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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 19:53
Dans la série des sept îles Ioniennes, nous avons vu Corfou en face de la frontière Albano-grecque, et Leucade plus au sud. À présent nous avons décidé d’en voir deux autres, Céphalonie et Ithaque, encore plus au sud, au débouché du golfe de Corinthe, c’est-à-dire juste en face de la jonction entre le continent et le Péloponnèse. Ces deux îles, et Céphalonie encore plus qu’Ithaque, attirent beaucoup de touristes, mais surtout l’été, pour leurs plages et leur atmosphère de vacances, aussi les hôtels, de vrais hôtels et pas des pensions, équipent-ils presque tous leurs chambres d’une kitchenette pour que les familles ne soient pas tributaires des restaurants, ce qui alourdirait la facture et rebuterait nombre de clients. Nous décidons, en conséquence, de laisser notre camping-car embourbé chez notre amie Eirini, de réserver des chambres et de louer une petite voiture plus maniable sur les routes de montagne, étroites et en lacets. Vu le prix du transport de notre engin, cette solution ne nous reviendra pas beaucoup plus cher. Réservations faites sur Internet, nous imprimons nos trois vouchers, pour la voiture à Patra avant le départ, pour l’hôtel à Agia Effemia, petite station balnéaire à quelques kilomètres du port d’arrivée sur l’île de Céphalonie, et pour l'autre hôtel à Vathi, la capitale de l’île d’Ithaque.
 
680a1 Départ de Patra vers Céphalonie
 
Afin d’éviter le stress de l’embarquement si nous arrivons un peu tard, nous prenons un taxi pour nous rendre de Rio à Patra en prévoyant une marge assez importante. Et bien nous en a pris, parce qu’à l’agence on nous fait savoir que pour une raison inconnue la réservation avait été annulée. Elle figurait bien sur l’ordinateur, mais avait été annulée un peu avant notre arrivée, alors que nous étions en avance sur l’heure de réservation. Eirini, qui nous avait accompagnés dans le taxi et qui avait désapprouvé notre réservation, pensant qu’il valait mieux louer à Céphalonie pour économiser sur le transport (mais j’avais vu sur Internet qu’il n’y avait pas, en cette saison, de loueurs dans le port de Sami, et qu’il fallait aller en bus à Argostoli, la capitale, à 25 kilomètres de l’autre côté de la montagne), dit au loueur de laisser tomber, alors qu’il tentait d’appeler des confrères pour trouver une solution. Heureusement, j’ai réussi à deviner ce qui se passait, j’ai demandé une traduction précise, à temps pour dire que non, nous ne cédions pas, que nous voulions une voiture. Car notre séjour devait être bref, deux jours tout juste à Céphalonie qui est assez grande (nous devions reprendre le même bateau à l’heure de son escale, la même tous les jours, soit tout juste 48 heures), et il n’était pas question de perdre près de quatre heures, attente de l’heure du bus, trajet en montagne, recherche d’un loueur, formalités, puis retour sur la côte est où nous avions réservé l’hôtel. Finalement notre homme nous envoie chez un confrère, à moins de cinquante mètres. La voiture est sale extérieurement et intérieurement parce qu’il n’a pas eu le temps de la préparer, mais elle nous surclasse de deux catégories. Et nous nous embarquons. Fin de la première mésaventure. Sur la photo ci-dessus, prise à 13h36, nous avons largué les amarres il y a six minutes, nous quittons le port. Les bateaux, nous l’avions déjà constaté pour le trajet de Brindisi à Igoumenitsa, puis pour Corfou à l’aller comme au retour, respectent leurs horaires à la minute près. Pour le départ, c’est louable, mais comment ils font pour être aussi ponctuels à l’arrivée, après plusieurs heures de navigation, je ne le comprends pas et je l’admire. Tout à droite, c’est Natacha que l’on aperçoit sur le troisième pont au-dessus des deux étages réservés aux véhicules, et moi j’ai pris ma photo du quatrième pont, le niveau le plus élevé.
 
680a2 Départ de Patra vers Céphalonie
 
Désormais nous sommes sortis du port et nous regardons Patra s’éloigner. Cette ville, la troisième de Grèce, un grand port, s’étale le long de la mer, limitée en profondeur par ces hautes montagnes. Comme on le voit, il fait un temps magnifique, mais sur la mer un petit vent frais qui remue l’air froid tombé des montagnes enneigées oblige à se mettre un pull-over, voire, si l’on est un peu frileux, une parka.
 
680a3 En route vers Céphalonie
 
Lourdement chargé de voitures et de camions, prévu pour transporter de nombreux passagers l’été, ce bateau n’est pas un hydroglisseur, mais c’est néanmoins un navire rapide dont les hélices tournant à plein régime brassent violemment l’eau pour propulser cette énorme masse à une vitesse que je ne connais pas mais qui est relativement élevée. Sur ma carte de Grèce au sept cent millième, je mesure un peu plus de treize centimètres, soit environ cent kilomètres, pour une durée de trajet de deux heures cinquante. Le mille marin mesurant 1,609 kilomètre (inoubliable depuis que Monsieur Gilier, mon prof d’anglais en terminale, nous a donné un truc mnémotechnique, “un ciseau neuf”, soit phonétiquement un, six, O, neuf) cela représente 62 miles en 170 minutes, soit 22 nœuds (35 kilomètres à l’heure). Digression pour une autre invention du même professeur : pour les temps irréguliers de verbe “vendre”, to sell, I sold, sold il nous enseignait “je vends la selle de mon cheval en solde”. Quoique cela date pour moi de presque cinquante ans, je m’en souviens encore. La méthode n’était donc pas mauvaise.
 
680b Toilettes à bord
 
Sans réclamer un luxe de palace à bord de ce ferry, on souhaiterait seulement un peu plus de soin. Sièges de pont extérieur amplement dépeints, sol en cours de réfection partiellement arraché, toilettes… comme le montre ma photo, cela ne témoigne pas de beaucoup de respect pour les passagers. Heureusement encore que l’on n’ait pas le mal de mer, afin de ne pas être contraint de passer plus de temps en ces lieux encombrés, peu propres et malodorants.
 
680c1 En vue de Céphalonie
 
680c2 Débarquement à Céphalonie
 
N’ayant eu à passer que quelques instants en cet endroit peu accueillant, restant presque continuellement en extérieur, allant d’un pont à l’autre, d’un bord à l’autre, contemplant le paysage des multitudes d’îles et d’îlots qui parsèment la mer Ionienne, je n’ai pas vu le temps passer. Et déjà nous sommes en vue de Céphalonie. Des affiches, sur le ferry, semblaient promettre un débarquement sportif et ludique. Hélas il n’en a rien été. Menteurs, on a dû redescendre par des escaliers, remonter en voiture et sortir classiquement.
 
680d1 Céphalonie, Sami
 
680d2 Céphalonie, monument au Marin Inconnu
 
Ces îles étant en face de la côte ouest de la Grèce, les navires évitent de faire le grand tour vers la capitale située à l’opposé sur la côte ouest, et ils accostent au port de Sami, sur la côte est de l’île. Sami est une jolie toute petite ville qui encadre son port sur un fond de belles montagnes. Sur le port, se dresse cette belle statue contemporaine rendant hommage au Marin Inconnu, comme il est d’usage de le faire pour un soldat qui, n’étant pas identifié, représente tous les soldats tombés au combat. Celui-ci, parce qu’il est vêtu en pêcheur, ne représente pas exclusivement les marins morts à la guerre, mais tous ceux qui ont péri en mer. Pour preuve, sur le socle des plaques de bronze sont sculptées en bas-relief d’un bateau de l’Antiquité, d’un transatlantique, d’un chalutier.
 
680d3 dans le port de Céphalonie
 
Fascinants, ces petits poissons dans l’eau transparente de ce port, qui se déplacent en un demi-cercle presque parfait, virent de bord tous ensemble et reprennent la formation. Ayant lu bon nombre de romans soviétiques ainsi que des ouvrages d’exilés russes, j’imagine que telle était la vie pour les citoyens conditionnés et enrégimentés. Comme on le faisait dire aux Pionniers, à l'ordre“Byt gatov !" ils répondaient "Vsigda gatov !". Mais comme on le constate sur ma photo, même dans les systèmes les mieux ordonnés il y a toujours des individualistes qui traînent la patte (quoique, s’agissant d’un poisson, l’expression soit impropre, ils traînent la nageoire), à moins que ce ne soient des dissidents… Tant pis pour eux, on ne va pas tarder à les envoyer à la poêle.
 
680e1 Céphalonie, Agia Effemia
 
Nous avons réservé notre chambre d’hôtel à Agia Efimia (ainsi transcrit dans la réservation et sur ma carte Michelin, ce qui correspond à la prononciation, mais la transcription littérale est Euphêmia, ce qui permet de mieux comprendre l’étymologie du nom, et aussi d’y reconnaître sainte Euphémie en français). C’est une ravissante petite station balnéaire à moins de dix kilomètres de Sami. Et là se situe notre seconde mésaventure. Deux ou trois jours avant le départ, toujours fidèle à l’excellent site booking.com, j’avais réservé une chambre dans un hôtel pour lequel il était dit "plus que deux chambres libres à ce tarif" et, le soir, j’avais été appelé par le propriétaire pour me dire que son hôtel était fermé en cette saison. La mention des deux seules chambres libres devait être une erreur du serveur. Je m’étais donc immédiatement connecté de nouveau pour réserver une autre chambre, à l’hôtel Greka Ionian Suites. La plage, le rivage, se disant paralia en grec, et l’adresse étant Paraliaki Odos Samis, pas de doute, en suivant le front de mer et en venant de Sami nous sommes sur la "route côtière de Sami" et nous devons voir notre hôtel. Mais après deux allers et retours, pas d’hôtel de ce nom en vue. Un taxi passe par là. Il doit connaître, Natacha le hèle. Il s’arrête, nous montre de l’autre côté de la baie où cela se trouve, mais s’interrompt et, d’un cri retentissant, interpelle le conducteur d’un gros 4x4 qui passe non loin. Pendant que ce conducteur fait demi-tour et vient vers nous, le chauffeur de taxi nous explique que l’homme a un supermarché et connaît tout le monde. Et en effet, il connaît bien cet hôtel, puisqu’il appartient à sa cousine. Et l’hôtel est fermé jusqu’à la mi-avril, sa cousine résidant à Athènes et ne l’ouvrant que pour les beaux jours et l’affluence des touristes. Et il nous informe en outre que c’est la même chose pour tous les hôtels, nous n’en trouverons pas un seul ouvert en cette saison. Mais ce n’est pas grave, nous dit-il, on va arranger ça.
 
680e2 Céphalonie, Sainte Euphémie, hôtel Olive Bay
 
Il nous invite à le suivre jusqu’à son supermarché. Quelques minutes plus tard, arrive un autre homme. C’est son frère. Lui aussi a un hôtel, il va nous dépanner. Et nous repartons, suivant avec notre voiture de louage la Mobylette du frère. Il nous ouvre son hôtel, nous prépare une chambre, et nous laisse son numéro de téléphone portable, il nous suffira de l’appeler le surlendemain, pour payer. Et il nous fait le prix très spécial booking.com de l’hôtel de sa cousine. J’ajoute que le lendemain matin, derrière la porte, nous avons trouvé un petit vase avec des fleurs. Quelle délicate attention !
 
680e3 Kefalonia, Agia Eufemia, xenodokhio o Kolpos ton Elio
 
Nous voilà donc installés confortablement, vue sur mer, et complètement seuls dans cet hôtel, pas de réception, rien. On nous a donné la clé de la chambre et la clé de l’hôtel. On ne nous connaît pas et on nous fait confiance. Quelle gentillesse dans l’accueil, quelle complaisance, quelle hospitalité ! Le rêve. Ci-dessus, le lendemain matin nous allons prendre notre petit déjeuner sur le balcon.
 
Le soir, nous retournons au supermarché pour faire nos emplettes du dîner. Pendant que nous tournons dans les rayons, le portable du patron sonne. Il répond à l’appel quelques instants, puis me tend l’appareil. "C’est pour vous", me dit-il. Intrigué, je prends son téléphone. C’était sa cousine qui voulait s’excuser pour ce qui s’était passé. Une personne charmante, et qui de plus parle français. Elle était désolée, navrée, de ce qui était arrivé. Bien évidemment, ce n’est pas elle la responsable mais booking.com de Grèce, et j’en étais d’autant plus convaincu avant même qu’elle me le dise que la même erreur s’était déjà produite pour un autre hôtel de la même île, comme je le disais plus haut. Nous avons parlé un bon moment, elle se confondait en excuses, alors que tout était arrangé à notre complète satisfaction. Et en compensation, avec générosité, elle nous offre deux nuits dans son hôtel si nous revenons à Céphalonie.
 
Étant très en retard dans mes publications, je peux ajouter aujourd’hui que quelque temps après, j’ai reçu un SMS. D’autant plus agréable que cette personne se prénomme Aphrodite. Recevoir un SMS signé Aphrodite… C’était pour me demander mon adresse Internet et, quand je la lui ai communiquée, elle m’a adressé une confirmation des nuits gratuites accompagnée d’un petit mot très sympathique. Comment ne pas être touché par tant de gentillesse ? Voilà donc deux adresses à recommander chaudement pour qui souhaite un traitement personnalisé, accueillant, où les relations humaines ont la priorité :
 
Hôtel Greka Ionian Suites
Paraliaki Odos Samis
Agia Efimia
28081 Kefalonia
 
Hôtel Olive Bay
Agia Efimia
28081 Kefalonia
 
680f1 Céphalonie, Fiskardo
 
680f2 Céphalonie, Fiskardo
 
 Nous avons mis à profit ces deux jours pour sillonner l’île. Un terrible tremblement de terre, en 1953, a détruit pratiquement toutes les constructions. Seul le village de Fiskardo, tout au bout de la pointe nord de Céphalonie, est resté debout. C’est là que nous sommes lorsque j’ai pris ces photos. Nous voyons donc un village qui a conservé l’aspect des villages vénitiens d’autrefois.
 
680f3 Kefalonia, Fiskardo
 
680f4 Céphalonie, Fiskardo
 
Indépendamment des maisons, des rues, de l’atmosphère, toute l’île offre de splendides paysages de montagne et de mer. Les deux photos ci-dessus ont été prises elles aussi à Fiskardo, mais nous allons voir que le reste de l’île n’a rien à lui envier.
 
680g1 Céphalonie, panorama
 
Et par exemple je me suis amusé à prendre cette vue panoramique lors d’un arrêt photo sur le bord de la route. On voit combien la côte est découpée, comme la mer est d’un bleu intense, comment la montagne tombe directement dans la mer de tous côtés.
 
680g2 Céphalonie, Asos
 
680g3 Céphalonie, plage de Myrtos
 
Les deux endroits que je montre ci-dessus se situent à faible distance l’un de l’autre et sont parmi les plus beaux de la côte ouest. La première photo montre la presqu’île d’Asos. Invisible sur ma photo, une citadelle vénitienne du seizième siècle la couronne. Sur l’isthme extrêmement étroit qui la rattache à la terre ferme, le petit village a, tout comme l’ensemble de l’île, été mis à bas par le tremblement de terre de 1953. Et c’est la Ville de Paris qui en a financé la reconstruction.
 
La seconde photo montre la plage de Myrtos, très courue paraît-il en été ce qui doit lui ôter bien du charme, avec les files de voitures garées en haut, les vendeurs de glaces et autres en bas, et les processions de baigneurs qui, tels des régiments de fourmis, se croisent en files continues sur le chemin qui descend à la plage. Mais aujourd’hui, en hiver, rien ne trouble la beauté de ce site grandiose.
 
680g4 Céphalonie
 
680g5 Céphalonie
 
680g6 Céphalonie
 
Encore quelques paysages au hasard. C’est la montagne, c’est rocailleux, on peut chercher longtemps si l’on veut trouver un équivalent de la Beauce ou du tchernoziom d’Ukraine. J’aime bien ces arbres qui poussent dans les interstices laissés entre les pierres du sol. Sur la seconde photo, ces espaces immenses qui ne peuvent être cultivés sont dédiés à l'élevage et n'appartiennent à personne, ils sont publics. Ainsi aucune construction ne révèle une vie humaine. Les archéologues ont déterminé que des communautés humaines avaient vécu à Céphalonie il y a cinquante mille ans, et ce paysage est strictement identique à ce qu’ont pu voir ces gens. Plusieurs séismes, certes, ont surélevé ceci, abaissé cela, modelé ici ou là les formes, mais l’économie générale du paysage est la même qu’en ces temps reculés. Et puis j’ajoute un éclairage par le soleil déclinant. Il a fait un temps splendide, et –je ne m’y connais guère en météorologie mais je crois que c’est un phénomène fréquent dans les îles– l’évaporation crée en fin de journée des nuages qui, bloqués par les montagnes, s’attardent sur l’île et entre les îles de l’archipel. Puis le soleil, derrière, filtre ses rayons dans les interstices des nuages, créant ces belles nappes lumineuses qui tombent en faisceau sur la mer. Et même si elle le partage avec ses sœurs, cela aussi fait partie de la magie de Céphalonie.
 
680h1 Céphalonie, Kastro
 
680h2 Céphalonie, Kastro
 
680h3 Céphalonie, Kastro
 
Près d’Argostoli, la capitale de Céphalonie autrefois célèbre pour son architecture vénitienne telle qu’adaptée par Venise à ses possessions de Grèce mais dont, hélas, il ne reste plus rien depuis le séisme de 1953, sur une éminence se dresse une imposante citadelle du treizième siècle, le Kastro. Notre tour de l’île nous ayant fait arriver là trop tard pour pouvoir y pénétrer, la fermeture ayant lieu à quinze heures, nous décidons de retraverser l’île le dernier jour avant de reprendre le ferry, ou plutôt, puisque nous n’avons pas vu le sud, nous longeons la côte, depuis notre hôtel à l’est jusqu’au Kastro à l’est. Et puis, parce que nous avons trouvé splendide la montagne par la route directe d’Argostoli au port de Sami, c’est par là que nous reviendrons, pour nous embarquer vers Ithaque. C’est bien avant le séisme de 1953 qu’un autre tremblement de terre, en 1636, a bien endommagé les bâtiments. Dès lors la population intra muros, qui s’était montée à quinze mille âmes, a décru et le rang de capitale, dévolu à cette citadelle dédiée à saint Georges (Agios Georgios), est passé à Argostoli en 1757.
 
Mais avant de quitter Céphalonie, et parce que j’ai évoqué à deux reprises le passé, peut-être convient-il de dire quelques mots de son histoire. On sait qu’Ulysse régnait sur l’île voisine d’Ithaque, mais si sa capitale et son palais étaient à Ithaque, il régnait aussi sur Céphalonie, et les soldats qu’il a emmenés avec lui pour guerroyer à Troie venaient des deux îles. Romaine puis byzantine, elle fut conquise au dixième siècle par ces mêmes Normands qui ont conquis le sud de l’Italie et la Sicile, avec ce Robert d’Hauteville que nous connaissons bien et qui mourra dans l’île, à Fiskardo. On raconte même que la ville aurait tiré son nom d’une déformation du surnom de Robert dit le Guiscard (en italien, Guiscardo). Franque et brièvement turque, elle a été prise en 1500 par les Vénitiens qui l’ont profondément marquée de leur empreinte, d’une part parce qu’ils y ont effectué de grands travaux et qu’ils y ont beaucoup bâti et urbanisé, et d’autre part parce qu’ils ont bénéficié de la durée. En effet, ce n’est qu’en 1797que les armées françaises révolutionnaires y ont fait leur entrée. Céphalonie suit alors le sort de Corfou, République des Sept Îles indépendante mais sous protectorat anglais, réunion à la Grèce en 1864. Je voudrais enfin évoquer un fait marquant. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, les Italiens de Mussolini étaient du côté de l’Allemagne nazie et occupaient l’île. Puis en 1943, inversion de la situation, Mussolini est déboulonné et l’Italie signe l’armistice avec les Alliés. Désormais, l’armée italienne se retourne contre Hitler. Et, surtout, Hitler se retourne contre les Italiens. Il veut leur prendre Céphalonie où ils sont entrés pour son compte. Il y a là neuf mille soldats qui résistent avec héroïsme au pilonnage de l’aviation, à l’avance des chars allemands. Au bout de neuf jours, acculés, les Italiens sont contraints de se rendre. Ils ne sont plus que 341 officiers et 4750 soldats. Hitler les fait tous fusiller comme traîtres. Seuls, trente quatre hommes parvinrent à échapper à ce massacre.
 
680i1 Météo à Céphalonie
 
Nous voilà de retour au port de Sami, pour attendre le ferry. Un panneau lumineux appartenant à la Municipalité donne quelques informations sur la vie locale et alterne avec la température. Nous sommes le 10 février, il est quinze heures et il fait 22°. N’est-ce pas merveilleux ? Au même moment, à Riga en Lettonie, le cousin de Natacha a –30° et son frère, près d’Arkhangelsk en Russie, a –40°…
 
680i2 Ithaque vue de Céphalonie
 
En guise de conclusion, puisque nous nous rendons à Ithaque je montre une photo de cette île, prise le 9 lorsque nous étions dans la montagne et que la vue nous a moralement contraints à stopper sur le bas-côté pour admirer le paysage et le prendre en photo. Je reviendrai donc la prochaine fois sur la structure de cette île, constituée de deux masses montagneuses reliées entre elles par un isthme bas et étroit.

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Published by Thierry Jamard
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