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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 13:37

Aujourd’hui, nous avons effectué une visite technique que j’ai trouvée passionnante. De Marsala, nous sommes revenus aux alentours de Sélinonte, à une dizaine de kilomètres de cette ville, pour voir les Cave di Cusa, le mot cava, pluriel cave, signifiant "carrière" en italien, et Cusa étant un nom propre, celui du dernier propriétaire du terrain. Il s’agit de carrières de pierre calcaire exploitées par les Grecs de Sélinonte dans l’Antiquité pour la construction de leurs temples et de leurs bâtiments civils. J’en ai parlé il y a quelques jours, le 18 août, alors que nous visitions le temple de Zeus à Sélinonte. Je disais alors que nous pensions nous y rendre, c’est fait. Ce site n’attire pas les foules. Quand nous sommes arrivés, deux autres voitures seulement stationnaient sur le parking à l’entrée, or l’endroit n’est pas desservi par des bus et il est si loin de tout que l’on ne s’y rend pas à pied. Et ce n’est pas le coût excessif du billet d’entrée ni les horaires d’ouverture incommodes qui peuvent rebuter, parce que le site est ouvert en permanence, non gardé et gratuit.

 

591a Cave di Cusa, début extraction colonne

 

Je ne montre pas, parce que c’est sans grand intérêt, les endroits d’où ont été extraits des blocs parallélépipédiques. Cela laisse des surfaces verticales, comme des falaises. On ne se rend pas compte qu’il s’agit d’une carrière. Ce qui est intéressant, c’est la technique d’extraction des colonnes cylindriques. Dans certains temples, les colonnes sont d’un seul tenant, mais celles que l’on fabrique ici, comme on l’a constaté sur les ruines de Sélinonte, sont constituées d’un empilement de tambours. Ci-dessus, on voit comment on commençait à dégager la forme du tambour.

 

591b Cave di Cusa, extraction colonne

 

Sur cette photo, on voit la technique d’extraction. Un sillon est taillé tout autour pour dégager la colonne, et des trous sont percés sur le côté. Ainsi, grâce à des madriers plantés dans ces trous, on pouvait déplacer la colonne jusqu’à l’endroit où on la chargeait sur un chariot.

 

591c Cave di Cusa, après extraction colonne

 

Ici et là, on peut voir l’emplacement, concave, laissé par un tambour extrait et emporté. La végétation a beau envahir la carrière, l’érosion a beau avoir fait son œuvre, tout est encore bien visible.

 

591d Cave di Cusa, tambours de colonne dégagés

 

Et voici des tambours achevés, complètement dégagés, prêts à être emportés. Et qui sont restés. Tout comme, sur mes deux premières photos, on voyait des colonnes partiellement extraites, et on constatait que le travail avait été interrompu. Et puisque diverses données indiquent que l’activité a cessé dans ces carrières à la fin du cinquième siècle avant Jésus-Christ, il n’y a plus de doute : en 409 la ville est détruite par les Carthaginois, tous ses habitants sont tués, ou faits prisonniers, ou chassés. Le temple de Zeus, auquel étaient destinées ces colonnes, est à terre, et il n’y a plus personne, ni pour y célébrer un culte, ni pour le reconstruire, ni pour extraire les pierres nécessaires ou pour transporter celles qui sont déjà extraites.

 

591e Cave di Cusa, tambour de colonne abandonné

 

591f Cave di Cusa, tambour de colonne abandonné

 

Aussi l’activité des carrières s’arrête-t-elle subitement, abandonnant des colonnes extraites ou en cours d’extraction, simultanément avec l’effondrement des grands temples de la cité voisine.

 

Le site de ces carrières est vaste, c’est à la fois une agréable promenade dans une nature non polluée et une visite technique intéressante. De plus, l’arrêt manifestement subit de l’activité évoque un point d’histoire émouvant parce qu’il constitue un drame humain déchirant et une catastrophe irréparable pour l’histoire de l’art. Voilà pourquoi je recommande vivement cette visite qui semble a priori peu motivante à en juger par le faible nombre de visiteurs.

 

Cela nous a pris un bon moment, mais mon article est court parce que, vu à travers les photos, cela semblerait répétitif. Puis nous avons pris la route et nous sommes rendus à Agrigente pour y passer la nuit. Sur Internet, nous avions trouvé des adresses pour nous accueillir, et nous ne pouvions pas nous tromper parce que nous disposions de coordonnées en degrés, minutes et secondes que nous avons entrées dans notre GPS. Mais les deux adresses étaient fausses, aucun équipement n’était prévu pour accueillir les camping-cars. Après avoir un peu erré, nous avons finalement trouvé un camping à quelques kilomètres de la ville.

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Published by Thierry Jamard
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