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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 23:54

Nous sommes arrivés hier soir à Foggia, heureux de trouver un grand parking presque vide, suffisamment éloigné des immeubles pour ne déranger personne avec le moteur de notre générateur, bien éclairé, gratuit de surplus, et sans aucune indication de dates, d’heures, ou à l’encontre des camping-cars. Dîner, travail devant nos ordinateurs, toilette et au lit. Soudain, vers quatre heures et demie du matin, nous sommes réveillés par des bruits tout proches, comme des tubes métalliques qu’on entrechoquerait. Intrigués, nous soulevons un store et découvrons que des commerçants ont commencé à installer les étals de leur marché. Je nous imagine, bloqués toute la matinée au milieu des clients, enserrés entre un marchand de fruits et légumes et une échoppe de boucher… Séance d’habillage sommaire, et nous levons le camp pour aller nous garer juste en face, au pied d’immeubles. À cette heure-là, nous n’avons plus besoin de notre générateur, nous nous contenterons du 12 volts des batteries.

 

634a Foggia, chiesa Gesù e Maria (sec. XVII)

 

Remis de nos émotions de la nuit, nous allons visiter la ville. Pas question de nous aventurer dans les petites rues étroites du centre ville avec notre engin, nous préférons faire environ deux kilomètres à pied, il fait beau, nous ne sommes pas pressés. En chemin, nous voyons cette église Gesù e Maria du dix-septième siècle.

 

634b1 Foggia, piazza Umberto Giordano 

634b2 Foggia, Umberto Giordano (1867-1948) 

Juste en face de l’église, une grande piazza porte le nom du personnage dont la statue se dresse au centre, Umberto Giordano (1867-1948). En effet, ce musicien est né à Foggia, et il est le compositeur de nombreux opéras.

 

634b3 Foggia, Siberia (Umberto Giordano) 

634b4 Foggia, Fedora (Umberto Giordano) 

634b5 Foggia, Le Roi (Umberto Giordano)

 

Et, tout autour de la place, des statues représentent les personnages de ses œuvres. J’avoue n’avoir que de très, très vagues notions de l’œuvre de Giordano (en fait, je n’ai une petite idée que de Madame Sans-Gêne), de sorte que je ne peux absolument pas dire si je trouve les statues représentatives de l’esprit de l’auteur, mais je les trouve extrêmement expressives et esthétiques. Je suis resté longtemps à les contempler et je ne résiste pas à l’envie de publier plusieurs photos. La première c’est Siberia, la seconde Fedora, œuvre qui a permis à Caruso de se révéler et d’acquérir la célébrité que l’on sait, et la troisième le Roi.

 

634b6 Foggia, André Chénier (Umberto Giordano)

 

Comment faire l’impasse sur celle-ci ? Il s’agit de notre André Chénier national. En fait, s’il ne s’était agi de ce poète que j’aime et qui me touche, je n’aurais pas choisi de publier cette photo, parce que c’est celle qui me plaît le moins… Néanmoins, parce que c’est le premier opéra de Giordano qui ait obtenu un grand succès et que cette œuvre est restée sa plus célèbre, j’aurais eu tort.

 

634c1 Foggia, Santa Chiara 

Au passage, on peut admirer la belle façade de l’église Santa Chiara (et j’en profite pour saluer mon amie Claire puisqu’il s’agit de sa patronne). Au quatorzième siècle, plus précisément en 1337, le roi Robert d’Anjou donne une propriété qui rapporte deux cents onces d’or à Fino Lollo d’Assise, un neveu de sainte Claire. Vu l’importance du patrimoine, le nouveau propriétaire s’installe sur ses terres, accompagné de sa sœur Béatrice, laquelle fonde avec des compagnes un monastère de Clarisses, avec l’église que l’on voit ici. Mais toutes ces églises sont fermées, il faut se contenter de l’extérieur.

 

634c2a Foggia, Sant'Agostino

 

634c2b Foggia, Saint Augustin 

Un souvenir d’adolescence. Nous passions les vacances dans une maison que mes parents avaient louée, et nous avions un voisin fort aimable avec qui nous parlions de temps à autre. C’était un homme qui avait stoppé ses études très jeune pour exercer un métier manuel, mais qui avait le désir de se cultiver et qui lisait des romans d’auteurs classiques. Il n’aimait pas Victor Hugo parce que, disait-il, il lui faut dix pages pour dire qu’un bouton de porte est sale. Sans doute aurait-il été content devant cette église parce que le panneau que l’on aperçoit sur ma photo se contente de dire “Hypogées urbains, S. Agostino”. C’est bref, c’est concis, mais c’est alléchant. Or cette église Sant’Agostino était fermée lors de notre aller vers la cathédrale, fermée au retour. Elle doit cependant être spéciale puisqu’elle est bâtie sur des hypogées. Tant pis, nous ne verrons ni le bâtiment supérieur, ni le bâtiment souterrain. J’ai lu ailleurs que de l’église un escalier descend vers un souterrain contenant de nombreuses pierres tombales de frères. Des couloirs mènent sous la rue et au-delà de la porte de la ville. Des études sont en cours au sujet de cet hypogée et d’autres dans Foggia.

 

634d1 Foggia, faculté des Sciences de la Formation

 

Étant donné mon passé à l’Éducation Nationale, je ne peux manquer de montrer ce bâtiment, qui affiche “Université des études de Foggia, faculté des sciences de la formation”. Autrement dit, ce que nous appelons en France les sciences de l’éducation.

 

634d2 Foggia, palazzo De Vita - De Luca (sec. XVII) 

Il a beau être en assez mauvais état, le palazzo De Vita a fière allure, et on voit bien qu’il a été splendide. Construit dans la première moitié du dix-septième siècle par une famille d’aristocrates, il a été acheté en 1698 par d’autres propriétaires, les De Vita, qui l’ont fait surélever de cette loggia du deuxième étage.

 

634e1 Foggia, la cathédrale 

634e2 Foggia, la cattedrale 

634e3 Foggia, la cathédrale 

Nous voici devant la cathédrale. Il faut savoir que la ville de Foggia est relativement récente. Dans cette zone de marais, il n’y avait pas grand-chose. Un jour de 1062, un bœuf mené au pré s’arrête pour boire l’eau du marécage. Soudain, il s’agenouille et trois flammèches mystérieuses dansent à la surface de l’eau. Les bouviers accourent et découvrent sous l’eau, enveloppée dans un linge, une peinture sur bois représentant une Vierge en pied, tenant dans ses bras l’Enfant Jésus bénissant, que l’on appelle la Madone aux sept voiles. Les bouviers portent le tableau à la taverne proche, dont on fait une chapelle. Déjà la ville à quelque distance de ces marais avait vu s’accroître sa population au dixième siècle quand Arpi, la ville voisine, avait été détruite et que ses habitants étaient venus se réfugier à Foggia qui, désormais, avec sa peinture miraculeuse, attire les pèlerins, parmi lesquels Robert Guiscard, plein de dévotion pour la Vierge, qui fait assécher cet endroit du marécage et construire une chapelle en l’honneur de l’Icona Vetere (la Vieille Icône). Nous sommes alors à la fin du onzième siècle. Puis, en 1172, avec Guillaume le Bon, fils de Roger I et petit-neveu de Robert Guiscard, les Normands décident de construire sur la chapelle précédente une vraie église pour recevoir cette image sacrée. Au treizième siècle, Frédéric II avait envie de bâtir auprès de cette église consacrée à Sainte Marie de la Vieille Icône une résidence royale parce qu’il aurait pu se livrer à sa passion de la chasse, mais il ne l’a pas réalisée. Ce n’est que plus tard dans le cours du second millénaire que la ville s’est construite autour de cette église.

 

634f1 Foggia, la cathédrale 

634f2 Foggia, la cathédrale

 

Mais en 1731, un fort tremblement de terre a ébranlé la cathédrale, nécessitant sa reconstruction. Toutefois, des éléments ont pu être maintenus en place, d’autres ont été réutilisés, ce qui donne cet intéressant mélange de styles, une architecture du dix-huitième siècle avec des chapiteaux représentant des scènes médiévales.

 

634f3 Foggia, la cattedrale 

634f4 Foggia, la cathédrale 

Mais surtout, le plus intéressant et le plus pittoresque, on retrouve le bestiaire fantastique du Moyen-Âge. Le thème récurrent est celui de la lutte du bien et du mal. Des serpents, à chaque angle de la corniche, dévorent des êtres humains. L’expression des yeux de l’homme, particulièrement sur la première photo, est remarquable. J’aime bien aussi, à sa droite, ce monstre à corps de dragon et à tête relativement humaine, qui est en train d’avaler je ne sais quoi. À l’autre angle, les serpents aux yeux globuleux enserrent dans leurs queues les jambes de ce pauvre être terrorisé et lui dévorent les bras.

 

634f5 Foggia, la cattedrale 

634f6 Foggia, la cathédrale 

Encore deux photos de cette frise médiévale. On peut apprécier la fantaisie des artistes qui ont travaillé la pierre, que ce soit pour imaginer ce sphinx tête en bas, cet enfant, cet autre dragon, etc.

 

Nous avons beau, dans un premier temps, être allés dans le centre séparément parce que là où nous avions garé le camping-car nous avons vu rôder des hommes louches et craignions d’être cambriolés (je suis allé d’abord pendant que Natacha gardait le domicile, puis elle est allée, ensuite nous avons trouvé à nous garer à un endroit mieux protégé et sommes repartis ensemble et avons déambulé à travers la ville. Néanmoins, après avoir bien regardé la façade de la cathédrale, avoir pris nos photos, nous ne pouvons entrer, la porte est close. Un panneau précise les heures d’ouverture, 17h-20h. Or il est à peine plus de seize heures. Nous nous attablons dans un petit bar juste en face et patientons. 17h. D’autres touristes prennent des photos en attendant l’ouverture. 17h10, les portes ne s’ouvrent pas. 17h20. Le patron du café nous demande : “J’espère que ce n’est pas l’ouverture de la cathédrale, que vous attendez. Parce qu’elle restera fermée. Elle est en restauration…”

 

634g1 Lucera, le château souabe

 

634g2 Lucera, le château souabe et les murs de Charles d'A 

634g3 Lucera, le château souabe 

Nous repartons. Lucera n’est pas bien loin, une vingtaine de kilomètres. Cette vieille cité a très tôt pris le parti de Rome, ce qui lui a valu d’être promue au rang de colonie dès le quatrième siècle avant Jésus-Christ. Au temps de Constantin, c’est-à-dire au début du quatrième siècle après Jésus-Christ, elle a été promue capitale de l’Apulie (les Pouilles). Mais au septième siècle, les Byzantins sont passés et l’ont ravagée à plusieurs reprises. C’est l’empereur Frédéric II qui, au treizième siècle, lui a donné l’occasion de se stabiliser et de connaître une période faste sur le plan architectural en y installant une communauté de Sarrasins (1224-1246) et en faisant construire des fortifications et un ensemble de bâtiments. Puis le roi Charles I d’Anjou a fait élever le mur d’enceinte de plus d’un kilomètre de long, ponctué d’une vingtaine de tours. En effet, les Sarrasins étaient restés fidèles à la dynastie de Frédéric de Souabe, ce qui ne pouvait plaire au roi français, qui a contraint les Français à s’installer à l’intérieur des murs et a laissé s’éteindre cette civilisation musulmane à l’extérieur, allant jusqu’à rebaptiser sa ville chrétienne Città di Santa Maria.

 

La base massive en tronc de pyramide que l’on voit nettement sur ma troisième photo est ce qui reste de la forteresse de Frédéric II. Et puis on voit, particulièrement sur la seconde photo, le mur d’enceinte de Charles Premier.

 

À la suite de cette visite, nous sommes remontés en voiture et nous sommes rendus à Troia où nous avons fait un petit tour à la nuit tombée. Nous avons pris quelques photos, mais je préfère les regrouper avec celles que nous prendrons de jour demain. En attendant, nous nous sommes installés sur la sosta équipée par la municipalité, bien plane, éclairée, avec prise électrique 220 volts gratuite. Sans compter, bien sûr, les équipements habituels de fourniture en eau et de bassins de vidange. Et l’emplacement est idéal, juste aux portes de la vieille ville, à quelques dizaines de mètres de la cathédrale. Nulle part, nous n’avons trouvé une municipalité ayant fait les choses aussi bien. Un exemple à suivre, Mesdames et Messieurs les maires.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

raymond le loch 06/05/2011 23:51


je crois que dire que les Angevins ont "laissé s'éteindre cette civilisation musulmane" qui s'était implantée à Lucera est un doux euphémisme. Si Charles I d'Anjou s'est contenté de les sortir de
la ville, Charles II, lui, les a massacrés; L'extinction a été brutale et totale.Nous nous sommes arrêtés l'an dernier, à Montefalco, dans une cave dont le nom "Colle del Saraceno" rappelait le
passage des troupes sarrasines qui accompagnaient Frédéric II, en Terre sainte ou dans sa lutte contre le Pape et les cités lombardes. Nous irons vérifier tout cela sur place, puisque nous partons
lundi pour le sud de l'Italie, sur vos traces. Cordialement à vous. R.L.


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