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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 01:27

Délos, île sainte dans l’Antiquité grecque. Avant-hier, hier matin encore, nous étions à Tinos, île sainte des chrétiens orthodoxes. Juste équilibre entre les deux religions de la Grèce. Les Cyclades (en grec, kyklos désigne le cercle, la roue, d’où le mot français cycle, et ses composés encyclopédie, tricycle, bicyclette, encyclique, recycler, etc.) représentent un cercle au centre de la mer Égée, entre la Grèce continentale à l’ouest, la Macédoine au nord, la Grèce Ionienne des côtes de l’Asie Mineure à l’est et la Crète au sud. Cette toute petite île de Délos se trouve elle-même au centre des Cyclades, c’est donc le centre du monde grec. De plus, on se souvient que la déesse Héra, jalouse des infidélités de Zeus son volage mari et furieuse contre Léto qu’il avait aimée, avait interdit à toute terre émergée d’accueillir cette femme afin de l’empêcher de mettre au monde le fruit de ses amours avec le roi des dieux. Ainsi, Léto dut errer longtemps sans pouvoir accoucher jusqu’à ce qu’Ortygie, une toute petite île flottante, stérile, contre laquelle la colère d’Héra ne pourrait avoir de prise, se propose pour accueillir Léto. Mais Ilithye, la déesse des accouchements, reste sur l’Olympe auprès d’Héra, la naissance ne peut avoir lieu malgré la visite d’encouragements de toutes les autres déesses qui se pressent à ses côtés et ne la quittent pas. Léto, au pied du seul arbre de la pauvre île, un palmier, était entrée dans les douleurs de l’enfantement et cela durait depuis neuf jours et neuf nuits quand enfin, les déesses ayant promis à Ilithye un collier d’or et d’ambre long de neuf coudées, la déesse sage-femme se décida à se rendre auprès de Léto. Quelle femme serait capable de résister à une telle promesse de coquetterie ? Enfin ont pu naître les jumeaux divins Apollon et Artémis. Pour remercier Ortygie d’avoir accueilli sa mère, Apollon la fixa au fond de la mer sur quatre solides colonnes et, parce qu’il était né sur son sol, lui le dieu de la lumière, le dieu lumineux, il changea son nom en Délos, c’est-à-dire La Brillante.

 

Mais visiter Délos n’est pas facile. L’île entière a le statut de musée. Pas d’hôtel, pas de restaurant, ouverture le matin, passage par la guérite de vente de tickets, fermeture de l’île à 15 heures. On doit donc s’y rendre en une demi-heure de bateau à partir de Mykonos –en principe, il y en a un qui part toutes les demi-heures dans chaque sens– et la quitter à 15h au plus tard pour être de retour vers 15h30 à Mykonos. Mais notre ferry en partance vers Syros largue les amarres à 14h15 et, le temps de passer d’un port à l’autre, nous devons quitter Délos à 13h. Hélas, à l’aller, il n’y a qu’un bateau sur deux malgré la foule du mois d’août (certains passagers doivent voyager debout, faute de place) et le nôtre part avec vingt minutes de retard. Au retour, les bateaux sont également plus rares que prévu, et nous devons prendre celui de 12h15. Au total, nous devons procéder à la visite du site, très vaste, au pas de course, et faire le tour du musée sans reprendre notre souffle. Déjà, en mars, nous sommes venus à Mykonos avec Emmanuelle, ma fille, et sommes repartis sans avoir visité l’île parce qu’elle n’était ouverte au public qu’un jour par semaine, contrairement aux informations trouvées sur Internet, y compris sur un site officiel grec. Cette fois-ci, pas question de manquer notre visite. Nous prenons notre souffle, mettons nos pieds dans les starting-blocks et un, deux, trois, partez !

 

748a0 Maurice Holleaux, dir. Ecole Frse d'Athènes, fouille

 

Les fouilles, à Délos, ont été menées sous la direction de l’École Française d’Athènes, cette institution archéologique qui recrute par voie de concours des doctorants, des docteurs, des maîtres de conférence ou autres spécialistes de haut niveau, français ou étrangers francophones qui ont ainsi l’occasion de se perfectionner sur le terrain tout en servant la science pendant un an renouvelable. Ils sont aujourd’hui au nombre de 14. À noter que ce sont 9 filles et 5 garçons. Ouf, voilà un organisme qui ne réserve pas les places aux mâles. De 1904 à 1912, durant les fouilles de mise au jour de l’essentiel du site, le directeur de l’École était Maurice Holleaux, comme le rappelle la plaque ci-dessus. Dès le quinzième siècle, des navigateurs ont été intéressés par l’île, mais aussi la plupart ont été déçus car Délos était très inhospitalière (comme du temps où elle n’était que l’île flottante Ortygie…), et sous la végétation qui étouffait les ruines on ne devinait qu’un chaos de pierres au sol dont seul émergeait le Colosse des Naxiens (que nous allons voir tout à l’heure). En 1846 était fondée l’École Française d’Athènes, dès 1864 un mémoire était rédigé, et les fouilles à Délos ont débuté en 1873. Les fouilles ont connu des périodes d’accélération, de ralentissement ou même de suspension, mais n’ont jamais cessé jusqu’à aujourd’hui. Ce qui a provoqué le grand bond des années Holleaux, c’est une dotation financière annuelle de la part de Joseph Florimont, duc de Loubat (1831-1927), un riche mécène américain, correspondant étranger de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

 

748a1 île de Délos

 

748a2 île de Délos

 

Lorsque l’on approche de l’île en bateau on a une vue générale du site et, aujourd’hui qu’il est bien dégagé et que les monuments et les ruines ne sont plus cachés à la vue, on se rend compte de son ampleur et de sa richesse. Car Délos, pour être une île sainte, n’en comportait pas moins des bâtiments civils, on y a vécu. De 2500 à 2000 avant Jésus-Christ il y a eu des populations préhelléniques. Selon l’historien Thucydide (vers 460-vers 395), "les habitants des îles, Kariens et Phéniciens, s’adonnaient à la piraterie […]. Quand les Athéniens purifièrent Délos et qu’on enleva toutes les tombes de l’île, on constata que plus de la moitié appartenait à des Kariens, ainsi que l’attestèrent les armes enfouies avec les morts et le mode de sépulture, encore en usage chez les Kariens d’aujourd’hui. Quand Minos eut constitué sa puissance maritime, les communications devinrent plus faciles de peuple à peuple, il fit disparaître des îles les pirates, d’autant mieux qu’il colonisa beaucoup d’entre elles". Les constructions de cette époque sont de modestes baraques de pirates. Puis les fouilles restent muettes sur plus d’un demi-millénaire, avant qu’elles ne mettent au jour des poteries mycéniennes de 1400-1200 avant Jésus-Christ. Suit une époque de dépopulation, ici comme partout en Grèce, entre le onzième et le huitième siècles. Dans la deuxième moitié du huitième siècle, la population au contraire s’accroît de façon considérable et l’on trouve de coûteuses offrandes en bronze. Délos devient le lieu de culte d’Apollon commun à tous les Ioniens, comme nous en informe l’Hymne homérique à Apollon (daté de façon très imprécise entre 700 et 550 avant Jésus-Christ) : "Mais quand ton cœur, Phébus, trouve le plus de charme à Délos, c'est quand les Ioniens aux tuniques traînantes s'assemblent sur tes parvis, avec leurs enfants et leurs chastes épouses. C’est là qu’en ton honneur ils instituent des jeux et qu’ils charment ton cœur par la lutte et les danses et les chants". À la fin du septième siècle et au début du sixième, Naxos a joué un grand rôle dans la vie de Délos comme c’est attesté par les nombreuses sculptures (Colosse, Lions) et maisons de Naxiens. Probablement pas sur le plan politique, mais par le rayonnement et par le savoir-faire dans le travail du marbre. Athènes se disant la capitale des Ioniens, a voulu imposer sa suprématie sur leur île d’Apollon et c’est le tyran Pisistrate qui, lors de sa troisième tyrannie (540-528) a purifié l’île, comme le dit Thucydide dans l’extrait ci-dessus, c’est-à-dire qu’il a fait disparaître les tombes, la mort étant impure. En 426, Athènes procède de nouveau à la purification. C’est encore Thucydide qui parle : "Jadis Pisistrate, tyran d’Athènes, l’avait purifiée, mais seulement en partie, sur l’étendue de l’île que l’on découvre du temple. Alors on la purifia entièrement. Voici comment on procéda. On enleva de Délos toutes les tombes et l’on interdit à l’avenir dans l’île tout décès et toute naissance. Les moribonds et les femmes en mal d’enfant devaient être transportés à Rhénée. Cette île est si peu distante de Délos que Polycrate, tyran de Samos et, pendant quelque temps, à la tête d’une puissante marine, établit sa domination sur plusieurs îles et s’empara de Rhénée, la réunit par une chaîne à Délos et la consacra à Apollon Délien".

 

748b Délos

 

Je passe sur les périodes où alternent la mainmise d’Athènes sur Délos et l’indépendance de l’île, mais en 166 avant Jésus-Christ elle est déclarée port franc ce qui fait que le commerce se développe, les richesses affluent, de nombreux étrangers s’y installent, Grecs d'autres cités, Italiens, Égyptiens, Syriens, Phéniciens, Palestiniens, Juifs, Samaritains. Du temps des Romains, par deux fois l’île est pillée et saccagée, en 88 avant Jésus-Christ par Mithridate, en 69 par des pirates alliés de Mithridate, menés par un certain Athénodoros, qui mettent le feu à la ville et massacrent tous les Déliens qu’ils rencontrent ou les emmènent pour les vendre comme esclaves. Il restera un peuplement dans l’île, on a exhumé des traces du sixième siècle de notre ère, mais ce ne sera plus qu’un gros village. En 727, l’empereur de Byzance Léon l’Isaurien, iconoclaste, la ravage, puis c’est le tour des Slaves en 769, des Sarrasins en 821. À l’époque turque, il n’y a guère que quelques pirates.

 

748c1a Délos, agora des Compétaliastes

 

On appelle cet endroit l’Agora des Compétaliastes, l’endroit où se réunit un collège de ceux qui célèbrent cette vieille fête romaine des Compitalia dont généralement on pense que l’origine est villageoise et qui se serait étendue aux villes, mais dont j’ai lu une autre théorie qui lui voit des origines administratives, donc urbaines, et qui la fait gagner les campagnes par la suite. Fête romaine, ce qui place ce monument après la conquête. Cicéron, écrivant de sa maison de campagne à son ami Atticus en décembre 60 avant Jésus-Christ, parle de la situation politique à Rome, de sa propre position, puis ajoute "mais réservons ce sujet pour nos promenades compitaliennes. Rappelle-toi la veille des Compitalia. Je donnerai les ordres pour faire chauffer le bain, et Terentia va inviter Pomponia. Nous demanderons à ta mère de se joindre à nous" [Terentia est la femme de Cicéron et Pomponia celle d’Atticus]. Il apparaît à travers ce passage que les Compitalia, à l’origine "festivals des carrefours", sont devenues des jours fériés où l’on se retrouve entre amis, où l’on se repose, indépendamment des célébrations officielles. Les travaux de dégagement du port antique, menés en 1908, ont montré que la profondeur maximum, autorisant l’accostage des plus lourds voiliers, était du côté de l’agora des Compétaliastes, où se trouve un grand quai, ce qui autorise à penser que cette agora servait en fait surtout de débarcadère du port.

 

748c1b Délos, autel peint, sacrifice ritu romano

 

J’ai lu, dans un document d’un chercheur néerlandais, T.D. Stek, que les représentations des Compitalia de Délos étaient plus parlantes que celles que l’on pouvait trouver en Italie, et qu’elles montraient des personnages, esclaves et affranchis, clairement vêtus à l’italienne et sacrifiant selon des rites romains, mais au musée il n’y a que peu de fresques, et pas l’autel peint qui est représenté ci-dessus, dont j’ai pillé l’image dans le document en question. J’en parle donc sans les avoir vues autrement que sur le dessin en noir et blanc. La communauté italienne de Délos était très nombreuse, mais les noms inscrits près de ces personnages sont des noms grecs. L’auteur en conclut que ces esclaves et ces affranchis, au service de Romains, avaient adopté leurs coutumes, mais qu’ils étaient grecs, de Grèce ou d’Asie Mineure.

 

748c2 Délos, agora des Déliens

 

748c3 Délos, agora des Italiens

 

Les photos ci-dessus représentent, la première l’agora des Déliens et la seconde l’agora des Italiens. Cela nous dit que les diverses communautés avaient chacune leur quartier, et d’autre part que les Italiens étaient suffisamment nombreux, comme je le disais tout à l’heure, pour avoir leur quartier avec leur agora. Néanmoins, il ne faut pas imaginer des ghettos, des communautés refermées sur elles-mêmes. Certes, on se retrouvait sur son agora nationale pour parler entre compatriotes, pour acheter ou vendre les produits importés, pour rendre aux dieux le culte à la façon du pays d’origine, mais pour les affaires ou éventuellement la promenade il n’y avait ni frontières ni interdits.

 

748c4 Délos, leschè des Poséidoniastes de Bérytos

 

Remplissant l’une des fonctions de l’agora, une leschè est un endroit, généralement portique ou place publique, équipé de bancs, où l’on se rend pour rencontrer des personnes connues ou non avec qui on va converser. De nos jours, en Grèce, en Italie du sud, en Provence (pour ne parler que des pays que je connais, mais je sais qu’il en va de même à Istanbul, au Maghreb et ailleurs), les hommes disposent des bars pour remplir cet office. La photo ci-dessus a été prise sur la leschè des Poséidoniastes de Bérytos. En araméen, un puits se dit bir, et le pluriel est biryt. Cette ville des puits s’est appelée Bérytos en grec, Beritus en latin, et ce nom a donné Beyrouth aujourd’hui. Il s’agit d’une vieille cité phénicienne qui avait ses adeptes de Poséidon, les Poséidoniastes. Deux cours –dont cette leschè–, un quartier d’habitation, quatre sanctuaires dédiés à des dieux nationaux (Roina, Poséidon de Berytos, Astarté et Echmoun) ont été construits dans la première moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Sur les colonnes que l’on voit sur ma photo, l’architrave a été remise en place, ce qui fait que je n’ai pu lire moi-même l’inscription qui s’y trouve, mais qui, paraît-il, dit : "L’association des Poséidoniastes de Bérytos, négociants, armateurs et entrepositaires, dédia la Maison , le portique et le mobilier aux dieux de ses pères".

 

748d1 Délos, lac sacré

 

Si on ne me l’avait pas dit, j’aurais eu du mal à reconnaître en cet endroit plan, certes, mais au sol poussiéreux et où pousse de la végétation, le lac sacré de Délos. En fait, au dix-neuvième siècle il était infesté de moustiques qui rendaient le séjour et les fouilles très pénibles, aussi l’a-t-on asséché. Aucun texte antique, à ma connaissance, ne dit si les moustiques s’y multipliaient déjà en ce temps-là mais on peut supposer que non, car autour de ce lac s’est développé tout un quartier de Délos.

 

748d2 Délos, le marché du Lac

 

748d3 Délos, la maison du Lac

 

C’est ainsi que l’on peut voir un ample complexe de bâtiments (première photo), le Marché du Lac, et une petite mais jolie demeure (seconde photo), la Maison du Lac. Ce marché, découvert et dégagé en 2002, est le plus important de Délos pour les vins d’Italie du sud et de Sicile, ainsi que pour la farine. Dans deux boutiques, il y avait des installations pour moudre les céréales, mais dans bien des maisons du quartier ont aussi été trouvés des moulins à céréales fixes ou portables, dont les meules sont en pierre de lave. Quand, en 69, Athénodoros effectua sur Délos le raid dont j’ai parlé, le marché a brûlé. Or, on a retrouvé des lampes à huile et des braseros utilisés pour se chauffer, les unes et les autres étant allumés au moment où le marché a brûlé. De là on peut conclure que l’attaque a eu lieu par surprise, de nuit et en hiver. Les objets sans valeur marchande que les pirates n’ont pas pillés étaient là sur le sol, abandonnés par des habitants qui ont sans doute fui, pris de panique devant ces hommes armés alors qu’ils sortaient de leur sommeil, et devant le feu qui gagnait rapidement, car les poutres des toitures étaient en bois, les rues étaient étroites, l’huile était stockée dans chaque maison dans de grandes jarres. Dans l’échoppe d’un meunier, près de la porte, deux grandes amphores avaient contenu du blé et de la farine et, sous le seuil, étaient accumulées de nombreuses monnaies de bronze, sans doute les économies du meunier.

 

La Maison du Lac, qui date du deuxième siècle avant Jésus-Christ, a été habitée par au moins deux générations de la même famille avant de brûler, elle aussi, en 69. Son architecture est celle de toutes les maisons de l’île, plus ou moins grandes, plus ou moins luxueuses, de forme extérieure adaptée à l’espace entre les parcelles voisines et au budget du propriétaire, mais selon une disposition invariable. Les murs extérieurs sont aveugles, les fenêtres donnent toutes sur une cour intérieure, protégeant ainsi mieux contre les intrusions, isolant du bruit intense de la rue, dispensant plus d’ombre et de fraîcheur en été. Une fois franchie la porte de l’entrée principale, on trouve sur la droite la loge du concierge, qui filtre les visiteurs. Une seconde porte, intérieure, ouvre sur la cour centrale, l’atrium, entouré d’un péristyle, c’est-à-dire une colonnade sur les quatre côtés. Autour de cet atrium se trouvent distribuées les pièces, salles de réception, appartements des esclaves, réserves, et les chambres à coucher des hommes, généralement à l’opposé de la rue pour être le plus possible au calme, et petites pour être plus faciles à chauffer en hiver. Une entrée de service donne sur un autre secteur, séparé par un mur avec une porte maintenue fermée. C’est que dans cette partie se trouvent les latrines et les cuisines et qu’il convient d’éviter aux maîtres les odeurs qui s’en dégagent. Dans une pièce à part il y a des baignoires de terre cuite. Un escalier mène au premier étage, qui comporte les appartements des femmes et des enfants, la salle de tissage avec son métier à tisser, et des pièces privées. Les visiteurs n’étaient pas admis à l’étage. Les murs de pierre sont, intérieur comme extérieur, crépis de plâtre, laissé blanc côté rue ainsi que dans les pièces de service, peint en ocre ou en rouge côté intérieur des pièces de réception et des pièces réservées aux maîtres de maison.

 

748d4 Délos, Fontaine Minoe

 

La fontaine Minoé, ci-dessus, est une fontaine publique creusée dans le roc sur une profondeur de sept mètres. Elle était couverte de tuiles de terre cuite, et c’est cette toiture à quatre pans que supportait la colonne qui se dresse en son milieu. La fontaine initiale semble avoir été construite au début du cinquième siècle avant Jésus-Christ, mais elle a subi un profond remaniement à l’époque hellénistique, en 166 comme l’indique une inscription. Dans les ruines de la fontaine a été retrouvée une inscription qui date de l’origine et qui donnait le règlement de police relatif à l’usage que le public devait faire de cette fontaine, mais comme l’inscription est malheureusement peu lisible et très mutilée, on ne peut la déchiffrer, seulement voir de quoi elle traite. Dommage, car j’aurais été curieux de connaître les règles.

 

748d5 Délos, la maison des Naxiens

 

On ne sait si cette Maison des Naxiens, construite au début du sixième siècle avant Jésus-Christ, était le temple primitif d’Apollon, ou une salle à manger, ou la réserve où l’on rangeait le matériel de culte et les offrandes. La ligne de fines colonnes ioniques que l’on voit sur ma photo supportait le lourd toit de marbre. Le grand général athénien Nicias (470-413 avant Jésus-Christ), également homme politique, a offert à Apollon, en 417, un gigantesque palmier de bronze, rappel de l’arbre sous lequel Léto a pendant neuf jours été dans les douleurs de l’enfantement, mais je préfère laisser la parole à Plutarque : "Nicias […] employait ses richesses à gagner les bonnes grâces des Athéniens. […] On se souvient encore des présents, aussi magnifiques que religieux, qu'il fit au temple de Délos. […] Après le sacrifice, les jeux et les banquets, il dressa devant le temple un palmier d'airain qu'il consacra au dieu. […] Dans la suite, ce palmier, brisé par les vents, tomba sur une grande statue consacrée par les Naxiens, et la renversa". Cette grande statue, c’était le Colosse des Naxiens, haut de 9 mètres environ, et visible de partout, et en particulier du port, même lorsque des immeubles se sont construits tout autour. Devant la Maison des Naxiens, un énorme socle évalué à 32 tonnes supportait la statue. Un texte gravé sur sa base précise qu’il a été taillé dans un seul bloc de marbre de Naxos.

 

En 1420, le voyageur Buondelmonte écrit (j’ai trouvé le texte en latin "de cuisine", comme on le pratiquait en ce temps-là, puis dans une publication en grec ancien, les deux disent à peu près la même chose mais pas tout à fait. Je préfère traduire ici le grec, qui est plus correct, donc plus clair pour moi…) : "Nous voyons aussi à Délos, dans la plaine, un temple antique […] et une statue géante gisant à terre, d’une grandeur telle qu’il nous fut impossible, à nous tous qui étions plus de mille, de la redresser avec les outils et les cordages en grand nombre de nos navires". En 1575, Thevet, auteur d’une Cosmographie universelle, ne la trouve plus que mutilée : "Se trouvent encore des pièces de marbre d’une statue, que je pense n’avoir été moindre en hauteur qu’un des plus grands colosses qui fût à Rome". Puis en 1654, le Sieur du Loir : "On me dit […] qu’il reste encore la moitié d’une statue haute de dix pieds, représentant Apollon, et que les Anglais ont sciée en deux, du haut en bas, pour en emporter une partie. Ce curieux larcin n’aurait pas seulement été criminel chez les anciens, mais un horrible sacrilège, car toutes les choses de cette île étaient sacrées". En 1675, dans le Voyage de Dalmatie, de Spon, on lit : "Ayant poussé un peu plus avant dans ces précieux débris, nous nous trouvâmes sur la place du temple d’Apollon ; ce que nous aurions pu ignorer si nous n’y eussions aperçu sa statue couchée par terre et presque réduite à un tronc sans forme. Ce sont des suites inévitables de la vieillesse ou des mauvais traitements qu’elle a reçus par diverses personnes qui ont abordé à Délos. Les unes lui ont coupé un pied, les autres une main, sans respect ni considération de l’estime qu’on en faisait anciennement. Il n’y a pas même longtemps qu’un provéditeur de Tiné [=Tinos] lui fit scier le visage, voyant que la tête était une trop lourde masse pour la pouvoir enlever dans son vaisseau. […] Comme nous admirions un si beau morceau de marbre, un de notre compagnie nous dit que nous avions tort de prendre cela pour une statue d’Apollon et que, selon son sentiment, c’en était plutôt une de Diane [=Artémis], parce qu’il y remarquait de longues tresses de cheveux, qui lui pendaient sur les épaules". Et les vols sacrilèges ont continué, puisqu’en 1818, l’Anglais Kennard a détaché un morceau de pied, qui est aujourd’hui au British Museum. Voilà pourquoi je ne peux montrer ce Colosse, mais seulement les ruines de la Maison des Naxiens devant laquelle il était.

 

748d6 Délos, maison du Diadumène

 

Ce bâtiment est appelé la Maison du Diadumène. C’est le sculpteur argien Polyclète qui, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, avait réalisé la statue de bronze du Diadumène, "l’Homme au bandeau", un jeune athlète aux proportions idéales et dont le seul vêtement est le bandeau qui ceint son front. Mais le bronze intéresse beaucoup de gens, des empereurs romains pour décorer leurs palais et des généraux, des hommes d’État, pour fondre des canons et faire la guerre. Peut-être le Diadumène a-t-il sombré avec le navire qui le transportait vers Rome et sera-t-il un jour retrouvé au fond des mers comme les Guerriers de Riace ou le Zeus du musée archéologique d’Athènes, si par chance il a échappé à la seconde hypothèse. Mais il nous est bien connu par les copies en marbre qui en ont été faites dont l’une, du milieu du premier siècle de notre ère, a été trouvée en France au théâtre de Vaison-la-Romaine mais personne n’ayant d’intérêt pour elle à cette époque elle a été acquise par le British Museum, où elle se trouve encore aujourd’hui. Celle à laquelle cette maison doit son nom est actuellement à Athènes.

 

748d7 Délos, Letoon

 

Il me faut montrer le temple dédié à la principale protagoniste des événements qui ont donné naissance à l’île de Délos, c’est-à-dire Léto. Cette photo montre le Letôon.

 

748d8 Délos, temple de Poros dédié à Apollon

 

Autre temple, celui que l’île de Poros (située à la sortie du Golfe Saronique, ce golfe entre l’Attique et le Péloponnèse, et à un jet de pierre de la côte) a offert à Apollon. Autre preuve de la présence d’une communauté non négligeable.

 

748e1 Délos, la terrasse des Lions

 

748e2 Délos, Lion des Naxiens (copie)

 

748e3 Délos, la terrasse des lions de Naxos

 

Venons-en à la célèbre Terrasse des Lions, c’est-à-dire aux illustres Lions des Naxiens. Voilà encore une marque de la richesse et de la générosité de l’île de Naxos. Cette terrasse est naturelle, située entre le port et le sanctuaire d’Apollon, et elle était longée par la route qui allait de l’un à l’autre. Tous les pèlerins avaient donc l’occasion de la parcourir et, à partir du moment où, à la fin du septième siècle avant Jésus-Christ, pour montrer qu’ils étaient les premiers pèlerins de l’île, les plus nombreux et les plus pieux, les Naxiens eurent fait placer ces statues de lions, neuf minimum mais sans doute plus, les passants pouvaient admirer cet animal dont jamais ils n’avaient vu un exemplaire vivant. Ils étaient tournés, gueule ouverte, vers l’est, pour saluer chaque matin Apollon, le dieu de la lumière.

 

Cela ne peut manquer de me rappeler cette histoire soviétique du temps de Brejnev. Les Russes, alors, racontaient qu’à son arrivée au Kremlin le matin, le concierge du bâtiment de son bureau le saluait "Bonjour, camarade Leonid". Puis l’huissier "Bonjour, camarade Leonid". Puis sa secrétaire "Bonjour, camarade Leonid". Entré dans son bureau, il se plante devant la fenêtre et voit le soleil qui le regarde. Brejnev lui lance : "Et alors, Soleil, tu ne salues pas le camarade Premier Secrétaire ?" Et le soleil de s’exécuter. Leonid s’applique tout le jour au bonheur des travailleurs soviétiques et à la perte du diable colonialiste et s’apprête à rentrer le soir chez lui. "Bonsoir, camarade Leonid" lui lance sa secrétaire. De même l’huissier, de même le concierge. Alors qu’il va s’engouffrer sur les sièges moelleux de sa Zil de service, un groupe de travailleurs le salue "Bonsoir, camarade Leonid". C’est alors qu’il aperçoit le soleil qui va disparaître à l’horizon. Il baisse la vitre, se penche à la portière, et s’adresse au soleil : "Eh bien, tu ne me dis pas bonsoir ?" À quoi le soleil riposte "Ne compte pas sur moi, maintenant que je suis passé à l’ouest…". À Délos, les lions tournent leur postérieur à l’ouest, comme de bons Soviétiques avant la lettre.

 

Pour construire de luxueuses villas, des riches ont utilisé la terrasse et les lions ont été repoussés plus loin. Après le raid d’Athénodoros et de ses pirates en 69, le Romain Caius [prononcer Gaius] Triarius a voulu protéger ce qui pouvait l’être encore et, en 67, il a fait détruire la terrasse pour construire un mur, utilisant des morceaux de corps des lions comme pierres de construction. En 1716, des voyageurs vénitiens voient un lion sans tête, il leur rappelle l’emblème de la Sérénissime, ils l’embarquent. Ce corps de lion, agrémenté d’une horrible tête, est aujourd’hui à Venise devant l’arsenal. En 1886, 1894, 1906, ont été trouvés des morceaux épars des lions, qui ont été placés sur les piédestaux que l’on voit aujourd’hui pour qu’ils soient à peu près au niveau qui était celui de la terrasse avant 67 avant Jésus-Christ. Et ces lions sont restés là jusqu’en 1999. Car ceux que l’on voit aujourd’hui, ceux de mes photos ci-dessus, ne sont que des copies.

 

748e4 Délos, lions de Naxos, fin 7e siècle avant JC

 

748e5 Délos, un Lion de Naxos

 

En effet, pour les protéger des intempéries et aussi des touristes car il est toujours possible d’échapper au regard des quelques gardiens qui arpentent le vaste site, ainsi que des voleurs, peut-être (je me demande d’ailleurs s’il y a des radars et des alertes qui entrent en action si de nuit, quand le site est fermé et l’île déserte, un bateau accoste et débarque des visiteurs clandestins), les lions authentiques, ou du moins les seuls qui ont pu être sauvés, ont été transférés au musée. Et ils me servent de transition pour quitter le site et me rendre au musée.

 

748f1 Hermès, Athéna, Apollon, Artémis, 125-100 avt JC

 

Que j’ai été long ! Je vais essayer, au musée, d’être moins bavard. La stèle ci-dessus date de 125-100 avant Jésus-Christ et représente Hermès, Athéna, Apollon (dans le morceau qui manque) et Artémis.

 

748f2 Délos, Apollon

 

Je vais être aidé à la brièveté par l’absence de toute information dispensée par le musée au sujet de la majorité des pièces présentées. "Il y a trop de choses, on ne peut pas tout expliquer", se défend un gardien (qui n’y est pour rien). Je suppose que ce kouros doit être Apollon.

 

748f3 Délos, copie de l'Apollon Lycien de Praxitèle (2e-1

 

En voyant cette statue, on se rappelle la remarque de ce compagnon de Spon qui pensait que le Colosse des Naxiens représentait Artémis. En effet, tant dans sa posture que dans la conformation de son corps, cet Apollon est très féminin. Certes il a des attributs sexuels d’homme, il n’a pas de poitrine, mais sa taille marquée, ses bras ronds, son visage doux et régulier, ne sont pas virils. Il s’agit d’une copie réalisée au deuxième ou au premier siècle avant Jésus-Christ de l’Apollon Lycien de Praxitèle. Il pose le pied sur trois boucliers gaulois, en souvenir de la victoire grecque sur les Gaulois qui, en 278 avant Jésus-Christ avaient réussi à pénétrer, venant du nord, jusque au-delà des Thermopyles avec l’intention de piller le riche sanctuaire de Delphes, mais ont été contraints de se replier, et se sont alors embarqués pour aller ravager les colonies d’Asie Mineure.

 

748f4 Délos, Artémis chasseresse, 125-100 avant JC

 

Artémis, la voilà. Cette statue est du milieu de l’époque hellénistique, 125-100 avant Jésus-Christ. À ce moment-là les déesses Aphrodite et Isis sont les plus appréciées et les plus honorées, mais elles sont suivies de près par Artémis, bien avant son jumeau Apollon. On a trouvé d’elle à Délos 85 statues, statuettes, bas-reliefs. Les statues de culte sont revêtues d’une longue robe mais toutes les autres représentent la déesse, comme ici, vêtue d’étroites bottes de cuir souple, d’un chiton court dont le mouvement des plis exprime le mouvement. La notice du musée, ici assez détaillée et intéressante, insiste sur la froideur du regard d’Artémis qui va frapper sans pitié la biche tombée sur les genoux, et précise que cette statue était dans une maison hors de la ville, où la population très urbaine n’était pas accoutumée à la chasse et aurait vu là une représentation du sort humain soumis à la cruauté du destin imposé par les dieux.

 

748f5 Délos, Tête de kouros, dernier quart 6e siècle ava

 

Cette belle tête de kouros est du dernier quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. Je préfère montrer le travail sur sa coiffure, car malheureusement une moitié de son visage manque et une fente de plusieurs centimètres entaille son front.

 

748f6 Paros

 

Ces deux lions qui se font face, réalisés à Paros vers 500 avant Jésus-Christ, encadraient l’entrée du temple d’Artémis en tant que gardiens du sanctuaire. Paros, à ne pas confondre avec Poros dont je parlais tout à l’heure, est une Cyclade proche de Naxos, célèbre pour son marbre d’une blancheur éclatante et surtout très pur, utilisé par les plus grands sculpteurs. Entre autres, l’Hermès de Praxitèle, que nous avons vu à Olympie, est taillé dans le marbre de Paros. Il est si pur, son grain est si fin, qu’il reste translucide jusqu’à une épaisseur de 3,5 centimètres, contre 2,5 centimètres seulement pour le marbre italien de Carrare, pourtant réputé lui aussi.

 

748f7 Musée de Délos

 

À défaut de légende, je ne saurais dire qui est représenté ici, mais je trouve cette tête si belle que je souhaite quand même la publier.

 

748f8 Musée de Délos

 

Pas de légende non plus pour cette danseuse, mais en voyant son style je n’ai guère de chances de me tromper en la situant à l’époque hellénistique.

 

748g1 Musée de Délos

 

le vêtement guilloché représente une fourrure, et sur le ventre du personnage, attenante à la peau, on reconnaît une tête de lion. Un personnage revêtu d’une peau de lion, cela évoque Héraklès qui, après avoir étouffé le lion de Némée en l’écrasant contre sa poitrine, l’écorche en utilisant les propres griffes de l’animal, aucun outil n’étant capable d’entailler la peau invulnérable de l’animal, et se revêt de sa peau. Mais le visage de cet homme, qui n’est pas jeune, n’évoque pas le demi-dieu, ni d’ailleurs sa posture qui n’a rien de l’attitude conquérante du héros. Finalement, à défaut de toute explication et au vu du style de l’œuvre, je me demande s’il ne s’agirait pas d’une représentation paléochrétienne de saint Marc où le lion qui le symbolise ne l’accompagnerait pas mais le vêtirait…

 

748g2 Délos, relief funéraire, fin 2e siècle avant JC

 

Cette stèle funéraire date de la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ. La représentation y est très traditionnelle, un parent du mort est à ses côtés, ou son enfant est sur ses genoux, souvent il y a un serrement de main en signe d’adieu. Mais je trouve dans cette femme, dans son regard, quelque chose de touchant.

 

748g3 Musée de Délos

 

Quoique rien n’indique une date ou une provenance, je trouve intéressante cette cuisine mobile, genre de barbecue antique, où tout est prévu dans un espace réduit. En glissant la grille dans le four, juste au-dessus de la braise, on peut griller des viandes ou des poissons, la chaleur qui monte est captés et canalisée dans trois conduits à section circulaire sur lesquels on peut faire bouillir de l’eau et cuire des légumes, tandis qu’une espèce de sauteuse extrêmement plate, ou de crêpière, profite de la chaleur au-dessus de l’ouverture du four. Ingénieux et fonctionnel.

 

748g4 Musée de Délos

 

748g5 Musée de Délos

 

748g6 Musée de Délos

 

Venons-en aux quelques fresques qui ont été récupérées dans des maisons. En l’absence de toute légende, je ne saurais dire, évidemment, si elles proviennent de diverses pièces de la même maison ou de maisons différentes, mais j’en choisis ici trois dans des genres très différents qui toutes sont expressives, fines, décoratives.

 

748g7 Musée de Délos, mosaïque

 

Et je termine ma visite du musée par cette remarquable mosaïque représentant une panthère bondissante. Dans l’espace restreint de cette page de blog, je trouve plus intéressant de cadrer sur la tête de l’animal, d’autant plus que son corps est assez endommagé. Malgré les parties manquantes, on distingue au-dessus du dos de la panthère un être ailé qui brandit une longue baguette à côté du fauve. Je connais un texte qui oriente vers une explication. Parlant de l’Élide (région d’Olympie) et décrivant le coffre de Cypsélos dans le temple d’Héra à Olympie, Pausanias commente : "Je ne sais pas d’après quelle tradition on a représenté sur ce coffre Artémis avec des ailes aux épaules, tenant de la main droite une panthère et de la gauche un lion". Tiens tiens, une femme ailée, une panthère, certes nous sommes loin d’Olympie, certes elle ne tient pas l’animal, mais on pourrait voir ici Artémis. Et dans mon ignorance j’ai quand même envie de donner à Pausanias une explication pour ce coffre. On a la preuve que lorsque les Mycéniens sont arrivés à Délos, ils y ont trouvé un culte oriental d’une déesse "maîtresse des animaux" auprès de qui les fauves se montraient doux, qui était aussi "maîtresse des poissons", et cette déesse, après eux, quand sont arrivés les Ioniens, s’est confondue avec leur Artémis olympienne. Je suppose donc que ce coffre est une offrande faite à l'Artémis d’Olympie par des Grecs d’Asie, voire par des étrangers orientaux. Mais en observant mieux la mosaïque, on constate que la baguette en question, enrubannée, terminée par une pomme de pin, est un thyrse, accessoire traditionnel de Dionysos, que du pampre s’enroule autour du cou de la panthère (visible sur ma photo), qu’une œnochoé figure dans un coin. Pas de doute, cet être aux grandes ailes déployées n’est pas Artémis, c’est Dionysos. La panthère était l’un des animaux accompagnant Dionysos, et je sais qu’il y avait à Délos un sanctuaire de ce dieu. Mais cette mosaïque, posée à une place d’honneur sur le sol, protégée par des cordes qui interdisent à un visiteur peu scrupuleux de la fouler, ne bénéficie d’aucune information sur le lieu où on l’a trouvée ni sur sa signification.

 

748h Retardataires pour revenir de Délos à Mykonos

 

J’achève là notre visite du musée. Nous nous hâtons vers l’embarcadère pour attraper notre bateau, qui fait retentir sa sirène. Visiblement, d’autres que nous doivent être impérativement à Mykonos sans attendre le dernier bateau, parce que nous voyons plusieurs personnes piquer un sprint vers l’embarcadère. Ceux de ma photo sont les derniers mais ce monsieur ne semble pas trop soucieux d’abandonner derrière lui sa compagne moins sportive qui risque de manquer le bateau. Elle sautera néanmoins à bord juste au moment où un homme à terre détache la dernière amarre. Et nous aurons le temps de prendre tranquillement, à Mykonos, notre ferry vers Syros.

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Published by Thierry Jamard
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Claire TUAN 08/03/2012 11:00

Je découvre aujourd'hui votre blog et suis émerveillée par la qualité des images et des commentaires. Je suis moi-même helléniste, je parcours chaque année la Grèce pour alimenter mon site
d'épigraphie, mais j'ai appris beaucoup en lisant quelques pages (pas toutes encore !) de votre blog. Puis-je le recommander sur mon propre site ?

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