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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 19:02
Encore une grande exposition à Paris en ce début de 2012, "Exhibitions, l’invention du sauvage" au musée du quai Branly, qui démontre que le sauvage est une création due à un étonnement naïf face à l’inconnu, à l’étrange, mais aussi, surtout, à une intention politique consciente ou à un intérêt économique. Car on ne se limite pas ici à parler de l’indigène de pays lointains et peu explorés présenté comme le sauvage, mais il est question aussi de tous les individus présentant des particularités qui les rendent étranges, même s’ils ne viennent pas d’un autre continent.
 
792a1 Brigida del Rio, femme à barbe (1590)
 
L’Espagnole Brigida del Rio, "la femme à barbe de Peñaranda", est présentée comme curiosité. C’est bien une occidentale, puisque Peñaranda se trouve entre Salamanque et Avila. Nous voyons ici un tableau peint en 1590 par Juan Sánchez Cotán.
 
792a2a Procession américaine, Stuttgart, 1599
 
792a2b Procession américaine, Stuttgart, 1599
 
En 1599, au carnaval de Stuttgart, a été montré au public parmi les autres chars le "défilé de la Reine Amérique". L’exposition présente ici des reproductions d’aquarelles d’époque.
 
792a3 Inuit du Groenland montrés à Copenhague en 1654
 
Ces quatre Inuit (de gauche à droite Thiob, Cabelou 25 ans, Gunelle 45 ans et Sigjo, adolescente) ont été enlevés en 1654 dans l’ouest du Groenland pour être exhibés au Danemark. Mais l’homme, Thiob, meurt peu après son arrivée. Quand les trois femmes sont présentées au roi, il veut qu’elles soient instruites du christianisme, baptisées, et qu’elles apprennent la langue danoise, après quoi on devra les rendre à leur pays. Mais cela fait, on tarde à trouver un bateau vers le Groenland, et toutes trois meurent à Copenhague en 1659. La toile représentée sur ma photo est de 1654, donc lors de l’arrivée des Inuit (d’ailleurs, plus tard, l’homme était mort), et elle est attribuée à Salomon von Hager.
 
792b ambassadeurs, du Siam et de Guinée, fin 17e siècle
 
Ces deux estampes montrent des ambassadeurs étrangers venus en France à la fin du dix-septième siècle de ces pays qui suscitent la curiosité. Celui de gauche est Kosa Pan, ambassadeur du roi de Siam, venu pour rencontrer Louis XIV en 1786. Celui de droite est Dom Matheo Lopez, ambassadeur d’un roi de Guinée.
 
792c1 Femmes hottentotes, 19e siècle
 
L’anatomie de certaines femmes Hottentotes, peuple d’Afrique du Sud, dans la région du Cap, dont la forme des fesses très volumineuses est encore accentuée par une forte cambrure, a créé surprise, intérêt, curiosité en Europe. En effet, l’usage de certaines tribus voulait des femmes au postérieur et aux cuisses énormes, aussi les jeunes filles devaient-elles absorber d’énormes quantités de bouillie de céréales, de miel, d’huile d’arachide, et leur massait-on longuement chaque jour les fesses de beurre et d’onguents. Saartjie Baartman (à gauche ci-dessus), Hottentote née en 1789 dans la tribu des Khoekhoe, avait 14 ans lorsqu’elle est arrivée au Cap, où elle est devenue esclave. Elle a été amenée en Europe pour que l’on puisse exhiber, à Londres de 1810 à 1814, puis à Paris en 1814 et 1815, l’hypertrophie de ses fesses et de ses hanches. Mais aussi de son sexe car dans sa tribu l’usage était, lors de l’apparition des premières règles, de pratiquer sur la vulve deux incisions de chaque côté des petites lèvres et d’y insérer un caillou de plus en plus lourd, de façon à les étirer progressivement jusqu’à ce que le sexe atteigne quelquefois plus de 10 centimètres de long. C’est ce que l’on a appelé le tablier hottentot. Lors de la venue de Saartjie à Paris, une pièce de théâtre est créée, intitulée La Vénus hottentote. Fin 1815, au Muséum d’Histoire Naturelle, le zoologiste Cuvier l’examine, exhibée dans un amphithéâtre bondé (oui, zoologiste, mais il ne cherchait pas encore le chaînon manquant de Darwin entre le singe et l’homme, car né en 1809 Darwin n’avait encore que 6 ans et n’avait pas échafaudé sa théorie). Morte en décembre 1815 ou janvier 1816, elle va continuer à être objet d’étude, car son corps, acheté par Cuvier, va être moulé, mesuré, puis disséqué. Ses fesses dépassaient de son dos de 16,5 centimètres et ses hanches faisaient 45 centimètres de large.
 
Quarante ans plus tard, en 1855, on amène à Paris un groupe de Hottentots, parmi lesquels Stinée, à droite ci-dessus, photographiée par Louis Rousseau, le photographe du Muséum, en 1855. En effet, il a été chargé de tous les photographier, de face et de profil, tous vêtus sauf Stinée, la plus jeune, âgée de 32 ans.
 
792c2 Céphalomètre de Dumoutier (1842)
 
792c3 Tableau de l'évolution (vue raciste du 19e s.)
 
Darwin a publié sa théorie de l’évolutionnisme, mais entre les grands singes et l’homme blanc, doit se trouver un chaînon manquant. Il convient de le retrouver. Les scientifiques alors établissent un catalogue de races et de sous-races, cherchant à démontrer que l’homme noir est ce chaînon manquant. C’est une classification très utile pour justifier le colonialisme. C’est pour procéder à l’établissement de ce tableau hiérarchisé des races que l’on relève toutes les mesures possibles, par photographie, par moulage sur nature, et aussi avec le céphalomètre (appareil à mesurer la tête construit en 1842 par Gravel, photo ci-dessus) de Pierre Dumoutier, médecin spécialiste du moulage et des mesures. Les bustes moulés servent aussi de modèles aux artistes. La seconde photo ci-dessus présente un tableau destiné à prouver l’évolution darwinienne, mais situant l’homme noir entre le singe et l’homme blanc.
 
792c4 Singe assis sur le livre de Darwin et sur la Bible (1
 
Ce bronze de Hugo Rheinhold, fondu en 1893, représente un singe assis sur le livre de Darwin et sur la Genèse, premier livre de la Bible, et contemplant un crâne. Pour Darwin, l’homme est l’arrière-petit-fils du singe ou son cousin, fruit de l’évolution de l’espèce et de la sélection naturelle. Mais dans la Genèse c’est Dieu qui crée l’homme avec de la glaise. L’Église ne peut donc admettre, en cette fin du dix-neuvième siècle, la théorie évolutionniste qu’ont adoptée la majorité des scientifiques de l’époque. D’où l’air perplexe de ce petit singe devant un crâne d’homme. Il se demande s’il est de la même famille.
 
792d1 Danse funèbre siamoise (vers 1830)
 
Cette reproduction d’une lithographie des alentours de 1830 est intitulée Danse funèbre de jongleurs siamois. L’intention de son auteur est claire lorsque l’on voit le ridicule de la présentation, et qu’il annonce dans ces conditions une danse funèbre quand on considère le regard porté sur la mort en Occident.
 
792d2 Présentation d'Indiens Iowa à Louis-Philippe (1845)
 
Karl Girardet a peint en 1845 ce tableau qui représente le roi de France Louis-Philippe assistant à une danse d’Indiens Iowa dans le salon de la Paix au palais des Tuileries, le 21 avril 1845. Peut-être faut-il voir là moins une "exhibition de sauvages" qu’une curiosité folklorique. Toutefois, je suis très loin d’être sûr que ces Indiens soient venus de leur plein gré. Cela me rappelle pourtant un livre de ma bibliothèque, le journal de bord tenu par Bougainville lors de son tour du monde de 1766 à 1769. Lors de son escale longue à Tahiti, il a appris quelques mots de la langue locale, et a accepté d’emmener à son bord Aotourou, un indigène qui l’en priait. Il ne s’agit donc pas d’une capture. Ledit Aotourou, qui ne s’imaginait pas le monde si vaste, a été très déçu de voir que la France était si loin de son île, mais l’expédition ne pouvait pas faire demi-tour, et ainsi s’est-il retrouvé à Versailles, où il a été présenté à Louis XVI et dont il a sans mal pris tous les usages, raffolant de l’opéra, mais une seule chose lui est restée insupportable jusqu’au bout, le port de chaussures. Rien de commun, donc, entre le Tahitien Aotourou venu libre au temps des Lumières où la science découle de la philosophie, et les Indiens Iowa amenés au temps de scientifiques dont la recherche pure est détachée de la philosophie.
 
792e1 Noir présenté dans une ménagerie (1894)
 
792e2 Noirs exhibés comme sauvages (1899)
 
Le pire, ce sont les hommes et les femmes montrés comme des animaux. Non pas des êtres humains particuliers, mais carrément des bêtes en cages, ou dans des grottes. On voit ici (photo du haut) une ménagerie avec un buffle sur la droite, des perroquets sur des perchoirs, un éléphant à l’arrière-plan et sur scène un Noir portant un crocodile sur ses épaules, présenté au public par le "dompteur" blanc. Au premier plan, un petit garçon effrayé est rassuré par sa grande sœur (tableau de Paul Friedrich Meyerheim, 1894).
 
L’autre image est la reproduction d’un dessin de 1899 par William T. Maud réalisé dans le cadre de la présentation de "L’Afrique du Sud sauvage à Earl’s Court", dessin intitulé Un coup d’œil aux Indigènes. Au zoo de Vincennes, la fosse aux ours est meublée de rochers, et ici pour les sauvages d’Afrique du sud on a aménagé une hutte primitive. Les figurants, importés comme des fauves, sont priés de jouer le jeu et de se montrer tels que le public les souhaite. Fort heureusement, le regard sur certaines ethnies et certaines civilisations a changé aujourd’hui. Insuffisamment bien souvent, mais il y a progrès. Toutefois, il m’est arrivé de me dire, en lisant certains guides de voyage, que l’éditeur se doit, pour vendre sa marchandise, de montrer ce que le lecteur s’attend à trouver. Je ne parle pas ici dans le vide, je pense à quelques exemples précis. Par exemple, je connais un peu la Biélorussie, le pays de Natacha. Les paysans n’y ont sans doute pas, pour la plupart, le niveau d’instruction qui s’est répandu aujourd’hui dans les campagnes françaises, néanmoins ils ne sont pas analphabètes, leurs contacts avec la ville sont extrêmement fréquents, bref ils ressemblent à des agriculteurs de chez nous au vingt-et-unième siècle. Mais dans un certain guide de Gallimard, il y a une photo montrant des êtres auprès de qui ceux de L’Intérieur de paysans au vieux joueur de flageolet, de Le Nain, semblent des aristocrates et ceux des tableaux de Brueghel l’Ancien des intellectuels. Il convient de ne pas détromper ceux qui s’attendent à trouver dans cet état le produit des kolkhozes.
 
792e3a exhibition d'un homme-chien et son fils (1873)
 
792e3b exhibition d'un homme-chien et son fils (1873)
 
Cette affiche lithographiée de 1873 propose au public d’aller voir l’Homme Chien et son fils pour un franc par personne (deux francs le vendredi), tous les jours de 13h à 16h30 et de 20h30 à 23h au Tivoli Waux-Hall, place du Château d’Eau. On exhibe donc à l’égal les personnes d’ethnies peu connues ou inconnues du grand public français et celles qui, pour diverses raisons naturelles, sont difformes ou présentent des caractères particuliers.
 
792f1 Indiens Galibis exhibés à Paris (1882)
 
Présentant cette affiche lithographiée, œuvre de Jules Chéret en 1882, l’exposition lui adjoint un commentaire que je préfère retranscrire ici textuellement : "En 1882, des familles d’Indiens Galibis sont amenées de Guyane et du Surinam jusqu’au jardin zoologique d’Acclimatation à Paris. Elles attirent près de 400 000 visiteurs. En 1892, de nouveaux Galibis arrivent à Paris. Ils sont exhibés comme des sauvages à moitié nus, comme le suggère cette affiche, mais trois meurent de maladie lors de leur exhibition dans le Jardin d’acclimatation. Ils seront enterrés sur le lieu même de l’exhibition. Pourtant, le ’spectacle’ continue. De ce récit dramatique, Gérard Collomb a collecté en Guyane, au début des années 1990, des témoignages transmis de génération en génération parmi les Indiens : ‘Ils avaient été enfermés pour que les Blancs puissent les voir. Personne n’avait le droit de sortir. Chaque jour les Blancs se rassemblaient pour les regarder.’ …un voyage exceptionnel dans les mémoires".
 
Très, très loin de moi l’intention de minimiser l’horreur de ces captures, de ces transferts autoritaires, de ces exhibitions inhumaines avec mise en scène. Mais je mets seulement en doute ces témoignages, car les Blancs de Guyane, si c’est d’eux qu’il s’agit quand on dit qu’ils se rassemblaient pour les regarder, en voyaient quotidiennement, de ces Indiens qu’ils faisaient travailler pour eux, et s’il s’agit des Blancs de Paris, à une époque où les informations ne circulaient pas si bien à travers le monde, surtout chez les populations restées hors du développement technique des Occidentaux, les Indiens de Guyane ne devaient guère avoir les moyens d’apprendre que des centaines de milliers de badauds contemplaient leurs congénères comme des bêtes.
 
792f2 Pygmée congolais exhibé aux USA (1904-1906)
 
De plus en plus près de nous, en 1904 cette fois-ci, avait lieu à Saint-Louis, aux États-Unis, une exposition universelle. À cette occasion, on y a amené Ota Benga, un Pygmée du Congo. Puis on l’a transféré en 1906 au zoo du Bronx où, enfermé dans une cage voisine de celle d’un orang-outan, il n’était plus comparé à un animal, il ÉTAIT un animal sous les yeux des visiteurs. Tout le monde, cependant, ne le voyait pas de cet œil, et une partie de l’opinion publique, derrière le clergé, a élevé une protestation humanitaire, obtenant qu’il soit libéré et hébergé dans un orphelinat. Ce n’était pas la panacée, mais c’était plus humain. Puis il ira travailler dans une manufacture de tabac en Virginie. Mais en 1916, il apprend que jamais plus il ne pourra retourner en Afrique, et préfère se suicider. Il avait alors 32 ans.
 
792g1 Villages annamites à Lyon (1894)
 
Cette affiche lithographiée a été réalisée en 1894 par Francisco Tamagno pour l’exposition coloniale de Lyon. Présentant le village annamite, elle était montrée à côté d’une affiche de village africain que je ne publie pas (je ne peux tout montrer). Comme je l’ai fait tout à l’heure, je recopie textuellement ici le texte placé auprès des deux affiches. "Deux affiches furent réalisées pour l’Exposition coloniale de Lyon de 1894 proposant des ‘villages d’indigènes’, mais alors que l’affiche du village noir, avec cette femme aux seins nus, promet un voyage dans l’Afrique exotique et guerrière, celle du village annamite parle d’une civilisation à découvrir. Une hiérarchie des peuples est ainsi exposée aux visiteurs. Les premiers s’exhibent, les seconds ‘travaillent’ devant les visiteurs. Autant de signes qui suggèrent aux visiteurs qu’il existe une hiérarchie des cultures au sein de l’empire colonial français. D’autant plus qu’un enjeu politique est présent : le Dahomey vient juste d’être conquis par la France, dans un contexte où l’opinion est peu favorable à l’expansion coloniale, il faut désormais promouvoir cet empire africain en construction et vanter la ‘diversité’ des peuples placés sous l’autorité de la République". Je n’ai à ce sujet aucun doute, dans les exhibitions privées il s’agit de gagner le plus d’argent possible, dans les expositions publiques il y a toujours un arrière-plan politique. Mais je vois mal comment, pour justifier la conquête du Dahomey, on montre que les pays africains sont belliqueux et ne sont bons qu’à être exhibés, tandis qu’en Asie du Sud-est les indigènes sont travailleurs et productifs.
 
792g2 Assiette souvenir, expo universelle, Paris 1900a
 
À l’occasion de l’exposition universelle de 1900 qui avait lieu à Paris, avaient été éditées des assiettes souvenirs en faïence portant des dessins humoristiques imprimés. Leur humour est fortement teinté de racisme. Sur celle que je montre, un gamin dit à son copain "Regarde donc, c’qu’il a l’air triste, ce nègre", à quoi l’autre répond "Dame, un nègre, ça a les idées noires". Une autre assiette montre une femme africaine en boubou, assise à terre sur une natte dans une case, et des visiteurs blancs, en chapeau européen, se penchent pour la regarder à l’intérieur. "C’est la femme du chef soudanais, dit l’un. Il en a 4 comme ça. – Oh le malheureux!…" soupire l’autre. Pourtant, autant que je sache, bien des Blancs des colonies ont amplement profité des femmes africaines.
 
792g3 Village alsacien à Nancy (1909)
 
À côté de cette affiche du village alsacien à l’exposition de Nancy de 1909, dessinée par Splinder, un commentaire explique que dans une France régnant sur un Empire colonial et prônant l’uniformisation et la disparition des particularismes régionaux et coloniaux, il convenait de faire voisiner dans les expositions des minorités telles que les Bretons ou les Savoyards avec des villages africains. "Les cultures locales ou celles des populations colonisées sont amenées à disparaître et donc à être exhibées avant de se fondre dans une identité unique", peut-on lire. Soit. Je sais bien qu’en ce début de vingtième siècle on châtiait encore les gamins qui, à l’école, parlaient la langue bretonne, la langue occitane, les dialectes picard, bourguignon ou auvergnat. Ou la langue allemande dans la Lorraine de Nancy restée française. Mais depuis la défaite de 1871, la Lorraine de Metz et toute l’Alsace depuis Wissembourg jusqu’à Saint-Louis en passant par Strasbourg, Colmar et Mulhouse, avaient été annexées par l’Allemagne. Même si elle rêvait d’une revanche et de la récupération de ces provinces, la France de 1909 ne pouvait en envisager l’uniformisation dans le creuset français. Et moins encore la ville de Nancy que Paris, pour qui les us et coutumes lorrains ou alsaciens étaient plus chargés de signification que les usages parisiens. L’intention de ce village alsacien qui voisinait avec des villages africains était donc beaucoup plus folklorique que l’on ne veut bien nous le dire. À moins qu’il n’ait été souhaité de montrer qu’au-delà des particularismes régionaux, l’Alsace qui nous a été prise est beaucoup plus proche de nous (et des Lorrains de Nancy) que ces Africains que nous possédons encore.
 
Je terminerai là notre visite de cette exposition sur l’invention du sauvage. J’ai lu un jour un livre d’un auteur roumain, Mircea Eliade je crois (mais je n’en suis pas sûr, et je ne sais plus le titre de l’ouvrage) critiquant vertement les zoos humains des années 1930. Ces exhibitions ont continué jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Ensuite, elles n’ont plus été qu’épisodiques, la toute dernière ayant lieu à Bruxelles en 1958 mais, sous la pression des violentes critiques, les organisateurs seront contraints de fermer les villages congolais. S’ouvre à ce moment-là l’époque où les peuples colonisés vont accéder à l’indépendance. Mais ouvrons nos oreilles, nous comprendrons que le racisme n’a pas disparu, hélas.
 
Puisque cette exposition avait lieu au Musée des arts premiers du quai Branly, nous avons profité de notre présence sur place pour aller jeter un rapide coup d’œil, en désordre et au hasard, dans quelques salles des expositions permanentes. Je vais en montrer maintenant quelques images, mais à défaut d’avoir approfondi ce que j’ai vu elles ne sont guère porteuses de sens. Tant pis, j’ai au moins plaisir à les voir même sans toujours les comprendre bien.
 
792h1 Effigie masculine indonésienne (fin 19e s.)
 
Ce monsieur assez indécent vient, nous dit-on, du centre de Nias (qui est une île indonésienne à l’ouest de Sumatra) dans le cours moyen de la rivière Susuwa. Il date de la fin du dix-neuvième siècle.
 
792h2 Effigie masculine, Sumatra, fin 19e siècle
 
Cette effigie masculine en pierre date de la fin du dix-neuvième siècle ou du début du vingtième, et elle provient d’Indonésie, Sumatra, région du lac Toba, population Pakpak simsim.
 
792h3a Aristocrate de Sumatra chiquant (milieu 19e s.)
 
792h3b Aristocrate de Sumatra chiquant (milieu 19e s.)
 
J’aime beaucoup cette autre statue de pierre, un peu plus ancienne (milieu du dix-neuvième siècle), cette femme manifestement aristocratique avec sa chique dans la joue gauche. Elle aussi est indonésienne de Sumatra, mais de la région de Barus, population Toba. C’est son mari qui a commandité le portrait de Ronggur ni Ari boru Barutu (nom compliqué…) représentée avec une boîte rituelle dans chaque main, l’une pour les feuilles de bétel, l’autre pour la chaux. J’avais lu quelque part que l’usage de chiquer des feuilles de bétel avec de la chaux comme catalyseur était un usage très répandu dans beaucoup de pays asiatiques, avec des propriétés stimulantes et aphrodisiaques.
 
792i1 Couperet rituel du Tibet (14e ou 15e siècle)
 
Cet objet, qui remonte au quatorzième ou au quinzième siècle, est un couperet rituel originaire du Tibet.
 
792i2 Bure kalou des Fidji, édifice cérémoniel
 
Nous voici dans une des îles Fidji, peut-être Taveuni. Cette construction en fibre de coco tressée date du milieu du dix-neuvième siècle et représente fidèlement un bure kalou, ces édifices cérémoniels où demeuraient les prêtres. La fibre de coco est un matériau sacré en Polynésie. En tressant les fibres, hommes ou femmes récitaient les généalogies qui remontaient jusqu’aux dieux, ce qui avait pour effet de charger l’objet de pouvoirs. Je lis qu’en outre, lors des cérémonies, le bure kalou recevait le souffle divin par l’intermédiaire d’une écorce blanche ou d’une figure de bois, ou d’ivoire de cachalot, que l’on plaçait à l’intérieur.
 
792i2 Chapeau de mariée (nord Laos, 20e siècle)
 
Ce couvre-chef du vingtième siècle est une coiffe de femme mariée de la population Akha Loïmi du nord du Laos. Elle est faite d’argent, de bambou, de coton, de pièces de monnaie, de métal, de graines, de laine, de fourrure d’écureuil, de plastique…
 
792i4 Couverture du Vietnam représentant des avions
 
Cette couverture de la province de Lam Dong au Vietnam et datant de la seconde moitié du vingtième siècle servait de manteau à la saison froide. Sa décoration est faite de motifs figuratifs stylisés. À l’origine, les motifs étaient géométriques sur ces couvertures tissées sur un petit métier tenu par le dos et les pieds de la tisserande. Depuis qu’elles en sont venues aux motifs figuratifs, les femmes tirent leur inspiration de ce qu’elles voient au quotidien. Ainsi, avec la guerre dans les années 1960, les sujets sont souvent devenus des armes, des hélicoptères ou, comme ci-dessus, des avions.
 
792j1 Ex-voto d'Alep et d'Irak
 
Ici, j’ai regroupé sur une seule image trois séries d’ex-voto. Sur la première ligne, ils appartiennent à la population syriaque d’Alep, en Syrie. Ceux de la deuxième ligne proviennent de la communauté musulmane chiite de Kadhimain, en Irak. Enfin, c’est de la population arménienne d’Alep que viennent les ex-voto de la ligne du bas. Tous sont en argent, sauf un en or dans la série musulmane (le tout petit en quatrième position, on le reconnaît facilement à sa couleur).
 
792j2 Plaque d'agate juive d'Iran, allumage de menorah
 
Nous terminons notre rapide visite avec cette plaque d’agate de la communauté juive de Mashhad en Iran, représentant une scène d’allumage de bougies de menorah (le chandelier à sept branches).
 
Et voilà. Cette visite au quai Branly sera la dernière de notre séjour à Paris.

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Published by Thierry Jamard
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