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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 18:16
Dernière escale de notre petit périple dans les îles du golfe d’Argolide et du golfe Saronique, nous voici à Égine. En grec, Aigina, ce que le latin transcrit Ægina, forme choisie par l’anglais aujourd'hui. Cette île de 85 kilomètres carrés est au centre du golfe Saronique, à peu près à équidistance de l’Attique et de l’Argolide. C’est une île sans rivières, et la totalité de ses ressources en eau se trouve dans des puits. On ne s’étonnera pas que l’on trouve ici, comme presque partout en Grèce, des oliviers, des figuiers, de la vigne, mais ce qui est très particulier, ce sont les pistachiers, dont le produit bénéficie d’une appellation contrôlée.
 
Nous sommes arrivés à Égine vendredi à 15h10 et l’avons quittée dimanche à 17h45, ce qui nous a donné plus de deux jours sur place. La ville, deux monastères, deux sites antiques, deux musées, cela fait beaucoup de choses. Je scinderai donc mon compte-rendu en deux articles, dans le prochain je parlerai des antiquités d’Égine, et aujourd’hui mon article sera consacré à ce qui a suivi, essentiellement après le Moyen-Âge.
 
Parce que je n’évoquerai qu’en un mot Paul d’Égine, qui a écrit au septième siècle un remarquable traité de médecine et de chirurgie. Et je survolerai d’un coup d’aile le Moyen-Âge, disant que de 1204 à 1451 l’île a été le fief personnel de familles vénitiennes et catalanes, avant de passer sous la coupe de la Sérénissime. En 1537, le tristement célèbre Barberousse l’a prise pour le compte du sultan, l'a saccagée, en a anéanti la population, vendant les hommes comme esclaves, les femmes pour des harems, tuant ceux qui n’étaient pas monnayables, à la suite de quoi l’île a été repeuplée par des Albanais. En 1654 Venise parvient à la récupérer mais devra la rendre aux Ottomans en 1718. Quand, partiellement libérée, la Grèce s’est dotée d’un premier gouvernement, en 1826, c’est à Égine qu’il a siégé et qu’ont été frappées les premières pièces de monnaie grecques de l’époque moderne, jusqu’à la fin de la Guerre d’Indépendance, en 1828.
 
801a1 Egine, dans le golfe Saronique, voit tous les bateaux
 
801a2 Le Flying Dolphin
 
Du fait de sa position, Égine voit passer tous les navires quittant le Pirée. C’est un ballet incessant de navires de toutes tailles, les ferries comme celui qui nous a amenés, des bateaux rapides comme ce Flying Dolphin 19 qui, avec la vitesse, monte sur skis et surfe sur la mer (c’est lui qui nous a transportés d’Hydra à Poros), ou divers types de tankers parmi lesquels des pétroliers géants, mais aussi, comme sur ma première photo, des modèles plus réduits. Je crois bien que celui-ci va fournir en eau les îles qui en sont dépourvues ou trop peu pourvues, comme Poros.
 
801a3 Khoros Kryptou limena dans l'île d'Egine
 
Si nous quittons le port vers le nord, c’est-à-dire à droite, nous allons d’abord trouver à quelques centaines de mètres un site antique, Kolona, et au-delà une baie. C’était un crypto-port, un port caché, dès la plus haute Antiquité. Une chaîne en barrait l’entrée. Sur ma photo, on distingue une ligne plus sombre, dans la mer, parallèle à la côte au fond. C’est l’ancien môle du port caché d’époque classique, actuellement sous le niveau de la mer.
 
801a4 Agia Marina dans l'île d'Egine
 
Du fait de sa proximité d’Athènes, l’île attire un grand nombre d’Athéniens qui y ont une résidence secondaire, ainsi que des touristes étrangers. Sur la côte ouest, à l’opposé du port et non loin d’un grand site archéologique, le temple d’Aphaia, se trouve la plage la plus réputée de l’île. Certes il faudrait la voir en saison, mais je ne la trouve pas enthousiasmante. Heureusement, ce n’est pas pour le farniente que nous sommes venus, et le reste vaut bien la visite.
 
801a5 Paysage d'Aegina
 
Le reste, c’est-à-dire par exemple ce genre de paysage. Le centre de l’île est peu peuplé, et la nature y est donc intacte. En ce début de printemps, des fleurs viennent jeter des taches de couleurs vives sur d’austères vallonnements au-dessus de la mer.
 
801a6 Petit monument dédié à Agios Nektarios (île d'Egi
 
Traversant le Magne, le 16 mai dernier, j’avais vu dans une église d’Aréopoli une icône représentant saint Nektarios, un nom qui revient souvent dans les églises mais aussi sur les bateaux, l’un des plus prisés avec saint Nicolas, et cela m’avait servi de prétexte à raconter sa biographie. Je rappelle brièvement que ce prêtre né en 1846, devenu métropolite (évêque) en Égypte, est revenu en Grèce comme simple moine prêcheur et a fondé à Égine le monastère de la Sainte Trinité, un couvent de femmes dont il est le confesseur. Après sa mort en 1920 il a multiplié les miracles et son corps ne s’est pas corrompu, ce qui l’a fait canoniser par les orthodoxes en 1961. On comprend que, puisque c’est Égine qu’il a choisie pour y créer ce couvent, puisqu’il y a vécu, qu’il y est enterré, l’île lui voue un culte tout particulier. Plus que dans n’importe quel port, on y voit des bateaux Agios Nektarios I, II, III…, et sur les routes de petits monuments à sa gloire –ou à sa mémoire–, comme celui-ci, ne sont pas rares. Je vais parler tout à l’heure de la visite du monastère, mais revenons d’abord en ville.
 
801b1 La Tour de Markellos à Egine
 
801b2 La Tour de Markellos à Aegina
 
801b3 La Tour de Markellos à Aigina
 
Quand, dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, Égine est revenue dans le giron de Venise, un gouverneur avait renforcé les défenses de l’île dans l’espoir qu’elle ne serait pas reprise par les Turcs (ce qui arrivera pourtant bientôt). Ce gouverneur était de cette famille Morosini qui a donné à la Sérénissime plusieurs de ses doges, et aussi un chef de la résistance de Candie (Chania) en Crète contre les Ottomans. En 1802, Spyros Markelos, membre du Parlement, construit cette tour, dite Tour de Markelos, pour renforcer les défenses construites par Morosini. Lors de la révolution de 1821, Markelos prendra résolument le parti des insurgés grecs. On a vu que le gouvernement grec libre s’était tout d’abord implanté à Égine, aussi en 1826-1827 cette tour a-t-elle abrité les bureaux du gouvernement. Puis, de 1828 à 1830, quand Capodistrias a assumé ses fonctions de gouverneur de la Grèce libérée, ce sont plusieurs cabinets ministériels et le chef de la police qui ont établi ici leurs bureaux. Bien des hommes d’État et des chefs militaires y ont résidé, nous dit-on. Aujourd’hui, c’est le siège d’associations culturelles.
 
801c1 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
801c2 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
Un autre bâtiment qui mérite d’être signalé est cette maison aristocratique située juste derrière la Tour de Markelos. C’est devenu aujourd’hui un hôtel, l’Aeginitiko Archontiko. Quand, sur booking.com, nous y avons retenu notre chambre pour deux nuits, nous l’avions choisi pour son prix très attractif incluant le petit déjeuner, sans nous douter que pour un tel tarif nous pourrions avoir une chambre dans un bâtiment de cette qualité. Allons-y de notre pub gratuite, car cela vaut la peine. D’abord un accueil chaleureux, gentil, de Rena. Puis des chambres qui rebuteront celui qui recherche un hôtel aseptisé aux murs blancs et aux meubles fonctionnels, mais enchanteront ceux qui accepteront de prendre leur douche (bien chaude) dans un bac minuscule pour être hébergés dans une authentique maison aristocratique typique de l’île d’Égine. Sans compter le délicieux petit déjeuner pris dans la véranda de la photo ci-dessus. Pas de saucisses, de bacon, d’omelette, de muesli, mais des gâteaux salés ou sucrés cuisinés par Rena, des confitures de Rena, tout naturel, typiquement local, savoureux.
 
801c3 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
801c4 L'hôtel Aeginitiko Archontiko dans l'île d'Egine
 
Et l’on vous fera visiter des pièces qui ne sont pas destinées à l’usage quotidien, comme ce salon avec sa fresque au plafond représentant, je suppose, Phébus menant le char du Soleil. Parce que, jusqu’à une époque récente, il n’y avait dans l’île aucun hôtel, les visiteurs de marque étaient reçus par cette famille de notables, et c’est ainsi que Nektarios, qui n’était pas encore saint, a été hébergé ici, comme l’avait été plusieurs décennies auparavant Capodistrias, ou comme le sera un peu plus tard Nikos Kazantzakis, ce philosophe et romancier auteur de Zorba.
 
801c5 Nikos Kazantzakis, l'auteur de Zorba
 
Au reste, ce Kazantzakis, né en Crète, s’est tellement plu à Égine lors de son passage dans cette maison qu’il s’est acheté une résidence dans l’île, et son séjour de quelques années ici lui a valu l’honneur de ce buste, à vrai dire bien peu en valeur dans un tout petit espace public mal entretenu que j’hésite à appeler square, du côté du site antique de Kolona.
 
801d1 Le monastère d'Agios Nektarios, à Egine
 
Puisque nous sommes sans notre camping-car, nous louons une petite voiture pour une journée pour nous déplacer dans l’île. Elle n’est pas bien chère, cette petite Fiat 600, mais elle est bien rustique et dans un état assez pitoyable. Le toit de toile ne cesse de me tomber sur la tête, et pour le Gaulois que je suis (pas très blond je le concède, mais je viens de Gaule, n’est-ce pas ?) il est toujours à craindre que le ciel, etc., etc. Bon. Avec notre guimbarde, nous arrivons au monastère d’Agios Nektarios.
 
801d2 Dans le monastère d'Agios Nektarios, à Egine
 
801d3 Dans le monastère d'Agios Nektarios, à Egine
 
Bien évidemment, il est représenté sur les murs du monastère, mais nous pouvons aussi entrer dans le mausolée, l’espèce de toute petite chapelle, où se trouve son tombeau de marbre blanc. Dans l’église du monastère, il n’est pas question de prendre des photos et un cerbère en gros jupons, d’âge rassis et à la tête de dogue, mordrait sans pitié si l’on ne se soumettait pas à la règle.
 
801d4 Nouvelle église du monastère d'Agios Nektarios (Egi
 
Les bâtiments conventuels sont très étendus, ce qui laisse supposer un grand nombre de religieuses. Et d’ailleurs, un tronc collecte des fonds pour la construction (ou, actuellement, pour l’achèvement) d’une grande église mieux adaptée. C’est celle que l’on voit sur ma photo. Mais je pense que, même si les religieuses sont très nombreuses, il s’agit aussi de pouvoir y accueillir la foule des fidèles.
 
801e1 Paysage d'Egine
 
Reprenons la route. Tout près du monastère on voit ces formes rocheuses curieuses dans la montagne, produites, je suppose, par l’érosion de ruissellement.
 
801e2 Paléochora à Egine
 
801e3 Paléochora à Egine
 
801e4 Paléochora à Egine
 
Et dans ce paysage étrange, autour de ce mont, s’est développé Paleochora, "l’Ancien Site". Pour s’éloigner de la côte et des dangers d’incursions de pirates sarrasins, l’ancienne capitale de l’île s’est développée ici dès le neuvième siècle. On a vu qu’en 1537, lorsque Barberousse a investi l’île, il a mis à sac cette capitale, en a abattu tout ce qu’il pouvait, et à emmené 6000 hommes, femmes, enfants en esclavage. Cela n’a pas empêché la capitale de se maintenir en ce lieu jusqu’en 1826 avec la première indépendance grecque. La ville a compté plus de 300 églises et chapelles. Il n’en reste que 24, dont quelques unes ont été restaurées.
 
801f1 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f2 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
Puis nous arrivons à l’autre grand monastère de l’île, celui de la Panagia Chrysoleontissa. La Panagia, la "Toute Sainte", on le sait, c’est le nom donné par les Orthodoxes grecs à la Vierge. Chryso- veut dire doré, ou en or. Et le monastère était précédemment installé sur la côte au lieudit Agios Leontios. Détruit par un raid de pirates, il s’est reconstruit dans les terres, en 1403, alors que les Vénitiens régnaient sur l’île, et un autre a été rebâti au même endroit entre 1600 et 1614, sept ou huit décennies après la prise en main par les Turcs.
 
801f3 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f4 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
Ci-dessus, la cour du monastère, et une tour qui est le seul vestige des bâtiments de 1403. Ce couvent de femmes n’héberge plus que 9 religieuses, mais accepte les visiteurs qui parfois –rarement– souhaitent y séjourner 24 heures.
 
801f5 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f6 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
801f7 Monastère de la Panagia Chrysoleontissa à Egine
 
Je montre ici quelques images prises en extérieur, saint Denis d’Égine, la Dormition de la Vierge et une Panagia, mais la photo est interdite à l’intérieur de l’église, décorée de superbes fresques, dotée d’une iconostase en bois finement, magnifiquement sculpté, et renfermant une icône de la Vierge considérée comme miraculeuse. Je me contenterai donc de commenter l’attitude de la dame, une laïque, préposée à la garde des lieux. Elle n’a pu nous autoriser à déclencher, parce que les ordres de l’higoumène (la Mère Supérieure) sont formels, mais sans que nous le lui demandions elle a tenu à nous montrer bien des choses intéressantes, à attirer notre attention sur tel ou tel détail, puis elle nous a servi a boire et nous a offert des loukoums. Et quand nous sommes partis, elle a pris un verre en plastique et l’a rempli de loukoums à notre intention. Pour la route. Un accueil qui vient du cœur et que je ne peux passer sous silence.
 
801g1 Propriétaire de la maison où est le musée municipa
 
801g2 Ancien habitrant d'Egine
 
Revenons en ville. On ne parle guère, dans les documentations que nous avions consultées, d’un musée que j’appelle d’Arts et traditions populaires. En fait, c’est la maison de cette dame sur la photo ci-dessus, une maison de famille où vivait déjà son grand-père sur l’autre photo. Au début des années 1980, un fort tremblement de terre l’a gravement endommagée, et l’on ne s’est plus occupé d’elle, si bien que sans scrupules quelques personnes se sont servies, emportant meubles et bibelots. Après bien des années, la Municipalité a pensé qu’il serait intéressant d’acquérir la maison et d’en faire un musée de la vie à Égine au dix-neuvième et au vingtième siècles. Ce qui était encore là a été maintenu en place, ce qui n’y était plus a laissé la place aux donations des habitants qui se défont bénévolement des objets d’époque qu’ils trouvent dans leurs greniers ou après la mort de leurs parents.
 
801h1 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
Les murs étaient, paraît-il, tous recouverts de fresques en lieu et place de papier peint, mais là, ce ne sont pas les voleurs qui sont responsables de leur quasi disparition, ce sont les intempéries et le temps dans une maison trop longtemps laissée à l’abandon après un séisme.
 
801h2 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
801h3 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
Il est intéressant de voir comment était meublée et décorée une maison d’Égine habitée par une famille aisée appartenant à une classe sociale élevée. Les gens, bien sûr, s’adaptaient au modernisme, ce qui fait qu’au-dessus d’un mobilier qui doit dater du dix-neuvième siècle est suspendu un lustre électrique plus récent. Cela n’a rien de choquant, c’est le décor naturel de la vie. Tous, sauf si nous décidons de faire table rase du passé et de nous équiper à cent pour cent de mobilier et d’accessoires contemporains, nous héritons des meubles de famille et nous complétons ou remplaçons ceci ou cela au gré de nos besoins, ce qui fait des décors composites.
 
801h4 Egine, musée des arts et traditions populaires
 
Ces accessoires de faïence, aiguière et cuvette, j’en ai vu dans ma jeunesse chez de vieilles personnes. Ils reposaient sur une table de toilette. Forme, couleur, décor différaient, ceux-ci sont caractéristiques d’Égine. Ou de Grèce, je ne sais pas. Peut-être viennent-ils d’Athènes. Une petite remarque, ils seraient mieux à leur place dans la chambre à coucher et sur une table de toilette à dessus de marbre qu’ici, dans la salle à manger (on les aperçoit sur la droite de la photo de la pièce meublée d’une table ronde), posés sur un napperon, sur le buffet, et voisinant avec une théière et un sucrier…
 
801i1 Chemise de nuit d'homme (musée d'Egine)
 
Il y a aussi, suspendus ici ou là, ou présentés sur des mannequins, des vêtements du temps passé. Le vêtement ci-dessus est très amusant, c’est une chemise de nuit d’homme pour son mariage. Chacun sait que par le passé les hommes dormaient en chemise, mais cette dentelle au col et aux manches, ce jabot, cette chemise longue comme celle d’une femme, ce n’est pas courant.
 
801i2 Miss Grèce 1831
 
Cette photo représente miss Grèce 1931, Despoinis Chrysiïs Rodi, qui était une jeune fille d’Égine. Même si, sur la photo, on ne lui voit aucun vêtement, cela aussi est caractéristique d’une époque et d’un lieu, la coiffure, et les canons esthétiques qui ont présidé à son élection. Dire que cette jeune beauté, si elle avait une vingtaine d’années à l’époque, en aurait (en a?) cent aujourd’hui…
 
801i3 Contrat de plongeur pêcheur d'éponges
 
801i4 Plongeur pêcheur d'éponges
 
Ce que nous avons vu, c’était au premier étage. Au rez-de-chaussée, le musée présente des lieux appartenant à un autre milieu social. L’une des ressources qui ont longtemps fait la fortune d’Égine a. été la pêche aux éponges de mer. Ci-dessus, nous voyons le contrat proposé au pêcheur scaphandrier de la seconde photo à gauche, tandis qu’à droite c’est le bateau avec son équipage de plongeurs.
 
801i5a Lettre de Capodistrias en français
 
801i5b Lettre de Capodistrias en français
 
Après cette petite incursion en bas, je reviens en haut pour des choses qui ne font pas directement partie du mobilier. Ci-dessus, c’est une lettre rédigée en français, adressée par Capodistrias, le premier gouverneur de la Grèce libérée de l’Empire Ottoman, au banquier suisse genevois le Chevalier Jean-Gabriel Eynard, un philhellène auquel il est lié d’une amitié très forte et qu’il a connu lors de son exil en Suisse. Il n’est évidemment pas question de pouvoir lire sur cette première photo ce qu’écrit Capodistrias, c’est pourquoi je vais en retranscrire le texte ci-dessous, après avoir fait cependant une remarque. Le corps de la lettre est rédigé d’une plume légère et d’une écriture très lisible, sans aucune faute d’orthographe ou de français, tandis que la petite note en bas à gauche, et les deux lignes à droite au-dessus de la signature sont d’une plume plus lourde et appuyée, très peu lisibles (je suis d’ailleurs contraint de mettre des points de suspension là où il y a des mots que je ne peux déchiffrer, et je lis "plutôt" là où l’on attendrait "plus tôt". Je pense donc que la lettre a été dictée à un(e) secrétaire et que son auteur a seulement rajouté quelques mots avant de signer. Voici ce texte :
 
Ancône le 14/26 décembre 1827
Je reçois, mon cher Eynard, par la poste d’aujourd’hui votre lettre du 16, et je m’empresse de vous répondre en vous annonçant enfin que la frégate anglaise attendue depuis cinq longues semaines a jeté l’ancre à une heure dans ce port. Je n’ai pas encore reçu les lettres dont le capitaine est porteur. Mais le Consul me dit qu’elle vient de Corfou et qu’elle est à ma disposition. J’espère conséquemment être au terme de ma quarantaine. Si avant le départ de la poste j’ai à ajouter d’un seul mot quelque chose de plus positif sur le moment de mettre à la voile, je ne manquerai pas de le faire.
Je vous remercie des renseignements que vous me donnez quant au bienfait des pommes de terre. Je serai heureux de débuter par une fête dans laquelle je présiderai en personne aux travaux et à l’ensemencement de cette précieuse production. Soyez donc bien assuré que la cargaison dont vous me parlez sera bien reçue et qu’on ne la mangera pas en herbe. Veuillez faire agréer tous mes remerciements à Monsieur Pictet et à Monsieur Fary, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont contribué à cette œuvre de bien.
Si j’ai le temps, je vous écrirai encore par la poste de vendredi.
Mille hommages à vos Dames.
Tout à vous,
Capodistrias
Je viens chez… Et il ne me reste que… mon départ avec le Capitaine. Ce qui aura lieu le plutôt que faire se pourra… dès que le vent sera favorable.
 
à Monsieur le Chevalier Eynard-Lullin, à Genève
 
C’est dans les années 1770 que Parmentier a réussi à faire adopter la pomme de terre en France, alors qu’en 1748 le Parlement en avait fait interdire la culture, la croyant dangereuse. Ayant enfin obtenu l’autorisation d’en planter dans un champ à titre d’expérience, il a l’idée de faire étroitement garder le champ par des soldats dans la journée, mais la nuit de renvoyer les gardes chez eux. Pensant que ces tubercules si bien gardés le jour doivent avoir une grande valeur, les gens en volent la nuit, s’en régalent, et Parmentier gagne ainsi son pari. Cela n’est donc pas bien vieux quand Capodistrias accède au pouvoir. La Grèce ignore tout de la pomme de terre, et Capodistrias réussira à l’introduire dans son pays qui, après l’indépendance, était ravagé et incapable de fournir la nourriture de sa population. On voit aussi dans cette lettre qu’il est soumis à une quarantaine sanitaire à Ancône, en Italie, et par la suite c’est lui qui parviendra à enrayer les épidémies de typhoïde et de choléra en Grèce en y instaurant le système de la quarantaine, sur le modèle de celle que lui-même a subie, à laquelle est obligatoirement soumise toute personne, quel que soit son rang, qui vient d’une région infestée.
 
801j1 Gravure représentant le temple d'Aphaia à Egine
 
Je terminerai cette visite du musée en montrant deux des nombreuses gravures qui s’y trouvent. Toutes deux ont trait aux visites de sites archéologiques dont je parlerai dans mon prochain article. Cette première gravure représente le splendide temple d’Aphaia (prononcer A-FÉ-A) qui est proche de la grande plage d’Agia Marina dont je parlais au début de cet article.
 
801j2 Gravure représentant le temple d'Apollon à Kolona,
 
L’autre gravure, le temple d’Apollon à Kolona, présente un intérêt particulier. On y voit deux colonnes. Mais à la fin du dix-neuvième siècle une violente tempête a jeté à bas l’architrave et une colonne. Mes photos montreront le résultat.
 
801k1 Dina et Natacha au musée municipal d'Egine
 
Encore un mot en marge de notre visite du musée. Le week-end, la garde du musée, vente des billets, surveillance des visiteurs, est confiée à Dina, que l’on voit ici à gauche, en compagnie de Natacha. Cette jeune femme, qui a enseigné le français, ce qui pour moi simplifie grandement la conversation, n’est pas chargée officiellement d’être guide, mais avec une gentillesse, une patience, une compétence remarquables elle explique tout, est entièrement disponible, dans la mesure bien sûr où ne se présentent pas d’autres visiteurs. C’est pourquoi je veux dire ici un grand merci à cette personne aussi sympathique qu’efficace.
 
801k2 pistaches d'appellation contrôlée 'pistache d'Egine
 
Il est temps de terminer mon article. Brièvement, je voudrais montrer quelques images très particulières saisies sur l’île. D’abord, puisque l’on y produit d’excellentes pistaches d’un goût très doux et très fin d’appellation contrôlée, on devine qu’en divers endroits on en vend aux touristes. Elles sont toutes fraîches, grillées sur place dans cette machine que l’on voit sur ma photo. On peut en acheter des salées pour l’apéritif ou des non salées pour cuisiner (dans des salades, ou en pâtisserie).
 
801k3 Résistance grecque contre les produits chinois
 
Dans cette vitrine, on vous rassure sur l’origine grecque des produits. L’étiquette dit "Fabriqué en Chine…? Compagnies offshore…? NON MERCI!! Protégez l’économie européenne!!!"
 
801k4 Une Iphigénie très délurée
 
Quant à cette affiche, elle modifie en profondeur ma vision d’un personnage de l’Antiquité. ESÔROUKHA signifie sous-vêtements. Et le nom est IPHIGÉNIE. Chez Homère, chez les tragiques, partout, Iphigénie est présentée comme une jeune fille chaste et pudique quand son père Agamemnon la sacrifie pour obtenir des vents favorables au départ de la flotte grecque vers Troie. Pour qu’elle vienne, pour que Clytemnestre, sa mère, l’amène de Mycènes à Aulis, il convient qu’elles ne se doutent pas que c’est pour l’égorger sur l’autel. Aussi a-t-il imaginé de dire que c’est pour la marier à Achille qu’il lui demande de venir. Alors c’est peut-être pour séduire le vaillant Achille lors de leur nuit de noces qu’Iphigénie adopte ces sous-vêtements noirs.
 
801k5 Vagues dans le port d'Egine
 
Pendant toute la durée de notre petit tour dans les îles, nous avons joui d’un temps splendide, soleil, douce chaleur, pas un souffle de vent. Et voilà qu’au moment où nous nous dirigeons vers le port le temps se couvre, le vent se lève, la mer s’agite. Nous allons prendre un ferry vers Athènes. Les voitures qui doivent s’y embarquer restent au milieu du quai car, comme on le voit, les vagues bondissent sur le quai et l’inondent. 17h45-18h50, la traversée ne dure qu’une heure. Pas le temps de souffrir du mal de mer, et nous rentrons au Pirée, puis à Athènes, sans encombre. Et sans pluie.

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Published by Thierry Jamard
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