Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 00:11

592a Agrigente, San Pietro

 

 

Réservant pour demain la visite de la ville antique d’Agrigente, grecque sous le nom d’Akragas, puis romaine sous le nom d’Agrigentum, et enfin byzantine, nous nous rendons sur le site où l’ont transférée les Arabes sous le nom de Girgenti, à quelque distance. Les Normands y ont construit des églises, l’ont défendue contre les tentatives des Arabes pour la reprendre, mais ensuite la ville s’est ensommeillée jusqu’à son renouveau au dix-huitième siècle. En 1927 seulement, elle échangera son nom arabe de Girgenti contre l’ancien nom latin d’Agrigente. Goethe dit que son guide avait voulu lui montrer la ville moderne le premier jour, mais lui brûlait d’impatience de voir la ville antique, et nous aussi, nous avons parcouru négligemment cette ville moderne, un peu déçus, renonçant même à aller jusqu'à la cathédrale. Sur notre chemin, nous avons vu quelques églises, dont celle-ci, dédiée à saint Pierre.

 

592b1 Agrigente, San Lorenzo

 

592b2 Agrigente, San Lorenzo

 

Plus loin, devant cette église San Lorenzo, un panonceau nous allèche en annonçant des stucs de Serpotta, une Madonna del Melograno (une Vierge à la Grenade) de l’école de Gagini, mais à chacun de nos passages, à l’aller comme au retour, elle est fermée et rien n’en indique les jours ou heures d’ouverture. Dommage, nous devrons nous en passer. Nous nous contenterons de la façade.

 

592c1 Agrigente, église St François d'Assise

 

Sur une sympathique petite place, nous nous arrêtons à regarder la façade de l’église Saint François d’Assise. Lors de notre premier passage elle est fermée, mais un peu plus tard nous pouvons y pénétrer.

 

592c2 Agrigente, église St François d'Assise

 

592c3 Agrigente, église St François d'Assise

 

À l’intérieur, quelques discrets stucs lui donnent un cachet baroque. Tant la voûte de la nef que l’abside sont revêtues de fresques mettant en scène saint François d’Assise.

 

592c4 Agrigente, église St François d'Assise

 

Et aussi les murs. En 1208 un rêve fait abandonner à François sa vie dissolue, il se retire alors en communauté, avec notamment Pierre de Catane, et rédige sa règle. Grand succès, la communauté attire, des couvents s’ouvrent, mais la règle est floue, difficile à respecter, et très vite elle dégénère. François est déçu, il part pour l’Égypte, rencontre en 1219 le sultan Al-Kamel. Or la cinquième croisade est en cours, les croisés ont pris Damiette, port du delta du Nil à deux cents kilomètres au nord-est du Caire, et le sultan a déjà proposé de leur donner Jérusalem s’ils partent d’Égypte. Mais il s’est vu opposer un refus. Quand François se présente à lui, Al-Kamel le reçoit courtoisement, comme un ambassadeur. Tous deux s’accordent sur le fait que la récupération des Lieux Saints par les chrétiens vaut bien l’abandon de Damiette, mais le cardinal Pélage, légat pontifical et chef religieux de la croisade, continue de s’y opposer, il compte sur l’arrivée de Frédéric II avec son armée, mais on sait, comme je l’ai raconté dans ma fresque historique du 5 juillet dernier, que Frédéric II ne tiendra pas sa promesse de partir en croisade malgré l’excommunication que cela lui vaut, et seulement dix ans plus tard, en 1229, il négociera la restitution de Jérusalem sans guerre. Mais mon sujet ici n’est pas Frédéric II ni la croisade. François d’Assise, déçu, revient en Italie, quitte cette communauté qu’il désapprouve à présent, d’autant plus qu’elle se livre à l’enseignement (un jour qu’il se rendait dans un couvent de Bologne, apprenant qu’il s’y trouvait une école il a refusé d’entrer et il a tourné les talons), et il en confie la direction à Pierre de Catane. Ce que l’on voit sur ma photo représente la rencontre de saint François d’Assise avec le sultan Al-Kamel.

 

592c5 Agrigente, église St François d'Assise

 

Il n’y a quand même pas que saint François d’Assise dans l’église qui lui est consacrée. Entre autres, il s’y trouve cette grande Pietà. Contrairement à la représentation la plus courante, Marie ne tient pas Jésus sur ses genoux, elle ne le regarde pas d’un air triste. Ici Jésus est à terre, sa mère soutient sa tête et son buste contre elle, et elle se tourne vers le ciel. Le mouchoir blanc déployé dans sa main est en trop, à mon goût, maisen Sicile il semble être un accessoire nécessaire.

 

592d Agrigente, Mairie, ex-couvent dominicain (17e s.)

 

Sur la place qui porte le nom de l’enfant du pays, Luigi Pirandello, ce couvent dominicain est devenu, après la dispersion des ordres religieux, le bâtiment de la municipalité. Mais l’église qui y est accolée est restée dévolue au culte.

 

592e1 Agrigente, chambre de commerce, 1851

 

592e2 Agrigente, chambre de commerce 1851

 

Ce très beau bâtiment qui date de 1851 se donne des airs d’église, mais il n’en est rien et il n’en a jamais rien été, il se contente d’abriter la chambre de commerce. L’agneau de ma seconde photo est le dessous d’un montant de fenêtre (juste au-dessus de la porte, près de l’angle).

 

592f Agrigente, palazzo Celauro, 18e siècle

 

Dans la principale rue commerçante qui draine tout le centre d’Agrigente, la via Atenea, on peut admirer bon nombre de riches palais, comme ce palazzo Celauro, édifié au dix-huitième siècle, lors de la renaissance de la ville.

 

592g1 Agrigente, ensemble conventuel du Saint-Esprit

 

592g2 Agrigente, couvent du Saint-Esprit

 

Nous rentrions vers le bus qui nous ramènerait vers le camping, quand nous avons repéré un fléchage vers l’ensemble conventuel du Saint-Esprit. Comme il n’était pas tard, sans grande conviction nous avons pris cette direction, mais en arrivant nous n’avons pas été déçus, loin de là.

 

592h1 Agrigente, église du couvent du Saint-Esprit

 

592h2 Agrigente, Saint-Esprit, Serpotta 

 

Tant le couvent que l’église étaient fermés. Mais devant la porte, une petite dame nous a proposé de nous montrer les lieux. Elle est préposée à cela, et elle nous a ouvert l’église. Il nous a sauté aux yeux que ce foisonnement de stucs était dû à Serpotta, ce Giacomo Serpotta dont nous avons déjà admiré les œuvres à Palerme, le 5 août, dans "les trésors de la loggia".

 

592h3a Agrigento, chiesa Santo Spirito, Serpotta

 

592h3b Agrigente, église du couvent du Saint-Esprit

 

Sur les murs, une série de scènes en stucs représentent la vie de Jésus. Ici, nous avons l’Adoration des Mages et la Fuite en Égypte. Le souci du détail (comme ce palmier dattier pour faire couleur locale), les angelots et les "putti" partout, nous sommes en présence d’œuvres caractéristiques du style baroque et de la manière de Serpotta.

 

592h4 Agrigente, église du couvent du Saint-Esprit

 

Avant de quitter l’église, je voudrais encore montrer ce grand Christ magnifique, sur ce fond noir et vieil or qui évoque le deuil, avec des cadres en couronnes ou plus classiquement rectangulaires, contenant des photos. Je publie cette image à la fois pour la beauté du Crucifix et pour l’originalité du fond.

 

592i1 Agrigente, couvent du Saint-Esprit

 

Puis la petite dame, après avoir soigneusement refermé la porte de l’église, nous a ouvert une autre porte. Au bout de cette allée se trouve le cloître.

 

592i2 Agrigente, couvent du Saint-Esprit 

 

592i3 Agrigento, Santo Spirito 

 

592i4 Agrigente, couvent du Saint-Esprit

 

Pas de colonnades, pas de jardin bien entretenu au centre, ce que d’habitude on admire dans les cloîtres est absent ici. Mais ce qui est admirable, ce sont les bâtiments du treizième siècle, comme l’église. L’opposition est frappante entre la partie haute de la façade, rouge, plane, simple, avec d’étroites fenêtres géminées, et le rez-de-chaussée sur le rouge duquel se détache la blancheur de la pierre dont sont finement sculptées, je dirais même ciselées les portes et fenêtres, de style arabo-normand facilement reconnaissable. Sur mes photos, l’éclairage fait paraître les murs de ce rez-de-chaussée plus pâles qu’ils ne le sont en réalité.

 

Et puis avant de nous quitter, notre cicérone nous a dit que les religieuses font de délicieux gâteaux secs, et nous a proposé de leur en acheter. Ce que nous avons fait. Elle nous a introduits dans le couvent, a appelé une religieuse qui, derrière un guichet parce qu’elle est cloîtrée, a pris notre commande et est revenue un moment après. Je dois dire que le demi kilo que nous avons acheté n’a pas fait long feu. Nous aurions dû en prendre plus !

 

C’est sur cette note gourmande que nous avons achevé cette journée dans la ville moderne d’Agrigente.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche