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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 18:57

626a1 Bari, château souabe

 

C’est le roi normand Roger II qui, en 1131, construit ici un premier château, partiellement sur des habitations d’époque byzantine et partiellement sur les structures d’un complexe cultuel du onzième siècle. D’abord un mot d’histoire. Le Normand Robert d’Hauteville dit le Guiscard conquiert le sud de l’Italie continentale, et son jeune frère Roger la Sicile, dont il devient roi sous le nom de Roger Premier. Ces conquêtes s’étalent, au onzième siècle, du milieu des années cinquante à 1070. Le fils de Roger I, Roger II, né en 1095, n’a que six ans à la mort de son père, mais sa mère Adélaïde assume la régence sur la Sicile. Pendant ce temps-là, en Italie du sud, le fils aîné de Robert Guiscard et de sa femme la princesse lombarde Sighelgaita, lui aussi nommé Roger et surnommé La Bourse (Ruggiero Borsa), hérite des possessions de son père à la mort de celui-ci en 1085. N’ayant ni les dons guerriers, ni l’autorité de son père, il est vite dépassé, il perd Amalfi, Tarente, et se voit contraint de faire appel à l’aide de son oncle, le puissant Roger I de Sicile. Marié en 1092 à Adèle, fille du comte de Flandres et jeune veuve du roi de Danemark Knut le Saint, il meurt en 1111, laissant son royaume à son jeune fils Guillaume II duc de Pouille (1095-1127) qui meurt sans héritier. C’est alors que Roger II de Sicile prend par la force le royaume laissé par son cousin et se fait sacrer prince de Salerne puis grand duc de Pouille en 1128. En 1130, l’antipape Anaclet II institue Roger II roi de Sicile et de l’Italie du sud. Les provinces d’Italie continentale ayant été annexées, l’ensemble s’appelle Royaume de Sicile, mais c’est de là que le nom de Sicile s’est étendu à l’Italie du sud, et que l’on parlera plus tard de Royaume des Deux-Siciles.

 

626a2 Bari, château souabe 

Lorsque meurt Roger II en 1154, son fils Guillaume lui succède sur le trône de ce double royaume. C’est Guillaume Premier, dit le Mauvais. Nous avons vu au sujet de la cathédrale, dans un autre article, le grave différend entre Guillaume et ses barons et comment le roi s’est vengé de Bari en 1161 en saccageant la ville et en y détruisant tout, y compris la cathédrale, n’épargnant que la basilique de Saint Nicolas. Ce château où nous sommes, construit par son père, ne sera pas épargné, il n’aura pas vécu longtemps en l’état. De 1233 à 1240, c’est l’empereur Frédéric II qui va s’atteler à la tâche de reconstruire le château, avec de notables différences par rapport au bâtiment d’origine.

 

626b1 Bari, castello svevo 

626b2 Bari, château souabe 

On accède au château par cette porte en croisée d’ogive surmontée d’un bandeau sculpté. Parce que, sur ma photo réduite pour publication c’est peu lisible, je vais un peu m’attarder sur les représentations. Au centre, un aigle représentant Frédéric II tient un lionceau dans ses serres. Vers la gauche, il y a un homme en longue robe, un dragon tenant entre ses pattes une corne d’abondance, et un autre homme plus petit, peut-être un nain. Repartant de l’aigle du centre et descendant vers la droite, on tombe sur ce qui fait l’objet de ce gros plan, à savoir un être féminin fabuleux dont le bas du corps se termine par deux queues couvertes d’écailles, peut-être est-ce une sirène. Près d’elle, un chevalier barbu, puis un couple de harpies, êtres ailés à visage humain et à longs cheveux. Ce portail date de la quatrième et de la cinquième décennies du treizième siècle, sauf pour les décorations florales qui suivent les harpies à droite, refaites au vingtième siècle pour remplacer les originaux détériorés.

 

626c1 Bari, château souabe 

626c2 Bari, castello svevo 

626c3 Bari, castello svevo 

Nous voici dans la cour. Elle aussi doit son aspect actuel à Frédéric II. L’empereur avait coutume d’utiliser sur ses chantiers des ouvriers locaux mêlés à des ouvriers d’autres origines. Ainsi, sur un chapiteau, on relève la signature d’un Minerrus de Canosa (ville des Pouilles plus au nord, à l’ouest de Bari) et sur un autre celle d’un Ismaël dont le nom révèle l’origine arabe.

 

626d Bari, château souabe

 

Entre le portail et la cour, nous avons traversé ce vestibule datant de 1233-1240. Les motifs végétaux stylisés sont nettement marqués par l’influence arabe, et c’est d’ailleurs sur l’un d’eux que figure la signature de cet ouvrier sarrasin.

 

626e1 Bari, château souabe 

626e2 Bari, château souabe 

Pour comprendre la perspective de ma seconde photo ci-dessus : Nous sommes dans la salle dite Souabe. Des fouilles ont révélé, à 4,05m sous le niveau de son sol, des restes d’une basilique byzantine. Je disais en commençant cet article que le premier château construit par Roger II en 1131, très tôt après son intronisation, reposait partiellement sur un ensemble cultuel byzantin. Pour que le visiteur puisse le voir, des passerelles ont été aménagées au niveau de la salle, et ma première photo est visiblement prise de haut, mais la seconde est prise en plongée verticale, en me penchant par-dessus la balustrade. Sur la première, on voit un mur de la basilique et un fragment de son pavement, sur la seconde une tombe qui avait été creusée dans le sol de la basilique.

 

626f1 Bari, château souabe 

626f2 Bari, château souabe

 

626f3 Bari, château souabe 

Dans la grande salle d’honneur du château, j’ai été particulièrement frappé par cette fenêtre, ce qui me donne l’envie de terminer cette présentation par elle. Je trouve amusante (en plus d’être très décorative) cette façon de présenter deux gardes dans leurs casemate de chaque côté.

 

Je ne veux pas multiplier les vues d’architecture ni les vues de sculptures sur les cheminées ou les portes. Il y a aussi dans le château une salle de musée qui présente des poteries utilisées dans ce château, mais elles ne sont pas fondamentalement différentes de celles que j’ai déjà montrées dans des musées, et surtout elles sont en très mauvais état. En effet, alors que les poteries grecques, pourtant beaucoup plus anciennes, ont été retrouvées pour la plupart dans des tombes d’où elles n’avaient pas bougé depuis des millénaires, au contraire les pots, assiettes, vases retrouvés dans le château ont en général été utilisés jusqu’à ce qu’on les casse et que l’on en abandonne les morceaux, ou encore ils ont subi la chute de matériaux dans des salles inutilisées. Aussi je préfère arrêter là cet article.

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Published by Thierry Jamard
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