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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 22:39
684a1 théâtre d'Epidaure
 
684a2 Epidaure, le théâtre
 
Partis ce matin d’Athènes, nous avons franchi l’isthme de Corinthe et avons roulé vers Épidaure en suivant la côte. Nous voici donc dans ce fameux théâtre, sans doute le plus connu au monde. Selon Pausanias qui a vécu au deuxième siècle de notre ère, il aurait été construit au milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Ce n’est pas le plus grand théâtre du monde grec, il était surpassé par celui de Mégalopolis, mais sa capacité était quand même de treize à quatorze mille places, ce qui est respectable. Les spectateurs entraient par les deux portes monumentales qui flanquent la scène, et se répartissaient dans la cavea, les 34 rangées inférieures ou les 21 rangées supérieures, séparées par une large allée. Lors des festivals dans le sanctuaire du dieu Asclépios, des jeux sportifs étaient organisés, et des pièces de théâtre, comédies ou tragédies, étaient jouées sur cette scène. Mais le théâtre était également utilisé pour des déclamations de poésie et probablement aussi pour des concerts.
 
684a3 Emmanuelle au théâtre d'Epidaure
 
684b1 Epidaure, le théâtre
 
684b2 Epidaure, le théâtre
 
Mais le plus remarquable, outre sa beauté esthétique, c’est son acoustique. Si l’on se donne la peine de monter jusqu’aux derniers rangs (c’est ce que fait ici ma fille Emmanuelle sur la première de ces photos), on se rend compte que l’on entend parfaitement ce que dit à mi-voix une personne placée sur l’espace de la scène. Les volontaires ne manquent pas pour pousser la chansonnette tandis que leurs amis vont tester l’acoustique en plusieurs endroits, sur les côtés, au centre, plus ou moins haut. Pendant que nous étions là, un grand groupe de touristes espagnols est arrivé et s’est réparti un peu partout dans la cavea, puis la guide a laissé tomber, d’une hauteur de vingt centimètres environ, quelques pièces de monnaie. Nous avons parfaitement entendu le tintement du métal sur le sol. Certes, il était souhaitable, dans un si grand théâtre, que tous les spectateurs puissent entendre les acteurs en un temps où évidemment les microphones n’existaient pas, mais nous avons là une preuve de plus de l’incroyable niveau technique des Grecs de l’Antiquité, capables de calculer une telle architecture qui combine acoustique, visibilité, esthétique et solidité. Est-ce plus ou moins admirable que le jeu avec les effets d’optique du Parthénon, je ne saurais le dire, tout comme dans d’autres domaines les Grecs ont animé des automates avec une machine à vapeur, ou ont calculé la circonférence du globe terrestre (ce qui veut dire aussi qu’ils savaient que la terre n’était pas plate).
 
684c1 Epidaure, copie d'ex-voto, guérison de surdité
 
Il y a aussi à Épidaure un petit musée archéologique. Il possède quelques pièces originales, mais aussi beaucoup de copies, le musée archéologique d’Athènes ayant récupéré les objets intéressants mis au jour dans les fouilles de tout le pays. Dans ces conditions, j’ai décidé de ne pas montrer ici de copies. Et puis en voici quand même une, parce que j’ai manqué l’original qui est à Athènes et que cet ex-voto est rare. En effet, les pèlerins avaient beau venir d’un peu partout, les inscriptions en latin, comme celle-ci, sont exceptionnelles. Par ailleurs, l’étiquette explicative est totalement aberrante, disant que Cutius, roi de Gaule Alpine, remercie, en 9 ou 8 avant Jésus-Christ, le dieu Asclépios de l’avoir guéri de sa surdité. J’ignore ce qu’est la Gaule Alpine, mais de toute façon à cette époque qui est celle de l’empereur Auguste, la totalité du territoire des Gaules est romanisée, et il n’y a plus de rois depuis longtemps. En revanche, l’épigraphie fait apparaître à cette époque plusieurs personnages nommés Cutius en Espagne. Ce qui est sûr, c’est que ce Cutius dit que ses oreilles ont été guéries par le fils de Phœbus (c’est-à-dire le fils d’Apollon, Asclépios). Mais rien ne dit si cet homme a fait spécialement le pèlerinage d’Épidaure pour implorer du dieu sa guérison ou si, de passage dans la région, il en a profité pour aller consulter.
 
684c2 Epidaure, définition des formalités des sacrifices
 
Cette stèle, au contraire, est originale et date d’environ 400 avant Jésus-Christ. Son inscription comporte la loi sacrée qui définit les formalités pour sacrifier à Apollon et à Asclépios.
 
684c3 Epidaure, instruments de médecine et chirurgie
 
Moins célèbre aujourd’hui que son merveilleux théâtre mais beaucoup plus célèbre dans l’Antiquité était le sanctuaire d’Asclépios à Épidaure. Ce dieu médecin en effet soignait et guérissait par incubation dans son sanctuaire, après un temps de repas spéciaux pris en commun. C’est pendant ces repas que le dieu venait parmi les patients. Mais de même que les plus croyants des chrétiens qui font le pèlerinage de Lourdes se soumettent aux médecins et chirurgiens humains et souhaitent le miracle de la part de Marie en dernier recours, de même les pèlerins d’Asclépios à Épidaure ne refusaient pas les soins médicaux traditionnels. Le dieu, dans ces conditions, pouvait inspirer les médecins et les aider dans leur pratique. Aussi a-t-on retrouvé à Épidaure, dans la partie du sanctuaire où se trouvaient les cabinets médicaux, bien des instruments chirurgicaux, scalpels, aiguilles, pinces, dont j’ai regroupé quelques uns sur cette image.
 
684d1 Epidaure, Katagogion (hôtel du sanctuaire)
 
Quittons le petit musée pour nous rendre dans les ruines de bâtiments. Ici, c’est le katagogion, soit ce qui servait d’hôtel pour l’accueil non pas uniquement des patients, lesquels devaient pendant une partie des rites loger dans le sanctuaire, manger à la table du dieu et dormir dans la salle d’incubation, mais aussi des personnes qui les accompagnaient. En réalité, ce grand carré de 76,30 mètres de côté se partage en quatre carrés internes correspondant à quatre hôtels, chacun possédant une entrée et ordonnant ses chambres autour d’une cour bordée d’un portique. Deux des hôtels communiquent entre eux, celui de l’est et celui de l’ouest, tandis que les deux autres, au nord et au sud, sont isolés. On a supposé que ce pouvait être pour les maintenir fermés en période de moindre affluence (après tout, en France, dans bien des stations touristiques seuls quelques hôtels restent ouverts en basse saison), ou pour regrouper loin des bien portants, et sans contact avec eux, les malades atteints d’une même maladie contagieuse.
 
684d2a Epidaure, bains grecs
 
684d2b Epidaure, adduction d'eau aux bains grecs
 
Nous arrivons aux bains grecs construits, comme le katagogion, au début de l’ère hellénistique (puisque cette ère part de la mort d’Alexandre en 323, ces bâtiments datent des années 270 à 300 environ, soit le début du troisième siècle avant Jésus-Christ). Sur trois côtés d’une grande cour centrale s’ordonnent plusieurs piscines et salles de bains, ainsi que les conduits de drainage. Par ailleurs, ma seconde photo ci-dessus permet de voir la conduite d’adduction d’eau. Les Romains, qui ont investi le sanctuaire de 31 avant Jésus-Christ à 330 après, ont ajouté deux piscines et un système de réservoirs.
 
684d3a Epidaure, temple d'Asklepios (380-370 avt JC)
 
684d3b Epidaure, temple d'Asclépios
 
Nous voici devant le temple d’Asclépios. C’est le dieu médecin, cela je l’ai déjà dit, et au sujet du malentendant qu’il a guéri nous avons vu qu’il était le fils de Phœbus Apollon, mais le moment est venu de parler de lui un peu plus précisément. Et en particulier parce que j’avais eu l’occasion de suivre à la Sorbonne le cours de religion grecque de Fernand Robert, spécialiste d’Épidaure –je vais reparler de lui tout à l’heure–, qui avait étudié lors d’une de ses conférences les textes évoquant la genèse d’Asclépios. Donc, dans les environs vivait une jolie jeune femme du nom de Coronis et Apollon, qui avait bon goût et n’avait pas ses yeux dans sa poche (d’ailleurs, nu la plupart du temps et n’étant pas une femelle kangourou il n’avait pas de poche), Apollon, dis-je, la remarqua et ne manquant pas non plus lui-même de charme il n’eut pas de mal à la séduire. Les amours divines n’étant jamais stériles, de cette unique union Coronis se retrouva enceinte. Puis Apollon est remonté boire l’ambroisie sur l’Olympe, et est retourné à ses affaires. Mais Coronis n’était pas de bois et, ma foi, après quelque temps, puisqu’elle était délaissée par le dieu elle n’a pas dit non à un autre séducteur, mortel celui-là, un certain Ischys. Tromper son amant quand ils s’agit du dieu de la divination, ce n’est pas bien malin, on est sûr d’être découvert, et c’est en effet ce qui est arrivé. Apollon a été furieux, il trouvait inadmissible qu’un simple mortel passe après lui alors que le fruit de ses amours était encore là, en gestation, dans le corps de cette femme, aussi a-t-il demandé à sa sœur jumelle, la déesse Artémis, la chasseresse qui ne rate jamais son but, de le venger. Et elle, qui ne refuse jamais rien à son frère, a décoché une flèche à Coronis qui s’est effondrée, morte. Deuil, exposition, rites funéraires, bûcher. Le corps de Coronis était déjà dans les flammes et commençait à se consumer quand Apollon s’est souvenu que son fils allait lui aussi être incinéré, aussi s’est-il précipité pour opérer une césarienne au milieu des flammes et sauver in extremis Asclépios. On comprendra qu’avec une naissance dans de telles conditions, alors que la première césarienne humaine ne serait pratiquée que beaucoup plus tard, sur la femme de Jules César, d’où son nom, le petit Asclépios ait été prédisposé à la science médicale. Son père le confia alors au centaure Chiron qui s’y connaissait particulièrement en médecine et qui lui en a enseigné bien plus qu’il n’aurait pu en apprendre à la fac de médecine d’Épidaure (qui d’ailleurs n’existait pas). C’est ainsi qu’il est devenu le dieu médecin dans le sanctuaire où nous sommes. On lui offrait des sacrifices, on lui faisait des dons, et son négoce marchait bien, mais lorsqu’il s’est mis à ressusciter des morts, parmi lesquels Hippolyte, le fils de Thésée (relire la Phèdre de Racine pour savoir comment il est mort), et cela en échange de sommes rondelettes selon mon ami Pindare, là Zeus a eu peur que cela ne révolutionne l’ordre du monde et pour y mettre fin il a jugé bon de foudroyer Asclépios. Car nous disons le dieu en parlant de lui, mais souvenons-nous que sa mère n’est qu’une mortelle, une très belle et très séduisante mortelle, mais mortelle quand même, ce qui fait qu’Asclépios n’est qu’un demi-dieu. Et, comme Héraklès ou Pan, il peut mourir. C’est ce qui lui est arrivé. Apollon, très fâché que l’on supprime son fiston comme ça, pof, d’un coup de foudre, fait un carnage chez les Cyclopes. Pourquoi choisir les Cyclopes pour se venger de Zeus ? Parce qu’ils sont ses oncles, parce qu’il les avait autrefois délivrés du Tatare où les avait enfermés leur frère Cronos, le père de Zeus, et parce que, pour l’en remercier, ils avaient fabriqué le foudre dont il s’est servi pour tuer Asclépios. Mais, bon sang, c’est Zeus qui est le chef des dieux, de plus Apollon est son fils, c’est de l’insoumission, c’est un comportement inadmissible. Zeus remet de l’ordre dans la famille : d’une part, Apollon devra servir comme bouvier chez Admète pendant un an, d’autre part en considération du soulagement que pendant des siècles Asclépios a apporté aux humains accablés de tous les maux qui s’étaient échappés de la jarre imprudemment ouverte par Pandore, la vilaine curieuse, il décide de donner une seconde vie au demi-dieu qui, d’ailleurs, était son petit-fils, en faisant de lui la constellation du Serpentaire (entre le Scorpion et le Sagittaire). Logique, puisque son emblème était le caducée, ce bâton autour duquel s’enroule un serpent. Arrivé au terme de mon récit, je me dois quand même de préciser que ce n’est pas exactement en ces termes que Fernand Robert avait raconté l’histoire, mais je ne crois pourtant pas avoir changé les faits en changeant le style.
 
684d3c Epidaure, la tholos
 
Je voudrais parler de la tholos d’Épidaure, ce bâtiment rond en forme de labyrinthe construit entre 365 et 335 avant Jésus-Christ. Mais c’est le bâtiment qui apparaît tout à gauche sur ma photo du temple. Elle est toute bardée d’échafaudages, et il est interdit de s’en approcher. On est en train de la reconstruire. En 1978, j’avais pu m’approcher et voir le labyrinthe à l’intérieur. C’est fini. Alors je me contente de la photo aérienne qui est reproduite sur le panneau explicatif du monument et qui a été prise avant les travaux de reconstruction. La tholos était composée d’un premier cercle de 26 colonnes aux chapiteaux doriques, suivi d’un mur circulaire lui aussi, avec un second cercle de 14 colonnes aux chapiteaux corinthiens. Puis au centre, le troisième cercle était celui du mur délimitant un espace creusé sous le niveau du sol. Et cet espace souterrain était lui-même composé de trois murs circulaires concentriques délimitant ainsi des couloirs ici ou là murés, mais communiquant par des ouvertures décalées constituant ainsi un labyrinthe. J’ai dit tout à l’heure que je reparlerais de ce Fernand Robert, professeur à la Sorbonne à l’époque de mes études. Il était si passionnant, si cultivé, que pour rien au monde je n’aurais manqué son cours de religion grecque qui pourtant était totalement détaché de mon programme de licence, et c’est lui que je suis allé solliciter pour qu’il soit mon "maître" dans la recherche qui devait constituer mon mémoire de maîtrise. Je reviens à lui maintenant parce qu’il a été dans sa jeunesse membre de l’École Française d’Athènes et que sa thèse de doctorat portait sur la tholos d’Épidaure. C’est donc grâce à ses recherches que l’on sait aujourd’hui la raison de ce très curieux édifice, unique en son genre. Par sa naissance d’une mère morte, parce que son père Apollon lui a transmis la connaissance de l’art divinatoire qui est directement lié au contact avec le monde des morts, par son pouvoir de faire revenir de l’Hadès ceux qui y sont descendus, Asclépios est en lien avec le monde chthonien, et ce labyrinthe souterrain pourrait représenter symboliquement la demeure souterraine du dieu. À ce propos, j’ajoute que le serpent de son caducée est l’animal chthonien par excellence, qui rampe au sol, qui disparaît dans les cavités souterraines et réapparaît à la lumière, faisant le lien entre les deux mondes.
 
Et au sujet des fouilles menées à Épidaure par Fernand Robert, je voudrais maintenant raconter une anecdote qui lui est arrivée et que j’ai trouvée suffisamment émouvante pour qu’après quarante six ans je m’en souvienne encore et qu’elle me touche encore. Tout jeune, il venait d’arriver sur les lieux, et effectuait sa toute première journée de fouilles. Toute la journée, les ouvriers grecs qui avaient été mis à sa disposition ont retourné le sol sans rien trouver. Puis, quelques minutes à peine avant l’heure de la fin du travail, la pelle de l’un d’entre eux a heurté une grosse pierre. Pierre d’un monument, qu’il convient de ne pas toucher, ou stèle renversée qu’il faut retourner ? Choix difficile, surtout pour un débutant. Mais se disant que la nuit porte conseil, il a laissé partir les ouvriers et est rentré chez lui. Dans son excitation, dans son anxiété aussi, il n’a pas fermé l’œil de la nuit mais au matin il a pris la décision de retourner la pierre. Malade d’impatience, il était sur le chantier bien avant l’heure et, dès que les ouvriers sont arrivés il leur a fait retourner la pierre. Et, ô merveille, il avait eu raison, la terre balayée avec le gras de la main semblait laisser entrevoir une inscription. De l’eau, vite, il lave la surface et commence à déchiffrer : "Salut, Étranger, toi qui remets au jour le culte antique des Dioscures. Leur bénédiction retombera sur toi et sur ta descendance". Un texte qui semblait rédigé pour lui il y a deux mille cinq cents ans, de quoi fondre en larmes d’émotion. Bien évidemment, au musée d’Épidaure, j’ai cherché cette pierre. Ne la trouvant pas, j’ai posé la question. Les dames qui étaient là n’étaient pas au courant, il semble qu’elles ne connaissaient pas trop les stèles exposées. Peut-être ai-je manqué cette stèle à Athènes où le musée est si immense, si riche, qu’il est difficile de tout voir.
 
684e Epidaure, sanctuaire d'Asclepios
 
Asclépios, Fernand Robert… J’ai été trop long. Je dois terminer. Et je serai tout particulièrement bref avec cette double petite construction circulaire que je montre parce que je la trouve originale, mais que je ne peux identifier et qui sur le terrain ne fait pas l’objet d’un panneau explicatif.
 
684f1 Epidaure, propylées du sanctuaire d'Asklepios
 
684f2 Epidaure, propylées du sanctuaire d'Asklepios
 
Par rapport à l’entrée du site archéologique, qui se fait du côté du théâtre, je suis maintenant tout au bout, à l’autre extrémité. Mais c’est en réalité ici qu’avait lieu l’entrée officielle du sanctuaire. Cette courte rampe descend vers le sanctuaire, ce qui veut dire que sur la première photo je suis dans le sanctuaire et que je regarde vers l’extérieur. Sur la seconde photo le sanctuaire est à gauche. Au fond de la première photo, à droite de la seconde, cette esplanade surélevée supportait les propylées du quatrième siècle avant Jésus-Christ, une entrée d’honneur richement architecturée mais dont il ne reste que le soubassement. Là, le pèlerin pouvait lire "Quand tu entreras dans la demeure du dieu, celle qui embaume l’encens, il faut que tu sois pur, et ta pensée est pure quand tu penses avec piété". Plus loin, après les ablutions rituelles, il devait obligatoirement sacrifier à Apollon et à Asclépios sur l’autel proche. Un bœuf s’il était riche, sinon une volaille, ou même s’il était très pauvre il pouvait se contenter d’offrir quelques fruits. Le voyageur venant de loin pouvait offrir un don d’argent. La nourriture offerte, animal ou autre, devait être consommée sur place, il était sacrilège qu’elle sorte du sanctuaire. Puis avait lieu une cérémonie religieuse qu’aucun texte ne décrit, sans doute parce qu’il s’agissait d’un culte secret qu’il était interdit de révéler. On a supposé que cette cérémonie pouvait avoir lieu dans cette tholos si mystérieuse et en même temps si belle, d’une architecture si raffinée. Après cela, le pèlerin allait dormir dans la salle où le dieu allait peut-être le visiter pendant son sommeil, c’était alors la guérison par incubation. Le patient, si c’était le cas, se réveillait guéri après avoir vu Asclépios dans son rêve. Il devait alors s’acquitter d’un don proportionnel à sa fortune et à la gravité de l’affection dont il était guéri. La présence de médecins et de chirurgiens dans le sanctuaire n’étant attestée que tardivement, les mauvaises langues disent que leur introduction visait à aider le dieu parce que la foi en lui était déclinante et que les lois économiques de gestion du sanctuaire exigeaient que l’on améliore le pourcentage des guérisons. Peut-être est-ce vrai. Mais ces suppositions ne s’appuient sur aucun texte, sur aucune donnée. Or je disais plus haut qu’une foi ardente n’exclut pas le recours aux moyens humains car les patients qui croyaient le miracle possible savaient fort bien aussi que ce miracle n’était pas systématique et qu’il ne bénéficiait qu’à un faible pourcentage des pèlerins. Les prêtres n’étaient pas consacrés à vie comme chez les Chrétiens, ils pouvaient n’exercer ces fonctions qu’un an ou quelques années, et le responsable de la gestion du sanctuaire était désigné annuellement ; je ne vois pas comment, dans ces conditions, le secret aurait pu être gardé si longtemps s’il y avait eu supercherie. Ce qui ne veut pas dire que j’aie foi dans le pouvoir guérisseur d’Asclépios, mais il y a tant de maladies que l’on peut guérir par suggestion que la croyance en son pouvoir miraculeux peut fort bien reposer sur la constatation de guérisons inexpliquées par la science de l’époque.
 
684g Epidaure, stade antique
 
En marge du sanctuaire il y avait une ville, avec le théâtre que nous avons visité en premier lieu. Je disais que dans les occasions de festivals il y avait des représentations théâtrales et des compétitions sportives. Voici le stade d’Épidaure. On sait d’ailleurs que si chez les Romains les principales distractions étaient les bains et le cirque, chez les Grecs c’étaient le théâtre et le sport. Ce qui ne veut pas dire que les Grecs dédaignaient les bains, nous avons vu ici les bains grecs, ni que les Romains ignoraient le sport, ils le pratiquaient dans des palestres établies dans l’enceinte des thermes. Je disais seulement quelles étaient les priorités de chacun de ces peuples. De plus, de même que le théâtre avait une fonction religieuse, trouvant ses origines dans le culte de Dionysos, les jeux sportifs étaient liés aux rites religieux. Les premiers Jeux Olympiques ont été organisés en 776 avant Jésus-Christ pour sceller l’alliance des diverses cités grecques, une sorte de serment prononcé devant les dieux, et des stades, partout, se rencontrent à proximité des sanctuaires. Mais j’ai dit que je terminais, je pose donc le point final.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

May Coceau 14/05/2013 19:54

Merci pour ces belles photos accompagnées de ces belles présentations. Vous m'avez beaucoup aidé dans mes recherches !

Jean-Marie LETIENNE 14/05/2011 07:14


Je retournerai bien dans ces endroits formidables. C'est exceptionnel. Profitez-en-bien !


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