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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 09:00

897a1 la montagne autour de Metsovo

 

897a2 Le Pinde dans la région de Metsovo

 

Metsovo… Dans un décor de montagnes encore enneigées en ce début avril, nous atteignons ce village perdu du nord de la Grèce, en Épire, dans la chaîne du Pinde, à près de 1200 mètres d’altitude. On se trouve d’un coup transporté dans le passé.

 

897b1 la grand-place de Metsovo

 

897b2 Metsovo, village typique du Pinde

 

897b3 fontaine de 1858 à Metsovo

 

L’empereur byzantin Basile II (né vers 958, empereur en 963 à cinq ans, mort en 1025), celui-là même qui, mariant sa sœur Anne avec le grand-prince de Kiev Vladimir Ier en échange d’une aide militaire, est à l’origine de la christianisation de la Russie dans le rite grec, mène de 1014 à 1018 une guerre de reconquête contre le tsar Samuel Ier de Bulgarie puis son fils Gabriel Radomir, dont j’ai eu l’occasion de parler dans mon article “Prespa (2). Du lundi 9 au jeudi 12 juillet 2012”. Ces batailles, ces conquêtes, ont eu pour conséquence de grands mouvements de populations, dont une dispersion des Valaques, un grand nombre desquels sont venus s’installer dans le Pinde, alors que d’autres partaient vers la Moravie ou la Transylvanie. C’est ainsi que Kastoria, Prespa ou Metsovo sont devenus majoritairement valaques. Ces images du village montrent comment il a su garder son caractère malgré l’affluence des touristes venus l’admirer.

 

897c1 la bibliothèque pour enfants de Metsovo

 

897c2 Théâtre à la bibliothèque pour enfants de Metsovo

 

Il fait bon se promener dans les rues de ce village traditionnel, qui comporte aussi de très intéressantes expositions dont je parlerai dans d’autres articles, mais je voudrais m’arrêter ici dans cette excellente bibliothèque pour enfants sur laquelle nous sommes tombés par hasard. Natacha passait près d’une fenêtre, et une charmante jeune femme lui a proposé d’entrer voir à l’intérieur. C’était la bibliothécaire. Elle anime avec une foi, un dynamisme, une attention extraordinaires cet organisme, usant d’une pédagogie qui doit beaucoup à sa fine psychologie. Elle s’appelle Eléni (Hélène) et nous a accueillis les bras ouverts. Ci-dessus, nous la voyons au milieu des enfants qui viennent en nombre chaque après-midi auprès d’elle (les parents ne verraient très probablement aucun inconvénient à ce qu’ils soient reconnaissables sur ma photo, mais ne pouvant les contacter pour leur demander l’autorisation, je préfère flouter les visages). Sur la seconde photo, une petite fille exerce son imagination en faisant jouer des marionnettes.

 

897c3 Le passé de Metsovo

 

Eléni nous a également montré bon nombre de livres traitant de son village et de sa région. Pour nous, c’était une mine d’informations, textes et photos, mais pour les enfants c’est aussi un lien avec leur passé. Dans de nombreuses régions de Grèce, ce lien manque cruellement, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. À Athènes et dans de nombreux lieux touristiques, le patrimoine est vu comme un moyen d’attirer les touristes et de faire marcher l’économie, non comme une richesse culturelle à connaître et à s’approprier. Je suis convaincu que, grâce au remarquable travail d’Eléni, ces enfants verront leur pays, leur région d’un autre œil.

 

897c4 Anne Gruner Schlumberger

 

897c5 les bibliothèques de la mécène A. Schlumberger

 

Mais il est une autre personne à qui il convient également de rendre hommage. Anne Gruner Schlumberger est une mécène française (la famille des industriels bien connus) qui a souhaité développer la culture grecque chez les enfants de ce pays en créant une pléiade de bibliothèques pour enfants, comme celle où nous nous trouvons. Dans ce livre, on peut voir une carte toute couverte des points où existent des établissements de ce type qui lui sont dus.

 

897d1 Metsovo, abords d'Agios Nikolaos

 

897d2 Metsovo, abords d'Agios Nikolaos

 

897d3 Metsovo, abords d'Agios Nikolaos

 

On nous a aussi indiqué, perdu dans la nature un peu à l’écart de la ville, le monastère de Saint Nicolas. Pas question, donc, de manquer cette visite, et nous avons emprunté les sentiers qui y mènent dans une nature toujours aussi belle.

 

897e1 Metsovo, le monastère Agios Nikolaos

 

897e2 Metsovo, le monastère Agios Nikolaos

 

Quand le monastère a été créé, aucune source connue ne le dit, et personne ne peut avancer de date  sur des bases solides. Toutefois il existait déjà au quatorzième siècle, où des textes y font allusion. Deux prénoms, sans nom de famille, gravés aux alentours de 1700, apparaissent comme donateurs pour une restauration. Le saint Nicolas auquel il est consacré n’est pas le grand saint Nicolas de Myre qui a ressuscité les petits enfants mis au saloir, mais un martyr des Ottomans qui a été brûlé vif sur la grand-place du marché de Trikala le 17 mai 1617 et qui a été canonisé par l’Église Orthodoxe. Mes prochains articles vont m’amener à parler d’Evangelos Averof, président de la fondation Tositsa (ou Tossizza, je m’en expliquerai dans mon prochain article). Ce monsieur, en 1950, a visité le monastère abandonné et en ruines. Dans l’église et la chapelle, il a eu l’idée de gratter un peu avec son canif l’épaisse couche de suie qui recouvrait les murs de l’église, due à la fumée des innombrables cierges qui s’étaient consumés pendant des siècles, mais aussi ou même surtout par la fumée des feux allumés par les bergers qui utilisaient les lieux comme refuge pour leurs bêtes et pour eux. Quelle n’a pas été sa surprise d’entrevoir des fresques. À travers sa fondation, il a alors financé en 1960 un nettoyage qui a fait apparaître des merveilles. La fondation a également reconstruit les bâtiments sur ce qui restait de ses murs.

 

897e3 Metsovo, abords d'Agios Nikolaos

 

897e4 Metsovo, le monastère Agios Nikolaos

 

897e5 Metsovo, le monastère Agios Nikolaos

 

Hélas, la photo est strictement interdite à l’intérieur de l’église et de la chapelle. Même sans flash. Même une seule petite photo. La dame qui nous a ouvert la porte et qui est restée avec nous pendant notre visite, au demeurant très aimable, nous a dit que la consigne était formelle de la part de l’autorité orthodoxe, et que les conséquences pour elle seraient graves si elle nous donnait l’autorisation. Alors je garde égoïstement au fond de mes prunelles les images de ces fresques, et je ne peux montrer que l’entrée du monastère et sa cour. Mais je conseille vivement aux touristes de Metsovo d’aller se régaler de ces œuvres d’art. Les fresques datées de 1702 sont de l’hagiographe Eustathios, et les peintures de l’iconostase sont de 1693 et de 1703. Cette iconostase de bois doré est elle-même admirable. Dans mon article “Musée médical Bayezid II à Edirne. 12 et 13 octobre 2012”, je disais que les Ottomans traitaient les troubles psychiques comme des maladies, alors que dans le monde chrétien on considérait les fous comme des possédés du démon. Eh bien ici on pensait que ce saint Nicolas de Metsovo aidait à la guérison miraculeuse des personnes affectées de maladies psychiatriques en les “libérant”, et l’on peut voir à la gauche de l’entrée de l’église les chaînes auxquelles on attachait les personnes à traiter. Inhumain.

 

897f1 Triantaphyllia chez elle à Metsovo


897f2 chez Triantaphyllia à Metsovo

 

897f3 chez Triantaphyllia à Metsovo

 

Eléni, cette jeune femme responsable de la bibliothèque pour enfants, a eu l’extrême gentillesse de nous introduire chez Triantaphyllia, une dame qui a conservé les traditions du village, qui nous a accueillis avec la traditionnelle hospitalité grecque.

 

897f4 chez Triantaphyllia à Metsovo

 

En effet, les femmes du village tissaient traditionnellement des tissus dont elles faisaient des tapis, des couvertures, des coussins, et aussi elles brodaient les vêtements. J’utilise le passé, parce que bien peu de jeunes maintiennent cette tradition. Car il ne s’agissait nullement de commercialiser ces productions, elles étaient destinées à orner, à réchauffer le foyer. Cela en fait tout le prix, car il n’y avait aucun esprit de lucre dans ce travail.

 

897f5 à Metsovo, Triantaphyllia devant son métier

 

897f6 chez Triantaphyllia à Metsovo

 

897f7 chez Triantaphyllia à Metsovo

 

Triantaphyllia continue à œuvrer comme elle l’a toujours fait, et comme des générations l’ont fait avant elle. Elle s’est mise pour nous devant son métier à tisser et y a travaillé. Actionnant avec les pieds une pédale, elle écarte les fils de chaîne , un sur deux vers le haut, l’autre vers le bas, de façon à faire passer entre eux la navette qui porte le fil de trame. Puis avec un peigne qui fait toute la largeur du tissu, elle pousse ce fil pour le serrer contre les autres. Cette opération est très dure, elle nécessite de pousser très fort ce lourd peigne. Nous étions ravis de cette visite, mais Eleni nous a proposé de voir le lendemain, un dimanche, les femmes qui vont à la messe en costume traditionnel. Et ce qui est admirable, c’est qu’il ne s’agit nullement d’une sorte de déguisement destiné à l’étonnement des touristes, c’est de la façon la plus naturelle un habillement élégant pour faire honneur au Seigneur dans son église. Ces coutumes disparaissent, hélas. Je me rappelle, dans mon enfance et même mon adolescence, ces Bretonnes portant leur coiffe dans la rue de façon naturelle, alors qu’aujourd’hui c’est très rare et ce n’est plus que pour le folklore.

 

897g1 Mpoumpa, de Metsovo, chez elle

 

897g2 Mpoumpa, de Metsovo, chez elle

 

C’est ainsi qu’Eléni nous a introduits auprès de Mpoumpa (prononcer Bouba, le groupe MP ayant été imaginé par la langue moderne pour transcrire le son B, la lettre B ayant quant à elle, au cours des siècles, évolué vers le son V), laquelle nous a invités avec chaleur à la suivre chez elle. Elle avait, pour la messe, revêtu ses vêtements brodés. Elle portait aussi, selon l’usage local, une très longue tresse de cheveux postiches qui, comme on le voit sur ma seconde photo, lui descend plus bas que la taille.

 

897g3 Mpoumpa, de Metsovo, avec Natacha

 

Et puis elle a fort gentiment proposé à Natacha d’essayer une tenue. Son armoire recèle plusieurs de ces vêtements somptueux qui, nous a-t-on dit, vaudraient plusieurs milliers d’Euros puisqu’ils sont faits à la main et ont requis des centaines d’heures de travail artistique, minutieux et très spécialisé. Il y a plusieurs épaisseurs de gilets, vestes, accessoires superposés, ce qui fait apparaître une juxtaposition de couleurs et de matières, et donne à une silhouette mince des formes nettement plus étoffées…

 

897g4 chez Bouba, de Metsovo

 

Cette photo montre en gros plan la broderie d’un vêtement qui a un peu la forme d’un tablier et qui se fixe devant la robe. Bien entendu, tout ce que je montre ici est l’œuvre de Mpoumpa.

 

897g5 chez Mpoumpa à Metsovo

 

897g6 chez Bouba, de Metsovo

 

Je finirai en montrant encore deux tapisseries réalisées par Mpoumpa, et qui prouvent, s’il en était besoin, que des dons artistiques restent inconnus au fond de villages reculés, alors que les mêmes personnes, en ville et si la chance les met en relation avec quelqu’un qui est capable d’apprécier leur talents, pourraient passer à la postérité.

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Published by Thierry Jamard
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