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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 09:00

894a dans le port d'Éleusis

 

Dans un article en date du 23 août 2011, j’ai déjà parlé du sanctuaire de Déméter à Éleusis mais, faute de temps, nous n’avions pas vu le musée archéologique installé sur le site. Nous nous devions de combler cette lacune, ce que nous faisons aujourd’hui. Mais d’abord, passons voir le port, puisque dans l’Antiquité le sanctuaire était au bord de la mer. Là nous trouvons le bien triste tableau d’une épave de bateau, mais les lieux ne sont pas désagréables.

 

894b1 site archéologique d'Éleusis

 

Je disais que le site était près de la mer. La photo ci-dessus permet de comprendre l’organisation de l’espace entre le site, la ville moderne et le port.

 

894b2 entrée sur le site d'Éleusis

 

Il est difficile, en un lieu aussi chargé de mémoire, de ne pas refaire un petit tour dans les ruines du site avant d’entrer dans le musée. J’avais déjà amplement parlé de ce que l’on peut voir sur le site, il n’est évidemment pas question que je me répète ici, mais je voudrais juste ajouter trois images. Dès l’entrée sur le site, on traverse cette vaste esplanade d’époque romaine. C’est Hadrien qui l’a voulue, et sa construction s’est prolongée jusqu’à Marc-Aurèle. Elle était entourée de bâtiments pour lesquels le style d’architecture avait été choisi grec classique. Que l’on vienne du port par l’arche triomphale est, ou d’Athènes par la Voie Sacrée, ou de Mégare et du reste de la Grèce par l’arche triomphale ouest, systématiquement on se retrouvait ici avant de franchir les grands propylées. C’était un projet d’urbanisme typiquement romain dans son approche de la gestion des espaces publics.

 

894b3 le sanctuaire d'Hadès à Éleusis

 

Ici, nous voyons le ploutoneion, ou sanctuaire de Pluton. Ce nom mérite quelques mots d’explication. Le syncrétisme est courant dans les religions, et il est tout à fait vrai que les Romains ont identifié leur Vénus à l’Aphrodite des Grecs, leur Minerve à Athéna, Cérès et Proserpine à Déméter et Perséphone, etc. Mais quand on est en Grèce, et surtout à une époque où les Romains étaient encore en Pampers (ce qui n’est qu’une façon de parler), c’est bien Déméter qu’invoquent les Grecs, sous ce nom, et non Cérès. Aussi, je n’aime pas cet usage dans les siècles passés (cf. par exemple, les traductions de Leconte de Liste) de “traduire” les noms des dieux  dans les textes grecs en ce qui a pu être considéré comme leur équivalent latin. Même Jacques Lacarrière, mort en 2005, procède encore ainsi. Les manuels de mythologie donnent généralement, dans cet ordre d’idées, Pluton comme l’équivalent latin de l’Hadès hellénique. Or ce sont les auteurs tragiques grecs, en pleine époque classique, qui ont donné ce nom à Hadès. L’adjectif ploutos signifie riche (on le trouve en français dans le mot ploutocratie), et ce dieu collectant la totalité des âmes des humains a reçu ce surnom de Plouton, littéralement “le Riche”, et plus tard les Romains l’ont adopté tel quel (en grec, OU se prononce comme en français, et en latin c’est le simple U qui se prononce ainsi, d’où la transcription Pluton. Transcription et non fausse traduction, je l’adopte donc volontiers ici). Ce sanctuaire était consacré à Hadès invoqué sous ce surnom de Pluton, d’où l’appellation de Plutonium (Ploutoneion). Du temple il ne reste rien, mais cette caverne était censée simuler un accès au monde d’en bas.

 

894b4 sur le site archéologique d'Éleusis

 

En se promenant sur le site, on peut remarquer au passage cette belle pierre sculptée. Ah, si toutes les plaques d’égout ressemblaient à cela…

 

894b5 symboles Éleusiniens

 

Cette pierre au sol parmi d’autres ne fait l’objet d’aucune explication. Mais Déméter a remis le blé à Triptolème pour qu’il le donne à l’humanité, c’est une déesse de la végétation, et cette pierre représente à gauche des épis de blé. Je pense que cela autorise à interpréter le cylindre de droite comme le puits où elle a rencontré les filles du roi.

 

894c1 Plan d'Éleusis au temps de Pisistrate

 

894c2 Éleusis au temps de Pisistrate

 

En août 2011, j’avais montré un fragment du mur de Pisistrate, mais puisque maintenant nous pénétrons dans le musée, on peut y voir un plan et une maquette qui montrent comme le site était encore peu développé à cette époque (Pisistrate s’est emparé du pouvoir en 561 avant Jésus-Christ et il est mort en 527).

 

894d1 Déméter et Perséphone (1er quart du 5e s. avant JC

 

Ce musée est assez petit, il n’est pas très renommé, et pourtant on y trouve bon nombre de sculptures intéressantes. Parmi les bas-reliefs, j’ai remarqué ce relief votif qui rend hommage à la déesse qui préside en ces lieux. Déméter est assise, et en face d’elle se tient sa fille Perséphone avec une torche à la main. L’œuvre remonte au premier quart du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

 

894d2 Pluton et Déméter, début 4e s. avant JC

 

Sur cet autre relief votif, nous nous transportons au ploutoneion dont j’ai parlé tout à l’heure. En effet, c’est Pluton qui est étendu à droite avec Déméter assise face à lui, tandis qu’à gauche ce sont des mortels, l’un qui vient en suppliant, portant un masque de théâtre, et l’autre versant du vin. La plaque date du début du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

894d3 Pluton, Déméter et des suppliants, 4e s. avant JC

 

Daté du quatrième siècle avant Jésus-Christ, ce relief votif nous montre de nouveau Pluton étendu et Déméter assise près de lui, tandis que des suppliants viennent à eux. On ne peut s’étonner de voir ainsi Déméter et Hadès Pluton associés, puis que la première est une déesse de la végétation, morte six mois de l’année et revivant les six autres mois (même si c’est sa fille Perséphone qui est l’épouse du dieu des enfers et qui passe six mois sur terre et six mois sous terre). Déméter et Pluton sont donc deux divinités chthoniennes.

 

894d4 Déméter et ses fidèles. 4e s. avant JC

 

Cette ronde-bosse du quatrième siècle nous montre, assise sur un roc, Déméter qui reçoit le culte de la part de ses fidèles, trois hommes et une femme suivis d’une servante avec sur la tête un gros panier contenant les offrandes pour la déesse. C’est sans doute une famille.

 

894d5 Initié d'Éleusis portant une torche

 

Le musée ne donne pas de datation pour cette statue d’un initié portant une torche. On sait que la torche est souvent liée aux enfers, c’est elle qui permet de voir le chemin du monde d’en bas vers la lumière de la surface de la terre, comme la végétation peut revenir à la vie grâce à la lumière du soleil.

 

894d6 plaque votive, traitement de l'huile. Époque romaine

 

Cette plaque votive d’époque romaine est tout à fait particulière, et elle est très intéressante car elle a trait au traitement de l’huile. On y trouve en effet une presse à olives, une citerne, et un vase dont le couvercle est en forme de buste d’Athéna, la déesse qui a fait don de l'olivier à Athènes.

 

894d7 Figures noires, Déméter et Perséphone, 6e s. avant

 

Cette plaque de terre cuite à figures noires du milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ provient du télestérion, le bâtiment où l’on procédait à l’initiation aux mystères et, pour cette raison, elle a été interprétée comme représentant très probablement Déméter et Perséphone.

 

894e lampe du 7e s. avant JC (musée d'Éleusis)

 

Cette lampe à huile date du septième siècle avant Jésus-Christ. On y voit un homme suivant un animal bâté. On dirait un paysan labourant son champ, mais l’animal ressemble plus à un porc qu’à un bœuf. Or sur son dos on voit bien quelque chose qui ressemble à un bât, à moins que ce ne soient de fortes courroies, mais de toutes façons quelque chose qui s’utilise plus normalement avec un bœuf, un cheval, un âne qu’avec un porc, sans compter que la queue dressée n’a rien de la queue en tire-bouchon d’un cochon. L’érection évoque traditionnellement l’âne, mais on s’attendrait à voir de longues oreilles…

 

894f1 Jeune fille fuyant, Éleusis, 490-480 avant JC

 

Et maintenant, quelques statues. Cette jeune fille fuyant, qui date de 490-480 avant Jésus-Christ, ornait le fronton de la maison sacrée. Je l’ai choisie ici parce que je trouve admirable le mouvement de fuite, la tête tournée vers ce qu’elle fuit. Quoique la datation la situe au début de l’époque classique, je lui trouve quelque chose d’encore un peu archaïque.

 

894f2 figurine féminine, début 4e s. avant JC

 

Celle-ci est une figurine de terre cuite qui porte de larges traces de peinture. Cette jeune femme à la démarche élégante (on dirait un mannequin sur un podium de défilé de mode) date du début du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

894f3 Dionysos, 3e s. avant JC, style archaïsant

 

Ce Dionysos du troisième siècle avant Jésus-Christ a été réalisé dans un style archaïsant. Ce retour aux sources était fréquent à l’époque hellénistique.

 

894f4 Dionysos portant un canthare, époque romaine

 

À titre de comparaison, on peut voir ce Dionysos d’époque romaine. Dans une main il porte une grappe de raisin, et dans l’autre un canthare, qui est un vase à boire. Ce sont les attributs naturels de ce dieu qui préside aux vendanges et à l’ivresse.

 

894g1 Éleusis, caryatide des propylées, 1er s. avant JC

 

Ainsi sortie de son contexte et posée sur un support au musée, cette femme semble avoir choisi un bien curieux couvre-chef. C’est tout simplement parce qu’il s’agit d’une caryatide des propylées, et ce qu’elle a sur la tête n’est rien d’autre que la base d’une colonne. Elle date de la deuxième moitié du premier siècle avant Jésus-Christ.

 

894g2 Athéna sortant d'une fleur, époque romaine

 

Nous sommes également à l’époque romaine (sans plus de précision) avec cette Athéna dont la poitrine est ornée de son habituelle tête de Méduse et qui, de façon fort bizarre, sort d’une fleur.

 

894g3 jeune fille aux cheveux dans un filet

 

Pas de datation pour cette jeune fille aux cheveux pris dans un filet. Non seulement je la trouve intéressante pour sa coiffure, mais elle est en fait très moderne.

 

894h vase plat à figure noires, fêtards. Musée d'Éleusi

 

Quant à ce vase plat à figures noires sur lequel j’en finirai avec Éleusis, il n’est pas daté non plus par le musée. Mais il est bien évident que le visiteur qui s’intéresse à ces objets sait que la figure noire est une technique qui apparaît en Attique au cours de la seconde moitié du septième siècle avant Jésus-Christ et qui va être remplacée par la figure rouge progressivement de la fin du sixième siècle au début du cinquième siècle. D’ailleurs, le style de ces fêtards en goguette lui-même nous indique que l’on est avant l’époque classique.

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Published by Thierry Jamard
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