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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 21:54

Après notre virée “en province” sur l’île de Corfou, nous voici revenus dans la “capitale”. Les deux premiers jours, nous ne faisons rien d’autre que nous promener. Nous avons essayé d’aller voir l’Achilleion (je vais en parler tout à l’heure), et parce que l’on nous en a vanté la vue au coucher du soleil et que les horaires que nous avons consultés lepermettaient, nous y sommes allés l’après-midi et nous sommes tombés sur une grille close. Les horaires affichés en ville et annoncés dans les guides sont ceux d’été. Mais peu importe, parce que la route est magnifique et traverse des petits villages sympathiques.

 

664a Corfou, Pontikonisi, monastère du Pantokrator

 

664b Corfou, Pontikonisi, monastère du Pantokrator 

En redescendant, nous nous sommes arrêtés plusieurs fois en chemin, et notamment pour contempler ce monastère Pontikonisi du Christ Pantocrator. Il ne se visite pas, et reste isolé sur son rocher. Deux précisions à son sujet. La première, c’est qu’en grec, nêsos (aujourd’hui, le êta n’est plus un E long ouvert et se prononce I, et la terminaison est également en I : NISI) signifie île (cf. le Péloponnèse, l’île de Pélops, ou le Dodécanèse, l’archipel de douze îles). Et pontiki désigne la souris. Pontikonisi est donc l’île de la souris. Il paraît qu’autrefois, le bosquet vu de loin avait vaguement la forme d’une souris, ce qui aurait justifié le nom. Non seulement la deuxième remarque, que je vais faire maintenant, n’a pas de rapport avec la première parce qu’elle ne concerne pas l’étymologie mais la mythologie, mais en outre l’une n’éclaire absolument pas l’autre. On sait qu’Ulysse est aidé par Athéna qui sans cesse veille sur lui, et qu’il est détesté par Poséidon qui cherche à lui nuire. C’est ainsi que selon la légende Poséidon aurait retourné le bateau d’Ulysse quille en l’air et l’aurait transformé en rocher, d’où le naufrage et le rejet sur la plage des Phéaciens dans l’épisode avec Nausicaa que j’ai raconté dans mon précédent article. Plusieurs îlots revendiquent d’être ce rocher, et Pontikonisi est l’un des candidats.

 

664c Kerkyra 

Un peu plus loin, un chemin permet de descendre au niveau de la mer, au bout de la piste de l’aérodrome. Cette piste s’achève dans la mer, de sorte que les feux d’approche sont sur des balises dans la mer. Et puis la route coupe la piste, de sorte qu’un feu passe au rouge pour arrêter les voitures quand un avion décolle ou atterrit. Je connais le panneau qui informe du passage d’avions à basse altitude, mais je suppose que c’est surtout pour éviter la surprise du conducteur, à ma connaissance il n’y a pas des masses d’aérodromes qui coupent des routes… Cela me rappelle une anecdote, du temps où j’étais apprenti pilote. La modeste piste en herbe du club était perpendiculaire à une petite route de campagne bordée de hauts peupliers, sauf bien sûr en face de la piste. J’étais en approche, et peut-être un peu trop bas, mais j’étais sûr de ne pas poser mes roues avant la ligne, et j’arrivais au-dessus de la route à plus de six mètres quand, sortant du rideau d’arbres passe un tracteur chargé d’une montagne de paille. À quatre-vingt dix kilomètres à l’heure, gaz coupés, il est impossible de redresser l’avion en quelques mètres, et un tout petit monomoteur à hélice qui se prend les roues dans un obstacle fait la culbute et s’écrase. Ouf, je suis passé au-dessus du tracteur, juste, juste, avant la remorque chargée. Vis-à-vis de mon instructeur je me devais, ensuite, de réussir un atterrissage impeccable…

 

664d Kerkyra

 

La photo précédente a été prise de la digue qui passe un peu plus loin que la piste et arrive à un tout petit port. Évidemment, je me devais de photographier cette barque baptisée Mon Amour, avec un cœur (oh que c’est touchant) et, après l’immatriculation, je ne sais ce qu’est ce Madame, le nom du modèle ou une fantaisie du propriétaire.

 

664e Corfou, monastère N.-D. Vlacherna 

Au bout de la digue, donc, un petit port. Derrière, une grande propriété à laquelle les visiteurs n’ont pas accès. Elle a nom Mon Repos et le manoir a été édifié en 1824. J’ai parlé, dans mon article des 9 et 10 décembre, du protectorat anglais et du haut commissaire britannique sir Thomas Maitland qui a sévi de 1816 à 1824. C’est son successeur qui s’est fait construire là sa résidence. Par la suite, lorsque Corfou a été rattachée à la Grèce indépendante, la résidence est revenue à la famille royale grecque. Et un prince grec qui s’est expatrié pour se marier est né là le 10 juin 1921. C’est le prince de Grèce et de Danemark Philip Mountbatten qui, après des études en Angleterre, est admis à l’École Navale en 1939, participe avec courage à la guerre (par la France, il a été décoré de la Croix de Guerre avec palme), puis reçoit la nationalité britannique et le titre de duc d’Édimbourg pour épouser la princesse Élisabeth. Lorsqu’en 1952 elle a accédé au trône, il est devenu prince consort.

 

664f Corfou, monastère N.-D. Vlacherna 

664g Corfou, monastère N.-D. Vlacherna 

Lorsque je parlais de Philip d’Édimbourg et de Mon Repos, on pouvait voir au loin une petite construction blanche. C’était un joli monastère avec son église, bâtis au dix-septième siècle sur une île, Notre-Dame, la Panagia de Vlacherna. Aujourd’hui, un quai le relie à la péninsule de Kanoni, mais sa grille est close. Le site est réputé, et il le mérite bien.

 

664h Le continent (Albanie, Grèce) vu de Corfou 

Mercredi 15, nous nous sommes de nouveau promenés le long de la mer. Je n’ai rien de particulier à raconter, et je ne montrerai que cette photo. Avant l’orage que nous avons eu à Arillas, nous avions eu une nuit de tempête sur notre parking de Corfou ville, la mer chahutait rudement les bateaux amarrés au pied de notre parking, à dix mètres de nous, et les vagues battaient le quai et y déversaient écume, algues et bouts de bois. Et on voit ici que cette pluie nocturne sur l’île était de la neige là-haut sur la montagne du continent. Lors de notre arrivée, les montagnes apparaissaient noires à l’horizon en Grèce continentale et en Albanie, et lors de notre promenade elles étaient toutes blanches. C’est magnifique pour les yeux, mais cela pose un problème pour la conduite, surtout avec un camping-car de 3,5 tonnes. Mais notre programme, lorsque nous aurons rejoint Igoumenitsa, nous fera longer la côte de sorte que, sauf imprévu, nous ne passerons pas par la montagne.

 

665a Sissi à l'Achilleion de Corfou 

Enfin, aujourd’hui jeudi 16, nous sommes retournés à l’Achilleion, le matin puisqu’il ferme ses portes l’après-midi. Il s’agit du palais que la célèbre impératrice d’Autriche Sissi s’est fait construire sur une hauteur, à une petite dizaine de kilomètres au sud de la ville. Elle avait découvert et aimé Corfou en 1862, elle a 53 ans quand, en 1890-1891, accablée par les morts qui se multiplient dans son entourage, sous-alimentée parce qu’elle est obsédée par sa ligne, malade des poumons depuis des années, elle décide de bâtir une belle résidence sur cette île dont le climat lui convient. Passionnée par la culture grecque antique, elle apprend le grec, et dédie palais et jardins à son héros préféré, Achille, d’où le nom qu’elle donne à la propriété, l’Achilleion. Sa statue nous accueille sur le seuil.

 

665b1a Porte de l'Achilleion, Corfou 

665b1b Zeus, hall de l'Achilleion, Corfou 

665b2 Porte de l'Achilleion, Corfou 

Les lourdes portes de ce palais néoclassique représentent des scènes mythologiques. Je ne crois pas me tromper dans mon interprétation de la première en voyant des divinités aux jambes en monstres marins, et l’une de ces divinités brandissant un trident, si je dis que le triomphateur sur son quadrige ne peut pas être Achille, fils de la déesse Thétis, divinité marine fille de l’Océan dont Poséidon est le dieu attributaire suite au partage de l’univers avec ses frères Zeus et Hadès. De plus, Achille est un jeune héros à qui le choix avait été offert entre une vie brève et glorieuse et une existence longue et obscure, et qui avait opté pour la première solution qui le faisait mourir jeune, or celui-ci avec sa barbe et ses traits mûrs ressemble davantage à Zeus et dans sa main ce serait la foudre qu’il brandit. Cette représentation, en outre, ressemble beaucoup à la statue en pied –foudre comprise– de Zeus dans le hall, au pied du grand escalier (seconde photo). Mais Zeus, que je sache, n’a jamais attaqué Poséidon. Alors je n’ai que des négations à avancer, et pas une seule proposition d’explication positive.

 

En revanche, la seconde image est très claire. Le jeune héros en armes est Achille. Il a le crâne rasé parce que l’on sait qu’il a sacrifié son abondante chevelure rousse. Avec lui, c’est son ami et écuyer Patrocle qui mène les chevaux. J’aime particulièrement le graphisme de ces portes, dynamique et élégant.

 

665c L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

665d L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

665e L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

On peut visiter un certain nombre de pièces du palais. Aussitôt franchies les portes, on pénètre dans ce hall. Sur la droite, se situe la chapelle. Les autres pièces, la plupart, ne sont pas accessibles pour elles-mêmes mais pour les objets qu’elles présentent, comme un musée de l’impératrice. La troisième de ces photos représente l’un des salons.

 

665f1 Sissi à l'Achilleion, Corfou 

Et puisque le musée de l’impératrice présente des souvenirs de Sissi, je vais en montrer quelques uns, en commençant par son portrait à l’âge de vingt-quatre ans (en 1862) par le peintre autrichien Franz Schrotzberg (Vienne 1811-Graz 1889). Peignant d’abord des scènes mythologiques, ce peintre voyagea à partir de 1839 en Italie du nord, en Allemagne, en Belgique, à Paris, à Londres, à la suite de quoi il s’orienta vers le portrait, où il aimait peindre la distinction féminine, ce qui lui fit choisir des dames de la haute aristocratie et de la cour impériale de Vienne. Il était membre de l’Académie de Vienne et titulaire de l’Ordre de François-Joseph.

 

665f2a Guillaume II à l'Achilleion, Corfou 

En 1898, alors qu’elle est descendue dans un hôtel de Genève, Sissi sort au bras de sa dame de compagnie, une jeune Hongroise, quand un homme s’approche et la frappe de ce qu’elle croit être son poing. Mais c’était la lame d’une lime qui n’a laissé sur sa peau qu’une très petite marque de sang, et elle va mourir une heure plus tard. Son palais de Corfou est alors racheté par Guillaume II (Berlin 1859-Doorn, Pays-Bas, 1941), l’empereur d’Allemagne et roi de Prusse (1888-1918), qui y viendra souvent, notamment tous les printemps de 1908 à 1914. C’est ce qui justifie ce tableau le représentant à bord de son bateau. Il est signé d’un certain B. Pinkas que je ne connais pas et qui n’est pas le célèbre Bulgare Julius Pincas (ou Pinkas, puisqu’il s’agit d’une transcription en alphabet latin d’un original en cyrillique) qui signait de son anagramme Pascin.

 

665f2b siège-selle du Kaiser à l'Achilleion, Corfou 

Quant à ce siège en forme de selle, c’est un escabeau pivotant qui a appartenu à Guillaume II. En effet, le Kaiser était féru d’équitation. Du fait d’un traumatisme à l’accouchement, il était légèrement infirme de naissance, souffrant d’une paralysie du bras gauche. Mais il considérait –à juste titre pour l’époque– que monter à cheval était une nécessité pour un prince ou un empereur et par ailleurs il a toujours cherché à dissimuler au mieux son handicap. Aussi s’est-il appliqué, au prix de grandes souffrances et difficultés, à s’initier à l’équitation et, sinon à devenir un cavalier accompli, du moins à pouvoir parader à cheval, à chasser à courre, etc. Et ce siège rappelant une selle est la manifestation de sa constante préoccupation et de son handicap surmonté.

 

665f3 Ulysse et Nausicaa à l'Achilleion, Corfou 

Lors de notre tour de l’île de Corfou, dans mon article précédent, j’ai amplement parlé de la rencontre d’Ulysse avec Nausicaa, à la suite du naufrage évoqué ici même, un peu plus haut, au sujet de Pontikonisi. Tombant, dans l’Achilleion, sur cette représentation, je ne pouvais manquer de la montrer en illustration de ce que j’ai raconté. C’est une œuvre de Ludwig Thiers, un peintre bavarois, professeur à l’École des beaux-arts d’Athènes en 1859. Quittant la dune où il dormait, Ulysse a cassé une branche feuillue pour cacher sa nudité, et sans révéler son identité il débite des paroles flatteuses aux pieds de Nausicaa, tandis que les servantes de celle-ci fuient, effrayées.

 

665f4 drapeau du yacht impérial à l'Achilleion, Corfou 

La notice dit seulement “Drapeau nautique en tissu du navire de plaisance impérial Hohenzollern”. Pas d’autre explication. Le drapeau porte la date de 1870, ce qui est de vingt ans antérieur à la construction de l’Achilleion par Sissi et de 28 ans antérieur à son acquisition par Guillaume II. Alors yacht impérial, oui, mais de l’impératrice d’Autriche Hongrie, ou de l’empereur d’Allemagne, cela n’est pas dit. Cependant, ce nom de Hohenzollern qui lui est donné et qui est celui du Kaiser a toutes les chances de désigner le propriétaire. Conjointement avec cette date de 1870, il porte la devise prussienne que l’on retrouve jusqu’à la fin du Troisième Reich “Dieu avec nous”. Et en effet, avec la pile que la France a prise en 1870 de la part des Prussiens, Dieu devait être avec eux !

 

665f5 majolique style oriental à l'Achilleion, Corfou 

Encore une dernière image concernant le palais de l’Achilleion. Il s’agit d’une belle et grande majolique aux dessins de style orientalisant.

 

665g1 L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

Le grand escalier d’honneur qui, du hall, monte à l’étage du palais est interdit au public, mais l’escalier extérieur, dans le jardin, donne accès à cette ample terrasse et à un salon au premier étage. Je néglige ici la reproduction des photos de l’album de Sissi présentées sur de grands panneaux, et je ressors pour voir le jardin à l’italienne.

 

665g2 L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

À vrai dire, si l’escalier qui mène du rez-de-chaussée à la terrasse est élégant et, de son balcon à mi-hauteur, offre une belle vue sur la mer, les jardins sont en piteux état. Arbres arrachés par le vent ou tombés par l’âge, herbe jamais tondue depuis des années, feuilles pourrissant sur place depuis l’automne… En montant, il ne faut surtout pas tourner la tête pour regarder par-dessus la rampe. C’est triste.

 

665g3a L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

665g3b L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

Mais heureusement, en haut, sur la terrasse dallée comme sur le jardin qui la prolonge en surplomb du promontoire où est construit le palais, l’entretien permet d’apprécier le goût de la décoration. Ce jardin est au bas de quelques marches au haut desquelles on accède en passant entre ces deux coureurs qui sont, je pense, des copies de ceux que nous avons vus au musée archéologique de Naples. Avant de l’écrire, je me suis reporté aux photos que j’avais faites au musée pour les comparer à ces statues de l’Achilleion mais je ne les avais pas prises sous le même angle, ce qui m’empêche d’affirmer avec certitude qu’il s’agit ici de copies. Mais je le crois fortement, conformément à l’impression que j’ai ressentie dans le jardin.

 

665g4 L'Achilleion, palais de Sissi à Corfou 

À présent le personnel va aller déjeuner, on va fermer l’Achilleion, je vais donc conclure. Pour la fin, j’ai réservé cette vue qui résume le vœu de l’impératrice. Elle aime l’Iliade et par-dessus tout son personnage central, Achille. Elle l’a fait représenter en plusieurs endroits et elle a appelé son château du nom de son héros favori. Et tout au bout de ce jardin en terrasse, cette grande statue d’Achille en armes sur un haut piédestal regarde le vaste panorama et veille sur cette île de Corfou.

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Published by Thierry Jamard
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