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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 01:36

475a Rome, Piazza di Spagna

 

 

C’est immanquable, nous descendons du métro à la station Spagna. Le mois d’avril est déjà bien entamé, et le grand escalier qui monte de la piazza à la Trinité des Monts, qui sur toutes les cartes postales, dans tous les livres, est couvert de fleurs, n’est encore couvert que de touristes. Je crains bien que nous ne quittions Rome sans l’avoir vu fleuri.

 

475b Rome, Chiesa Nuova

 

Nous parcourons quelques kilomètres à travers la Rome que nous aimons avant d’arriver à proximité du Tibre, dans le creux de la boucle qu’il fait vers l’ouest, devant l’église qui autrefois était Santa Maria in Vallicella et qui, reconstruite, est appelée Chiesa Nuova, l’Église Nouvelle. Nous l’avons vue le 6 décembre, il y a longtemps, et maintenant non seulement notre regard a évolué et justifie une nouvelle visite, mais de plus nous aimons revoir ce qui nous a plu. Mais je ne parlerai pas de nouveau de cette œuvre du Caravage envoyée au Vatican et remplacée ici par une copie du dix-huitième siècle.

 

475c Rome, Chiesa Nuova

 

Je préfère parler de ce que je n’avais pas évoqué alors. Et montrer cette photo de la nef, qui (pour une raison que je ne comprends pas) n’a rien à voir avec celle que j’avais publiée alors, pourtant prise du même endroit à peu près. Disons que l’une complète l’autre. Ou que la seconde corrige mon regard de la première.

 

475d Rome, Chiesa Nuova

 

En particulier, je n’avais pas commenté (peut-être même pas remarqué) l’admirable voûte avec ses dorures et sa fresque qui –ce n’est pas toujours le cas– s’harmonise remarquablement avec l’ensemble de l’église. Saint Philippe Néri a créé une congrégation en 1575, et le pape Grégoire XIII (1572-1585) lui attribua Santa Maria in Vallicella. L’église de l’époque était petite et en mauvais état. Un jour, pendant la messe, Philippe Néri a vu la Vierge qui lui apparaissait, soutenant la voûte pour l’empêcher de s’effondrer et de l’écraser. Philippe alors dessina une nouvelle église et en entreprit la construction, c’est la Chiesa Nuova. La fresque de la voûte représente la Vision de saint Philippe, exécutée par Pierre de Cortone (1596-1669) en 1664-1665.

 

475e1 Rome, Chiesa Nuova

 

Obnubilé par la Descente de croix du Caravage, je n’avais rien dit du tableau ci-dessus, dont le peintre n’est pas aussi renommé. C’est Pulzone (1550-1599). Sans tomber en extase d’admiration, j’ai plaisir cependant à le regarder. La composition n’a rien de personnel ou de révolutionnaire, le peintre ne fait pas preuve d’originalité, mais il a bien rendu la souffrance du Christ mort. La Vierge enveloppée dans son grand manteau bleu est partagée entre la douleur et la foi, on voit que son deuil est noyé dans la prière. De l’autre côté, saint Jean, "le disciple que Jésus aimait", tout jeune, celui qui la veille au soir s’appuyait sur l’épaule de son maître lors du dernier repas, est éploré, il écarte les bras dans un geste à la fois de désarroi et de prière.

 

475e2 Rome, Chiesa Nuova

 

Et puis il y a Marie-Madeleine. Qu’elle ait été la maîtresse du Christ comme certains veulent le montrer, ou sa femme, voire la mère de ses enfants, ou qu’elle ait été une femme qu’il a relevée, qui l’a admiré et aimé, ce n’est pas le problème. Ce qui compte c’est cette admiration, cet amour, et ici l’effondrement de la douleur face à la perte de celui qui remplit sa vie. Ses yeux rougis ont épuisé leurs larmes, de même qu’autrefois elle a essuyé les pieds de Jésus de ses longs cheveux, de même au pied de la croix elle s’appuie avec tendresse sur ces pieds blessés et une dernière fois les caresse de ses cheveux. Je montre ce détail du tableau parce que je le trouve bouleversant, très beau, et que c’est lui qui fait sortir cette œuvre d’une certaine médiocrité. Rares sont les gestes d’amour vrai ou de tendresse émue dans la peinture religieuse.

 

475f Rome, Chiesa Nuova

 

J’ignore de quand date cette icône, tout ce que je sais c’est qu’elle est très ancienne et provient de l’église antérieure. Les couronnes d’or de Marie et de Jésus sont plus récentes. Quant à la peinture d’angelots dans laquelle elle est enchâssée, je ne suis pas sûr que son style soit en accord avec celui de l’icône. Ces gros angelots très colorés tuent la représentation de la Madone dont les couleurs ont dû dès l’origine être assez éteintes et qui à présent sont atténuées par l’âge. Alors je regarde d’abord avec plaisir cette danse d’anges et puis je tâche de concentrer mon attention sur l’ovale du centre en faisant abstraction de son environnement, et j’éprouve de nouveau un plaisir esthétique devant cette représentation épurée et sensible.

 

476a1 Rome, en ville

 

Il y a encore bien des choses à remarquer dans cette église, des œuvres de Rubens, de Guido Reni… il faudrait aussi s’approcher des œuvres de Pierre de Cortone… Ce sera pour notre prochain voyage à Rome qui, quand nous aurons fini notre tour d’Europe et aurons repris un petit air de France, sera sûrement l’une de nos premières destinations. En attendant, nous voici repartis vers la place d’Espagne. Parallèle à la via del Babuino, derrière, la petite et calme (mais oui, calme, cela existe à Rome, même dans ce quartier) rue Margutta a des airs de province, et aligne ses galeries d’art. Sur le côté, je remarque une fontaine sur laquelle est gravé d’un côté "Rome, an 5" et sur l’autre "1927". Ce qui signifie, en clair, que Rome est née en 1922, avec l’arrivée du fascisme.

 

476a2 Rome, via del Babuino et New-York, Madison Avenue

 

La rue s’achève par un angle droit qui fait retomber dans la via del Babuino. Là, une plaque sur un mur rappelle le jumelage de cette rue peuplée d’antiquaires et de marchands d’art avec Madison Avenue, à New-York, jumelage qui remonte au 16 octobre 2002.

 

476b1 Rome, restaurant musée Canova

 

En repartant, dans cette rue du Babouin, vers la place d’Espagne, on voit sur la droite la sculpture antique qui a donné son nom à la rue, accolée au mur d’un vieux restaurant à l’air étrange. Il est installé dans l’atelier du grand sculpteur Canova (1757-1822) tellement admiré par Stendhal. Cet atelier qu’il a laissé à l’élève en qui il a trouvé le plus de talent, Adamo Tadolini. Celui-ci, et les générations suivantes, y ont travaillé, et y ont laissé des œuvres qui, la plupart du temps, ne sont pas originales, mais sont des plâtres d’étude, souvent des copies de statues antiques ou classiques. En 1967, l’atelier a été vendu et transformé en musée restaurant.

 

476b2 Rome, restaurant musée Canova

 

Un coup d’œil au menu nous permet de voir que les prix sont plus que raisonnables, aussi décidons-nous d’y dîner. Dès l’entrée, nous nous trouvons face à cette gigantesque statue équestre. En-dessous, derrière son petit comptoir, une jeune femme semble toute perdue.

 

476b3 Rome, restaurant musée Canova

 

On nous installe en haut, sur la mezzanine. Cette table nous convient parfaitement, nous avons vue sur tout plein de statues et, tout en étant au calme, nous voyons l’animation et la vie au rez-de-chaussée. On est prié de noter que sur notre table, la bouteille est très raisonnablement un litre d’eau minérale. Bon, d’accord, ne me torturez pas davantage, j’avoue, il y a aussi du vin hors champ.

 

476b4 Rome, restaurant musée Canova

 

Ci-dessus, une autre vue de notre petite mezzanine. Sur les étagères, les bouteilles de vin voisinent avec de petites sculptures. Le cadre est chaud et plaisant, avec ses lambris sombres, ses tableaux, ses miroirs.

 

476b5 Rome, restaurant musée Canova

 

Et voilà la vue intéressante que l’on a sur la salle du bas, avec ses petites tables disséminées parmi les sculptures. Si l’on ajoute à cela que le chef, sans être Paul Bocuse, se défend correctement, surtout pour un prix serré, on peut recommander l’adresse pour un dîner original et agréable. Par ailleurs si, en entrant, notre impression n’a pas été très favorable parce que la serveuse sollicitée par la jeune femme de l’accueil pour nous placer a refusé tout net sans daigner nous jeter un coup d’œil en protestant qu’elle avait trop de travail, en revanche une autre serveuse qui nous a pris en charge a été tout à fait plaisante, efficace, souriante. C’est donc sur une note très positive que nous concluons cette soirée.

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Published by Thierry Jamard
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