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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 21:59
687a Cap Sounion
 
687b Akrotirio Sounio
 
L’Attique, la région d’Athènes, c’est la péninsule au sud-est de la Grèce continentale et qui descend loin, parallèlement à la côte est du Péloponnèse. Et tout au bout, à la pointe, le Cap Sounion est un promontoire élevé de plus de soixante mètres sur une falaise qui plonge dans la mer. Et là, dans ce paysage marin s’il en est, un grand temple de marbre blanc dresse ses colonnes majestueuses. Il ne pouvait, en ces lieux, être dédié à nul autre que le dieu de la mer, Poséidon.
 
Par ailleurs, le cap est lié à une légende célèbre que j’ai déjà évoquée par petits bouts à plusieurs reprises, et aujourd’hui je vais essayer de recoller les morceaux. L’ingénieur Dédale, en Crète, a aidé Pasiphaé, la femme du roi Minos, à assouvir sa passion bestiale pour un taureau furieux, en lui fabriquant une génisse postiche où elle s’est glissée, et le taureau abusé s’est ainsi uni à elle. De ces amours zoophiles est né le Minotaure, un être monstrueux mi-taureau, mi-homme, à qui les Athéniens devaient livrer tous les neuf ans sept jeunes gens et sept jeunes filles, tribut exigé par Minos parce qu’il les jugeait responsables de la mort d’Androgée, fils qu’il avait eu avec sa femme Pasiphaé, et le Minotaure, taureau carnivore, les dévorait. Après vingt-sept ans, au moment de livrer le troisième tribut, le peuple d’Athènes était sur le point de se révolter contre Égée, son roi, quand pour l’apaiser Thésée, le propre fils du roi, se proposa pour être l’un des sacrifiés. Et les quatorze partirent sous des voiles noires, car le voyage était funeste, mais on emporta cependant un jeu de voiles blanches pour le retour au cas où le valeureux Thésée parviendrait à vaincre le monstre. Or à l’arrivée Ariane, la fille de Minos et de Pasiphaé (comme Racine appelle sa sœur Phèdre) et sœur du défunt Androgée, ayant vu le beau Thésée en était tombée amoureuse et comme les quatorze jeunes avaient été emprisonnés dans la demeure du Minotaure, le triste labyrinthe d’où l’on ne pouvait retrouver la sortie, elle avait consulté l’industrieux Dédale qui lui avait conseillé de confier une pelote de fil à Thésée qu’il déroulerait derrière lui et qu’il lui suffirait de suivre pour ressortir s’il parvenait à réchapper du Minotaure, ce qu’elle s’empressa de faire, mais en lui faisant promettre de l’épouser si, grâce à elle, il revenait vivant. Quand Thésée, s’avançant dans le labyrinthe en tête de la troupe des garçons et des filles sacrifiés, se trouva face au Minotaure, il l’assomma d’un fabuleux coup de poing qui le tua, puis les quatorze jeunes rebroussèrent chemin à la hâte en suivant le fil d’Ariane, laquelle attendait l’élu de son cœur à la sortie alors que la nuit était tombée et que tout dormait dans le palais. Alors, fidèle à sa promesse, Thésée saborda les bateaux crétois pour éviter d’être poursuivi et emmena à son bord la belle Ariane, qui fuyait la colère de son père et suivait son amour. Arrivé près de l’île de Naxos, Thésée décida d’y faire escale pour y passer la nuit mais voyant Ariane endormie il constata que, certes, elle ne manquait pas de charme, mais il repensa à celle qu’il aimait vraiment et qu’il avait laissée à Athènes, la jeune Æglè et, se disant qu’il ne pouvait pas renoncer à elle, il fit mettre à la voile abandonnant Ariane endormie sur la plage de Naxos. Quand Ariane s’éveilla, disparaissait au loin la voile de Thésée. Alors je continue avec Racine : Phèdre lui dira "Ariane, ma sœur, de quel amour blessée / Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée…" Le navire fit encore une escale à Délos où Thésée consacra une statue d’Aphrodite, déesse protectrice de l’amour, que lui avait donnée Ariane. Mais, poursuivant sa route vers l’Attique, il ne pouvait se consoler d’avoir trahi Ariane et, remâchant ses remords, il en oublia de changer les voiles noires pour les blanches qui, de loin, auraient annoncé aux Athéniens sa victoire sur le Minotaure et la fin du terrible tribut qu’ils devaient livrer à Minos pour être donné en pâture au monstre carnivore. Or nuit et jour le roi Égée fixait l’horizon du haut du cap Sounion, là où je suis aujourd’hui, pour guetter le possible retour de son fils chéri. Et lorsque, sur l’horizon, il vit se détacher les voiles noires, de désespoir il se jeta à la mer du haut du promontoire. Ainsi périt Égée, dont la mer prit le nom. Et c’est alors que Thésée, succédant à son père, devint roi d’Athènes.
 
687c Cap Sounion
 
687d1 Akrotirio Sounio
 
687d2 Cap Sounion
 
C’est là que nous nous sommes rendus aujourd’hui. Une déviation nous a un peu égarés en route, mais tant pis parce que nous avons traversé de beaux paysages et, de toute façon, nous sommes arrivés suffisamment tôt pour avoir tout notre temps, tourner autour du temple, nous promener dans la lande à ses pieds. De plus, nous savions que les couchers de soleil, ici, sont réputés et, par ce temps splendide, nous voulions attendre. De façon très intelligente, le site ne ferme quotidiennement qu’après la plongée du soleil dans la mer.
 
687e Sounion Cape
 
C’est, comme pour l’Acropole, Périclès qui a décidé la construction de ce temple, édifié de 444 à 440 avant Jésus-Christ pour succéder à un temple du sixième siècle que les Perses de Xerxès avaient démoli en 480, lorsqu’ils avaient déferlé sur l’Attique, pris Athènes, brûlé les temples de l’Acropole. On décrit ce temple comme doté de 13 colonnes sur les grands côtés et 6 sur les petits côtés. Mais le compte de (13x2)+(6x2)=38 est faux, parce que, selon ce comput traditionnel, les quatre colonnes d’angle sont comptées deux fois, une fois avec celles de la longueur et une fois avec celles de la largeur. De sorte que ce temple disposait de 34 colonnes. Mais peu importe ce calcul, puisque de toute façon aujourd’hui il n’en possède plus que 16. Et pour nous qui ne souhaitons pas aller y sacrifier à Poséidon, c’est aussi bien parce que dépouillé des murs qui fermaient la cella, il est transparent à la lumière et au ciel et il n’en est peut-être que plus beau. On le voit d’en bas, ce qui allonge sa silhouette, mais ses colonnes ne mesurent que 6,10 mètres. Et elles paraissent d’autant plus élancées qu’elles sont à la fois fines (seulement un mètre de diamètre à la base) et fuselées (réduites à seulement soixante dix-neuf centimètres au sommet).
 
687f1 Perdrix bartavelle au Cap Sounion
 
687f2 Perdrix bartavelle au Cap Sounion
 
687f3 Perdrix bartavelle au Cap Sounion
 
En attendant l’heure du coucher de soleil, nous ne nous lassons pas d’admirer le temple vu sous tous ses angles. Mais descendus dans la lande pour le voir de près, nous rencontrons ces beaux oiseaux qui semblent ne pas savoir voler, et qui en tous cas ne sont nullement effrayés par la présence des hommes. Je ne m’y connais pas trop en ornithologie, mais il me semble que ce sont des genres de perdrix, et je me demande si ce ne sont pas des bartavelles. À confirmer. Quand le soir commence à tomber, ces oiseaux remontent de la lande sur la pierre, et au moment du couchant ils se ramassent sur eux-mêmes et hérissent leurs plumes. Ils sont vraiment comiques.
 
687g1 Coucher de soleil au Cap Sounion
 
687g2 Coucher de soleil au Cap Sounion
 
Et le voilà, le spectacle que nous attendions. C’est splendide. Je regrette, parce que mes photos sont loin de rendre l’émotion ressentie devant la sublime descente du soleil derrière les colonnes du temple de Poséidon avant de plonger dans la mer en face de l'île. Et quand je pense que Byron, célébré pour avoir été un enthousiaste philhellène, a gravé son nom dans le marbre de ce temple lorsqu’il est venu le voir en 1810… Cela me retire des regrets que l’accès en soit maintenant interdit. J’aurais été trop triste de constater un tel acte de vandalisme de la part d’un romantique qui avait pourtant cette sensibilité de grand poète. Mais laisser son nom sur un monument antique est bien l’équivalent de sa signature sur un livre célèbre.
 
687h Le Cap Sounion de nuit
 
Voilà, nous sommes repartis, la vue pleine de ce merveilleux décor. En chemin, nous nous arrêtons, car de loin on voit encore le temple de Poséidon sous les projecteurs, dans la nuit. Vite, une photo au téléobjectif avant de regagner le camping d’Athènes sur la route de Corinthe.

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Published by Thierry Jamard
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Martin gérard 24/07/2014 00:15

La perdrix que vous présenter comme une perdrix bartavelle (Alectoris graeca) est plutôt une perdrix choukar (Alectoris chukar). Ces 2 espèces n'ont pas de différence significative de par leur
aspect, mais n'ont pas le même habitat. Elles aiment toutes les deux les milieux rocheux et escarpés, mais la 1ère en altitude et la seconde de préférence en bord de mer
Pour confirmation, je vous invite à consulter les articles sur Wikipédia au nom de chaque espèce. Cordialement. G.M.

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