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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 21:48

640a1 Matera, crypte du Péché Originel

 

640a2 Matera, église rupestre du Péché Originel 

Nous sommes installés dans un agrotourisme extrêmement agréable, où l’on nous sert pour un prix plus que raisonnable des repas copieux et savoureux, et où l’on s’efforce de faire en sorte que nous nous sentions bien. Par exemple, parce que le domaine est à plusieurs kilomètres de la ville et qu’il est difficile de s’y rendre en camping-car, on nous emmène en ville en voiture et il nous suffit d’appeler au téléphone pour que l’on revienne nous chercher. Le service est personnalisé, en voiture particulière, je ne peux appeler cela du nom conventionnel de navette gratuite.

 

Aujourd’hui, pour nous éviter d’avoir à le faire nous-mêmes, les personnels ont téléphoné pour prendre en notre nom rendez-vous avec un guide qui va nous prendre à domicile, nous faire découvrir à une quinzaine de kilomètres une merveilleuse petite église rupestre perdue dans une vallée encaissée sans économiser son temps, puis nous ramener, le tout pour la somme dérisoire de huit Euros par personne.

 

640a3 Matera, Cripta del Peccato Originale 

La vallée est belle et sauvage, et jusqu’en 1963 la grotte servait de bergerie occupée par des bergers avec leurs brebis, quand quatre membres d’une association, Il Circolo La Scaletta di Matera, l’ont découverte, puis une fondation, la Fondazione Zetema, l’a restaurée. Et dans ce cadre splendide, on a construit ce hideux viaduc ferroviaire que, de plus, on n’achèvera pas et qui ne servira jamais mais que l’on n’envisage pas non plus de démolir. Désolant.

 

640b1 Matera, crypte du Péché Originel

 

640b2 Matera, crypte du Péché Originel 

Encore heureux qu’à l’intérieur on ne le voie pas. Car là, c’est un éblouissement. Les murs sont couverts de fresques du neuvième siècle. Des Bénédictins installés en face, de l’autre côté de la vallée, avaient ici leur oratoire et c’est l’un d’eux, un anonyme que l’on appelle conventionnellement le Peintre des fleurs de Matera à cause du décor floral qui accompagne les scènes bibliques, qui a peint tout cela dans le style bénédictin de Bénévent, mais réinterprété sous les influences lombardes. La photo ci-dessus permet de comprendre à la fois le surnom donné à l’artiste auteur de ce parterre fleuri et le nom de cette crypte, la Crypte du Péché Originel, même si les bergers qui l’utilisaient l’appelaient la Grotte des Cent Saints.

 

640c Matera, crypte du Péché Originel 

Mais voyons un peu à quoi tout cela ressemble. Sur le mur de droite en entrant, une fresque est liée à l’Ancien Testament. On part de la création de la lumière dans les ténèbres, à gauche, pour arriver au péché originel dont je viens de montrer le détail.

 

640d1 Matera, crypte du Péché Originel 

Le texte dit Fiat lux, c’est-à-dire Que la lumière soit (et non pas une voiture italienne haut de gamme !), et l’on voit cette femme brillante, bras levés, qui symbolise la lumière. Elle n’est pas une figure allégorique de la lumière, elle est la lumière.

 

640d2a Matera, crypte du Péché Originel 

640d2b Matera, Cripta del Peccato Originale 

Immédiatement en-dessous, cette scène de lavement des mains. C’est, bien entendu, un rite de purification, mais je ne sais pas à quels personnages bibliques il se rapporte, ni pourquoi il se trouve ici.

 

640d3 Matera, Cripta del Peccato Originale 

Sur la partie droite du panneau, on en vient à Adam et Ève. Sur la gauche, c’est la scène de la création d’Ève, que Dieu (dont on voit les doigts dirigés vers la tête d’Adam) fait sortir du corps d’Adam. Elle s’extrait curieusement du bas de son dos et de ses fesses, alors qu’en principe elle a été façonnée d’une de ses côtes, ce qui suppose une bizarre anatomie… Puis autour du tronc de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, le serpent tentateur s’enroule et face à lui Ève l’écoute et s’interroge. C’est peut-être ce dessin que je trouve le plus admirable, cette femme la main sur la bouche et les genoux légèrement fléchis dans une attitude de doute. Enfin, tout à droite, c’est le moment où Ève tend la pomme à Adam, sur la scène que j’ai montrée en gros plan au début.

 

640e Matera, Cripta del Peccato Originale 

L’autre panneau, celui que l’on voit de face en entrant, représente les archanges et le Nouveau Testament. C’est en son milieu que se trouvait l’autel pour les célébrations.

 

640f1 Matera, église rupestre du Péché Originel 

640f2 Matera, église rupestre du Péché Originel 

640f3 Matera, église rupestre du Péché Originel 

Ici nous voyons la Vierge portant l’Enfant Jésus. Elle est entourée de deux saintes qui les montrent de la main. Marie est habillée en impératrice, je trouve qu’elle est très byzantine.

 

640g1 Matera, crypte du Péché Originel 

640g2 Matera, crypte du Péché Originel 

Dans une autre des petites absides creusées dans ce panneau, on voit les archanges Gabriel et Raphaël. Ah, je suis heureux, mon fils, que tu n’aies pas la tronche de ton saint patron. Mais les qualités de l’archange Raphaël, je sais que tu les as.

 

640h Matera, crypte du Péché Originel

 

Dans cette crypte, tout est intéressant et tout mériterait une photo de détail. Je dois me contenir, et je m’arrêterai là, avec cette image de saint Pierre dont les clés écrivent le nom, une trouvaille. Et cette main droite (à gauche sur la paroi) est plus que bizarre, elle comporte bien cinq doigts, mais aucun n’est un pouce. Quant à l’autre main, celle qui porte les clés, elle comporte bien un pouce, mais la torsion de l’auriculaire indépendant des autres doigts est curieuse. De plus, au-delà et venant toucher le pouce, apparaît une forme qui ressemble à un sixième doigt. Je ne pense pas qu’il y ait une explication ésotérique à ces dessins, mais je crois plutôt que c’est une exécution naïve d’une partie du corps particulièrement difficile à dessiner. Par voie de conséquence, bien loin de me choquer, ces imperfections renforcent le charme du dessin.

 

640i1 Diego De Angelis 

640i2 Diego De Angelis et moi

 

Ces deux photos ont été prises par Natacha. En commençant, j’ai dit que notre guide était remarquablement généreux de son temps. Très bien documenté, érudit, patient, ce n’est pas un guide ordinaire. Il est membre de cette société coopérative en charge de la crypte. Il nous a expliqué entre autres comment la famille de Vincenzo Dragone, à qui appartient le terrain et donc les profondeurs en-dessous de la surface du sol, avait fait don de cette crypte à cette association, comment des techniques de restauration et de conservation nouvelles, pouvant servir de modèle ailleurs, avaient été mises en œuvre, et puis il nous a donné tous les éclaircissements nécessaires pour nous aider à comprendre ce que nous avons vu. Ce jeune homme s’appelle Diego De Angelis. Bravo et merci, Diego.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Claudine 16/11/2014 19:13

magnifique!!! j'en reviens, mais nous n'avons pu prendre de photos; les vôtres sont superbes et les commentaires généreux et éclairants. Merci mille fois!!!

alberto pisani 08/06/2014 05:56

Meraviglioso oso oso oso!!!!!

JACQUELINE/Mina 12/02/2011 22:52


Ce blog est un vrai plaisir!!! Accepteriez vous que j'en parle sur mon blog???? Et pourquoi ne vous inscrivez vous pas à ma communauté "Italie"??? Cela me ferait beaucoup d'honneur de compter un
amoureux de l'Italie....ma seconde patrie!!!merci!!


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