Chez Musset, dans la Nuit de Mai, l’image est autre. C’est le poète qui est dans le rôle du pélican.

          "Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.

          Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps,

          Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes

          Ressemblent, la plupart, à ceux des pélicans".

 

Triste, déçu par l’amour, Musset est resté sourd à sa muse pendant longtemps. C’est elle qui l’appelle et l’incite à se remettre à écrire.


          "[…] Ne crois pas, ô poète,

          Que ta voix ici-bas doive rester muette.

          Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,

          Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.

          Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,

          Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,

          Ses petits, affamés, courent sur le rivage

          En le voyant au loin s’abattre sur les flots.

          Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
          Ils courent à leur père avec des cris de joie,
          En secouant leurs becs sur leurs goîtres hideux.
          Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,

          De son aile pendante abritant sa couvée,

          Pêcheur mélancolique il regarde les cieux.

          Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte.

          En vain, il a des mers fouillé la profondeur,

          L’océan était vide, et la plage déserte.

          Pour toute nourriture, il apporte son cœur".

 

Et on continue ainsi. Je cite de mémoire (l’espace –et le poids– dans le camping-car sont trop limités pour que j’aie emporté toute ma bibliothèque), je ne crois pas me tromper parce que même si je trouve un peu ridicule parfois ce romantisme exacerbé, ce long, très long poème est l’un de mes favoris que je sais par cœur depuis des lustres et que je déclame de temps en temps sous la douche. Quand on chante faux, on a bien le droit de déclamer. Et pour dédramatiser, pour ceux qui déjà pleurent sur le pauvre pélican, on peut ajouter que les petits se regardent alors d’un air consterné. "Oh, non, c’est pas vrai, il va encore nous servir des tripes".

 

402g Rome, baptistère de San Giovanni

 

Dans un baptistère, il faut bien des fonts baptismaux ou, pour le baptême par immersion, une grande cuve ou une baignoire. Voici l’objet, placé au centre de la construction.

 

402h Rome, baptistère de San Giovanni

 

Autour, plusieurs chapelles ont été ajoutées. L’une d’entre elles, la chapelle de saint Jean Baptiste qui date de la fin du cinquième siècle, a toujours sa porte d’origine, en alliage d’or, de bronze et d’argent, et lorsqu’elle pivote sur ses gonds, si l’on en croit Dante (Divine Comédie, Purgatoire, IX), elle émet un son qui est l’air du Te Deum laudamus. Nous n’avons pas eu l’occasion de l’entendre…

 

402i Rome, baptistère de San Giovanni

 

Encore quelques images. Ici, un haut-relief de représentation assez naïve. La Vierge est belle, j’aime bien les plis de son vêtement, les mains et le pied qui débordent du cadre, mais surtout j’adore les angelots tout mignons qui gravitent autour d’elle.

 

402j Rome, baptistère de San Giovanni

 

L’un des papes qui sont intervenus sur ce baptistère est, comme partout dans Rome, Urbain VIII Barberini, avec ses abeilles. Mais ici elles sont amusantes, elles ne figurent pas dans son blason, elles vont butiner cet arbre.

 

402k Rome, baptistère de San Giovanni

 

C’est sur cette photo que je vais quitter ce baptistère. Après les abeilles, on voit apparaître le nom de ce pape, P.O.M. signifiant Pontifex Optimus Maximus, soit Pontife très bon très grand. Ces deux qualificatifs, dans la Rome antique, étaient usuellement accolés au nom de Jupiter. Pour les papes, le premier qualificatif n’est pas toujours présent, il arrive fréquemment que le nom soit seulement suivi des deux lettres P.M. qui sont alors plus ou moins l’équivalent de Souverain Pontife. Cela dit, ce n’est pas tant pour Urbain VIII que j’ai choisi cette photo, mais pour les petits anges armés de pinceaux qui sont en train de faire son portrait en voletant devant son compas et sa règle, instruments qui en font l’architecte des travaux intervenus.

 

Et voilà. Nous sommes allés ensuite voir San Clemente mais n’en avons pas visité la basilique paléochrétienne parce que nous voulions voir dès ce soir l’église des Santi Quattro Coronati. Et puis là, après un tour dans l’église, nous avons vu qu’il était possible de visiter le cloître et une chapelle couverte de fresques, à condition de venir plus tôt. Voilà pourquoi, comme je le disais au début, je préfère parler de ces deux églises et de quelques autres dans le secteur lorsque nous y reviendrons.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Aredius 18/04/2012 21:40

Bonjour,
Merci pour vos pages excellentes : commentaires et photos. J'ai honte des photos que je publie sur mon blog !
Je vous cite sur http://lefenetrou.blogspot.com.

gisele deleporte 26/02/2012 10:24

Merci beaucoup pour cette "relecture" du Baptistère de St Jean de Latran. Comme vous, je suis intriguée par les superbes "bouches d'égout" (dixit mon fils, iconoclaste) : représentation des
symboles du christianisme ? représentation des "armoiries" de certains Papes ? sans aucun lien entre elles ?

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