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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 00:18

569a Palerme, preparation char de Sainte Rosalie

 

 

569b Palerme, preparation char de Sainte Rosalie

 

569c Palermo, preparazione Santa Rosalia

 

Notre nouvel ami Angelo est venu nous chercher en voiture au camping-car pour nous emmener voir quelque chose de peu commun, la préparation du char pour la célébration de sainte Rosalie, patronne de Palerme. En fait, il y a deux célébrations. Le 14 juillet c’est tout à fait laïque et profane, pour ne pas dire presque païen. Des charrettes siciliennes traditionnelles, toutes peintes, tirées par des chevaux enrubannés, portant chacune une jeune fille représentant santa Rosalia, vont défiler depuis le palais des Normands jusqu’au port, empruntant le Corso Vittorio Emanuele de bout en bout, suivies du char que nous voyons ici en préparation et qui portera une statue de la sainte. Puis, le 15 juillet, c’est la cérémonie religieuse, le cardinal et le clergé de la cathédrale ainsi que bien d’autres ecclésiastiques et divers ordres vont porter en procession une autre statue sur un autre char à travers la ville, sur un podium il y aura une homélie du cardinal, puis retour pour une nouvelle cérémonie à la cathédrale.

 

Aujourd’hui dimanche, ces bénévoles ne travaillant pas peuvent venir œuvrer à la construction de ce char. Nous sommes dans les chantiers navals de Palerme, et c’est un privilège d’être admis à voir ces travaux et ce char avant le fête. Angelo a des relations, il connaît plein de monde, et il a obtenu que l’on veuille bien nous ouvrir les portes. C’est d’autant plus exceptionnel que l’on nous laisse tranquilles nous promener où nous voulons et faire toutes les photos dont on a envie.

 

569d Palerme, preparation char de Sainte Rosalie, maquette

 

Après avoir bien tourné autour du char et vu comment sont fixés les ornements, nous pénétrons dans un hangar où, sur une table, est posée cette maquette, qui est interprétée un peu librement. C’est plutôt pour donner une idée générale que pour être un modèle rigoureux.

 

569e Palerme, char de Sainte Rosalie, peinture Nino Cuticch

 

569f Palerme, char de Sainte Rosalie, peinture Nino Cuticch

 

Mais le plus intéressant dans ce hangar est le travail de ce peintre. Il réalise des panneaux pour le char. C’est un artiste complet, qui confectionne aussi des marionnettes pour le théâtre traditionnel palermitain qu’il anime. Son nom, Nino Cuticchio. Du coup, Natacha et moi sommes pris de l’envie de voir un de ses spectacles. Angelo va lui parler, et il fait précisément ce soir une représentation. Eh bien nous irons.

 

569g Palerme, preparation char de Sainte Rosalie, accessoir

 

Ailleurs, nous voyons cette caisse remplie de petits cristaux multicolores destinés à rehausser le vêtement de Rosalia. Angelo croit que c’est Swarovski qui les a fournis.

 

569h1 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

569h2 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

Il paraît que cette année il n’y a pas de sous pour le char et qu’il faut donc faire à l’économie. On peut voir, derrière le char de cette année, une carcasse de bateau. Il ne s’agit pas d’un vieux rafiot hors d’usage, mais de la structure d’un char d’une année passée. Près de l’entrée des entrepôts de ces chantiers navals, qui sont chaque année le théâtre de la construction du char, il y a aussi un buste de santa Rosalia qui a servi une autre année.

 

569h3 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

569h4 Palerme, char de Sainte Rosalie, années antérieures

 

Puisque cela nous intéresse, Angelo nous emmène voir dans d’autres salles les dépouilles des chars précédents. Des anges, des saints, l’effigie de la Mort, tout cela gît au sol, cul par-dessus tête, brisé. Ce n’est plus récupérable, mais ce n’est pas jeté. C’est entassé là au hasard. Cela fait une curieuse impression. Mais on voit, en effet, que les années précédentes des sommes importantes ont été dépensées.

 

569i Palerme, la Fiat 500 d'Angelo Di Garbo

 

16h45 ou 17h, tout le monde s’en va. Nino Cuticchio doit aller préparer sa représentation, et puis c’est dimanche et chacun a également ses occupations familiales ou personnelles. La Fiat 500 d’Angelo nous attend sagement pour nous emmener voir autre chose dans un autre coin.

 

570a1 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

570a2 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

Cet autre coin, c’est l’église Santa Maria della Catena, une église Renaissance de 1490. Vue du port, d’un peu loin, elle fait beaucoup d’effet, plus sans doute que de plus près, lorsque l’on approche de son lourd portique et qu’on la voit du bas des marches.

 

570b1 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

570b2 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

Sous le porche, chacun des portails est surmonté d’un bas-relief. Ici, une Nativité. J’en aime bien la composition simple et la représentation sobre.

 

570c1 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

570c2 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

De l’intérieur je ne montrerai que peu de chose, parce que la photo y est interdite, que des personnes sont préposées pour répondre aux questions des visiteurs et ne sont donc jamais bien loin, parce que, enfin, nous étions entrés depuis quelques minutes quand un prêtre est venu arranger je ne sais quoi, ne cessant d’aller et venir… En Sicile, le code de la route n’est pas fait pour être respecté, presque partout la photo est autorisée, mais dans les rares cas où elle est interdite ce n’est pas pour plaisanter. Prendre un sens interdit en ville à 80 kilomètres à l’heure, en téléphonant et sans avoir bouclé sa ceinture, c’est une broutille, comparé à la prise d’une photo à Santa Maria della Catena.

 

570c3 Palerme, église Santa Maria della Catena

 

Je ne peux quand même pas manquer d’admirer la construction de cette voûte, encore constituée de croisées d’ogives gothiques en pierre dorée qui, dans la pénombre, tranche vivement sur le blanc du plafond. C’est du plus bel effet. L’une des jeunes filles qui sont là est fort aimable. Elle connaît bien tout ce qui touche à cette église, je suppose qu’elle doit être étudiante en arts ou fraîchement diplômée. Elle nous laisserait bien prendre une ou deux photos, elle, mais le règlement est le règlement et elle est chargée de le faire respecter…

 

570d1 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

570d2 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

Nous nous rendons donc au théâtre de marionnettes. Ils sont trois frères qui, dès leur plus petite enfance, ont baigné dans l’atmosphère de ces théâtres de marionnettes à fil, typiques de Palerme, parce que leur père avait son théâtre. Il réalisait lui-même les marionnettes, les manipulait et faisait les voix. Les fils ont suivi ce chemin. Celui qui est resté à Palerme, c’est Nino, que nous avons vu peindre le char de santa Rosalia. Lui aussi est un adroit artisan qui rénove les anciennes marionnettes de feu son père et qui en construit d’autres.

 

570e Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

570f Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

570g Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

Nous avons assisté au spectacle. Ce sont toujours des thèmes héroïques, par exemple en relation avec la geste de Charlemagne et de Roland. La tradition veut aussi qu’il y ait beaucoup de combats. Il paraît que les dialogues ne sont pas écrits, pas rédigés, et que c’est toujours une improvisation sur une trame établie, bien sûr. Spectacle remarquable.

 

570h1 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

À la fin de la représentation, Nino Cuticchio (à gauche, mais on le reconnaît puisqu’on l’a vu en début d’après-midi) et son assistant saluent le public en apparaissant sur la scène. Cela nous donne une idée de la taille de leurs marionnettes. Elles sont assez grandes, elles sont lourdes, et ce travail d’acteur pour la voix, d’auteur pour l’improvisation des textes, d’habile manipulateur pour faire réaliser des gestes naturels à ces poupées, se double d’un travail physique éprouvant. Tous deux sont en sueur.

 

570h2 Palerme, Opera dei Pupi, Nino Cuticchio

 

À la demande d’Angelo, nous serons aimablement autorisés à aller voir comment sont organisées les coulisses. Conversant –en anglais– avec l’assistant, Natacha aidera même à ranger les "pupi", qui sont nombreux et qui doivent être bien ordonnés afin qu’on les trouve instantanément au moment où ils doivent entrer en scène. Des acteurs en chair et en os savent quand ils doivent entamer leur rôle, ils se tiennent prêts et entrent d’eux-mêmes. Mais une marionnette perdue attend en silence qu’on la découvre…

 

570i Palerme, Antica Focacceria San Francesco

 

Voilà une journée bien remplie avec des visites peu communes. Nous déambulons encore un peu tous les trois avant de demander à Angelo de nous indiquer un endroit agréable, pas cher et typique pour manger un petit quelque chose avant de rentrer. Nous allons à cette Antica Focacceria San Francesco qui annonce exister depuis 1832. C’est une tavola calda, c’est-à-dire une cafétéria où l’on vous sert non pas sur un plateau passé devant une rampe, mais selon le système italien : On fait son choix, on va payer à la caisse, on revient avec son ticket acquitté pour se faire servir et puis on part avec son assiette.

 

570j Palerme, Antica Focacceria San Francesco

 

On peut s’installer en bas, il y a quelques tables, mais à l’étage il y a une salle calme d’où l'on a une vue intéressante sur les lignes de service, sur la droite et au premier plan, ainsi que sur la caisse entre les deux portes. Encore une fois, c’est une adresse à noter et à retenir. Sympathique, simple mais bon, et incroyablement économique. Mais, parce que je repérais une voiture de police garée juste devant et des policiers sur le trottoir, Angelo nous a raconté que le patron avait refusé de payer sa dîme à la mafia et que depuis il était dans le collimateur. Aussi des mesures de sécurité particulières sont-elles prises.

 

570k Palerme, Angelo Di Garbo dîne avec nous

 

Après avoir bien discuté, bien ri, appris bien des choses, nous rentrons au camping-car. Une fois de plus, Angelo nous embarque dans sa voiture et nous ramène à nos Pénates ambulants. Il y a trois jours, nous ne nous connaissions pas, et il est si chaleureux et si amical que j’ai vraiment l’impression d’abuser de sa gentillesse. Mais il insiste, pas moyen de refuser… Grazie, amico !

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Published by Thierry Jamard
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