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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 14:36
Plusieurs fois depuis que nous sommes de passage à Paris nous avons emprunté le boulevard Saint-Germain et avons vu sur la façade de la Maison de l’Amérique Latine une affiche annonçant une exposition sur Jules Supervielle. Ayant, à chaque fois, d’autres projet nous ne nous sommes pas arrêtés. Aujourd’hui, sortant suffisamment tôt du Musée du Manuscrit situé de l’autre côté du boulevard, mais tout près, nous décidons de nous y rendre.
 
788a Jules Supervielle
 
Quoiqu’il soit un grand poète, Jules Supervielle n’est pas très connu. Son recueil de poèmes intitulé Les Amis inconnus était au programme de ma licence de lettres, et j’avoue que jusqu’au jour où je l’ai abordé dans le cadre de mon programme, il n’était pour moi guère plus qu’un nom. Je ne suis même pas sûr qu’à l’époque j’aurais été capable de citer le nom d’une seule de ses œuvres. Il faut dire aussi qu’aujourd’hui on ne lit que très peu de poésie en France. De poésie contemporaine, du moins, car tout le monde connaît plusieurs fables de La Fontaine, sait de mémoire des vers de Victor Hugo, de Baudelaire ou de Verlaine.
 
788b Jules Supervielle
 
Il était une fois deux frères béarnais mariés à deux sœurs basques, qui venaient de créer une banque en Uruguay. C’est de l’un de ces couples que naît, le 16 janvier 1884, le petit Jules Supervielle. "Je suis né à Montevideo, écrit-il, mais j’avais à peine huit mois que je partis un jour pour la France dans le bras de ma mère qui devait y mourir, la même semaine que mon père. Oui, tout cela dans la même phrase. Une phrase, une journée, toute la vie, n’est pas la même chose pour qui est né sous les signes jumeaux du voyage et de la mort". Partis à trois voir la famille pour un court séjour, Jules se retrouve seul, ses parents ayant, à Oloron-Sainte-Marie, contracté le choléra. Après deux années où sa grand-mère l’élève en France, l’oncle et la tante banquiers l’emmènent en Uruguay et l’élèvent comme s’il était leur propre fils, à tel point que ce n’est que par hasard qu’à l’âge de neuf ans il apprend qu’il n’est pas leur fils et que ses parents sont morts. Un an plus tard, en 1894, son oncle et sa tante viennent s’installer à Paris avec lui. C’est donc là qu’il va faire ses études secondaires, puis sa licence de lettres, repartant toutefois passer ses vacances d’été en Uruguay.
 
788c Jules Supervielle
 
En 1907, à Montevideo, il épouse Pilar, qui était l’une de ses motivations pour retourner chaque été au pays natal, et qui restera le grand amour de sa vie. Ici, j’introduis un hors sujet. La tradition me pousserait à dire qu’elle lui a donné six enfants, mais je me garderai bien d’employer cette expression. En effet, ils ont eu ensemble six enfants. Je refuse ce machisme qui fait de la femme une machine à enfanter pour le compte et le bénéfice de l’homme. D’ailleurs, si l’on s’en tient à une représentation physiologique de la conception, c’est même plutôt l’homme qui donne des enfants à la femme. Fin de mon couplet antisexiste, fin de mon hors sujet. Le couple s’installe à Paris en 1912. Ce n’est qu’en 1939 que Jules et Pilar partent s’installer à Montevideo. L’année suivante, c’est la ruine qui s’abat sur eux, avec la faillite de la banque Supervielle. Retour en France en 1946, quand Jules est nommé attaché culturel honoraire auprès de la légation d'Uruguay à Paris. Il meurt à Paris en 1960 et est inhumé dans le caveau de famille à Oloron-Sainte-Marie.
 
788d Cocteau à Supervielle prince des poètes
 
En 1960, Jules Supervielle reçoit la consécration avec le titre de Prince des poètes. Le dessin de Jean Cocteau ci-dessus, daté du 5 mai 1960, porte les mots de dédicace "Cher Prince, l’ami Jean Cocteau vous salue". Je parle de lui, mais pour qui ne connaît pas, j’ai envie de citer ici l’un de ses poèmes. Pourquoi pas celui sur lequel je suis tombé à l’oral de ma licence, Les Chevaux du temps, tiré des Amis Inconnus, puisque je peux l'écrire de mémoire.
"Quand les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte
J’hésite un peu toujours à les regarder boire
Puisque c’est de mon sang qu’ils étanchent leur soif.
Ils tournent vers ma face un œil reconnaissant
Pendant que leurs longs traits m’emplissent de faiblesse
Et me laissent si las, si seul et décevant
Qu’une nuit passagère envahit mes paupières
Et qu’il me faut soudain refaire en moi des forces
Pour qu’un jour où viendrait l’attelage assoiffé
Je puisse encore vivre et les désaltérer."
 
788e L'Homme de la Pampa, roman de Jules Supervielle
 
On parle de Supervielle poète, car c’est sa poésie qui l’a rendu célèbre, qui lui a valu le titre de Prince des poètes et la décoration de la Légion d’honneur, Débarcadères, Gravitations, etc., mais il a également écrit des romans de valeur, comme L’Homme de la Pampa, d’abord rédigé en espagnol, El hombre de la Pampa. Ses nouvelles (L’Enfant de la haute mer) ont également eu du succès. Et puis il a écrit des pièces de théâtre (Shéhérazade), de nombreux articles, il a traduit en français des auteurs hispano-américains.
 
788f lettre signée de Gaulle et adressée à Supervielle
 
Il ne s’agit que d’une petite exposition, intéressante certes, mais qui ne présente pas des masses de documents, ni des objets lui ayant appartenu, son cadre de vie, etc. Il y a des photos (je viens d’en montrer quelques unes), et aussi bon nombre de lettres de ses amis poètes s’adressant à lui amicalement. Il y a également cette lettre du président de la République Charles de Gaulle, datée du 5 décembre 1959 :
"Monsieur,
J’ai lu avec émotion les beaux poèmes dont vous m’avez fait hommage.
De cette attention et de l’agrément que j’ai pris à goûter votre talent, je vous remercie bien sincèrement.
Croyez, Monsieur, à mes sentiments les plus distingués et les meilleurs".
 
788g Jules Supervielle par Apel.Les Fenosa
 
Je n’ai pas l’intention de reprendre ma casquette de prof de français, je l’ai remisée voilà bientôt 33 ans, elle est toute mitée. Je voulais seulement évoquer cette exposition et le plaisir que j’ai eu à retrouver ce Jules Supervielle que j’aime bien, sans toutefois qu’il soit mon auteur préféré. Je termine donc cet article avec son buste de bronze par le grand sculpteur barcelonais Apel.Les Fenosa.

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Published by Thierry Jamard
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