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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 09:00

Je n’ai pas parlé des églises dans mon précédent article sur Ancône. C’est que je voulais réserver une place spéciale à deux d’entre elles, la cathédrale San Ciriaco et Santa Maria della Piazza. Mais je commencerai par une image d’une troisième église.

 

911a Ancône, église 18e siècle

 

Cette troisième église est dédiée aux saints Pellegrino et Teresa, elle est du dix-huitième siècle, et le panneau précise “degli Scalzi”, c’est-à-dire “des Déchaussés”. À ma connaissance, ce sont les Carmes qui sont “déchaussés”.

 

911b1 Ancona, duomo San Ciriaco

 

Plantée là-haut sur sa colline, la cathédrale San Ciriaco (Saint Cyriaque) date du douzième siècle. Les fouilles ont démontré qu’elle occupe l’emplacement d’un temple de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou du début du troisième dédié à Aphrodite Eupléa (“Bonne navigation”, donc protectrice des navigateurs), plus tard nommée Vénus, avec les Romains. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, elle ne porte pas le nom de saint Cyriaque d’Ancône… parce qu’elle a été inaugurée en 1128 et que saint Cyriaque est né vers 1391, mais il a porté le nom de Cyriaque parce que la cathédrale de sa ville s’appelait ainsi. Et le saint patron de la cathédrale est un Romain du temps de Dioclétien. La fille de l’empereur, Arthémia, est épileptique, et elle a une vision lui disant que seul Cyriaque est en mesure de la libérer. Cyriaque diagnostique une possession par le diable et l’exorcise, Arthémia se fait alors baptiser, et Cyriaque est provisoirement épargné par Dioclétien. La même chose se produit avec la fille du roi de Perse, qui se fait baptiser avec son père et quatre cent trente de ses concitoyens. Vers 304, Cyriaque est arrêté alors que, de retour de Perse, il fait route de Brundisium (Brindisi) vers Rome. Cela se passe à Torre Le Nocelle près de Bénévent. Ramené à Rome, Cyriaque est soumis à plusieurs supplices (poix bouillante sur la tête, écartelé) avant d’être décapité. Tel est le patron de la cathédrale d’Ancône.

 

911b2 Ancona, duomo San Ciriaco

 

911b3 Ancona, duomo San Ciriaco

 

Ce bâtiment romano-gothique est en forme de croix grecque sous coupole centrale, mais selon certains chercheurs, l’édifice du neuvième siècle qui l’a précédé et sur les bases duquel il repose était en forme de croix latine. Je n’ai pas pu prendre de photos à l’intérieur, mais les colonnes sont récupérées du temple païen. C’est au sixième siècle qu’une église primitive dédiée à saint Laurent a remplacé le temple antique. Un violent séisme, puis les attaques des Sarrasins en 847-848 ont mis cette église au sol. C’est alors qu’a été construite l’église sur les bases de laquelle l’actuelle cathédrale a été édifiée. Les travaux ont été achevés soixante-et-onze ans après la consécration, en 1189.

 

Dans mon précédent article, j’ai évoqué le miracle de la Vierge de la cathédrale. Voici l’histoire. D’abord, la peinture. En 1615, le capitaine d’un navire vénitien est pris dans une tempête. Une vague emporte son fils. Il implore la Vierge, et son fils est sauvé. En remerciement, il offre un petit tableau de seulement 37x45 centimètres représentant la Madone les yeux baissés, presque fermés, et la tête inclinée sur l’épaule. Sur sa tête est représentée une couronne portant de véritables pierres précieuses. Près de trois cents ans passent. Nous sommes en 1796. Les troupes françaises menées par Bonaparte occupent l’Italie. Le pape est contraint d’accepter l’armistice de Bologne qui lui fait céder Ferrare, Bologne et Ancône, payer un énorme tribut de vingt-et-un millions de lires, livrer de nombreuses œuvres d’art et manuscrits. Apprenant que les Français arrivent, les Anconitains sont terrorisés et font, le 25 juin, une veillée de prière dans la cathédrale. Une veuve trentenaire, Francesca, commence à réciter les Sept Allégresses de la Vierge et quand elle lève les yeux vers le tableau elle voit que les yeux de Marie sont ouverts et qu’elle la regarde. Elle croit à une hallucination, tente de se concentrer sur sa prière, regarde de nouveau, et cette fois-ci la Vierge lui sourit. À ce moment-là, une petite Barbara âgée de dix ans s’écrie “La madone ouvre les yeux, elle rit!”. La foule alors s’approche et tout un chacun constate le miracle.

 

11 février 1797. Bonaparte est à Ancône. Il se moque du “miracle”, il demande à inspecter lui-même le tableau. Voyant la couronne de pierres précieuses, il dit vouloir la donner à une pauvre fille de l’hospice comme diadème de mariage mais, à peine a-t-il la couronne en mains que soudain il pâlit et, contre toute attente, demande à la remettre en place. Évidemment, les Anconitains attribuent ce revirement à une intervention de la Vierge. Telle est l’histoire du tableau miraculeux.

 

911c1 Ancona, duomo San Ciriaco

 

L’entrée, avec son porche gothique de Giorgio da Como daté des environs de 1228, est gardée par deux beaux lions stylophores (le mot signifie “porteurs de colonnes”). Car en ce début du treizième siècle, on a fait pivoter l’aménagement de quatre-vingt-dix degrés, la nef devenant le transept. C’est alors que d’un côté de l’ancien transept on a construit ce porche, et de l’autre côté une abside. Normalement, les églises chrétiennes sont orientées, c’est-à-dire que le chœur est tourné vers l’est. Or je regarde l’image sur Google Earth et je constate que l’abside est tournée vers le sud-est, mais ce n’était pas mieux auparavant puisque l’autel était au nord-est. En fait, c’est la configuration du sol qui a imposé la position de la croix, et la nouvelle disposition présente la façade à qui arrive par le port.

 

911c2 Ancona, duomo San Ciriaco

 

911c3 Ancona, duomo San Ciriaco

 

Jouant sur le marbre blanc-gris du Conero et le marbre rouge de Vérone, ce porche de Giorgio da Como est très beau. Il est décoré de divers symboles, comme sur ma première photo l’ange de saint Matthieu et le lion de saint Marc et d’animaux comme ces deux serpents entrelacés de ma deuxième photo.

 

911d1 Ancona, Santa Maria della Piazza

 

Venons-en à une autre superbe église ancienne, Santa Maria della Piazza. Ici s’élevait une église paléochrétienne mais au neuvième siècle un glissement de terrain l’a jetée à bas et a profondément modifié la structure du quartier.et le niveau de la ville. Après avoir été appelée Santa Maria del Canneto (de la roselière, parce que le quartier était marécageux) elle a été appelée Santa Maria del Mercato (du marché) en raison de son environnement selon les époques.

 

911d2 Ancona, Santa Maria della Piazza

 

911d3 Ancône, Santa Maria della Piazza

 

En 1690, un tremblement de terre a fait s’effondrer la partie supérieure de la façade, à la suite de quoi elle a été reconstruite avec une fenêtre rectangulaire sous laquelle on peut voir les deux lions de ma seconde photo. Quant aux bas-reliefs des niches aveugles de la façade, ils proviennent de Constantinople. En haut c’est un paon, à gauche l’archange Gabriel et à droite la Vierge orante. L’ensemble d'origine a été achevé en 1210.

 

911d4 Ancône, Santa Maria della Piazza

 

911d5 Ancona, Santa Maria della Piazza

 

911d6 Ancona, Santa Maria della Piazza

 

Le portail est dû, si l’on en croit la signature dans la pierre, à un certain Mastro Leonardo. C’est sous ma troisième photo que se lit la signature. J’ai beau regarder de près ma photo en taille et qualité originales, je vois bien des inscriptions mais je ne déchiffre pas ce nom. Peu importe, faisons confiance aux spécialistes d’épigraphie. Je ne suis pas capable non plus d’identifier les personnages représentés, ni d’interpréter la signification des animaux, mais ces sculptures, comme celles d’autres églises moyenâgeuses, sont évocatrices et amusantes.

 

911e1 Ancône, Sainte Marie de la Place

 

911e2 Ancône, Sainte Marie de la Place

 

Sur le flanc droit de l’église, au-dessus d’une porte, ce bas-relief de la Visitation est, paraît-il, postérieur à la façade, selon les études de style.

 

911f1 Ancône, Sainte Marie de la Place

 

911f2 Ancône, Sainte Marie de la Place

 

À l’intérieur, c’est une basilique à trois nefs, les deux nefs latérales étant très étroites. Les fresques quasiment effacées dont subsistent des traces sur les parties restantes de quelques murs dateraient de la basilique primitive antérieure à la destruction du neuvième siècle.

 

911f3 Ancône, Sainte Marie de la Place

 

Quant à la basilique paléochrétienne, une dalle de verre sur le sol du transept permet d’en voir les ruines mises au jour par les archéologues à partir de 1927. Ils ont aussi mis en évidence des travaux de terrassement des cinquième et quatrième siècles avant Jésus-Christ visant à consolider le terrain et quelques traces de travaux d’époque romaine.

 

Saint Augustin (354-430) est très postérieur au martyre de saint Étienne, premier proto-martyr, dont la lapidation avait été approuvée par saint Paul, pas encore converti et encore appelé Saul. Mais il raconte que saint Étienne (san Stefano) réalise de nombreux miracles à Ancône et que, lors de la lapidation, une pierre avait ricoché sur le martyr et était tombée aux pieds d’un marin qui, converti, l’avait pieusement ramassée et l’avait déposée, au cours d’un voyage, à Ancône. Or on sait qu’une église primitive aurait été édifiée en ce lieu après l’édit de Constantin autorisant le christianisme. Partant de là, certains chercheurs pensent que l’église paléochrétienne dont on voit les restes sous Santa Maria della Piazza serait celle-là même qui honorait saint Étienne, et divers indices, paraît-il, confirment cette thèse.

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Published by Thierry Jamard
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