Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 01:11

554a1 Assemblée de 2CV Citroën au camping de Cefalù

 

 

554a2 Assemblée de 2CV Citroën au camping de Cefalù

 

Notre camping de Cefalù, je l’ai dit, est très vaste et, d’un bout à l’autre de l’allée où nous étions installés, nous étions seuls avec, loin de nous, un camping-car allemand. Et puis on nous a bien aimablement demandé d’aller nous poser dans une autre allée, parce qu’aujourd’hui il y a, dans cette allée, un rassemblement de 2CV Citroën. Dès hier soir, donc, docilement, nous nous sommes déplacés, et déjà quelques unes de ces voitures historiques commençaient à arriver. Aujourd’hui nous quittons ce camping, mais non sans avoir jeté un coup d’œil à ces Deux-Pattes de toutes couleurs et de toutes sortes. La Charleston semble avoir eu beaucoup de succès, parce qu’il y en a plusieurs, dont cette Carolina à l’élégante "coiffure". Je note tout de même l’absence des plus anciennes, celles dont le capot est froncé de plis étroits, avec des ouïes d’aération du moteur verticales, et non pas cette fente horizontale unique.

 

Puis nous ramassons toutes nos affaires, calons le tout dans le camping-car, payons la note et levons le camp. Nous nous dirigeons d’abord vers la ville de Cefalù, à environ cinq kilomètres. En effet, hier, nous avons voulu nous y rendre en bus, nous disposions des horaires des deux compagnies qui desservent l’arrêt sur la grand-route non loin du camping, et nous sommes restés là, debout sur le bord de l’asphalte, sous le soleil brûlant, une heure et demie, voyant passer devant nous des milliers de voitures, mais de bus, point. Trois bus successifs prévus dont aucun n’est passé. Nous sommes donc retournés au camping, où l’on nous a dit qu’il était hélas fréquent que les bus ne passent pas. Donc, aujourd’hui, nous nous y rendons par nos propres moyens.

 

554b1 Palerme, géomètre en caractères grecs

 

C’est au huitième siècle que des Grecs viennent installer là une colonie. La tradition en est restée, puisque l’on peut voir en ville ce panonceau de géomètre en caractères grecs.

 

554b2 CEfalù, rocher forme de tête de Képhaloidon

 

Daphnis est né dans une haute vallée sicilienne, dans un petit bois de lauriers (en grec, daphnè signifie "laurier"), des amours d’Hermès avec une nymphe. Demi-dieu musicien, il jouait de la flûte et chantait des chansons bucoliques tout en gardant son troupeau. Il était si beau qu’il était aimé et convoité par beaucoup de femmes, mais il répondit à l’amour que lui portait la nymphe Nomia, et lui jura fidélité. Mais un jour, n’en pouvant plus d’amour pour lui, la fille du roi de Sicile l’enivra et, dans cet état, n’étant plus conscient qu’il trahissait sa promesse, il s’unit à elle. Nomia, l’apprenant, fut aussi furieuse que dépitée, et se vengea en le rendant aveugle. Dès lors Daphnis ne chanta plus que des chansons de deuil et de mort, et les dieux, ayant pitié de lui, le changèrent en rocher. Ce gros rocher qui domine la ville, c’est la tête de Daphnis. Créant là leur ville, les Grecs lui ont donné le nom de Képhaloidon, c’est-à-dire "Apparence de Tête". Plus tard, devenue romaine, elle est fréquentée par Cicéron, qui la qualifie de "magnifique et prospère". En 857, ce sont les Sarrasins qui s’en emparent. Elle restera arabe et musulmane jusqu’à Roger Premier.

 

554b3 Cefalù, arrivée vers le duomo

 

554b4 Cefalù, arrivée vers le duomo

 

Nous avons vu que Robert Guiscard, en 1076-1077, devenait le maître de tout le sud de l’Italie. Au onzième siècle, les musulmans, nous l’avons vu, sont encore en Sicile. Tout en s’occupant de conquérir le continent, Robert Guiscard va, de 1060 à sa mort en 1085, s’attacher à la leur arracher. Son frère, dit "le Grand Comte", qui a lutté auprès de lui, poursuit la conquête jusqu’à la victoire finale en 1091. Il devient le roi Roger I. À sa mort en 1101, son fils n’a que six ans, et c’est la reine Adélaïde, sa mère, qui assume la régence. La capitale est transférée de Salerne à Palerme et ce fils, Roger II, se fait sacrer roi de Sicile. Un jour, revenant de Naples à Palerme, il est pris dans une violente tempête et son bateau risque de se fracasser. Il fait alors le vœu de construire une église où il se fera ensevelir là où il pourra accoster. C’est à Cefalù que son bateau le dépose sain et sauf. Il va donc entreprendre en 1131 la construction de cette magnifique cathédrale. En fait, et contrairement à son vœu, c’est à Palerme que l’on décidera de situer sa tombe.

 

554b5 Cefalù, Duomo

 

Cette cathédrale représente la première tentative –et avec quel brio !– de conciliation du style oriental (byzantin) avec le style occidental (normand clunisien) mêlés à des souvenirs architecturaux du temps des Arabes. C’était une tradition des souverains normands d’Italie et de Sicile de confier la construction de leurs églises à des architectes qui sont des moines français, latins et grecs travaillant conjointement. Ainsi, ces grandes tours massives sur la façade sont-elles d’inspiration typiquement normande.

 

554b6 Cefalù, duomo, chapiteau extérieur

 

554b7 Cefalù, duomo, mur de façade

 

Il n’est que de regarder attentivement cette façade, avec ces chapiteaux de colonnes, et avec ces fines sculptures décoratives, pour voir comment les artistes ont joué avec les styles en travaillant cette belle pierre blonde.

 

554c1 Cefalù, duomo

 

554c2 Cefalù, duomo

 

L’intérieur du Duomo est, lui aussi, très original. Sa forme est en croix latine de style roman, mais sur la croisée du transept et sur le chœur des croisées d’ogives ont été ajoutées. Cette ornementation riche et maniérée, sur ma photo ci-dessus, contraste avec l’austérité des lignes architecturales de la nef.

 

554d1 Cefalù, duomo

 

Ce qui est peut-être le plus admirable dans ce Duomo, du moins à mon goût, c’est le grand Christ Pantocrator (Tout-Puissant) de la mosaïque de l’abside, réalisée dans le troisième quart du douzième siècle. De sa main droite légèrement repliée, il nous bénit, tandis que de la main gauche il nous montre un livre ouvert, une page en grec et l’autre en latin. En agrandissant l’image originale, je peux traduite "Je suis la lumière du monde. Celui qui m’accompagne ne marchera pas dans les ténèbres". L’artiste qui a réalisé cette surprenante mosaïque a su utiliser la courbure de la voûte pour donner à ce visage une impression de relief, tandis que son regard nous suit quand nous nous déplaçons. Ce visage exprimant à la fois douceur et autorité, la noblesse de ce maintien, la richesse des ors du fond et de la tunique, les amples plis du vêtement, tout dans le dessin est admirable et équilibré, jusqu’à l’auréole qui est prolongée par l’arrondi de l’encolure. C’est une œuvre à la fois profondément religieuse et remarquablement artistique, –mais n’est-ce pas précisément la foi sincère de l’artiste qui lui a inspiré cette beauté formelle ?

 

554d2 Cefalù, duomo

 

Sous les pieds du grand Christ Pantocrator se développe en fresque une autre mosaïque. Au centre, Marie, jeune, sereine, les mains levées en signe de prière et d’intercession, se dresse hiératique et majestueuse entre l’archange Raphaël à sa droite et l’archange Gabriel à sa gauche, leurs noms étant indiqués en caractères grecs auprès d’eux. Elle est pleine de noblesse, mais, quoique toutes ces mosaïques de l’abside soient clairement byzantines, l’artiste ne l’a pas vêtue en impératrice byzantine, comme c’est le cas, par exemple, à Santa Maria in Trastevere à Rome.

 

554e Cefalù, duomo

 

Magnifique aussi, ce grand crucifix derrière l’autel. Malheureusement, sa partie inférieure est cachée par l’autel et il faut se contorsionner, sur le côté, pour qu’il n’y ait plus qu’un petit bout de dossier devant lui. Même un peu amputé, je tiens à le montrer ici.

 

554f1 Cefalù, duomo

 

 

554f2 Cefalù, duomo 

Mon attention a également été attirée par cette très belle Vierge au visage si doux et au regard triste et tendre. Il est dommage que ne soient pas faites des cartes postales de ces œuvres magnifiques, cela changerait des paysages au ciel bleu.

 

554f3 Cefalù, duomo

 

Le socle de la statue est également sculpté d’une scène très belle. On a du mal à reconnaître le Christ dans cette mise au tombeau où ne figure par Marie-Madeleine, ni Véronique, ni aucune des Saintes Femmes, sauf Marie. Mais je ne vois pas qui pourrait être enseveli ici sinon Jésus. Autour du cercueil, onze hommes et une femme, et dessous un homme qui se contorsionne. Je pense donc que ce sont les apôtres, Judas damné en-dessous, les onze autres entourant Marie. L’apôtre de gauche porte en main quelque chose qui pourrait être la clé de saint Pierre, un peu plus loin un autre apôtre, très jeune, imberbe, tête penchée, doit être saint Jean.

 

554g1 Cefalù, maison de Mommsen

 

554g2 Cefalù, maison de Mommsen

 

Ressortant de la cathédrale et, parce que nous souhaitions jouir du spectacle et de l’atmosphère, après avoir pris un pot à la terrasse de l’un des bars installés sur la grande place qui constitue le parvis du Duomo, nous repartons en ville en nous promenant par les petites rues. Près de ce très beau porche, une plaque signale que là a séjourné en 1878 l’historien allemand Theodor Mommsen (1817-1903). Je le connais bien, ce grand spécialiste de la Rome Antique, pour avoir assidûment fréquenté ses ouvrages lors de mes études. Je savais qu’il avait longtemps vécu à Rome, à Cefalù j’ignorais. Mais son passage n’est signalé que sur une année, sans doute n’a-t-il séjourné que quelques mois, voire que quelques semaines.

 

554h baie de Cefalù

 

Au pied de la "tête de Daphnis", la ville vient se mirer directement dans la mer. Sur le côté, le long d’une petite plage, une jetée permet de s’avancer et d’avoir de Cefalù une vue intéressante.

 

554i Cefalù, plongeur

 

Nous restons là un moment, jouissant de la beauté du paysage, et nous amusant à regarder un groupe de jeunes qui jouent à plonger, Quelques uns sautent simplement pieds en avant, d’autres plongent de façon classique, tête la première et mains en avant, mais l’un d’entre eux fait habilement des sauts assez acrobatiques.

 

554j plage de Cefalù

 

Sur cette photo, on peut voir à la fois la petite plage près de la jetée et là-bas, de l’autre côté de l’anse, la grande plage beaucoup plus touristique et mieux aménagée.

 

554k plage de Cefalù

 

Mais cette petite plage urbaine, étroite et modeste, est infiniment plus sympathique et typique. Elle est fréquentée majoritairement par la population locale. Et son arrière-plan, avec ses bâtiments anciens traditionnels, est magnifique.

 

Mais il nous faut quand même regagner le camping-car, parce que nous avons prévu de nous rendre dès ce soir à Palerme, la capitale sicilienne avec ses près de sept cent mille habitants, afin d’être à pied d’œuvre pour attaquer nos visites dès demain matin.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

S.B. 30/04/2016 08:56

Toutes mes félicitations pour votre blog. Aujourd'hui il m'accompagne à Cefalù.

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche