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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 23:57

485a Côte entre Latina et Terracina

 

 Et voilà. Nous avons, cette fois-ci, réussi à tenir notre résolution et à nous arracher de Rome. Avant-hier 17 nous avons effectué nos préparatifs, nous avons passé un moment dans notre Mac Donald’s habituel où nous avons fait nos adieux au personnel dont certains membres, sympa, étaient presque devenus des amis (de quatre à six visites par semaine pendant cinq mois et demi…), et hier 18 nous sommes partis. Oh, pas bien loin, jusqu’à Latina, à une centaine de kilomètres, mais c’était histoire de dire que nous en avions fini avec nos visites et nos balades dans Rome. Et aujourd’hui, nous avons filé vers la côte, que nous avons longée. Ce fut, jusqu’au vingtième siècle, une zone marécageuse malsaine, mais les aménagements d’assèchement en ont fait un lieu splendide. Même Léonard de Vinci, cet ingénieur génial et inventif, n’était pas parvenu à trouver une méthode d’assainissement. La volonté fasciste des années 30 y est parvenue.

 485b Côte entre Latina et Terracina

 

La côte s’étend sur des kilomètres, rectiligne, entre mer et étangs d’assèchement, entre mer et dunes de sable. C’est beau, c’est tranquille, nous avons flâné lentement, nous arrêtant de temps à autre pour regarder, prendre des photos ou même aller tâter l’eau.

 

485c Côte entre Latina et Terracina

 

Quand l’heure de nous restaurer est arrivée, nous nous sommes garés sur ce petit parking et avons déjeuné là, près de la mer. Il faisait bon, mais nous nous sommes attablés à l’intérieur du camping-car à cause du vent. Un restaurant avec vue imprenable. Nous avons été un peu surpris de voir des voitures entrer sur ce parking sous notre nez et en ressortir aussitôt, à vive allure, comme si, s’apercevant soudain de notre présence, le conducteur nous fuyait comme la peste. En fait, nous avons remarqué qu’il y avait là, pour protéger sans doute le promeneur qui descendait de voiture et voulait traverser sur ce passage piétons, un ralentisseur en travers de la route, ce que l’on appelle communément un "gendarme couché". Ces intrépides conducteurs italiens, pour éviter le ralentisseur et poursuivre leur sévère excès de vitesse, sans sourciller le contournaient hardiment par le parking.

 

485d1 église de Sabaudia

 

Après un tranquille déjeuner et un bon bol d’air dans une promenade digestive sur la plage, nous sommes remontés en voiture et avons atteint Sabaudia, un peu plus loin près de la côte. La ville elle-même est une création artificielle de l’époque mussolinienne, larges rues se coupant à angle droit, bâtiments modernes sans intérêt. Sur ordre du Duce, les architectes du Mouvement Italien pour l’Architecture Rationnelle ont asséché le marais et dessiné cette ville. Menée tambour battant, l’opération n’a duré que quelques mois : au bout de 253 jours très exactement depuis le tout début des travaux, le 15 avril 1934, le roi Victor-Emmanuel III et la reine Hélène de Monténégro inauguraient la ville-nouvelle lors d’une grande et magnifique cérémonie. Sabaudia, en latin, c’est le nom de la Savoie, donné en l’honneur du roi, issu de la Maison de Savoie. Nous voyons ici l’église de l’Annunziata qui ne brille pas par sa beauté ni son intérêt. Sur sa façade, au-dessus du portail du centre, une grande mosaïque représente, derrière l’Annonciation, en arrière-plan, une scène agricole. C’est que Mussolini a lancé en 1925 la Bataille du blé qui a entraîné la création de milliers d’exploitations agricoles et a permis de stopper les massives importations de céréales qui pesaient si lourd dans la balance commerciale italienne, tout en favorisant le retour au pays de grandes vagues d’expatriés. La création de Sabaudia étant devenue une nécessité pour la nouvelle population des alentours, il fallait célébrer cette victoire sur la façade de son église principale.

 

485d2 église de Sabaudia, Mussolini

 

Et que remarque-t-on dans ce coin agricole de la mosaïque ? Dans la benne d’un tracteur, une grosse gerbe de blé dans les bras, l’un des moissonneurs est à l’effigie du Duce, pour bien montrer le lien entre la cité, sa vie religieuse, la victoire agricole et Mussolini. Les adeptes du régime proclamaient que qui était contre la religion était contre ce régime. Un prêtre que nous avons interrogé à ce sujet et sur ce qu’il pensait de Mussolini nous a répondu de manière assez vague. Oui, bien sûr, Mussolini s’est mal comporté vis-à-vis de ceux qui n’étaient pas d’accord, oui il était sans doute trop autoritaire, mais il a aussi sauvé l’économie du pays, et puis les accords du Latran, c’est lui, car sans cela le pape, depuis 1870, n’avait plus de résidence officielle, etc. De toute façon, en interrogeant ce prêtre nous n'avons eu qu’une opinion, cet homme n’était pas censé représenter officiellement la pensée de l’Église catholique. Et je n’ai pas posé la question à Benoît XVI...

 

485e Sperlonga

 

Nous passons par Terracina. Après une difficile navigation à travers les ruelles de cette vieille cité perchée sur un éperon et une infructueuse recherche de parking ("No parking for you. Go away" – "Merci pour l’accueil. Arrivederci"), nous arrivons à Sperlonga, où l’empereur Tibère avait une résidence. Juste en face de l’entrée du site archéologique, une aire permet de se garer et de passer la nuit. Et comme la résidence impériale était maritime, un chemin sur le côté nous mène en cinquante mètres à la plage d’où l’on a vue sur la ville. Nous avons été trop citadins tous ces derniers mois, nous nous offrons ce soir une autre longue promenade sur la plage avant d’aller dormir en attendant les visites de demain.

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Published by Thierry Jamard
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