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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 00:18
720a0 Vue aérienne de Chlemoutsi
 
 
1204. Le Champenois Geoffroy I de Villehardouin et ses Francs de la Quatrième Croisade sont à Constantinople. On met la ville à sac, on pille tout ce qui peut l’être, on viole à tout va, on brûle, on détruit. On était parti pour reprendre la Terre Sainte aux Infidèles, on a préféré s’enrichir et assouvir sa soif de violence et de pouvoir. Geoffroy I conquiert l’Empire Byzantin. Tournant ses pas vers le Péloponnèse alors appelé Morée, il construit en 1210 la forteresse de l’Acrocorinthe. Son fils Geoffroy II construit de 1220 à 1223 l’énorme château de Clermont, à l’extrême ouest du Péloponnèse, nom qui, déformé par la langue locale, va devenir Chlemoutsi. Les Francs vont ainsi régner sur la Principauté d’Achaïe, la partie nord de la Morée, le sud résistant fièrement, et ce n’est qu’en 1249, après trois ans de siège, que Monemvasia va tomber aux mains de Guillaume II de Villehardouin, entraînant tout le sud. Charles d’Anjou, frère du roi de France Saint Louis, défait Manfredi, fils de l’empereur germanique Frédéric II, en 1266 et se fait couronner par le pape roi de Sicile à sa place. La Sicile, c’est-à-dire le Royaume de Naples incluant tout le sud de l’Italie et la Sicile proprement dite. Les ambitions des Anjou ne s’arrêtant pas là, ils vont guerroyer en Morée, prennent Marguerite de Villehardouin, qui est la dernière descendante et héritière de Guillaume II, et l’enferment à Chlemoutsi, où ils la gardent jusqu’à sa mort en 1315. Franque ou italo-angevine, Chlemoutsi reste une puissante place forte sur la Morée. En 1427, le despote de Mystras la prend, et en 1460 ce sont les Turcs. Fin de l’indépendance, Chlemoutsi est ottomane et dépend de Constantinople.
 
C’est donc aujourd’hui ce gros château de Chlemoutsi que nous allons visiter. À vrai dire, nous l’avions déjà vu un peu trop rapidement dimanche dernier 12 juin, nous sommes revenus approfondir aujourd’hui vendredi 17. La photo aérienne ci-dessus, qui se trouve dans le musée du château, permet de comprendre comment s’organisent les murs de la forteresse englobant un vaste espace, et la grosse masse du château proprement dit, épais polygone autour d’une cour centrale.
 
720a1 Forteresse de Chlemoutsi
 
720a2 Forteresse de Chlemoutsi
 
720a3 Forteresse de Chlemoutsi
 
720a4 Forteresse de Chlemoutsi
 
Nous sommes, avec ces photos, à l’extérieur de la citadelle, ces longs et hauts murs sont ceux de l’enceinte, avec des bastions protecteurs. C’est eux que nous avons vus de très loin, dimanche dernier, du ferry qui nous emmenait à l’île de Zante.
 
720b1 Forteresse de Chlemoutsi
 
720b2 Forteresse de Chlemoutsi
 
720b3 Forteresse de Chlemoutsi
 
Maintenant, munis de notre ticket d’entrée, nous avons pénétré dans la forteresse. Nous sommes dans ce vaste espace qui sépare le château des murs de la citadelle. Sur cette éminence, les guetteurs peuvent surveiller tout danger en provenance de terre ou de mer.
 
720c1 Château de Chlemoutsi
 
720c2 Château de Chlemoutsi
 
720c3 Château de Chlemoutsi
 
720c4 Château de Chlemoutsi
 
Comme on peut le constater sur ces quatre photos du château, il est imprenable. Compact, haut, sans ouvertures vers l’extérieur, avec des murs aussi impressionnants que les murs extérieurs de la citadelle. Parfaitement adapté à la défense à l’époque des épées et des arquebuses. Les Turcs avaient ensuite amélioré sa résistance quand étaient arrivés les canons.
 
720d1 Château de Chlemoutsi
 
720d2 Château de Chlemoutsi
 
720d3 Château de Chlemoutsi
 
720d4 Château de Chlemoutsi
 
Nous voici dans la cour intérieure. C’est par là qu’ouvrent portes et fenêtres pour des raisons de sécurité extérieure. Seule une partie du bâtiment où étaient logés les hôtes est encore en état, c’est là qu’est hébergé le musée.
 
720d5 Château de Chlemoutsi
 
720d6 Château de Chlemoutsi
 
À l’étage du bâtiment que l’on voit sur la première de ces deux photos se trouvait la chapelle du château, suivie sur le même plan par les immenses pièces de réception. Ma seconde photo montre les appartements du prince.
 
720e Chlemoutsi, le musée
 
Comme je l’évoquais tout à l’heure au sujet de la photo aérienne, il y a un petit musée qui est aussi intéressant par les nombreux et grands panneaux expliquant l’histoire, les coutumes, la vie quotidienne, l’usage des objets, que par les objets eux-mêmes.
 
720f1 Musée de Chlemoutsi, éperon et clé
 
Les objets présentés concernent des poteries, des pièces de monnaie, etc. Quel que soit l’intérêt que j’ai pu prendre à les voir, je préfère montrer ces deux objets qui sont plus parlants en photo. L’un est extérieur, il concerne les hommes, c’est un éperon. L’autre est domestique, c’est une clé.
 
720f2 Musée de Chlemoutsi, pierre tombale d'Agnès de Vill
 
Cette pierre tombale est celle d’Agnès de Villehardouin, fille du Byzantin Michel II, despote d’Épire, troisième (et dernière) femme de Guillaume II de Villehardouin. Autour de la très belle croix du centre, les paons sont symbole d’immortalité. Leur aspect est assez fantaisiste, mais leur queue ocellée est identifiable. En revanche, je ne sais quels sont les reptiles à pattes et points noirs sur le dos, qui ont l’air de lézards, ou peut-être sont-ce des salamandres, qui elles aussi sont immortelles. Je suis incapable de lire l’inscription, tout autour, mais il paraît qu’elle dit, en français (intéressant, parce que le français étant ici une langue étrangère les Francs se sont vite mis à parler grec, et il ne subsiste pratiquement plus d’inscriptions en français, sans compter que le despote de Mystras son père est un Paléologue, donc Grec et non Franc) "ICI GIST MADAME AGNES IADIS FILLE DOU DESPOT KIUR [= Kyrios, Seigneur] MIKAILLE ET […] MCCLXXXVI [= 1286] AS IIII IOURS DE IANVIER [= le 4 janvier]. C’est bien sûr la date de sa mort. Le mot qui manque, après le nom de son père et lié par la conjonction ET est le nom de sa mère.
 
720f3 Chlemoutsi, blason d'Isabelle de Villehardouin et Flo
 
Pour finir avec ce musée, je voudrais montrer ce blason, même si son état le rend peu lisible. Il est sculpté sur le chapiteau d’une colonne provenant d’Andravida (déformation d’Andreville). C’est celui du couple princier d’Isabelle de Villehardouin et de Florent de Hainaut.
 
720g1 Fête médiévale franque à Chlemoutsi
 
720g2 Fête médiévale franque à Chlemoutsi
 
Une affichette sur la vitre de la baraque où l’on prend les tickets d’entrée au château a attiré notre attention vendredi. Elle disait que samedi 18 avait lieu au château une fête franque médiévale. Nous n’avons pas voulu manquer cela et sommes de nouveau montés vers la citadelle.
 
720g3 Fête médiévale franque à Chlemoutsi
 
720g4 Fête médiévale franque à Chlemoutsi
 
Nous pensions voir des cavalcades, des joutes, peut-être le jeu de gentes dames se promenant avec de preux chevaliers comme si l’on était pris par la machine à remonter le temps. Rien de cela. Des hommes et des femmes en costume d’époque, cela oui, et de bonne qualité d’ailleurs, les casques, heaumes, gants, etc. pèsent leur poids et ne sont pas réalisés avec de vieilles boîtes de conserve, les costumes sont soignés et représentent les diverses catégories de personnages, mais il n’y a aucune mise en scène. Au contraire, les personnages sont avec le public, parlent avec lui. Un chevalier, pour donner des leçons à un groupe de jeunes garçons, pare avec son bouclier les coups violents assénés par un autre chevalier armé d’une épée. Je ne sais si cette épée est aiguisée et tranchante, mais elle est de fer, rigide et lourde. Après la démonstration, les garçons prennent l’épée et, chacun pendant plusieurs minutes, ils frappent et frappent encore, à la taille, vers la tête, vers les jambes, vers la poitrine, à droite, à gauche, et le chevalier pare les coups avec son bouclier. Ils sont jeunes, ces garçons, mais ils empoignent l’épée à deux mains et ne manquent pas d’énergie.
 
720g5 Fête médiévale franque à Chlemoutsi
 
720g6 Fête médiévale franque à Chlemoutsi
 
Plus loin, ce sont des adultes qui conversent avec les Francs. On le voit, sur ce banc, un contemporain discute avec un Croisé du treizième siècle, lequel semble très intéressé par le téléphone portable que son interlocuteur tient en main. Et certes c’est un accessoire qui aurait facilité la liaison entre les chefs, et aurait permis de garder contact avec la famille. Sur l’autre photo, je pense que jamais cet autre Croisé n’a vu dans la rue une damoiselle si court vêtue. Il a dû en ôter son casque pour s’assurer qu’il n’avait pas la berlue. D’ailleurs on voit bien que ses regards ne se portent pas sur les yeux de la jeune fille. Peut-être se demande-t-il si cet être de noir (peu) vêtu n’est pas le démon tentateur, ou une sorcière qu’il conviendrait de mener au bûcher. Que les âmes sensibles se rassurent, la demoiselle n’a pas été brûlée, et quand elle s’est éloignée, l’homme l’a regardée partir avec une attention telle, un regard si intense sur ce qui causait ses doutes que, visiblement, il n’avait pas résolu le problème.
 
720g7 Fête médiévale franque à Chlemoutsi
 
En fin de matinée, tous les Francs se sont regroupés, quelques uns se sont saisis d’un instrument de musique moyenâgeux et se sont mis à jouer, et toute la troupe s’est engagée dans le chemin qui redescend vers la ville. Le public n’était guère nombreux, deux dizaines de personnes peut-être, et il a accompagné les Francs jusqu’à la porte d’une salle municipale. Les Croisés sont entrés, le public s’est dispersé et nous sommes retournés à notre camping-car. Il nous reste, aujourd’hui, à nous rendre aux bains romains de Kyllini où Natacha souhaite se couvrir de boue une nouvelle fois (voir mon article du 11 juin), puis à avaler quelques kilomètres.

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Published by Thierry Jamard
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