Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 16:04

790a1 Saint-Denis, chapelle de l'ancien couvent des Carmél

 

Le dessinateur Jean Effel (de son vrai nom François Lejeune, dont les initiales F.L. sonnent comme Effel, de la même manière que Georges REMI signait Hergé) est l’objet d’une exposition au musée municipal de Saint-Denis. Entrée pour un Euro symbolique, et l’on peut admirer le couvent où a lieu l’exposition. Une stèle d’information touristique, sur le trottoir, donne des informations intéressantes. "Sur la demande de Louise de France, fille de Louis XV entrée en religion sous le nom de sœur Thérèse de Saint Augustin, pensionnaire devenue prieure du couvent des Carmélites, cette chapelle est édifiée entre 1780 et 1784 […]. Après la dispersion des Carmélites, sous la Révolution, il accueille en 1794 le temple de la Raison, transféré de l’ancienne abbatiale. La loi du 18 germinal an X (avril 1802) en fait l’unique église paroissiale de Saint-Denis. Acquise par la ville en 1872, elle héberge la justice de paix de 1896 à 1993".

 

790a2 Saint-Denis, ancien couvent des Carmélites

 

790a3 Saint-Denis, ancien couvent des Carmélites

 

L’exposition est située en deux endroits différents de l’ancien monastère, et ailleurs encore se trouve l’exposition permanente de ce musée historique, qui concerne l’histoire de la Commune de Paris, et dont je parlerai aussi tout à l’heure. Seule la chapelle, fermée pour travaux, ne permet pas de voir les autres objets de l’exposition permanente. C’est d’ailleurs, nous a-t-on dit, ce qui justifie ce prix d’entrée fort modeste. Il n’empêche, rien qu’avec ces beaux bâtiments, avec l’exposition Effel et l’exposition Commune de Paris, on en a très, très largement pour son argent.

 

790a4 Saint-Denis, ancien couvent des Carmélites

 

Tout au long des couloirs, sont peints des préceptes de vie chrétienne ou de vie monastique. Mais peut-être le choix de l’emplacement des toilettes dames, précisément sous cette phrase, est-il un peu maladroit… Tant pis si ma photo est de mauvais goût, je n’ai pas su résister à la tentation.

 

790b1 Louise de France, musée de Saint-Denis

 

Ce tableau représentant Louise de France a été maintenu en place dans les bâtiments. Puisqu’elle a été prieure du couvent, puisqu’elle a voulu la construction de la chapelle, puisqu’elle était fille de roi, elle a bien le droit de figurer dans mon blog.

 

790b2 Musée historique de Saint-Denis, statue du saint pat

 

Pas de collections permanentes, donc, mais dans le hall d’entrée on peut quand même voir cette statue de saint Denis portant sa tête sans ses mains. On sait que l’évêque Denis et ses compagnons ont été décapités sur la colline de Montmartre (dont le nom signifie Mont des Martyrs). La tradition veut que Denis, ramassant sa tête, soit parti en direction du nord, portant sa tête dans ses mains, comme le montre cette statue. Arrivant au lieu qui, depuis, s’appelle Saint-Denis, il s’est enfin écroulé. Là où il était tombé, on avait construit une basilique, ancêtre de l'actuelle où sont enterrés les rois de France. Un jour, il y a de cela bien des années, voyant les statues de la façade de Notre-Dame de Paris, une amie me dit "Regarde, encore une statue que les révolutionnaires ont brisée". Mais cette statue sans tête représentait saint Denis et, ne voyant que le cou tranché, elle n’avait pas remarqué la tête dans les mains…

 

790b3 Musée historique de Saint-Denis

 

Cette statue de la Vierge, qui orne cet endroit que le musée soit ouvert ou fermé, méritait aussi une photo, quoiqu’elle soit, autant que saint Denis, hors de mon sujet d’aujourd’hui.

 

790c1 Jean Effel

 

790c2 Jeazn Effel en croisière

 

Venons-en à Jean Effel (1908-1982). Je pense qu’il n’est pas nécessaire de présenter davantage ce très célèbre dessinateur humoristique, publicitaire et illustrateur, qui fait preuve de beaucoup d’inventivité. Qu’il ait autrefois étudié la philosophie ne peut étonner quand on voit l’inspiration de ses dessins. La première photo est de Varta, photographe parisien d’origine arménienne qui a fait des portraits de nombreuses personnalités des arts et du spectacle (dont Brassens). Sur la seconde photo, on voit Effel en 1963 sur le pont d’un navire, lors d’une croisière en Méditerranée offerte aux journalistes.

 

790c3 Jean Effel recevant le prix Lénine, à Moscou

 

Jean Effel était un sympathisant communiste. Je pense d’ailleurs que c’est l’une des raisons qui ont aujourd’hui justifié ce choix d’exposition dans une municipalité communiste. Grâce à cette idéologie, il était bien considéré à Moscou et dans les pays satellites, ce qui a valu à ses œuvres d’être publiées dans ces pays. La plupart de ses dessins étant légendés et, au-delà de la qualité du trait, trouvant leur saveur dans la lumière que jette sur eux la légende, ses livres ont besoin d’être traduits, et l’ont été en russe, en tchèque, etc. Nombre de ses ouvrages ont été vendus, en Union Soviétique, à un million d’exemplaires, dix fois plus qu’en France en moyenne pour une population seulement 4 à 5 fois plus nombreuse. Sur la photo ci-dessus, nous le voyons à Moscou, recevant en mai 1968 le prix Lénine "pour le renforcement de la paix entre les peuples". Effel, sans nul doute, était beaucoup plus pacifiste que ceux qui lui décernaient ce prix puisque trois mois plus tard, en août 1968, la Tchécoslovaquie était envahie par les troupes du Pacte de Varsovie menées par l’U.R.S.S., dans une opération préparée depuis avril.

 

790c4 Autoportrait de François Lejeune, alias Jean Effel

 

Avant de se lancer dans le dessin tel qu’on le connaît, et travaillant sous son vrai nom de François Lejeune, le futur Effel a essayé de vivre de la peinture. Ci-dessus, un autoportrait daté de 1930.

 

790d1 Affiche politique 1er mai par Effel

 

Dans sa carrière de dessinateur, Effel a réalisé des affiches publicitaires, mais aussi des affiches politiques. Ici, au nom de la C.G.T., un appel à l’unité, à la liberté et à la paix pour un meeting du Premier Mai. L’année n’est pas indiquée.

 

790d2 Dessin contre la guerre en Algérie

 

En pleine période de Guerre d’Algérie, les appels à la paix concernent d’abord le Maghreb. Ce dessin plein d’humour noir représente des baïonnettes surgissant derrière toutes les dunes du Sahara. La légende en est authentiquement recopiée du dictionnaire Larousse : "…L’alfa, dont les tiges droites forment des touffes, occupe, en Algérie, d’immenses étendues de territoire et croît avec une vigueur inouïe dans les lieux mêmes où toute vie est rendue impossible…"

 

790e1 Dessin humoristique, l'art lyrique, par Effel

 

Agonisant au sol près d’une boîte de poison, un rat s’adresse à des chauves-souris toutes blanches en les suppliant "Anges purs, anges radieux, portez mon âme au sein des cieux". On reconnaît là, bien évidemment, le passage de Faust (acte V scène 3) de Gounod :

 

Marguerite

Anges purs! anges radieux!

Portez mon âme au sein des cieux!

Dieu juste, à toi je m'abandonne!

Dieu bon, je suis à toi! Pardonne!

 

Faust

Viens, Marguerite, je le veux!

Viens!... Le jour envahit les cieux

 

C’est cette même Marguerite qu’interprétait la grande Castafiore ("Je ris de me voir si belle en ce miroir") de Tintin.

 

790e2 Dessin humoristique, l'épopée du savoir, par Effel

 

Humour philosophique, celui de ces deux petits asticots dans leur pomme, l’un déclarant à l’autre : "Rien ne prouve que notre monde soit le seul habité".

 

790f1 Jean Effel, la Création du monde

 

Mais l’une des œuvres –en plusieurs tomes– les plus célèbres de Effel, et qui constitue le cœur et le thème principal de l’exposition, c’est la Création du monde. Au tout début, Dieu est seul dans un univers tout noir, sans étoiles, sans terre et sans vie. "Ce n’est pas exister que de n’exister que pour soi…", songe-t-il, cet aphorisme tout à fait philosophique présupposant qu’il souhaite ne plus exister que pour lui-même. C’est l’idée du départ de la création du monde.

 

790f2 Jean Effel, la Création du monde

 

Je ne peux hélas multiplier les images à l’infini. Toutes ou presque sont pourtant bien savoureuses. Ici, mettant en scène deux petits anges qui regardent Dieu se promener au milieu d’une végétation luxuriante de fruits et de légumes, Effel joue sur le mot radis : "Et dire qu’on a commencé sans un radis !"

 

790f3 Jean Effel, la Création du monde

 

790f4 Jean Effel, la Création du monde

 

Il y a aussi des cours donnés aux habitants du monde, en préalable à la création de l’homme. En haut, un angelot instruit des abeilles qui volent autour d’un tableau noir. Puisqu’elles seront chargées de fabriquer du miel, l’ange s’informe "Tout le monde a compris la préparation du glucose ?" devant la formule chimique tracée à la craie. Puis les abeilles devront construire leurs rayons, alors l’ange enchaîne "Nous allons passer à la construction du prisme hexagonal".

 

Mais il y a aussi le diable et les diablotins, qui s’ingénient à défaire ce qui est créé. Comme à l’école maternelle, l’instituteur –le grand diable– demande de dessiner des formes simples. "Pour débuter, vous me ferez des ronds et des bâtons". Mais on voit, en regardant le dessin, que les ronds sont des spores et les bâtons des bacilles, destinés à développer la rouille du blé et la gale de la pomme de terre.

 

790f5 Jean Effel, la Création de l'homme

 

Étape par étape, on voit Dieu construire le premier homme, jouant au "Mecan’os" avec les os, élaborant un cœur "Quatre cylindres, trois temps, 75 tours minute, ça devrait marcher cent ans", ou ici, quand tout est prêt, versant cinq litres de sang dans le corps.

 

790f6 Jean Effel, la Création de l'homme

 

Et puis, l’homme étant fin prêt, Dieu donne la vie à Adam. Il place une âme à l’intérieur. Jouant encore une fois sur les mots, l’expression "rendre l’âme" pour "mourir", Dieu ajoute une limite à ses dons : "L’âme, il faudra qu’il me la rende".

 

790f7 Jean Effel, la Création du monde

 

Ensuite, Dieu passe à la création de la femme. Ici, il en est à la conception dessinée. Le dessin se passe de légende (simples points de suspension) parce que, parvenu au bas du dos, Dieu prend les proportions, comme font les peintres, en mesurant sur son crayon la dimension du modèle. Et ici, pour ce niveau de l’anatomie féminine, le modèle c’est la lune…

 

790f8 Jean Effel, la Création du monde

 

L’homme et la femme sont confrontés à la nature, aux animaux. Darwin ayant fait de l’homme un cousin du singe, cela explique la phrase qu’Ève, que l’on voit assise sur les genoux d’un chimpanzé, adresse à Adam. "Ton cousin a la main indiscrète… Et il en a quatre !"

 

790f9 Jean Effel, la Création du monde

 

Ève a découvert que l’eau peut servir de miroir. On l’a vue ainsi inventer le maquillage : observant une poule, avec sa crête et son barbillon bien rouges, elle s'est barbouillé les lèvres de jus de fraise en se contemplant dans une mare. Maintenant c’est la création du vêtement minimum, celui que peintres et sculpteurs attribuent aux nus, la traditionnelle feuille de vigne. Ici, nous voyons Ève faire des "essayages" devant la même mare, elle tient dans une main une feuille de vigne qu’elle vient sans doute d’essayer, "…mais la feuille de chou fait trop campagne", trouve-t-elle, l’autre main posant devant elle une large feuille de chou.

 

790g1 Dieu le Père, figurine d'après Effel

 

Je me suis laissé entraîner à montrer trop de ces dessin que j’aime beaucoup. L’exposition présente aussi ce que l’on a tiré des œuvres de Jean Effel, comme cette figurine où Dieu goûte la mer où il vient de verser du sel. Il y a eu aussi des jeux d’échecs, etc.

 

790g2 Cendrier décoré par Effel

 

790g3 Cendrier décoré par Effel

 

Parmi les "etc." d’objets, Effel a illustré une série de cendriers, axant évidemment son humour sur la cigarette, la fumée, la cendre. La première photo ci-dessus représente un volcan vomissant des flots de cendres qui recouvrent la région. "On n’aura jamais rien de propre, il jette ses cendres partout", se plaint Ève en maîtresse de maison découragée. Sur l’autre cendrier, Ève s’adresse à un angelot qui vole sous un ciel couvert d’épais nuages. "Il y a des jours, là-haut, chez vous, c’est une vraie tabagie !"

 

790h1 Thiers et Favre, les Prussiens de Versailles

 

Mais passons à des sujets plus graves. Je veux parler de l’exposition permanente du musée concernant les événements de la Commune de Paris. Adolphe Thiers, président de la République et Jules Favre, vice-président et ministre des Affaires Étrangères, sont les deux têtes des Versaillais, c’est-à-dire le pouvoir légitime face aux communards. Ils ont capitulé face aux Prussiens, et obtiennent la coopération de l'ennemi pour avoir les mains libres face à Paris retranché. Cette caricature, les Prussiens de Versailles, représente ces deux hommes en casques à pointe.

 

790h2 L'Appel (Commune de Paris)

 

Cette toile d’André Devambez, intitulée l’Appel, évoque les débuts de l’insurrection parisienne. La Commune Libre va durer un peu plus de deux mois, jusqu’à la Semaine Sanglante. Ce tableau n’est pas contemporain des faits, puisqu’il a été réalisé en 1906.

 

790h3 Commune de Paris, un club à Saint Eustache

 

Pendant les événements, de nombreux clubs politiques se réunissaient. Les salles venant à manquer, des églises ont été utilisées, et l’un des clubs les plus importants se réunissait dans l’église Saint Eustache. C’est ce que représente cette gravure.

 

790h4 Un Mariage lors de la Commune de Paris

 

Félix Guerié a représenté ce Mariage sous la Commune, devant le drapeau rouge, avec des hommes brandissant des fusils, probablement pour discréditer l’insurrection, selon la notice affichée par le musée.

 

790i1 Jean Jaurès, bronze par Montagut

 

Je crois qu’il suffit de dire qu’il s’agit d’un bronze de Montagut représentant Jean Jaurès. Pour le reste, il est suffisamment célèbre pour que je puisse me dispenser de parler de lui.

 

790i2 Louise Michel, bronze par Emile Perré

 

De même, chacun sait quelle pasionaria active et efficace a été Louise Michel avant et surtout pendant la Commune. Je me contenterai donc de dire que ce buste d’elle est un bronze d’Émile Perré.

 

790i3 Louise Michel harangue les communards

 

790i4 L'arrestation de Louise Michel

 

Ces deux épisodes concernant Louise Michel sont des œuvres de Jules Girardet. La première s’intitule Louise Michel harangue les communards, et la seconde représente l’arrestation de Louise Michel. Née en 1830, elle a passé la quarantaine au moment des événements. Or le musée note qu’elle semble sensiblement plus jeune, et avance l’hypothèse que l’auteur a voulu en faire une figure légendaire, presque allégorique. Je suis d’accord pour attribuer ces intentions au dessinateur au vu des attitudes qu’il prête à l’héroïne, mais je ne suis pas convaincu par l’argument de la si grande jeunesse.

 

790j Les Tuileries après l'incendie de la Commune

 

Nous arrivons à la Semaine Sanglante, du 21 au 28 mai 1871. En mai, les communards ont organisé de grandes fêtes dans le palais des Tuileries, qui avait été la résidence de Napoléon III. On tentait d’oublier la douleur du siège, les pertes humaines et la disette, une famine qui avait amené à manger les chiens, puis les chats, puis les rats. Le 21, les Versaillais parviennent enfin à pénétrer dans la ville. Que l’on soit du côté des légalistes républicains qui souhaitent relever le pays après la défaite ou du côté des insurgés assoiffés de liberté après le Second Empire autoritaire qui avait confisqué en 1851 la République gagnée en 1848, et indignés de la capitulation, il faut reconnaître les atrocités commises de part et d’autre. Les Versaillais ont pénétré à Paris depuis deux jours, et depuis deux jours les communards ont apporté du pétrole, divers combustibles, de la poudre. Pendant des heures, le 23, ils répandent du pétrole partout dans le palais, en aspergent tous les murs. Puis ils y mettent le feu. Quand l’incendie atteint le baril de poudre, l’explosion fait voler la toiture. Le feu s’éteint deux jours plus tard. Le tableau ci-dessus représente ce qui reste du palais des Tuileries après l’incendie. Alexandre Marré-Lebret l’a peint, pense-t-on, vers 1873. Près du tableau, le musée propose de voir en cette femme en noir "l’impératrice Eugénie errant dans son ancien palais". Or, puisqu’à la suite de Sedan, où l’empereur a été fait prisonnier, elle s’est réfugiée en Angleterre, il faut voir là comme le fantôme d’une femme nostalgique de sa vie passée.

 

790k1 Exécution dans le jardin du Luxembourg

 

La Semaine Sanglante porte bien son triste nom. Les Versaillais exécutent sommairement des communards, comme le montre cette illustration du jardin du Luxembourg, avec de nombreux corps à terre, déjà abattus par les soldats, et d’autres hommes mis en joue qui tomberont dans quelques secondes.

 

790k2 Exécution d'otages, prison de la Roquette

 

Dès le 5 avril, le Gouvernement de Défense Nationale (le gouvernement parisien décrété par la Commune) avait décidé que trois otages seraient fusillés pour un communard exécuté. Jusqu’à présent, on avait certes pris des otages, mais aucun n’avait été fusillé. Face aux exécutions sommaires pratiquées en nombre par les Versaillais, l’atrocité que constitue le meurtre d’otages gagne l’autre camp. Lorsque les Versaillais parviennent à prendre les barricades des rues Soufflot et Gay-Lussac, ils exécutent leurs prisonniers. L’archevêque de Paris Monseigneur Darboy, le prédicateur curé de la Madeleine l’abbé Deguerry, trois Jésuites, le président de la Cour d’appel de Paris Louis-Bernard Bonjean, étaient des otages très symboliques de la Commune, retenus à la prison de la Grande Roquette. En représailles, le 24 mai à huit heures du soir, ils sont passés par les armes dans la cour de la prison, comme le montre ce tableau de T. Harreguy peint la même année 1871.

 

790k3 L'exécution d'Eugène Varlin

 

Eugène Varlin est un communard internationaliste, élu au conseil de la Commune. Il rejette les pouvoirs autoritaires, et donc son idéologie le pousse à s’opposer à la création d’un comité de salut public (comme les Montagnards de la Révolution en 1793), pourtant mis en place à la majorité des voix le premier mai 1871. Même insuccès quand, rue Haxo, il fait tout son possible pour empêcher une exécution d’otages. Mais malgré sa non violence il est bien connu des Versaillais, ayant fait plusieurs séjours en prison du temps de l’Empire, pour avoir suscité et mené des grèves. Rue Lafayette, un prêtre le reconnaît. Il est pris, la foule le lynche, il perd un œil. Quand les soldats le reprennent ils le mènent sur la colline de Montmartre et, comme représenté sur ce tableau, il est fusillé. C’était le 28 mai 1871, dernier jour de la Semaine Sanglante. Quand Maximilien Luce (1858-1941) peint cette scène entre 1910 et 1917, les faits sont anciens mais le peintre, qui n’avait que treize ans au moment de cette exécution, en a été fortement marqué. Plus tard, il recueillera maints témoignages, lira tout ce qu’il trouvera sur le sujet, peindra neuf versions de cette exécution.

 

790k4 Départ des communards en déportation 10-08-1873

 

La Commune de Paris a vécu. Thiers a pris Paris. La Troisième République s’installe. Les Tribunaux jugent ceux des insurgés qui n’ont pas été victimes d’une répression sommaire. 93 condamnations à mort sont prononcées, 251 peines de travaux forcés, 4586 peines de déportation. La plupart des déportés seront envoyés en Nouvelle Calédonie de 1872 à 1875 sur le navire La Virginie, une frégate à voiles de 2300 tonneaux lancée en 1842 et retirée du service en 1881. Face à Brest, sur la presqu’île de Crozon, se trouvait un bagne (lorsqu’avait lieu une évasion, on tirait à Brest un coup de canon, d’où l’expression "tonnerre de Brest"), au fort de Quélern. Le 5 août 1873, 61 déportés amenés du fort de Quélern embarquent sur la Virginie à Brest. Le 7, on est à l’île d’Aix (près de Rochefort, au nord de l’île d’Oléron). Là, on ajoute 88 détenus de Saint-Martin-de-Ré et 20 femmes que l’on a amenées à La Rochelle. Il y a donc 169 déportés à bord. Le tableau ci-dessus, œuvre anonyme, représente la Virginie en rade de l’île d’Aix le 10 août 1873. Au premier plan quelques figures célèbres, Henri Rochefort, Henri Place, Henri Ménager, Auguste Passedouet. Il y avait aussi, mais non représentés sur le tableau, Louise Michel et le futur peintre de l’exécution de Varlin, le gamin de quinze ans maintenant, Maximilien Luce.

 

Le rapport médical décrit les conditions sanitaires du transport :

"Les emménagements affectés à tous les déportés sont situés dans la batterie. Ils consistent en quatre compartiments grillés; deux grands, ayant 24 mètres de long et 3 de large, étendus de l'Hôpital avant à 8 pieds sur l'arrière du grand mât; deux plus petits ayant 10 mètres de longueur, et partant de l'échelle de commandement pour se terminer à la cloison de l'ancien carré des officiers. Les deux grandes cages et la petite de bâbord renferment les hommes. Elles sont suffisamment vastes, à grillages bien espacés, accessibles de tous les bords, à l'extérieur, grâce à une coursive ménagée entre elles et la muraille du bâtiment; disposition qui rend la surveillance, l'aération, le nettoyage et l'assèchement plus faciles. Les bouteilles sont commodes et disposées de façon à corriger autant que possible les inconvénients qui s'attachent à leur présence. Dans ces trois compartiments inégaux, les hommes ont été répartis proportionnellement. Ils peuvent s'asseoir, se coucher, se promener sans encombrement. Le compartiment des femmes situé à tribord arrière est plus petit eu égard à leur nombre, mais encore suffisamment vaste. Pour des raisons de convenance il n'a été grillagé qu'au tiers supérieur de la cloison et ce grillage est recouvert par des panneaux pleins, mobiles, qu'on applique ou qu'on enlève suivant l'heure, la température, les raisons d'un autre ordre. Trois sabords s'ouvrant dans ce compartiment, le désavantage que je viens de signaler se trouve insignifiant au point de vue de l'aération".

Le 22 août la Virginie est aux Canaries, le 26 septembre au Brésil, puis il double le Cap de Bonne Espérance sans escale. Naviguant dans des eaux froides, le navire voit ses haubans couverts de glace. Le commandant a pitié de Louise Michel qu’il voit toujours pieds nus, et lui fait apporter des chaussons par Henri Rochefort, mais elle restera pieds nus, car elle a donné ces chaussons à une camarade d’infortune. Après être passé entre l’Australie et la Tasmanie le navire arrive à Nouméa le 8 décembre 1873, après une traversée de 120 jours. Louise Michel sera de retour en France, à Dieppe, le 9 novembre 1880.

 

Avec ce récit en guise de conclusion des événements et de mon article, je me suis éloigné de mon sujet sur l’exposition de Saint-Denis, mais j’avais envie de compléter l’information sur les suites de la Commune, notamment parce qu’ont participé au voyage Louise Michel et Maximilien Luce que j’ai évoqués précédemment.

Par Thierry Jamard
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